SUBSTITUK PAR M, GEVAERT A LA
LE lecteur connaît déjà, sans doute, les traits principaux du système proposé par M. Gevaert.
Après avoir rejeté comme une « légende » sans fondement, le rôle attribué à Grégoire I^r par la tradition, il s'efforce d' « expliquer rationnellement la formation graduelle des cantilènes de l'Eglise latine, au moyen d'une « analyse critique, très approfondie, des mélodies grégoriennes ».
Avant tout, il constate dans l'origine et le développement de la cantilène latine, une influence syro-hellénique bien marquée. Il fixe ensuite la date initiale de la période productive à l'année 425, et sa date finale aux environs de l'an 700. Puis il divise cette longue période en deux époques : celle du chant simple (42 5-552), et celle du chant orné (552-700). Dans cette seconde époque même, il faut descendre assez bas avant de pouvoir admettre la simple possibilité de recueils de chants fixés par l'écriture : car il ne peut être question d'un commencement de notation musicale avant le milieu du VII'^ siècle. C'est parmi les prêtres et moines syriens réfugiés en Italie^) après la conquête musulmane (638), qu'il faut chercher les auteursr des répons de l'office nocturne et des chants propres de la messer^ Mais les promoteurs principaux de la musique de l'Église appartiennent, selon toute probabilité, à la période des papes helléniques de 678 à 752. Agathon (6yS-6Si) paraît avoir réglé ou, du moins, fixé définitivement le Responsale, recueil complet des chants destinés à l'office des heures. On 7î' hésite pas à voir dans le pape Sergius I^r (687-701) l'inspirateur des derniers travaux du Graduel romain.
5o EXAMEN DU SYSTÈME DE M. GEVAERT
Entin au Syrien Grégoire III échut, selon toute vraisemblance, la tâche de coordonner et de réunir tous les chants de la messe dans le Liber Antiphonarius devenu notre Graduel d'aujourd'hui. Plus i/ tard, la haine du peuple romain contre les Grecs iconoclastes aura porté les annalistes du IX^ siècle à faire honneur au premier Grégoire, le grand pape d'origine italique, du travail accompli par ses successeurs helléniques.
Telles sont bien, si je ne me trompe, les parties constitutives du système de M. Gevaert. Comme on a pu de suite le remarquer, elles ne paraissent pas avoir toutes la même portée, ni surtout la même valeur. Il y a parmi elles différents points qui ne semblent attaquer en aucune façon la thèse grégorienne ; d'autres, au contraire, sont en opposition directe avec elle. Quelques conclusions se présentent étayées de preuves dont il faudra sérieusement examiner la valeur ; d'autres consistent plutôt en simples affirmations, résultant d'impressions personnelles, de vraisemblances, de probabilités, de conjectures (^) : on n'exigera pas que je m'y arrête d'une façon démesurée. Entin quelques considérations pourront être fondées, d'autres le paraîtront moins. Je me propose de les examiner tour à tour, insistant particulièrement sur les premières, afin de les mettre en lumière, et même autant que possible, de les compléter et de les élargir par de nouveaux aperçus.
En terminant, j'essayerai de tracer, à mon tour, une « esquisse historique », en m'appuyant d'une part sur le fait bien établi de l'origine grégorienne des recueils de chant romain, de l'autre sur ce qui aura subsisté du procédé analytique de M. Gevaert, joint aux indications résultant de l'étude qne j'ai faite moi-même de la question. Peut-être de la sorte réussirai-je à éviter les ennuis d'une critique purement négative.
I. — L'influence syro-hellénique sur l'origine et le développement de la cantilène latine.
M. Gevaert constate « que l'Orient devança les pays occidentaux (! dans l'organisation du chant liturgique » ; que « dès la première
(i) C'est peut-être ce qui a porté le P. Grisar. dans un compte-rendu inséré dans la revue d'Inspruck (Zeitschrift fiir Kathol. Théologie, II Quart. i8go, p. 378), à appeler le système de M. Gevaert une aprioristische Konstruction. Â
EXAMEN DU SYSTEME DE M. GEVAERT 5l
moitié du IV*^ siècle, l'Église syrienne possédait des chantres attitrés ». Un peu plus loin, il admet comme « chose probable » que l'Église de Milan et celle de Rome s'approprièrent les mélodies des chantres d'Antioche. « Ce qui est certain, » ajoute-t-il, <( c'est que la musique (' chrétienne, comme la peinture primitive des catacombes, prit (( dans l'art profane ses formes et ses motifs, en ayant soin toutefois <( d'éviter les modes et les accents qui auraient pu rappeler certains « cultes licencieux, ou des spectacles expressément condamnés par <( l'Église ».
Il n'y a rien là, ce me semble, qui, bien compris, ne soit également bien fondé. Pour ce qui est, en particulier, de l'influence de l'Église syrienne sur le chant romain, elle ressort maintenant mieux que jamais de la Peregrinatio Silviae éditée par Gamurrini. Ce document, venu merveilleusement à son heure, permet de soupçonner un fond de vérité dans la tradition signalée fort anciennement déjà par saint Grégoire, dans sa fameuse lettre à l'évêque^ Jean de Syracuse, au sujet du chant de Alleltiia à la messe, emprunté par l'Église de Rome à celle de .lérusalem au temps de Damase et de Jérôme (').
Seulement, à côté des morceaux inspirés de l'art profane, peutêtre y aurait-il lieu de faille entrevoir la part possible qui revient à l'élément juif {^). On sait que les dernières études, notamment les travaux bien connus de M. Bickell, et ceux plus récents du Dr Gasquet dans la Dublin Revieiu, tendent à démontrer l'existence d'une relation assez^étroite enjre le rite du sacrifice chrétien et les pratiques deja loi judaïque : qui sait si pour le chant aussi il n'yj aura pas eu dès l'origine quelques traditions reçues de la Syna-/ gogue ? La chose est d'autant plus croyable que c'est précisément* dans la communauté chrétienne de l'ancienne capitale de la Judée, que nous trouvons la première et la plus magnifique éclosion du service liturgique avec ses fonctions et ses chants d'une richesse qui ^
(i) « Nam ut alléluia hic diceretur, de lerosolymorum Ecclesia ex heati « Hieronymi traditione tempore beatae memoriae Damasi papae traditur trac- « tum » (Lib IX, Ep. 12 ; Patr. lat. LXXVII, g56).
(2) « Relativement au chant de l'Église,... il y aurait d"abord à constater les liens qui le rattachent au passe musical hébreu et gréco-romain » [Paléographie musicale des Bénédictins de Solesmes. t. I, p. 33). « La plupart de ces mélodies « furent l'œuvre des premiers chrétiens ; plusieurs sont de l'antique synagogue » (Bami, Mémoire sur la vie et les œuvres de Palestrina, cité par Dom Pothier, Mélodies grégoriennes, i'"'^ édition, p. 25g).
n'a probablement jamais été dépassée. Pour citer un exemple, M. l'abbé Duchesne ne craint pas de trop s'avancer en affirmant à diverses reprises que a les chants de psaumes intercalés parmi les lectures de la messe remontent à la même antiquité que ces lectures elles-mêmes a et qu'ils ?ious viennent en droite ligne du service « religieux des sj/magogiies juives » (^). Comment mieux expliquer, que par l'immixtion de ceFeTément hébreu, l'influence « sémitique » dont M. Gevaert croit de son côté découvrir des traces dans les cantilènes de l'Église latine ?
Voilà pour l'origine : mais l'auteur annonce dès le principe qu'il 'aura à constater à plusieurs époques l'influence de l'Orient sur le développement de la cantilène latine. De fait, c'est en grande partie sur les résultats réels ou supposés de cette influence qu'il se base pour attribuer plus loin à quelques papes d'origine hellénique le rôle refusé à saint Grégoire le Grand.
Mais, il ne faut pas l'oublier, saint Grégoire, quoique latin de naissance, avait été élevé dans un milieu où l'élément grec et l'élément latin se compénétraient encore assez fortement ; il avait dans la suite séjourné sept ans à Constantinople en qualité d'apocrisiaire ; enfin, comme innovateur liturgique, il eut précisément à subir le reproche d'avoir imité les Grecs, ce dont il ne se défendait qu'à moitié, protestant que a ce serait folie de mettre la primauté à dé- (( daigner d'apprendre ce qu'il y a de meilleur ». Je ne vois donc aucune nécessité de descendre après Grégoire I"', pour trouver l'explication de l'influence hellénique sur le chant romain.
Bien plus, je crois pouvoir affirmer que sous les papes helléniques l'influence grecque se fit sentir d'une tout autre façon que sous leurs prédécesseurs. S'il v a du grec et de l'oriental dans le fonds ancien et primitif de l'Antiphonaire grégorien, cet élément exotique y apparaît déjà comme naturalisé, il a fortement subi l'influence de l'Occident : il a, en particulier, revêtu ce caractère de p^)ndération et de sobriété, signe de vigueur et de santé morale, qui se perdit si tôt à Constantinople après la grande époque des Pères grecs du IV^ siècle. En somme, à part peut-être quelques rares antiennes dont la date d'introduction est encore douteuse, tout, dans ce fonds primitif / forme un ensemble bien homogène et parfaitement adapté au caractère latin. Qu'on prenne, au contraire, les pièces introduites à Ro-
(i) Origines du culte chrétien, p. 161.
me sous les papes helléniques : tout v reste grec, non pas seulement pour le thèrrte^mélodique, mais jusque pour les paroles qui sont ou une simple traduction du grec, ou même tout à fait grecques, et dont le genre, en tout cas, tranche à première vue sur les parties plus anciennes du répertoire romain. Il n'y a pas de terme de comparaison pour les morceaux de la messe proprement dits, ainsi qu'on l'a vu plus haut : mais le Trisagion et l'antienne Crucem tuam du Vendredi-Saint, mais la plupart des chants de l'ottice de l'Exaltation de la Croix et de la Nativité de la Vierge, introduits à l'époque des papes helléniques, ainsi que les antiennes de la procession de la Chandeleur, qui datent certainement du pontificat de Sergius I^r, tout cela est grec, du grec le plus cru, que l'œil tant soit peu exercé discerne sans peine entre les nombreuses compositions comprises dans les recueils grégoriens.
Je comparerais volontiers ces deux phases différentes de l'influence orientale sur le chant liturgique de l'Occident, à la gradation analogue que les grammairiens constatent relativement à l'admission des mots grecs dans la langue latine. Avant Cicéron « ces mots (( reçoivent droit de bourgeoisie latine, mais à la condition pour « eux de revêtir le costume latin ; ils se déclinent et s'accentuent à (( la manière latine ». De Cicéron à Auguste, « les mots grecs usités dans le latin commencent à se décliner à la manière grecque » , mais (( l'accentuation grecque ne leur est pas encore régulièrement donnée ». Enfin, à partir d'Auguste, (( les mots empruntés au grec se déclinent et s'accentuent à la manière grecque » ('). Le langage du romain s'est affaibli aussi bien que son caractère : il n'a plus assez d'énergie vitale pour imposer ses lois à l'élément étranger qui l'envahit.
Le même phénomène semble s'être reproduit dans le développe- /ment du chant ecclésiastique. L'art occidental, jeune, vigoureux et [plein de sève à ses origines, ne s'approprie les formules orientales; qu'en leur imposant la tournure et les allure» qui conviennent au ^ génie latin. Mais à mesure que la vitalité s'amoindrit, les emprunts serviles se multiplient : lorsqu'ils sont devenus la règle à peu près absolue, c'en est fait de la productivité originale. Or, comme on l'a vu, c'est là qu'on en était arrivé sous les papes helléniques de la seconde moitié du VI l^ siècle.
(i) D. Pothier. Mélodies grégoriennes, p. loq-m
II. — La date initiale assignée à la période productive de l'art liturgique.
M. Gevaert désigne « l'année 425 comme date initiale de la pé- « riode de création musicale qui donna naissance à l'Antiphonaire (( romain » .
Il base cette donnée sur le passage suivant de la notice du pape Célestin l^"' (422-432) ,au Liber Pontijicalis :
(( Hic constituit ut psalmi David CL ante sacriticium psalli anlephanatim ex omnibus, quod ante non fiebat ». (^) (Duchesne. t. 1, p. 23o).
Il parait que l'autorité de ce texte pourrait fournir matière à discussion, puisque, d'après M. Gevaert, le Liber Pontifîcalis « n'a (( une véritable valeur historique qu'à partir du pontificat d'Hor- (( misdas (5 14-323) », postérieur d'un siècle à celui de Célestin.
Je n'ai garde d'insister : mais ce qui est certain, c'est que ce passage, comme l'avoue M. Duchesne, est en soi « assez obscur » (^), et, de fait, a donné lieu à plusieurs interprétations fort différentes les unes des autres. Jusqu'à nos jours, les liturgistes y ont vu la première mention relative à l'introduction de l'Introït, lequel était généralement pris des Psaumes. M. Duchesne dit : u II faut voir ici le commencement de ce que nous appelons l'Office divin », l'introduction du chant du psautier dans le service religieux public [Lib. Pont. 1. 23 1). L'une et l'autre explication suscite de sérieuses difficultés, mais surtout la seconde. En serrant le texte de plus près, et en comparant l'Introït romain avec celui de Milan, j'arrive, pour ma part, à une autre conclusion qui me paraît plus satisfaisante.
U Ingressa milanaise, comme le MovoyEviQç byzantin correspondant à l'Introït romain se composent d'une simple antienne sans verset de psaume. A*Rome, au contraire, « cette antiphone com- (( portait le chant du psaume entier ou au moins de plusieurs verce sets ; on ne s'arrêtait que quand le pontife était parvenu à l'autel » (Duchesne, Origines, p. i55). Je propose donc de voir dans le texte du Pontijicalis l'origine de la pratique particulière de Rome sur ce
(i) Les mots aiitephanativi ex nmnibus ne font pas partie de la rédaction pri mitive (Duchesne, 1, 88).
(2) Origines, p. loc).
point de détail : une ordonnance de Célestin I^r établissant le chant alternatif d'un psaume, conjointement avec l'antiphone primitive destinée à accompagner l'entrée du célébrant (').
Quoi qu'il en soit du sens à donner à ce passage, il semble assez facile d'établir que dès le IV*^ siècle la plupart des chants actuellement en usage à la messe existaient, soit à Rome même, soit dans les grandes Églises en étroite union avec Rome, Mettons d'abord le Graduel hors de cause : personne n'a jamais sérieusement contesté son antiquité. Pour l'Introït, il existait évidemment avant Célestin, si l'on admet que ce pape ne fit qu'ajouter le chant alternatif du psaume à l'antienne primitive. De plus, il y a encore aujourd'hui dans la liturgie romaine au moins deux introïts qui ne peuvent guères être postérieurs à la fin du IVe siècle : celui du mardi de la Pentecôte Accipite iocunditatevi, et celui de la messe des Défunts Requiem aeternam. Ils sont empruntés l'un et l'autre au IV^ livre (apocryphe) d'Esdras(II, 36-37, -^4-35) : or, on sait que l'autorité de ce livre n'a pas eu de partisan après saint Ambroise (^). Si l'on a conservé religieusement ces textes et plusieurs autres venant de la même source (^), à côté des pièces tirées des livres canoniques, et sur le même pied, il est naturel de l'attribuer à leur antiquité et au
(i) La seule objection qu'on puisse faire contre l'explication donnée ici, c'est que la suite du texte de la notice de Célestin marque expressément qu'avant ce pape la partie préparatoire au sacrifice comportait simplement les lectures empruntées aux Pupitres de saint Paul et à l'Évangile, « nisi tantiim epistula beati Failli recitabatiir et sanctum Evangelhnn ». Si l'on veut prendre ce texte dans toute sa rigueur, on arrivera à conclure que les chants de psaumes entre les lectures n'existaient pas encore à l'époque de Célestin, ce qui est faux évidemment (v. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. it5i). Ensuite, il est clair que cette glose de la chronique papale provient de la lettre apocryphe de Damase à Jérôme, dans laquelle le premier se plaint de ce que le service dominical se réduise à la simple récitation de quelques lectures, <( quia tantae simplicilatis mdago est, (c uttantiim in die dominica Apostoli epistula iina recitetur, et Evangelii capitu- « linn unum legatur, et nec psallentium vox ulla aiiditur » (Migne, XIII, 440), J'ai corrigé le texte sur un ms. de la Bodléienne, Cod. Canonici {Patr. lat. 88).
(2) (c In ecclesia graeca iam m saec. oblivioni dari coepit, atque excepto « S. Ambrosio alter in latina non invenitur, qui illum in honore habuerit » (Cornely, Introd. in V. T. libros, tom. I, p. -ioS).
{^) Par exemple, le verset alléluiatique Crastina die de la vigile de Noèl (IV Esdr. XVI, 33); le graduel Requiem (II, 34-35); le répons et l'antienne Lux perpétua, des Martyrs au Temps pascal (II, 35) ; le passage Modo coronantur etc., d'un répons de l'office des .\pôtres (II, 4?).
respect de celui qui les avait d'abord introduits dans l'usage liturgique.
Pour V Alléluia, si l'on pouvait se fier à la tradition attestée plus haut par saint Grégoire, l'Église de Rome aurait emprunté à celle de Jérusalem, au temps de Damase et de saint Jérôme, l'usage de le chanter à la messe. Une chose est certaine, c'est qu'au V^ siècle on le chantait déjà à Rome à toutes les messes du Temps Pascal (^), tandis qu'à l'origine, paraît-il, on avait commencé par le chanter seulement le jour de Pâques {^).
Saint Grégoire en étendit l'usage à tous les dimanches et à toutes les fêtes de l'année en dehors même du Temps Pascal : ce qui lui valut les reproches de quelques Siciliens qui lui en voulaient d'autoriser ainsi par son exemple une pratique empruntée aux Grecs. Grégoire se justifia en disant que s'il avait appliqué plus largement la tradition reçue primitivement de l'Église de Jérusalem, il n'avait pas été cependant aussi loin que les Grecs, il avait plutôt'retranché quelque chose. En effet, le rit grégorien supprime Y Alléluia dès le dimanche de la Septuagésime, tandis qu'en Espagne, comme à Milan et dans la règle de saint Benoit, Y Alléluia se chantait jusqu'au premier lundi du jeune quadragésimal.
La tradition dont parle Grégoire n'aurait pas par elle-même une autorité suffisante. Il est trop à craindre qu'elle ne dérive, elle aussi, de la correspondance apocryphe entre Damase et Jérôme ('). Par bonheur, deux passages des œuvres authentiques de ce dernier nous mettent à même d'y reconnaître du moins, comme je le disais, un fond de vérité. C'est d'abord le reproche fait par le saint docteur à l'hérétique Vigilance d'enseigner qu' « il ne faut chanter Y Alléluia qu'à Pâques, Nunquam nisi in Pascha Alléluia cantandum » (+) : paroles qui, rapprochées du témoignage de Sozomène, supposent un changement de l'usage romain à cet égard.
Nous avons ensuite un passage peu connu d'une homélie dans laquelle saint Jérôme mentionne expressément l'usage suivi dans
(i) « Sive enim usque ad Pentecosten Alléluia cantetur, quodapud nos fieri manifestum est etc. » (loannes Diaconus, Epist. ad Senai-iiun, n. i3; Pair. lat. LIX, 406).
(2) <( Romœ quotannis semel canitur AUelaia, primo die Paschalis festivitatis » (Sozomène, Hist. eccl. VII. ig; Patr.gr. LXVII, 1475).
(■') Pseudo-Hieron. Epist. 47. n. 1 ; Patr. lat. XXX, 304.
(41 Contra Vigilanthtm. n. 1 ; Patr. lat. XXIII, 33.5.
EXAMEN DU SYSTÈME DE M. GEVAERT Sy
son monastère, de chanter les dimanches le psaume avec Alléluia entre les lectures de la messe. Voici ce passage :
(( In septimo vero (psalmo), qui et ipse sub alléluia cantatus est, « quia in illa alia dominica die lectus est psalmus sextus, et nos « prae aegrotatione interpretari non potuimus, etc. » (^).
Restent les chants de l'Offertoire et de la Communion, qui furent introduits à Carthage du vivant de saint Augustin (Duchesne, Origines, p. i65). Or, on constate en Afrique « une conformité presque absolue avec les coutumes de Rome » (ib. p. 83). On est donc fondé à dire que « le chant de la Communion, comme celui de l'Offertoire », doit remonter à la « fin du IV^ siècle environ » (ibid. p. 179).
Voilà, ce me semble, plus d'une raison de chercher un peu au delà du pontificat de Célestin I^r a les débuts du chant religieux à Rome )).