ACTE II, SCÈNE VI. - 3g
Dans des fers éternels vieillir à leurs genoux?
Yaut-il mieux en rampant déshonorer sa vie
Que de la prodiguer pour sauver la patrie ,
Pour briser l’instrument de sa captivité ,
Lui rendre le bonheur, ses lois, sa dignité,
La venger? ¥
LORÉDAN
Tout mon cœur s’émeut à ce langage!
Mais les assassiner sans pitié , sans courage !
PROCIDA
De la pitié pour eux? quoi, pour ces inhumains? Fatigués de nos cris, nous. ont-ils jamais plaints?
D’un pouvoir usurpé leur insolence abuse.
La force est dans leurs mains, triomphons par la ruse. Ce combat comme à nous peut leur être fatal ;
Egaux sont les périls, le courage est égal.
Qu’un simple citoyen , sans appui que lui-même , Dispute à des vainqueurs l’autorité suprême; Trompant les ennemis dont il marche entouré.
De chaque malheureux qu’il fasse un conjuré;
Quand sa perte dépend d’un seul mot, d’un seul geste, Ferme dans ses desseins, foulant aux pieds le reste. Qu’il offre aux coups du sort un cœur exempt d’effroi; Est-ce un lâche à tes yeux ? prononce, et juge-moi. Dis-moi si le guerrier, que le glaive moissonne, . Mérite mieux l’honneur dont sa mort le couronne ?
Il s’immole à ses rois, j’expire pour le mien.
Ah ! que mon sacrifice est plus grand que le sien.
La gloire prête un charme aux horreurs qu’il affronte ;
4o VÊPRES SICILIENNES,
Et peut-être demain je meurs chargé de honte. Traîné sur l’échafaud, lentement déchiré;
Et tout ce peuple ingrat pour qui je périrai , S’enivrant du plaisir de compter mes blessures. Viendra , la joie au front , sourire à mes tortures.
* LORÉDAN
Ah! le même tombeau nous recevra tous deux.
Notre sang confondu....
PROCIDA
Que dis-tu, malheureux?
Ou m'emporte un courroux dont je ne suis plus maître? A ton cœur généreux j’ai trop parlé peut-être. Pourquoi t’exposera is-je aux dangers que je cours? Ne me condamne pas à trembler pour tes jours; Garde-toi d’embrasser, dans l’ardeur de ton zèle.
Le dangereux projet que ma voix te révèle;
Qu'il meure dans ton sein , j’en demande ta foi ;
Voilà l’unique effort que j’exige de toi.
Tu dois tout ignorer, tu n’es pas mon complice;
Tu vivras; que le sort me soit ou non propice,
Tu vivras; pour moi seul, à mes derniers momens, J’ai droit de réclamer l’opprobre et les tourmens ; Seul , au fer des bourreaux j’irai porter ma tête...
LORÉDAN
Il n’est plus ni pitié, ni respect qui m’arrête;
Vos timides conseils ne me retiendront. pas.
Eaut-il frapper? pariez , et dirigez mon bras.