‹ Les véritables origines du chant grégorienChapitre 9 sur 22 · VII. — Amalaire de Metz (8i5-835) C · texte numérisé non relu

VII. — Amalaire de Metz (8i5-835) C

Amalaire est sans contredit le personnage qui a joué le plus grand rôle dans la fusion de l'élément grégorien avec les restes de liturgie gallicane ou gélasienne, de laquelle est sortie en substance la liturgie romaine en usage aujourd'hui. Il avait beaucoup voyagé, il avait été à Rome et à Constantinople : bref, c'est une autorité de très grand poids dans la question présente.

A propos de la mention faite par moi d'Amalaire dans mon premier travail, M. Gevaert témoigne sa surprise en ces termes (p. 82) : (( A moins que mon respectable contradicteur n'ait à sa disposition (( des écrits du diacre de Metz autres que De divinis officiis et De (( ordine Antiphonarii, je ne sais vraiment sur quels textes il pour- « rait étaver sa proposition » .

On a deviné juste. Je me suis, en etiet, beaucoup occupé de cet

(i) Dates de AL (îevaert.

intéressant personnage, et j"ai eu la bonne fortune de retrouver deux ouvrages de lui, inconnus jusqu'à ce jour : un homéliaire, et une première rédaction du De eccîesiasticis officiis, de laquelle il sera parlé plus loin.

Mais d'abord, atin d'éviter tout malentendu, je dois déclarer ici deux choses :

I" Mes études m'ont amené à constater jusqu'à l'évidence que la distinction entre les deux Amalaire, imaginée par Sirmond au commencement du XVII'-" siècle ('), non seulement n'a aucune raison d'être, mais devient complètement insoutenable en présence des documents réunis se rapportant à Amalaire. Personnellement donc, je n'ai aucun doute sur l'identité réelle des deux personnages. Mais comme je n'ai pas encore eu l'occasion d'en donner les preuves, et que la chose importe peu ou point du tout à la question présente, je continuerai à distinguer les deux liturgistes. Seulement, on ne m'en voudra pas, si quelque explication trahit çà et là ma conviction à cet égard.

2» Il faut savoir que jusqu'ici le public ne connaît guère Amalaire que par la vieille édition de la Bibliothèque des Pères, repro-^ duite dans Migne, t. CV. Les manuscrits, c'est certain, réservent plus d'une surprise ; on verra plus loin comment la plupart des copistes se sont permis de mutiler l'ouvrage d' Amalaire de Trêves, d'après les récriminations d'Agobard et de l'école de Lyon, supprimant tout ce qui pouvait déplaire à ceux-ci, et notamment les passages où était affirmée l'origine grégorienne des recueils romains. Il est bien difficile de croire qu'Amalaire de Metz, l'adversaire et plus encore la victime de l'école de Lvon, ait été traité avec plus de respect.

De fait, il a suffi à notre Mabillon d'examiner un manuscrit de Saint-Martial de Limoges, (-) pour v découvrir un dernier chapitre inédit du livre De divinis officiis dont personne n'a, que je sache, contesté, encore moins ébranlé l'authenticité. Or, ce fragment à lui seul renferme plusieurs endroits très précis à l'appui de notre thèse. Les voici dans l'ordre même qu'ils occupent dans le texte :

« Dinnysiiis ex monacho. item- « Parmi les moines élevés au pon-

« que Gregorius excellentissimus >, tificat suprême, on peut citer « memoria, gradiim apostolici a Denvs, et Grégoire d'incomparable

(i) De diiobus Amalayii.s. Opp. edit. Paris, i(3y6. IV, 641.

(2) Voir ï Avertissement placé en tête de cette troisième édition.

« culminis sortiti sunt : quorum « Gregorius inter cetera^ quitus « provexit Ecclesiam, Clericalis « officii maximus enituit institu- " tor )). (Mabillon, Veter. Analect. edit. in-f. Paris. 1723, p. y3j.

(( Necdum tainen tu m temporis « (S. Benedicti) totus ordopsallen- « tium in Psalterio et Antiphona- « rio ad liquiduvi in ordinem re- <( dactuni fuerat : quod postea « Gregorius papa excellentissi- <( 7nus. sanctaeque menioriae eius- <t dem sancti Benedicti strenuus « regularis observator, et monas- « ticae perfectionis imitator, stu- « diosissime ordinavit insiituticjne « Sancti Spiritus ». (Ibid. i)3-4).

« Nec vituperandi sunt, sedpo- « tius laudandi, qui Gregorianum « tenent morem ». (Ibid. 04^.

« Hinc et in authentico Grego- M riano tantum Alléluia et Glnria (f ad Missas tollitur (in natali In- « nocentuni) propter luctum ma- « truni sive Ecclesiae ». ( Ibid. ()6.

Cf. Amalar. De Ecoles. Offic. lib.

Page 1