‹ Les vepres siciliennes, tragedie en cinq actes, précédée du Discours d'ouverture du second théatre françaisChapitre 13 sur 59 · AMÉLIE, LORÉDAN · texte numérisé non relu

AMÉLIE, LORÉDAN

LORÉDAN

Oubliez mon offense, et partagez ma joie...

Quel nuage soudain sur vos traits se déploie!

AMÉLIE

Dans les austérités d’un asile pieux,

Morte à de faux plaisirs, cachée à tous les yeux,

Vêpres Sicit ■ 3*. édit. 2

i8 VÊPRES SICILIENNES,

Que ne puis-je, le front courbé dans la poussière, Finir mes tristes jours consumés en prière?

LORÉDAN

Dieu! quel vœu formez-vous? et qui peut mériter Des pleurs que de mon sang je voudrais racheter?

AMÉLIE

Hélas! vous savez trop si j’ai droit d’en répandre.

J’explique leur langage et crains de vous comprendre. Oui, malgré nos liens, vos devoirs, vos sermens,

Je doute encor... Plaignez l'horreur de mes tourmens. Oui , quand de nos guerriers l’essaim vous environne, A de noires terreurs mon esprit s’abandonne;

Sans cesse je vous suis, d’un regard curieux,

Au sein de nos tournois, dans ces murs, en tous lieux. Aux degrés de l’autel arrosés par vos larmes ,

Je porte près de vous mes brûlantes alarmes.

Je m’indigne en voyant ce tribunal de Dieu ,

Où le pardon du crime est le prix d’un aveu,

Qu’ un mortel, quel que soit son sacré caractère, Reste de vos chagrins k seul dépositaire;

Et qu’à votre frayeur il ait droit d’arracher Un secret qu’à l’amour votre cœur peut cacher. Montfort même est l’objet de ce triste délire :

C’est à vous qu’il consacre et son glaive et sa lyre; S’il vous chante , ses vers ont un- charme plus doux ; Qu’il combatte à vos yeux, et tout cède à ses coups. Je n’en puis plus douter, je sais qu’il vous adore;

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