‹ Les vepres siciliennes, tragedie en cinq actes, précédée du Discours d'ouverture du second théatre françaisChapitre 33 sur 59 · ACTE III, SCÈNE IL / f · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL / f

AMÉLIE

Un effroi salutaire Sur des périls cachés quelquefois nous éclaire.

MONTFORT

Quel sentiment vous porte à trembler pour des jours Dont vos mortels refus empoisonnent le cours? Serait-ce la pitié?... J’étais loin de m’attendre Qu’à r inspirer jamais l’amour me fit descendre.

Et qu’on dût m’abaisser jusqu’à plaindre mon sort! Madame, c’en est fait...

AMÉLIE

S’il me quitte , il est mort !

MONTFORT

Je veux vous épargner un sentiment pénible,

Je m’éloigne...

AMÉLIE

Ah! Montfort!

MONTFORT

O ciel ! est-il possible ?

Quoi! vous me rappelez?

AMÉLIE

Où voulez- vous courir?

Ce peuple est malheureux; il est las de souffrir.

Aux mânes de ses rois brûlant de satisfaire ,

S’il formait contre vous un complot sanguinaire!

MONTFORT

Il n’oserait, madame.

AMÉLIE

Un lâche, un meurtrier A son zèle inhumain peut vous sacrifier

• MONTFORT

Il n’oserait* vous dis-je.

AMÉLIE

Oh! quelle étrange ivresse Vous pousse en furieux au piège qu’on vous dresse! Craignez vos ennemis ; pour ce peuple et pour eux Cessez de vous parer d’iln mépris dangereux.

Est-ce donc par l’orgueil que brille un vrai courage? S’obstiner à périr, c’est une aveugle rage;

C’est pajer de son sang un vain et faux honneur.

MONTFORT

Et qu’importe la vie à qui perd le bonheur?

Pourquoi m’inquiéter d'un fardeau qui m’accable? Pour nourrir sans espoir un amour déplorable ,

À mon. repos, au vôtre, à ma gloire fatal;

Pour voir et pour orner le succès d’un rival ?

Non , d’un lâche ennemi si le bras m’assassine ,

C’est vous qui conduisez les coups qu’il me destine. Triomphez, vos désirs sont enfin satisfaits!

AMÉLIE

Que je triomphe, ô Dieu! du plus noir des forfaits! Qui? moi, de votre mort, et "vous l’avez pu croire!

Je poursuis de mes vœux cette horrible victoire !

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