II. 145; Patr. lat. LXXXIX, 406.) XCIX
4" Enfin il n'est pas impossible que le Confessionale et le Poenitentiale proprement dit renferment quelques parties plus anciennes provenant d'une traduction faite par Egbert. (Haddan and Stubbs, p. 414-415) ; mais en aucun cas ces deux ouvrages, tels qu'ils nous sont parvenus, ne sauraient être mis en avant, dés qu'il s'agit de se rendre compte d'une opinion personnelle d'Kgbert.
(1) Patr. lat. XC:iV. G63 sqq.
(2) Labbe, Concil. VI, .578.
DE LA TRADITION GRÉGORIENNE . Sg
suivie dans les Églises d'Angleterre ? Sur quelle autorité est-elle fondée ?
Voici la réponse : a Pour les Quatre-Temps du premier mois (de « mars), les saints Pères les ont fixé à la première semaine, en dehors <( du Carême ». Mais la coutume anglaise est différente, h Nos autem... Quant à nous, dans l'Église d'Angleterre, nous les célébrons (( toujours dans la première semaine du Carême ». Pour justifier cette divergence, quoi de plus naturel que de mettre en avant l'autorité de saint Grégoire et les livres liturgiques reçus de lui par saint Augustin, s'il v en avait ? Et pourquoi n'y en aurait-il pas eu, puisque M. Gevaert admet que saint Augustin introduisit en Angleterre u le chant ecclésiastique d'après l'usage contemporain de Rome ? )) (p. 65).
Cet appel aux livres et à l'autorité de saint Grégoire est si naturel que, du vivant d'Egbert, le concile de Cloveshoe ayant à établir, comme on l'a vu, une règle uniforme pour la célébration des Quatre-Temps, se trouve amené, tout comme Egbert, à donner comme règle à suivre « l'exemplaire conforme au rite de l'Église romaine » (').
Au commencement du XI^ siècle, les Pères du concile d'Aenham répétaient à ce même propos : « Qu'on observe les jeûnes des Quatre- <( Temps appelés Ember-days, et tous les autres points, comme <( saint Grégoire les a imposés à la nation anglaise » (^).
Pour le second jeune, celui de juin, il y a encore des divergences : plusieurs le font avant la Pentecôte, quand cette fête est tardive. L'Église d'Angleterre a déjà notre pratique actuelle. Egbert l'appuie, non seulement sur les recueils grégoriens qu'on a en Angleterre, mais sur ceux-là mêmes qu'il a vus à Rome. Quoi de plus naturel encore ? N'avait-il pas été à Rome avec son frère Ecgred ? (f) N'y avait-il pas été promu au diaconat ? Quand Bède engage Egbert à
(i) (c Nec ullatenus in eiusmodi discrepent observatione. sed secundum exem- <t plar, quod iuxta ritum Romanae ecclesiae descriptum, studeant celebrare » (Labbe, Concil. VI. 1578).
(2) « Et ieiunia quatuor temporum (quae Imbren vocant) et cetera omnia, prout sanctus Gregorius genti imposuit Anglorum, conservantur » (Labbe, IX, 792),
Dans un autre exemplaire, ce décret est conçu en des termes qui permettent de constater la différence d'usage déjà remarquée par Egbert :<( Ieiunia vero qua- « tuor temporum nos observare oportet, ut sanctus Gregorius nobis constituit ; /( quam\is aliae gentes aliter exercuerunt » (Ibid. 800).
{^) Patr. lat. XCIV. hù- not. a.
faire son possible pour encourager l'usage de la communion fréquente, il ne manque pas de lui dire : « Rappelez-vous ce que « vous avez vu pratiquer dans la sainte et apostolique Église de « Rome, quomodo ipse in sancta Romana et apostolica Ecclesia « Jîeri vidisti » (^). Et personne ne s'en étonne. Egbert lui-même atteste ce qu'il a vu à Rome, et on crie au faussaire !
C'est que, d'après M. Gevaert « la mention d'un Antiphonaire « grégorien réputé autenthique, et déposé ad limiiia Apostolorum « nous transporte en plein à l'époque de Jean le Diacre ».
Pas tout à fait, puisque Amalaire, antérieur à Jean Diacre, Amalaire élevé à l'école d'Alcuin, disciple lui-même d' Egbert, nous a parlé lui aussi de 1' « Authenticiim Gregorianiim ». Et puisque, à la tin du IX^ siècle, on avait à Rome la prétention de conserver avec respect un exemplaire réputé authentique du fameux Antiphonaire, cette prétention et ce culte ne sont- ils pas, après tout, plus faciles à concevoir de la part des Romains du commencement du VlIJe siècle ?
Nous n'avons donc pas ici « un document isolé » ; ses titres à passer pour « suspect » n'existent plus, grâce à la critique moderne. Restent les « textes inattaquables », réunis par M. Gevaert, pp. 63- 66, et contre lesquels, paraît-il, le témoignage d'Egbert ne peut prévaloir.
Que disent ces textes ? D'abord, que saint Augustin et ses compagnons entrèrent à Cantorbéry en chantant une antienne qui fait partie de l'Antiphonaire grégorien dans toutes les éditions (^). Il n'y a point là, j'imagine, de quoi renverser notre tradition.
Quoi encore ? Que la connaissance du chant romain ne s'étendit que graduellement, avec les progrès mêmes de la foi, de la métropole de Kent dans les provinces du Nord ; que pour procurer l'uniformité désirée et restaurer les traditions trop vite oubliées, des personnages très versés dans la théorie et la pratique du chant vinrent tout exprès à diverses reprises de Rome ou de Cantor-
(1) Paty. lat. XCIV, not. a.
(2) c( Fertur autem quia adpropinquantes civitati, more suo cum cruce sancta. K et imagine magni régis D. N. Iesu Christi. liane laetaniam consona ^■oce « modularentur .• Deprecamiir te, Domine, in oiniii misericordiatita. itt aitferatur « fiiror tiiiis et ira tua a civitate ista, et de domo sancta tua, qiioniam peccaviwus. « Alléluia •>■> (Beda, Hist. eccles. I. 25 ; Patr. lat. XCV, 56. Cf. Tomasi, Opp. t. V, p. 114, 175, not. 2, p. 23o, 286 ; Patr. lat. l.XX\'IIl, 684).
béry ; que l'un d'eux, Jean, préchantre de Saint-Pierre, se donna même la peine de tracer de sa main la copie complète de ce qu'il fallait lire et chanter aux différents offices de l'année, suivant l'usage de la Basilique Vaticane ; que les Pères du concile de Cloveshoe prescrivirent de se conformer pour les chants de la messe à l'exemplaire qu'ils tenaient de Rome ('). Qu'y a-t-il dans tout cela sinon du négatif, purement du négatif, comme le montre la forme même des deux conclusions tirées par M. Gevaert de ces « textes inattaquables » ?
Malheureusement, rien n'est plus attaquable que ce genre d'argument basé uniquement sur le silence : une phrase, un seul mot suffit pour le renverser. Or, dans le cas présent, ce mot a été dit, et bien dit par Egbert d'York.