CHAPITRE XIV, Le Printemps sous la neige
La vie avait repris son train normal, chez Leblanc.
dans ces pauvres Cœurs meurtris.
douceur, Quand on est encore plusieurs à S’aimer. :
Une dizaine de jours restaient À Edouard, avant de remonter à Montréal, subir. son examen.
ses journées avec Sa Sœur et sa mère, Marie-Louise et lui s'étaient Concertés
chers enfants.
Jeanne, Paul et les autres jeunes étaient en Vacances et se trouvaient à la Maison ; cela Ja distrayait et l’oc- Ccupaïit,
II faisait trés beau, et madame Le.
lanc, gardant les enfants, disait, Quand arrivait l'après-midi : Edouard, tu vas emmener ta sœur faire une promenade.
‘ Elle ne voulait pas que Marie-Loui.
se pérdit, à cause de son chagrin, ses belles couleurs et toute gaieté.
Accord touchant, Edouard et Marie- Louise Soignaient et distrayaient [eur mère, qui le leur rendait, à son tour,
Ils partaient alors et faisaient de longues marches, par les chemins de neige durcie, qui Craquent joyeusement sous les pieds.
ercice les faisaient revenir presque Sais; ils s’en apercevaient, et Chacun, tout en se Je reprochant Presque pour lui-même, en était heureux Pour l’autre.—Tous les deux n’en ressentaient Pas moins l’effet bienfaisant.
soir, après Souper, pendant que les enfants s’amusaient discrètement, On lisait et on Causait. Les premiers Soirs, il était certain sujet dont on ne
Une après-midi que sa sœur était occupée, Edouard Sortit seul.
Ï1 faisait un temps superbe. Debout
de la neige était infiniment attrayante.
Aux deux extrémités de l'Ile et partout, l’horizon blanchissait sous la neige,
Et sur la Poudre fine et mouvante,
Edouard descendit : et son long paletot noir se Profila sur l'éblouissant
Dee
De le voir marcher, Peuplait un peu ce Paysage d rien ne vivait.
° : Dans le villâge, taire Roy, un conf de son père. —Bonjour Edouard.
—Bonjour, monsieur Roy.” , —Ça va un peu mieux ?- —Ï1 le faut bien.
—Et chez vous ?
| —Tous sont au
il rencontra le
avait déposé son testament, —On m'a dit cela, E
—J'en connais la substance...
—Je me mets à vo Pour tout, ne ]’
de la
acquitter d’une un paquet sous le bras, ee et s’en retournait chez elle.
Blanche Coutu, dont on a dû deviner se les qualités de Cœur et d’esprit, À l’a.
je mitié que Marie-Louise avait pour elle
enait, comme
‘sur la route, hiver, où
rère et un vieil ami
ssi bien que possible, Ça ira encore mieux. is, sans doute, que ton pauvre père
s en prendre con-
aussi ay dévouement et à qu'elle avait se, dan
la sympa Marie-L
no-
ment noirs, sous La masse noire de « Elle avait l'air très ,
— Presque trop—et posée: Mais qua elle souriait, la tête en arrière, mo:
l'émail de s risette au soleil, jeunesse irrésistible
es dents faisas elle était d’un et
bonjour, monsieur Leblanc.
.——Bonjour, mademoiselle.
—Comment est Marie-Louise ?
—Bien, mademoiselle : je vous remercie,
5 —Vous vous Promenez ?
HS que tu aies le temps de t en occuper omme vous voyez: je prends Fe toi-même; ça me fera extrêmement l'air. Vous aussi, mademoiselle ? He Plaisir de faire cela en souvenir de Oh! moi, je suis sortie par afeee mon vieil ami. faire, dit-elle, en Souriant..
LES —Merci, monsieur Roy; au revoir. - Tout en Parlant, elle avait continué —Au revoir. à marcher.
Edouard 1 ’avait suivie, et ils se trouvèrent se Promenant côte à
Voulez-vous me permettre, dit-il, en désignant le Paquet qu’elle portaif ?
—Volontiers.
Et elle Je de faire une
N'est-ce Pas qu'il fait très beau, mademoiselle ? dit Edouard, désireux de ne pas laisser tomber la conversa.
tion, et Pourtant incapable de montrer £rand entrain.
Blanche com et eut pitié de Elle le fit
prit ce qu'il reéssentait son embarras.
Parler, le questionna ct
l'entretint tant et si bien qu'il était charmé et qu'il racontait tout ce qu'il savait de lui-même.
Ils arrivèrent chez la jeune fille.
Je n'ose pas vous prier de monter, dit-elle.
Et moi, dit-il, je n’oserais pas entrer.
—“Alors, ce sera pour une autre fois.
Au revoir, monsieur Leblanc; merci beaucoup.
Au revoir, mademoiselle :
en s’inclinant profondément.
Edouard ne parla à personne de sa rencontre. Dans le courant de la soirée il dit, comme par hasard, à Marie- Louise : il me semble que mademoiselle Coutu ne vient plus aussi souvent ?
—C'est à cause de toi, mon cher.
—Pourquoi ça ? Comment ?
—Elle suppose que j’ai moins besoin d'elle, quand tu es ici.
-—C'est me faire beaucoup d’hnneur; mais je ne voudrais pas te ;:tiver de sa compagnie.
—Et puis, il y a une autre raison.
—Laquelle ?
—Tu comprends qu’elle ne voudrait pas que les gens imaginent qu’elle vient ici pour toi, ni que tu le penses, toi-même.
—Par exemple! C'est à croire!
—C'est comme cela.
—Elle a bien tort.
—Oui; mais je crois qu'elle va venir ce soir; je le lui ai demandé: j'ai besoin d’elle.
—Abh !
—Es-tu content ?
—Je n'ai pas lieu d’être fâché.
Marie-Louise ne dit rien, mais elle jeta à la dérobée un tendre regard vers son frère, un regard de sœur ingénieuse et aimante. ;
À sept heures, Blanche arriva.
Elle dit bonsoir à Edouard et em- -brassa madäme Leblanc. Louise l’em- -mena- dans sa chambre, ‘où elles s’oc-
dit-il,
cupèrent de couture, jusque vers neuf heures, tout en causant amicalement et affectueusement.
Elles se complétaient admirablement bien et s'entendaient à merveille : Louise, blonde, un peu frêle, rieuse et aimante; sa compagne, plus forte de corps et de caractère quoique également tendre et affectueuse.
Simples, naturelles et bonnes enfants, toutes les deux pleines d'esprit et même quelque peu malicieuses.
Blanche apparut dans le boudoir, coiffée, habillée et prête à partir.
—Imagine-toi, maman, qu'elle ne veut pas rester à coucher avce. moi; je ne sais plus quoi faire pour la rete-
°nir.
Elle a, sans doute, se- raisons, dit madame Leblanc.
— Il faut absolument que je retourne à la maison. Viens me voir, à ton tour, Marie-Louise.
Edouard va vous accompagner, Blanche, dit madame Leblanc.
—Je vous remercie, madame: il n'est pas tard et les chemins sont bien sûrs.
—C'est plus prudent.
. —Mais, je ne voudrais pas déranger monsieur Leblanc.
--Ça ne me dérangefa pas du tout, mademoiselle.
—Alors, venez.
Il ne se le fit pas dire deux fois.
Comme la nuit était très sombre et qu'on voyait à peine le chemin, Edouard offrit son bras à sa compagne.
Elle y posa simplement la main ; mais, ä un passage difficile, elle dut s'accrocher à lui, pour ne pas tomber, et elle laissa ensuite son bras reposer sur le sien.
Ils parlèrent des événements douloureux de Noël. Elle le plaignit sincèrement et gentiment; il la remercia et lui dit tout ce qu'il lui devait, sur-
tout pour les bontés qu’elle avait eues
cé. Pense eur père, nfiniment *. Je ne onde que IX; Mais conseils ivation !
ip mon nnu me plus.
nen en- ; viens
ersité, d avec se; et ain.
ui fut , ins- > AVIre et nanvous
pour sure ions
lent ns, ups qui ou-
leur science sur le papier. Ils réondaient brièvement aux questions es étudiants, soit pour les renseigner, it pour leur dire qu'ils ne le pouaient pas, quand la question en était ne à laquelle l'élève devait trouver la éponse lui-même. L'un des examiateurs, cependant, s’arrêtait quelque ois devant un élève plus en peine que es autres, et, pour ne pas lui voir ronper plus longtemps son manche de plume, il lui soufflait un bout de réonse.
Assis loin les uns des autres, dans la
rande salle lumineuse, les étudiants e chômaient pas: ceux qui savaient e suffisaient pas à tout écrire, et ceux qui ne savaient pâs ne suffsaient pas, élas, à chercher.
Quelques-uns étaient allés, avant l'examen, à Notre-Dame-de-Lourdes et y avaient allumé des cierges qui brûleraient pendant qu'ils travailleraient ; d’autres, trouvant leur confiance ailleurs, trompaient la surveillance des examinateurs et devenaient, à ]’ ‘de de leurs livres de véritables puits de science.
C'était une ressource suprême ‘dont Edouard n’eût pas voulu. -
L'étudiant qui passait son examen près de lui, lui demanda ja réponse à une question. Qu'on le blâme si l’on veut, mais Edouard la lui dit, se gardant bien, par exemple, d'écrire autre chose que ce qu'il savait par lui-même.
Cette première séance prit fin; Ricard et Edouard se hâtèrent de s’éloigner pour aller dîner avant la seconde, qui commençait à deux heures.
Une lettre de Marie-Louise attendait Edouard, lettre qui ne pouvait mieux arriver, pour le distraire et l’encourager, 3
Marie-Louise écrivait :
Cher Edouard,
La maison, qui étiit si vide, hélas,
au jour de l’An, s’est encore agrandie,
depuis" ton départ. Hâte-toi de revenir, cher avocat : ta présence est, maintenant, celle que nous aimons le mieux.
Comment vont les examens? S'ils marchent comme nous te le souhaitons, tu n’auras pas grand’misère.
Veux-tu me dire ce que tu as fait à Blanche? Elle et toute triste depuis que tu es parti. 11 faudra que tu répares cela, quand tu reviendras.
Maman est presque bien maintenant : elle va tous les jours à l’église et je l'accompagne. Nous prions pour Papa et pour le succès de tes examens.
Tu ne nous quitteras plus quand tu seras reçu, et nous serons peut-être encore un petit peu heureux, grâce à toi. Nous aimerons tant maman et nous en aurons si bien soin, que sa douleur s'adoucira.
Mais ce ne sera jam:‘+ comme avant.
Pardonne-moi de ne: t'avoir parlé uniquement de tes exumens : ils doivent te tenir tant à cœur.
Passe-les bien et reviens vite, pour que nous nous aimions, tous ensemble.
Ta petite sœur qui t'aime et qui t'embrasse bien fort,
Marie-Lo. :,
Edouard passa par chez …icard:; et tous deux se trouvaient à l’Université à deux heures.
Les autres étudiants étaient aussi rendus ; mais, à la grande surprise de tous, on ne commençait pas.
Chez les examinateurs, grand émoi ; allées et venues précipitées et consultations mystérieuses.
Qu'est-ce qu'il y a donc, se demandait-on ?
L’appariteur passa.
Allez-vous ‘bientôt ouvrir la saile de l’examen, lui demanda-t-on ?
—Tout à l'heure : les examinateurs sont occupés. 2
—Mais est-ce que leur tâche ne
devrait pas être de nous examiner ?
Pas long; il y à quel. tats; et Ri que chose de Particulier, ,
ainsi qu’ à rent lire leurs noms sur Ja li:
—Qu'est-ce C'est ? ureux Il ya substitution de Personnes, Maintenant, c'est à la f leur dit-il, Confidentiellement. ‘xamen oral qu’on Procède, n est-on sûr, demanda Edouard ? étudiants entrent et Sort: fait une enquête, la file.
—Et si on découvre ce Qui en est ? A re qu'ils Passent, sec —Celui qui a Voulu se faire re du Bar Re Pour un étudiant et se i
reau leur administre. Je Présenter à sa ment d'office Place, pour Jui faciliter l'e i
» Qu'il a c Xamen, jra bonne '8née de main et..., ds Peut-être en Prison, avocats.
—C'est Sévère, Détails significatifs, On ne s’att: n ne peut toujours Pas approu. Plus à se félicite ver ça.
Je crois, en
FT, Comme après men de ] Université. Tou effet, que c'est ji œuvre de Charité qu’i
t de su une on est des COnCurrents— et des ad qu'il ne faut Pas en- Saires— dans la lutte Pour la vie. : Courager, dit finement Ri d. un Part et va de son côté, : Les étudiants rirent et attendirent ] ‘appellent ses affections et ses in Plus ou moins Patiemment. rêts.
L'enquête faite, on réconnut qu’il Le lien est brisé aVait réellement eu Personnification a copie du
s, Cependant, ont l’am S solide ; et c’ t ce qui expliqu Comme pièce à Conviction et l'ex- qu'’Edouard et Ricard Prirent amen se continua. la route du bureau u tél Cette Seconde séance était la dernié. he, pour annoncer ] ‘heureuse nouvel re de l’examen ; Chacun se mit à l’œu. le à leurs fami vre avec entrain, encouragé Par la hacun d'eux Prenait Je train, dans Pensée que c'était la fin, Quelques hey » Pour une destination e Edouard Y allait de si bon cœur différente. qu'il termina une demi-heure avant Th m'écriras, dit Ricard.” s tous les autres. — Oui; et Puissions-nous nous re. Il remit sa copie et Sortit, voir, le plu n examen de plus.
S tôt possible.
Il se Promena
it près de la porte de la salle ; Ricard
———___——— vint le rejoindre, CHAPITRE XVI.
—Ah ! mon bon, quelle délivrance ! ; Es-tu'satisfait 2 L'éternel refrain.
Oui, dit Edouard : je suis Passé.
—J'ai tout lieu de 1 aussi,
— Bonjour, mon € croire, moi i
absolument d
it le trop Plein de son Petit cœur Sensible que les ré. et aimant.
sultats officiels ne sont pas ‘COnnus. Ce Soir-là, Comme ;] descendait des Ils furent enfin Proclamés, ces résul- Chars, pâle, blond,
après avoir obtenu le titre tant convoité d'avocat, elle ne savait plus assez lui témoigner son affection.
Ne me mange pas, ma petite Marie- Louise, qu'il en reste pour les autres, dit-il, en souriant.
Madame Leblanc les attendait, à la maison, et des larmes de regret, de fierté et d'amour lui vinrent aux yeux, en pressant son fils dans ses bras.
On ne veilla pas tard : la fatigue et l'état de sensibilité nerveuse de chacun ne le permettaient pas.
Au milieu des félicitations, Edouard fit un bref récit des péripéties de l’examen, de l'attente et de l'annonce des résultat et le plaisir de la réussite.
Madame Leblanc se retira alors; et
es inté- bientôt, dans la grande maison, sur laquelle planait le souvenir de l’absent,
nt l'ami. la nuit bienfaisante apporta à tous le
explique sommeil.—A tous, sauf à Edouard.
\ II songea longtemps à la brune amie tél 4 de Sa sœur et se demanda ce qu’elle nouvel dirait en apprenant son succès. Et
dl ce fut en murmurant son nom qu'il s’endormit.
A Rien d'étonnant à ce qu'il fût avide
- d'amour et à ce que, au moment où 7 Blanche se demandait s’il pensait à el- À. le, il songeât, lui-même, à elle avec complaisance. Des chagrins comme celui que lui avait causé la mort de son père sont adoucis par l’amour d’une mère et l'affection d’une sœur, mais il est un sentiment d’une nature non moins profonde, qui guérit toutes les in douleurs. Et puis, n'est-ce pas la loi de la nature que la mort engendre uräit l'amour et que, sur les débris d’un vieil arbre fleurisse un arbuste nou- & veau. |
lein Au matin, la famille se trouva réuible nie ‘pour quelques ‘jours d’intimité et de repos, pendant lesquels Edouard
ds allait prendre une décision.
== 1 n'avait encore aucun projet déter-
miné, au sujet de son établissement.
Son père voulait le faire voyager un peu, après ses examen: ; ensuite, on eût vü... = :
Maintenant, l’idée de voyager et de se distraire loin des siens ne souriait plus à Edouard.
11 voulait se donner quelques jours de repos et de réflexion et ensuite se mettre au travail.
IT passa l'avant-midi avec sa sœur et sa mère, suivant cette dernière cômme autrefois quand il était tout petit et qu'il lui tenait compagnie toute la journée. Tout en causant, il lisait une lettre de Ricard, reçue le matin, Mon cher ami,
Tu vas trouver que je ne tarde pas à t'écrire.
Tu jouis, maintenant, d'un repos bien mérité, après toutes tes peines et tous tes travaux.
Puissent les réflexions que tu vas faire être heureuses et fécondes en décisions pratiques.
Tu te demandes, je suppose, si tu vas t'établir à la cam ou à la Ville : grave sujet de réflexion. Chaque côté a ses avantages. A la campagne, tu réyssiras plus vite, mais tu n’iras pas aussi loin ; en Ville, étant donnés tes talents et les qualités de travail que jé te connais, je crois que tu finiras par percer, même en commençant tout seul, mais que de temps cela te prendra !
Connaissant tes goûts, je-te dirais :
demeure à la campagne, si je ne savais tes légitimes ambitions, qui me
“feraient te dire ; va en Ville.
Je suis sûr que tu pèseras bien le
pour et le contre et que, sachant que la décision que tu prendras en est une qu'on ne peut changer souvent ni à la légère, tu ne prendras parti qu’à bon escient, mais, qu’une fois décidé, tu mettras dans ta détermination tant de travail et de volonté qu’il faudra bien que la chance te sourie.
dé dollars ($75.00), par
Dans l'espérance d’une répanse prompte et favorable, nous demeurons, monsieur, vos dévoués,
Langlois & Alarie.
C'était une proposition fort inattendue et très flatteuse,
Elle n'était pas moins aväntageuse :
bon salaire en perspective, initiation aux affaires, renom et prestige d’un grand bureau, tout cela n'était pas à dédaigner. :
C'était un beau commencement ; son avenir assuré, peut-être,
Edouard, qui savait tout le prix que sa mère et sa sœur attachaient à sa présence et toute la consolation qu'elle leur était leur communiqua cette lettre à contre-cœur et leur demanda conseil.
Pars, lui dit madame Leblanc : tu ne peux pas laisser échapper une pareille chance, À
—C'est que la ville ne me tente pas.
—Va te faire un nom et une fortune; tu reviendras.
Cet avis comblait les secrets désirs d’Edouard. Cependant, il fit des objections, pour la forme.
Madame Leblanc ne fut pas dupe et lui dit : je sais que tu feras un sacrifice en nous quittant, mais c’est moi qui te le demande.—Oh ! les touchantes ruses de l’amour...
Edouard l’embrassa, pour Æacher son émotion.
11 répondit à Langlois & Alarie qu'il acceptait et annonça son arrivée dans une semaine. :
Il ne voulut pas partir sans avoir revu Blanche Coutu.
I y alla, une après-midi, et il la trouva seule, *
Blanche le reçut très aimablement, mais elle, d’habitude si maîtresse d’elle-même, elle se sentit intimidée en
se trouvant, pour la première fois, en tête-à-tête.
Prétextant avoir quelque chose à dire à sa mère, elle sortit un instant du salon, et quand elle revint, elle avait réussi à surmonter son trouble et .
sut le dissimuler. |
Edouard lui annonça qu'il partait pour Montréal; la douleur lui monta aux yeux et sa main se tendit involon-
‘tairement vers le jeune homme pour le
retenir.
Je regrette, dit Edouard, qu'il me faille si tôt cesser de vous voir, après vous avoir connue depuis si peu de temps.—Ces jeunes gens, ils ne. savent que faire des ravages et partir, ensuite, sans les réparer.
II avait beaucoup d’inciination pour Blanche et n'était pourtant pas assez clairvoyant pour apercevoir ce qu'elle ressentait pour lui.
J1 eût mérité de perdre ce trésor.
Vous serez regretté ici, dit Blanche, avec aux lèvres un petit sourire nerveux qui eût pu se changer en un sanglot.
—Moi aussi, je regretterai les gens d'ici.
Blanche possédait une jolie voix ; 11 lui demanda, comme une faveur, de lui chanter quelque chose, voulant, disait-il galamment, que son dernier souvenir d'elle fut plus vivace. Elle accepta et se mit au piano.
[1 tournait les pages de la romance, Tu me diras, de Chaminade. :
Tout-à-coup, la voix de la chanteuse faiblit et elle dut s’interrompre.
Qu'avez-yous, mademoiselle, demanda Edouard, surpris, en la regardant plus attentivement ?
Les pleurs l’aveuglaient; elle jeta sur lui un regard qu'il comprit.
Blanche,—et ce nom lui vint tout naturellement aux lèvres— Blanche, qu'avez-vous ? Ne pleurez plus: Je vous aime.
Louise,
voir appris, il] Savait
Je vous redis en et Blanche croyait
la Montée de Ja orce et celle de
en éprouve une in.
tait retourné 4 son
u'il trouva cette lettre bureau heta avec mai
su
accueillit
pre et puis... je vou.
de rien à per;
core, Edouard, q Amour de votre peti
Blanche
is, alors e il
us les travaux
: l’amour est une
Un Puissant Stimulant ; ie est aisée avec cette
eunesse.
Preuves qu’
traverser et en
fa se Présentait à lui de se f:
il venait de la tâche qui rayer un che.
min et de se faire un nom, Edouard trouvait bon un tel secours et un semblable encouragement.
un jeune homme est avocat, en effet, tout est fait et tout est à faire, -
Il a tout ce qu'il lui faut pour commencer la lutte, mais tout est encore à conquérir,
Edouard envisageait l'avenir d'un œil calme et serein, et songeait à organiser sa vie. Car, il ne suffit pas de faire monotonement, pesamment, son labeur de chaque jour, comme le bœuf trace son sillon, il faut viser plus haut et avoir € ; aspirations qu'on tente de réaliser par des efforts méthodiques et infatigables.
Il faut avoir un but.
L'homme qui, sans se laisser détourner de son chemin, ne s'arrête pas à tous les carrefours, ne s'engage pas dans les sentiers de traverse, néglige tout ce qui ne doit pas servir à ses fins et marche droit au. but, comme on marche à un ennemi, cet homme est puissant et doit arriver.
Ainsi était Edouard.
Sous peine d'être chimérique, avant la fin, on doit vouloir les moyens ; aussi, tout en entrevoyant de vastes possibilités, pour y atteindre, il voulait, d’abord, accomplir fidèlement et du mieux possible le travail de chaque jour, et puis, ensuite, apprendre à Connaître les gens, les choses et la vie.
Il désirait aussi travailler à meubler davantage son intelligence et à former son esprit, persuadé qu'on ne doit aspirer aux sommets qu’en autant qu’on a travaillé à se rendre digne d'y occuper une place.
Il se rendait au bureau à bonne heure et y travaillait toute la journée.
Quand it faisait beau, il allait sou.
vent chercher le repos et l’air pur sur la rue Sherbrooke, du côté de ia montagne. Il chois.ssait volontiers aussi
cette heure où, trop fatigué de la journée, on n'est plus bon à rien, pour faire ces mille et un petits riens qui demandent du temps et n'exigent pas grand travail : courses à faire, lettres à écrire, par exemple, et, souvent, lecture des journaux.
Le soir, après une petite promenade, du théâtre, quelque fois, souvent des amis à voir ou à recevoir, mais jamais d'inactivité ni de flânerie. Quand il n'était à aucun travail, il s'appliquait à celui de la réflexion, si nécessaire et si utile.
[1 n'avait pas, comme on le voit, beaucoup changé ses habitudes d'étudiant, demeufant le même : travail.
leur et sérieux.
Lavoie avait été je premier à recevoir sa visite, à son arrive en ville, et le trio d'amis s'était reformé : lui, Lavoie et Soucy.
Mais, s'ils étaient aussi intimes qu'auparavant, ils ne l’étaient plus de la même manière : Je sérieux qu'imposait sa nouvelle situation à Edouard, comme aussi la gravité que les tristes événements de décembre avaient donné à son caractère, lui enlevaient
toute velléité d’être le gai camarade
d'autrefois, en le laissant néanmoins l'ami sincère et agréable qu'il serait toujours.
Mon cher Edouard, jui avait dit Lavoie, tu mérites richement que le sort te dédommage un peu; mais, en as-tu de la chance, tout de même :
être entré dans un aussi bon bureau !
—J'en suis bien content, je t’assure.
—Comment te trouves-tu, à ton bureau ?
— Parfaitement bien : on y est très gentil pour moi,
—Y at-il beaucoup d'ouvrage ?
—Pas mal.
—Ça ne t'embarrasse pas ça.
—Je fais de mon mieux.
Lavoie préparait ses examens pour
ment marchait la —Assez bien, dit Lav. .
—Si mes livres et mes résumés peuvent t'être utiles, tu sais... .
k —Merci. J'irai toujours te voir, en 1 tous cas. Où as-tu ta chambre, main.
+ tenant ?
— Toujours à la même place, Viens n'importe quand : tu ne me dérangeràas jamais,
” Ilsse quittèrent, Rentré chez lui, icard :
Edouard écrivit à
tu m'annon.
à Montréal.
RÉ PE er a LR E
installé, chez Lan-
Tu vus en être étonhé : tu me croyais encore bien Paisiblement au sein ‘ de ma famille éprouvée,
Mais tu ne seras Pas plus étonné que je l'ai été moi-même. Quoique la chose m'ait pris absolument par Surprise, je me suis arraché de ma famille: on me faisait la Proposition : je l'ai ac.
ceptéc.
sait que je ne demandais pas mieux que de lui sacrifier quelques espérances, moi ; mais elle m’» Persuadé d’ac.
-Cepter et j'ai, quoiqu'avec peine, suivi son conseil,
Il arrive un
moment dans les famils'éteint et où tous les à
a mort et le renouveau se succédant toujours—aient été formés.
Tu ne sais pas ce s’éloi
lire; de temps réfléchit aux ne d’autres.
ct qui ressemble à Blanche.
fauteuil, donne des c
Par un autre, renaître, lui.
Mais, on ne Peut malheu Pas se conduire uniquement d'apri les sentiments.
J'aurai bien des ter; j'en ai que tu ne j'en suis
satisfaits de moi, de leur côté. Puisse cette réciprocité de sentiments se continuer.
Tout à toi, Ton ami, Edouard Leblanc, CHAPITRE XVIII.
Les débuts
est dans sa chambre, à à autre, il s'interrompt, Pages lues, Puis en tour-
Edouard
viennent d’une li.
ferment quelque.
alors une vision ne, qui lui sourit
charmante tête bru
n moment il s'interrompt plus lon-
qui
onsultations qu'il fait
blanc,
chèrement payer, va dîner grassement, fait peut-être un petit tour au palais, revient donner de profitables consultations et remonte chez lui, le soir, allé.
gre et repu.
La réalité est toute autre.
Beaucoup ne sont pas payés et d’aut:s ne se font pas payer, com: ‘€, par exemple, cet avocat célèbre qui portait
récemment la cause d’un client pauvre,
en Angleterre, à ses frais.
Leur travail, non plus, n'est pas une sinécure, Edouard l’éprouvait, car la besogne des jeunes avocats est la plus ingrate; c'est un travail de chien, qui demande des nerfs de fer.
Quoique les avocats ne soient pas tous des saints, il leur faut ce don, que certains saints ont possédé, et qui s'appelle le don de bilocation ; il leur faut être à deux, à trois, à quatre places, partout à la fois, et, en dépit de cet éparpillement, concentrer leur attention, pour bien faire chacune des choses importantes dont ils ont à s’occuper et pour déjouer et vaincre les adversaires qu'ils rencontrent à chaque pas, dans la personne des avocats des parties adverses.
Arrivé au bureau à huit heures et demie ou neuf heures, à dix, Edouard devait avoir fait ses entrées au diary, avoir parcouru et mis en ordre un énorme amas de Paperasses, répondu à deux ou trois téléphones, dicté une couple de pièces de procédure, fait des recherches dans les livres, consulté quelques auteurs, écouté les instructions de M. Langlois ou de son associé et être rendu en cour. Là, il lui fallait présider à un interrogatoire sur faits et articles, faire déclarer deux ou trois saisis, puis, aller présenter des motions, requérir, entre temps, deux brefs de sommation et un bref d'exécution, et aller plaider une cause en cour supérieure, tout en surveillant la cour de circuit pour voir si
une autre cause, qu'il avait à y plaider, ne serait pas appelée.
De retour au bureau, nouvelles Paperasses nouvelles procé à faire,
Puis. comme il partait pour ailer diner : ‘monsieur Leblanc !”
* —Oui, monsieur.
—Avez-vous poursuivi Alexandre Chasseur ?
—Non, monsieur Langlois : je n'ai pas eu le temps.
—C'est malheureux : il va venir régler et nous n'aurons pas les frais; et Evariste Dion, lui ?
—Je vais rapporter l’action, aprèsmidi,
—N'en faites rien; 11 m'a promis de venir payer la dette et les frais.
Si l’action n’est pas rapportée, intervient le comptable, nous serons obligés de tout recommencer.
—Je crois qu'il va venir: c'est un bon garçon, nous allons lui donner une Chance,
Arrivent une couple de personnes, à qui le patron, trop occupé pour les recevoir lui-même, dit de voir Edouard,
Celui-ci les reçoit, les renseigne—et son dîner en est encore retardé.
Enfin libre, il va manger hâtivement.
Il besogne ferme, toute l'après-mi-
di, et à cinq heures il sort, plus mort que vif, de la fournaise de la loi.
Il faut dire qu'il ne s’épargne pas et travaille comme deux. Aussi eston fort content de lui.
D'ailleurs, il se fait, peu à peu, à cette vie fiévreuse et agitée, qui n'est pas sans un certain charme.
Dans l’après-midi, il a rencontré un de ces personnages qui sont, heureusement, des exceptions 2°: Barreau, exploiteurs d'’infortunes e. rongeurs de misère, impudents avec les plaideurs, insolents avec leurs jeunes confrères et chiens couchants avec ceux qui leur donnent des coups de botte.
% sim ue Ge honte
dns
Il a eu maille à rit, au souvenir de la pi qu'il lui a fait faire. :
Petites misères qui ne troublent pas Sa paix d'esprit et ne l’aigrissent pas :
une fois fini, c’est fini.
Edouard reprend son livre et conti-
nue sa lecture. I] lit un roman d’Hen.
ri Bordeaux, ‘’La Peur de Vivre.
romans ne sont Pas son fait, d'habitude, mais une fois n’est pas.
D'ailleurs, c’est à l’inten-
nche qu'il le Parcourt, vou.
lant le Jui envoyer.
Ce roman ne peut être mains de tout le monde,
teuse mine
demain à Ja poste qu'éprouvera ja des
aître au mois de no-
s des ambitions.
—Des fois.
Partir avec lui et il
travailler dans les liv Je m'imbibe de littérat ge de science
; vembre précédent, au banquet des é- —Alors, demande Edouard” tudiants. Penses-tu de ceux qui écrivent avant —Bonjour ! Quelle bonne Surprise ! quarante ans ? —Bonjour, monsieur Giroux. ... —Îls ont tort. Quand es-tu arrivé ? —Je crois que ceux, qui agissent —Ce soir. J'ai rencontré mon ami comme ty Voudrais le faire et qui Giroux, dans Je train, et je l'ai amené attendent si longtemps Pour produire, avec moi, à cause du Proverbe,..., tu arrivent.tard, eux. D'ailleurs, je parie sais... ., que tu démentiras tes Propres paroles. —Plus on est de fous, dit Giroux... —C'est possible, —Plus on rit, Tu l'as. Rions, —Et qu'est-ce qu'on fait de bon, à Maintenant. Qu'est-ce que tu deviens Qué © monsieur Giroux ? en ville, mon cher Edouard ? —Je crois qu'on fait plus de mal que —Je ne deviens Pas encore Célèbre, de bien, par Je temps qui court. mais j'y travaille. —On y fait des en — Hum! tu à
faires louches ?
vois-u où tu-en seras et ce que tu f ras, alors ? ; L —J'avoue que non ; et j'aime autar ne pas penser à me figurer que je suis avant d'y être rendu.
—Pourtant, ça peut être utile, Si tu agis en Songeant à tes Quarante ans tu agiras peut-être sagement. ‘.…..
—Oh ! tant qu’à Sa, je tâche d’user de sagesse le Plus possible, Mais toi, qu'est-ce que tu deviens quand tu so.ges ainsi ?
—Moi, dans ce temps, nu assuré d’une couple ars et je passe ma vie
res et les idées.
ure et je me gor-
tinataire, quand il —Que tu laisses Sans doute retom- E | entend frapper à sa porte, ber en rosée bienfaisante Sur tes com- L f Ent Patriotes, interrompt Giroux, en riant. ‘BE C'étaient Louis Ricard et son ami, —Que je laisse retomber en rosée ES :- Bernard Giroux, le secrétaire de l’hon- bienfaisante sur mes com triotes, norable Potvin, qu'Edouard avait eu dans des livres le plaisir de conn
quêtes sur les af
rage pour n'avoir moignage : de sorte
A once
uetufe LE, que dé s'appeler des commissions ES oyales, de s'appeler des farces roya- 1€ autant les
irai tou-
15 päs,à
— Qu'est-ce qu'on pense de cela, à Québec ?
inte ans,
Qu —Oh ! on sait bien à quoi s'en tenir.
On se : seulement combien de
le. Si tu temps le gouvernement pourra contite ans, Dauer à faire ce jeu.
ne —Quelle drôle d'histoire. Etre élu s m4 pour représenter le peuple. .… .
s toi, +... Et ne lui faire que de fausses tu sou représentations, dit Ricard.
—Je vois que tu n’ajournes pas tout 1 reve-
à quarante ans et que tu fais des jeux de mots dès à présént, dit malignement Edouard.
—Que veux-tu ; autant rire quand ça va mal; autrement il faudrait toujours pleurer, car tout est pourri.
le dolr et à idées.
e gor-
etom- —Sceptique !
com- —Soit; admettons qu'il n'y ait qu riant. le gouvernement de pourri. C'est bien rosée assez,
lotes, —C'est beaucoup trop.
it de —Eh ! bien, renversons-le.
—11 va tomber tout seul, dit Giroux ; que si vous connaissiez les dessous comme vant moi, vous n’en douteriez pas. C'est
impossible, ça ne peut pas durer, s’il Y à Encore gros comme ça d’honnêteté vent publique pour mettre fin À ces scanqe dales et à ce règne de sans-patrioire: tismes et de sans-consciences.
re —J'ai hâte de voir la prochaine sesles. sion, dit Edouard.
—Îl va y en avoir des protestations
» à des modérés, et des mensonges et des abus de pouvoir, de la part des minisue
tériels, répondit Ricard.
Il se faisait tard.
Giroux et Ricard, fatigués du voyage, prirent donc congé d’Edouard, qui fit promettre à Giroux de revenir le voir quand il reviendrait en ville, et.dit au revoir à Ricard.