ACTE II, SCENE IV
MONTFORT
Vous Fosez demander, quand votre tyrannie N’use de son pouvoir sur la faible Amelie ,
^Que pour tromper més vœux, que pour forcer son choix!
LORÉDAN
En loyal chevalier j’ai réclamé mes droits.
MONTFORT
Vos droits ! et d’où vous vient cette arrogance insigne , De disputer un cœur dont je me suis cru digne?
LORÉDAN
D’un discours si hautain justement irrité, •
Je vous en dois le prix, seigneur, la vérité.
Ces courtisans nombreux , que la France a vus naître , Encensent dans vos mains le sceptre de leur maître: Hélas! je me crus libre en l’adorant cpnune eux...
Mais mon malheur m’apprend qu’il est des malheureux. Mes yeux s’ouvrent enfin sur le sort de mes frères ; Croyez-moi , redoutez l’excès de leurs misères.
Ne forcez point ce peuple à sortir du devpir.
Et par pitié pour vous craignez son désespoir.
MONTFORT
Insensés! eh! que peut votre rage inutile?
Cinq chevaliers fiançais ont conquis la Sicile!
LORÉDAN. '
Leur vertu les fit rois bien plus que leurs suçcès :
Ils étaient généreux, humains, vraiment Français.
Ces valeureux enfans de l’antique Neustrie V épres Sicii. 3*. édit. 3
D'une race infidèle ont purgé ma patrie ;
Mais vous, quels sonPvos droits, vos titres? Nos revers ? Mais vous, qu’avez-vous fait, que nous donner des fers ? Allez, votre amitié ne veut que des esclaves;
Ses dons sont flétrissans , ses nœuds sont des entraves ; Je les brise, et bénis un effort de fierté.
Qui me rend mon estime avec ma liberté.
MONTFORT
Soyons donc ennemis! oui, je vous abandonne.
Dépouillé de l'éclat que ma faveur vous donne , Retombez dans la foule où vous étiez plongé;
Je ne vous parle plus qu’en vainqueur outragé,
Qu’en maître tout-puissant , qui veut qu’on obéisse. Désormais vous pourrez m’accuser d’injustice,
De vos chagrins amers me proclamer l’auteur:
Je deviendrai pour vous tyran, persécuteur.
Perdez, perdez l’espoir d’obtenir Amélie: ,
Qu’à me céder sa main votre orgueil s’humilie.
Qu’un e*il mérité vous dérobe à ses yeux;
Fuyez, je vous bannis , et voilà mes adieux.