‹ Les vergers illusoiresChapitre 4 sur 6 · L APPEL DES FLOTS QUI CHANTENT IJ · texte numérisé non relu

L APPEL DES FLOTS QUI CHANTENT IJ

Plus de factice éclat ne brûle aux glorioles ! Dans la haine de l'amour et le mépris de la gloire Mon orgueil se dénie au triomphe illusoire Futile haillon de froides glorioles 1

Celui que ne surent émouvoir

Un rire ou des couronnes puériles

Au loin vers le site obscur, du vieux manoir

Détourne sa tète lasse,

De l'ancestral domaine où la grâce

Et les embûches frêles n'ont pas pu Témouvoîn

Vers les Havres aux fruits d'or

VERS LES HAVRES AUX FRUITS D'OR 21

A Monsieur Albert Giraud

Celui qui s*embarquait pour la terre lointaine Où l'ardeur de ses vœux rêvait TEldorado, Par la glace polaire et les longs déserts d'eau Hardiment s'acharnait à la gloire incertaine.

Vers la réconfortante et mystique fontaine De ses songes guidé par la foi du Credo, Libre et fier il partait, rejetant le fardeau Des factices plaisirs de sa jeunesse vaine.

Et moi, que ronge aussi le désir d'un Léthé Qui parfume d'oubli mon cœur désenchanté,

Quand sentirai-je en moi la farouche énergie

De fuir loin par delà les pôles et les mers Le fantôme éternel de mes espoirs déserts Vers la Terre-Promise où je me' réfugie ?

VERS LES HAVRES AUX FRUITS d'OR 23

Vers vous je pleurais aux cimes des promontoires Et je tendais l'appel de mes mains désireuses* Venez, nous voguerons par les Iles Heureuses» Sous le frémissement de palmes des victoires.

La dame lasse de la terrasse

Baignera de parfums votre poitrine lasse,

Et, guerriers destinés aux baisers de ses lèvres,

Ses caresses comme des fruits fondront les fièvres

De vos membres brisés du poids de la cuirasse.

Venez dormir avec l'esclave et la maîtresse De qui les yeux et la stellaire chevelure Vous seront de sûres torches en l'aventure Des havres forcés et des villes en détresse.

Par vous l'espoir perdu brûle en mon âme lasse, Héros qui marchez en chantant sur la colline L'orgueil d'être à vos pieds vous livre l'Héroïne Dont le corps dénudé d'ardeurs fauves s'enlace La dame lasse de la terrasse.

VERS LES HAVRES AUX FRUITS d'or

— O toi, la fleur de sang des bizarres jardins I

Moins pure la saveur des puissantes corolles Que les ensorcelants parfums de tes paroles»

Tes larges yeux bleu-sombre ont des éclairs soudains Chargés de voluptés chaudes et de dédains.

Du satin de tes seins pétris de tubéreuses.

S'exhalent des odeurs molles et savoureuses.

J'aspire, les yeux clos, l'arôme des forêts

Qui s'endorment parmi tes cheveux lourds et frais.

O fière fleur des champs, calme lys des vallées !

Ta peau blanche est la fleur des blanches floraisons. Vers ta gorge d'orgueil montent mes oraisons.

VERS LES HAVRES AUX FRUITS D*OR 2f

Mais à quoi bon des chaiits? Valent-ils les cantiques

De mes yeux éperdus à tes yeux extatiques ?

Les plus beaux chants humains sont muets dans les cœurs^

Les mots sonores sont impuissants 1 — doux vainqueurs

Regards d'ambre et de leu, regards de braise ardente.

Lèvres et leurs baisers en flamme débordante,

Qui me brûlez dans l'âme, ô regards, ô baisers,

Chevelure d'or vierge aux reflets embrasés,

Blancheur marmoréenne où court comme une lave

Ton sang farouche, neige et brasier I — Ton esclave.

Je veux l'être à jamais, je t'aime, et je me meurs

A tes pieds divins dans les spasmes endormeurs

Et les lentes langueurs des voluptés goûtées.

L'ivresse de tes chairs mates et veloutées

Illumine mes yeux, ma lèvre et mon esprit,

Oh ! sois enfin à moi I Ta beauté me fleurit.

Et de jasmins lascifs tes mains sont parfumées.

Je t'aime ! — Parmi les tendresses affamées

Et ton étreinte souple, en mon âme je sens

Ta vie entrer en moi. Tes yeux étourdissants

M'emportent au delà des paradis d'extases

VERS LES HAVRES AUX FRUITS D OR

Les fleurs au cou de cygne ont let lacs pour miroirs*

Victor Hugo.

O l'Endormie en une terre de magie !

Tu ne te souviendras de notre nuit silencieuse

Jadis sur la terrasse ouverte au jardin cher,

Ni de la lune mélodieuse.

Et de ses perles en jets d'eau par les brumes d'hiver>

Des fleurs étranges et captieuses

En l'ardeur d'arômes mystérieux

Mouraient vers la lune mélodieuse

Sous la brume de la lune

Vers la terrasse où nous étions penchés au jardin clair

Que fleurissaient d'étranges fleurs en cet hiver»

Cette nuit, de ta chère présence abolie.

Le glacial terroir d'hiver vrai se dénude,

Et des fleurs seules de ta chère présence abolie

VERS LES HAVRES AUX FRUITS D OR

Et le sol fut de glace où la bise courait

Et ta présence dont la douceur m'attirait

Ne me fut plus qu'un leurre I

Et par les nuits et dans les nuits de l'année

Mon âme se souvient de tes jardins et pleure

Vers ton âme d'amour, Ame prédestinée 1

Mais sous la lune mélodieuse

Où tu éludes Tétreinte de mon désir,

Magicienne trop oublieuse,

De la brume et de la lune en la nuit silencieuse

Sur la terrasse d'illusoires délices

Et de ta mauvaise magie

Tu n'as gardé nul souvenir,

O l'Endormie en un terroir de maléfices I

VERS LES HAVRES AUX FRUITS D OR

Nos yeux veulent voir les grands mirages aveuglants,

Et, las de la vie et de ses landes monotones.

Se perdre aux vallons sans fin des astres ruisselants :

D'étranges forêts et l'orgueil fauve des automnes Encadrent des lacs pensifs assoupis dans le soir Aux vagues baisers épars des lentes argémones ;

Le long des fleuves, des palais comme en un miroir Isolent leurs onduleux reflets de dômes et d'arcades En plein ciel dressés, et que nul jamais n'a pu voir;

Vers les villes d'or où vivent de fières peuplades .A qui les soleils du feu de leurs rayons sanglants Allument le cœur et les regards, nos yeux malades,

^os yeux veulent voir les grands mirages aveuglants.

Toujours l'éternel fardeau des réalités vaines

Opprime l'essor de nos rêves ambitieux,

Un sang glacial fige la fièvre dans nos veines.

VERS LES HAVRES AUX FRUITS d'oR 35

Giunto mi vidi ove mirabil cosa Mi torse il viso.

Dante Alighieri.

Sur le basalte, au portique des antres calmes, Lourd de la mousse des fucus d'or et des algues Parmi l'occulte et lent frémissement des vagues S'ouvrent en floraisons hautaines dans les algues Les coupes d'orgueil de glaïeuls grêles et calmes

Le mystère où vient mourir le rhythme des vagues Exhale en lueur de longues caresses calmes Et le rouge corail où se tordent des algues Étend à la mer les bras sanglants de fleurs calmes . Qui mirent leurs reflets sur le repos des vagues.

Et te voici parmi les jardins fleuris d'algues En la nocturne et lointainç chanson des vagues. Reine dont les regards pensifs en clartés calmes Sont de glauques glaïeuls érigeant sur les vagues JLeurs vasques aux pleurs doux du corail et des algues.

VERS LES HAVBES AUX FRUITS d'oR ÎJ

Voici venus ces Barbares, horde farouche !

Qu'annonçaient en tremblant les chants de tes devins ; Lourds d'orgueil, assoiffés de sang, ivres de vins, O Reine, ils souilleraient ton palais et ta couche;

Garde-toi du réveil I — Le combat en grondant A couché tes guerriers sur le gravier des rives Et déjà les vainqueurs entraînent leurs captives Les vierges qu'ils vont vendre aux rois de l'Occident.

Si tu ne veux les suivre en gémissant comme elles. Ne t'en viens plus des pays roses où tu vois, Aux baisers des Kinnors célestes et des voix. Lys glorieux, rosir les candeurs éternelles ;

Ne t'en reviens plus vivre aux vergers d'ici-bas ; Tu n'y cueillerais plus de fruits saignant aux haies Ni de fleur folle qui fleurisse aux roseraies; Et le chœur des jeunes femmes aux nobles bras,

Parmi le vol léger du papillon qui rôde Sur leurs lèvres plus suaves que d'autres fleurs Et mire aux lacs de leurs yeux tendres les couleurs Riches de son manteau d'opale et d'émeraude,

VERS LES HAVRES AUX FRUITS d'oR ' 3 g

J'aî rompu h pouvoir des mauvais sortilèges !

J'avais erré parmi les brandes et les plaines

Sans ombre d'arbre et sans onde pour y boire,

Par les glaciers sous Tavalanche et par d'âpres moraines

Vers le mirage des vergers illusoires,

Et verSf Tespoir aussi des caresses prochaînes

Pareilles aux fruits doux parfumant mon désir*

Mais les bras souples des femmes au corps blond

Mes mains ne les ont pu saisir

Ni mes lèvres baiser leurs chevelures ni leurs lèvres.

Et je restais ce vagabond

Vers un songe sans but d'impossibles blandices :

Nulles douceurs, nulles délices

A ces fruits dont la chair

Aux rivages rêvés des lacs du jardin cher

Mirait en mon âme la joie

D'un or chanteur s'ofFrant en des frissons de soie.

VERS LES HAVRES AUX FRUITS d'oR 4I

Nos cœurs hautains ont fait leur moisson de fleurs fauves ; Nos yeux fous agrandis de joie ont allumé Des brasiers d'éperdus baisers I... d'où sortent sauves Nos âmes calmes enfin d'avoir tant aimé I

Quand l'acier du dédain a durci ta prunelle, — Devant moi triste tu riais au bord des flots — Ta lèvre douce, ta voix riche et fraternelle, Fut rauque de mépris heurté par des sanglots.

Et je voulus prendre tes mains dans mes mains lasses. Et supplier, baiser les bagues de tes doigts, Mais tu te redressas noble en gestes fugaces. Ombre vaine parmi la vaine ombre des bois.

Et je m'en vins le long du fleuve par la berge Au soleil sans ombre d'orme ou de peuplier, Vers le seuil bienveillant et la nuit dans l'auberge. Mais le repos requis n'a rien fait oublier.

Toujours je rêve en mes songes d'images veules. Parmi le lourd regret des bonheurs épuisés, Que je m'en viens encore à travers les éteules Vers la terrasse et vers l'automne des baisers 1

Sous les neiges de la fabulense Thaïe.

J'ai lu le sort écrit dans l'azur constellé.

Pierre Quillard.

— « Je t'ai connue avec ton rire et les embûches

Toujours les mêmes de tes yeux et tes baisers,

O l'Endormie en ce terroir glacé

Qui défaillis aux lassitudes proches,

Pour les caresses de mes doigts et les baisers,

O TEndormie en Teffroi lourd de mes baisers.

Je f ai connue avec ton rire et les promesses De la candeur de tes yeux doux, et tes baisers, Reine dormeuse au bord des flots que j'ai passés Sous la tempête avec l'orgueil de mes prouesses. Et tu t'offris victime à Thorreur des baisers

Reine dormeuse, morte en paix à nos baisers.

Et partout je te connus à ton rire, au piège Où m'attiraient tes yeux prometteurs de baisers. Par les jardins de l'Atlantide ou sous la neige Des ultimes Thulés que la bourrasque assiège, Tu fus la forme surgîe et l'offre de baisers Des futiles amours et des banals baisers. »

VERS LES HAVRES AUX FRUITS d'oR 43

Je me promène seul dans l'horreur des forests Où le funeste orfraye et le hibou se perchent.

Th£ophile«

Je fus le banneret que nul désir n'émeut.

Jadis en l'île orientale

A l'ombre de lentisques frais aux parfums de nonchaloîr

Sur les terrasses d'un somptueux manoir

De granit rose et de marbre noir,

Bardé d'or clair, gemmé d'yeux fauves par le soir,

Jadis en mon île natale

Je fus le banneret que nul désir n*émeut.

Je fus le banneret lassée que nul espoir ne tente, Ni les seins tendus dans les brumes d'autrefois Vers mes lèvres que nulle chair n'affame.

Ni le fracas des gloires par quoi se proclame Le héros qu'un orgueil en ses triomphes enflamme ; Je ne courus ni vers les guerres, ni vers la femme, "Qui m'appelaient avec leurs décevantes voix t Je fus le banneret lassé que nul espoir ne tente.

VERS LES HAVRES AUX FRUITS D OR

Aux glaçons du Nord que je hante — tel un spectre I Je suis le banneret banni de son manoir natal.

En mon âme d'ennui jamais ne s'élève

Le désir d'un désir ni le rêve d'un rêve,

Et j'ai fui le soleil aux lambris du manoir,

Vers le Nord ea l'espoîr d'y trouver quelque espoir

Loin des appels de femme ou de futiles gloires

Où mordre aux fruits furtifs de vergers illusoires.

En dépit de l'exil aux mirages d'espoir

Loin des fêtes et des splendeurs de mon manoir,

Dans mon àme d'ennui jamais ne s'élève

Le désir d'ua désir ni le rêve d'un rêve I

■:mi

Le retour au manoir

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