‹ Les vepres siciliennes, tragedie en cinq actes, précédée du Discours d'ouverture du second théatre françaisChapitre 29 sur 59 · ACTE II, SCÈNE VI. - 3g · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. - 3g

Dans des fers éternels vieillir à leurs genoux?

Yaut-il mieux en rampant déshonorer sa vie

Que de la prodiguer pour sauver la patrie ,

Pour briser l’instrument de sa captivité ,

Lui rendre le bonheur, ses lois, sa dignité,

La venger? ¥

LORÉDAN

Tout mon cœur s’émeut à ce langage!

Mais les assassiner sans pitié , sans courage !

PROCIDA

De la pitié pour eux? quoi, pour ces inhumains? Fatigués de nos cris, nous. ont-ils jamais plaints?

D’un pouvoir usurpé leur insolence abuse.

La force est dans leurs mains, triomphons par la ruse. Ce combat comme à nous peut leur être fatal ;

Egaux sont les périls, le courage est égal.

Qu’un simple citoyen , sans appui que lui-même , Dispute à des vainqueurs l’autorité suprême; Trompant les ennemis dont il marche entouré.

De chaque malheureux qu’il fasse un conjuré;

Quand sa perte dépend d’un seul mot, d’un seul geste, Ferme dans ses desseins, foulant aux pieds le reste. Qu’il offre aux coups du sort un cœur exempt d’effroi; Est-ce un lâche à tes yeux ? prononce, et juge-moi. Dis-moi si le guerrier, que le glaive moissonne, . Mérite mieux l’honneur dont sa mort le couronne ?

Il s’immole à ses rois, j’expire pour le mien.

Ah ! que mon sacrifice est plus grand que le sien.

La gloire prête un charme aux horreurs qu’il affronte ;

4o VÊPRES SICILIENNES,

Et peut-être demain je meurs chargé de honte. Traîné sur l’échafaud, lentement déchiré;

Et tout ce peuple ingrat pour qui je périrai , S’enivrant du plaisir de compter mes blessures. Viendra , la joie au front , sourire à mes tortures.

* LORÉDAN

Ah! le même tombeau nous recevra tous deux.

Notre sang confondu....

PROCIDA

Que dis-tu, malheureux?

Ou m'emporte un courroux dont je ne suis plus maître? A ton cœur généreux j’ai trop parlé peut-être. Pourquoi t’exposera is-je aux dangers que je cours? Ne me condamne pas à trembler pour tes jours; Garde-toi d’embrasser, dans l’ardeur de ton zèle.

Le dangereux projet que ma voix te révèle;

Qu'il meure dans ton sein , j’en demande ta foi ;

Voilà l’unique effort que j’exige de toi.

Tu dois tout ignorer, tu n’es pas mon complice;

Tu vivras; que le sort me soit ou non propice,

Tu vivras; pour moi seul, à mes derniers momens, J’ai droit de réclamer l’opprobre et les tourmens ; Seul , au fer des bourreaux j’irai porter ma tête...

LORÉDAN

Il n’est plus ni pitié, ni respect qui m’arrête;

Vos timides conseils ne me retiendront. pas.

Eaut-il frapper? pariez , et dirigez mon bras.

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