ACTE III, SCÈNE IL / f
AMÉLIE
Un effroi salutaire Sur des périls cachés quelquefois nous éclaire.
MONTFORT
Quel sentiment vous porte à trembler pour des jours Dont vos mortels refus empoisonnent le cours? Serait-ce la pitié?... J’étais loin de m’attendre Qu’à r inspirer jamais l’amour me fit descendre.
Et qu’on dût m’abaisser jusqu’à plaindre mon sort! Madame, c’en est fait...
AMÉLIE
S’il me quitte , il est mort !
MONTFORT
Je veux vous épargner un sentiment pénible,
Je m’éloigne...
AMÉLIE
Ah! Montfort!
MONTFORT
O ciel ! est-il possible ?
Quoi! vous me rappelez?
AMÉLIE
Où voulez- vous courir?
Ce peuple est malheureux; il est las de souffrir.
Aux mânes de ses rois brûlant de satisfaire ,
S’il formait contre vous un complot sanguinaire!
MONTFORT
Il n’oserait, madame.
AMÉLIE
Un lâche, un meurtrier A son zèle inhumain peut vous sacrifier
• MONTFORT
Il n’oserait* vous dis-je.
AMÉLIE
Oh! quelle étrange ivresse Vous pousse en furieux au piège qu’on vous dresse! Craignez vos ennemis ; pour ce peuple et pour eux Cessez de vous parer d’iln mépris dangereux.
Est-ce donc par l’orgueil que brille un vrai courage? S’obstiner à périr, c’est une aveugle rage;
C’est pajer de son sang un vain et faux honneur.
MONTFORT
Et qu’importe la vie à qui perd le bonheur?
Pourquoi m’inquiéter d'un fardeau qui m’accable? Pour nourrir sans espoir un amour déplorable ,
À mon. repos, au vôtre, à ma gloire fatal;
Pour voir et pour orner le succès d’un rival ?
Non , d’un lâche ennemi si le bras m’assassine ,
C’est vous qui conduisez les coups qu’il me destine. Triomphez, vos désirs sont enfin satisfaits!
AMÉLIE
Que je triomphe, ô Dieu! du plus noir des forfaits! Qui? moi, de votre mort, et "vous l’avez pu croire!
Je poursuis de mes vœux cette horrible victoire !