‹ Les vepres siciliennes, tragedie en cinq actes, précédée du Discours d'ouverture du second théatre françaisChapitre 8 sur 59 · ACTE ï, SCÈNE IJ · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE IJ

Bientôt Paléologue, enfermé dans Byzance ,

Verra sous nos efforts expirer sa puissance.

Aux bords de l’Hellespont, où nous allons courir, De quels nobles lauriers nos fronts vont se couvrir! Que d'exploits !...

PROCIPA,

De l’empire embrassant la querelle, Le destin des combats peut vous être infidèle;

Alors de ees hauts faits qu’attendez-vous?...

LORÊDAN.

L’honneur ,

Si fidèle aux Français, même dans le malheur !

PROCIDA

N’en attendez, mon fils, que regrets et que honte. Quels que soient les dangers que votre ardeur affronte. Les Français dans les camps vous seront préférés: Songez-vous aux chagrins que vous vous préparez? Croyez-vous que le roi, distinguant votre audace, Daigne illustrer un sang qu'il accepte par grâce? Quand l’esclave imprudent pour ses maîtres combat. Tout son sang prodigué se répand sans éclat.

Mais je veux qu’on vous laisse une part dans la gloire : Que produit pour l’état cette noble victoire?

Que sont dans leurs succès les peuples conquérans? Des sujets moins heureux sous des rois plus puissans. Prévenu pour'Montfort, vous me croyez à peine. Votre cœur amolli se refuse à la haine;

Vous flattez nos tyrans; aux premiers feux du joür.

,o VÊPRES SICILIENNES,

Un jeune ambitieux vous voit grossir sa cour.

Au sein des voluptés qui charment votre vie,

Jamais "vous n’avez dit : Palerme est asservie;

Jamais ses cris plaintifs n’ont passé jusqu’à vous; Au récit de ses maux vous restez sans courroux ; Est-ce là cette humeur inflexible et sauvage ,

. Qui fuyait de la cour le brillant esclavage;

Cet orgueil indocile au joug le plus léger,

Cet honneur ombrageux, si prompt à se venger?

Ou la faveur des grands a changé vos maximes ,

Ou de nos ennemis vous oubliez les crimes.

Oubliez-vous aussi ce prince infortuné,

Conradin , sans défense à l’échafaud traîné ?

Ne vous souvient-il plus du serment qui vous lie A sa sœur orpheline, à la jeune Amélie,

"Au pur sang de nos rois?

LORÉDAN

J’en atteste les cieux!

Le jour de ses clartés aura privé mes yeux ,

La tombe s’ ouvrira pour ma cendre glacée .

Avant qu’un tel serment sorte de ma pensée !

Jamais de plus de feux un amant dévoré N’attendit un hymen plus saintement juré.

Cependant la princesse, aux pleurs abandonnée,

' S’obstine à reculer cette heureuse journée.

“Un pressentiment vague irrite mes ennuis.

Ces jeunes chevaliers par trop d'orgueil séduits, Qui, d’une égale ardeur, poursuivant ses suffrages, Apportent à ses pieds tant d’importuns hommages...

ACTE I, SCÈNE II. -n Leur présence me pèse... Apprenez qu’un d’cntr’eux. Le plus vaillant de tous, et le plus généreux....

Ah ! cet aveu fatal, que je ne puis vous taire,

Jette encor dans mes sens un trouble involontaire!...

PROCIDA

Enfin ?

LORÉDAN

Dans l’abandon de sa vive amitié,

Hier à son rival Montfort s’est confié.

S’il n’avait respecté les pleurs de la princesse,

Il aurait dès long-temps déclaré sa tendresse :

« Je sais qu’elle a pour vous le respect d’une sœur;

» Ouvrez-moi, m’a-t-il dit, un accès dans son cœur.

» Puisque ia guerre enfin va m'entraîner loin d’elle,

» Il est temps qu’à ses yeux ma flamme se décèle.

» Je veux, je dois parler : » Interdit, confondu,

J’ai voulu m’en défendre, et n’ai rien répondu;

Et peut-être Montfort a, dans son espérance.

En faveur de ses vœux, expliqué mon silène*.

Je crains....

Où vous égare un amour soupçonneux?

Pensez-vous qu’ Amélie, au mépris de vos nœuds.

De son nom, de son rang....

•LORÉDAN

Ah! ce doute l’offense:

Ma tendresse l’accuse et vole à sa défense ;

Mais sa douleur me blesse, •$, quel qu’en soit l'objet.

i3 VÊPRES SICILIENNES,

Je suis jaloux des pleurs qu’il lui coûte en secret.

Je veux tout éclaircir; je veux la voir, l’entendre: Elle-même en ces lieux près de nous doit se rendre.

PROCIDA

Elle saurait?....

LORÉDAN

Votre ordre a-t-il dû m’arrêter?

Parmi vos ennemis fallait-il la compter?

Quand il erra trois ans, privé de sa famille,

Un père à son retour craint d’embrasser sa fille !...

PROCIDA

Qui! moi? je le craindrais! Non, je te reverrai,

Des rois que j’ai perdus reste cher et sacré ! Aujourd’hui pour leur cause il se peut que je meure. Mes bras te presseront avant ma dernière heure. Respectez ses regrets, ils sont justes, mon fils!

LORÉDAN

Qui peut les mériter?

PROCIDA

Son frère et son pays.

Son frère est-il vengé?

LORÉDAN

Dieu! que voulez-vous dire ?

PROCIDA

Las de courber mon front sous un injuste empire,

Si pour le renverser j’osais lever le bras,

Que feriez-vous alor^.. Vous ne répondez pas?...

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