L APPEL DES FLOTS QUI CHANTENT
L'espalier du Désir étale cet hiver L'inutile saveur de ses grappes de rêves.
Sur la terrasse au bord des gouffres et des grèves Où se lamente en vain l'âpre appel de la mer,
O vigne léthéenne au verger qui m'est cher !
Le temps n'est plus propice, et les saisons sont brèves Mais nul'givre ne peut glacer l'ardeur des sèves, En vos pampres de joie et vos pulpes de chair 1
Repose jusqu'aux soirs des prochaines vendanges. Vers tes lèvres d'orgueil et tes regards étranges, Vers tes baisers de sang, fruits mûrs et savoureux, .
Ma lèvre ardente et souple aux folles aventures. Malgré toi-même. Enfant aux refus rigoureux, Ouvrira le jardin des délices futures*
Le monotone ennui de vivre est en chemin.
LéON DlERX.
Le subtil Orient d*où l'avenir essore Promet de vils déclins aux calices d'aurore, J'ai lu l'angoisse sûre au fond calme du ciel :
Les fleurs de nos jardins et les colombes pures Déjà languissent du venin de leurs souillures, Où le miel de leur haleine se change en fieL
O mes sœurs en robes blanches votre innocence Se complaît aux périls puérils de la danse I Durant les pauses de tous vos jeux enfiévrés
Nulle n*a-t-elle vu se lever sous là brume £utant en chocs de flamme et ruisselants d'écume Les sept chevaux de feu hennissants et cabrés ?
l'appel des flots qui chantent f I
Vous avez tant reçu sans l'émoi de la vie!
Dans l'apparente paix de la route suivie
Vos yeux doux se sont dos aux présages d'horreur }
Ils viennent les chevaux de souWre en la menace D'un orage surgi des lointains de l'espace Vers l'étroit horizon cernant votre candeur,
Vos lèvres déjà tressaillent de leur approche, Et l'orage hurlant au rocher qui l'accroche
Fulgure en lueur brève au jardin de vos jeux.
Mais vous ne voyez rien, ô folles que vous êtes, Nulle de vous n'entend le fracas sur vos têtes Des chevaux de furie en le ciel orageux!
De leurs frémissants naseaux la pluie irradie ; Et vos vergers s'effondreront sous l'incendie Qu'allumera la fureur de leurs lourds galops*
Et toutes, ô mes sœurs, si jeunes et rieuses, Vous mourrez en l'effroi de voix mystérieuses Qui monteront à vous de la flamme et des flots*
Et, seul, ayant prévu les signes de détresse,
Je m'enfuis de ces jeux dont la douceur m'oppresse
Vers la nocturne paix d'un ciel pesant et bas.
Je veux fuir vers l'espoîr éternel du silence, Où l'orgueil de la nuit à quoi tout se fiance Ignore un vain soleil qui ne l'insulte pas«
Là je vivrai dans l'ombre et dans l'oubli de l'âge, Sans le constant souci des signes d'un présage Prédit en menaçants éclairs par TOrient,
Pour qui vous êtes, ô mes sœurs ! prédestinées A ces proches fureurs des foudres devinées Surgir d'un ciel pavide encore et trop riant.
l'appel des flots qui chantent i3
Le cor de corne sonne au loin dans le hallier Une angoisse de mort à la biche effarée, Et la bête ruée à travers la hêtraie Fuit sous la grêle des flèches du cavalier.
Le flux de sang qui jaillit lui trace un collier De rubis rutilants à la peau déchirée.
Vaine fuite. L'horreur d'un sûr trépas l'effraie, Elle s'abat au fond du ravin familier,
Et par Tombre vespérale des avenues, Au milieu des meutes hurlantes retenues Au poing robuste des piqueyrs et des valets,
Dans des clameurs de joie et des rumeurs de fêtes Les chasseurs montent le perron de leurs palais. Traînant comme un orgueil la dépouille des bêtes.
Celui que ne surent émouvoir
De molles danses puériles.
Au loin vers les jardins du vieux manoir
Tourne sa tête lasse
Vers les pâles enfants dont la gr&ce
Et les embûches frêles n'ont pas pu l'émouvoir.
le ne reviendrai plus savourer l'ombre
Ni les fruits d'ombre en l'ombre du vieux manoir I
Et moi qui fus le maître du seuil
De vos fêtes et des glorieuses joies,
le m'en vais où m'entraînent de captieuses lois
Vers les brumes et le brouillard
Et dans les contrées sombres
Dont jamais nul soleil ne fleurit le brouillard ;
Et, pour l'espoir d'y enlinceuler tout, espoir,
J'y vivrai seul et sans espoir
En l'oubli de mon r^ne et des jardins de mon manoir
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l'appeu des flots qui chantent iS
Où, parnjiî vos vices en fleurs et vos péchés,
A fleuri mon enfance
Dans les vices et les péchés de l'ignorance
Et dans les hontes de Tespérance^
Jamais je ne reviendrai manger aux fruits de votre ombre
Ni boire aux eaux de vos ténèbres.
Je connaîtrai Thorreur consolatrice et les ténèbres
Éternelles avec de brèves lueurs funèbres
Qui ne me feront plus de peur.
J'assouplirai mon cœur à la terreur.
Je goûterai les aflres de ces ténèbres,
Mes yeux ne seront plus soumis
Aux vols comme du vent de caprices ennemis,
Et ce sera déjà la mort
Que je connaîtrai dans le silence d'un monde qui dort
Et dans la paresse langoureuse
De ce rêve d'inexistence assoupie et heureuse !
Celui que ne surent émouvoir
Les paroles puériles
Au loin vers la Princesse du Manoir
Tourne sa tête lasse,
Vers l'Enchanteresse dont la grâce
Et les embûches frêles n'ont pas pu l'émouvoir :
f 6 LES VERGERS ILLUSOIRES
« Et toi. Princesse, qui vins étrangère en la maison. Avec la lumière seule du sourire
Et les parfums de fleurs de tes yeux où toute joie se mire. Reste la Princesse et la Reine en ma maison I
O toi que nul deuîl ne désole.
Jamais ne pense à Celui qui t'aura fuie.
Triste amant déchu de la nuit et de l'ennui, De crainte que le deuil de ta beauté ne te désole I
Mais en la gloire de ta royauté sous le diadème ï)t ta chevelure de diamants Ris et chante, fleuris de baisers tes amants, «Garde en la royauté de ta gloire le diadème !
■Qu'importe si je t'ai fuie?
Tu seras heureuse et la princesse des doux jeux; Plus de tristesse qui fasse tes jours orageux. Puisque moi de qui la tristesse lassait, je t'ai fuie.
Sois joyeuse, A Reine, sans moi.
Que vos danses enfln accablaient de tristesses !
Je n'ai jamais goûté le bruit des fêtes I — O Princesse,
Ta joie encore sera plus joyeuse sans moi I