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LES YE H NET

du peintre ne trouva aucun rajeunissement au contact de la nature alpestre. L'écrasant voisinage des montagnes, l'aveuglante mais froide atmosphère des glaciers, le tonnerre, les avalanches, les rumeurs des gaves, n'ému- 'rent point son âme et la remplirent au contraire de nostalgiques regrets.

Où sont les champs dorés de l'Italie, les golfes d'azur frangés de poétiques ruines et d'arbres superbes, les douces collines d'Albano, les rivières ombreuses où s'ébattent les baigneuses blanches, sœurs des blanches Amaryllis, le lac de Némi aux eaux bleues et aux rives fleuries de cyclamens, les cascatelles de Tivoli...

Ah! ces divines cascatelles! Comme leur souvenir toujours frais chante doucement dans le cœur attendri du vieux peintre!...

Et pendant que ses compagnons de route s'extasient devant l'imposante majesté des monts inaccessibles et la profondeur des gouffres pleins de nuits et de grondements, lui cherche à voir par-dessus la barrière des montagnes et à découvrir un coin rayonnant de cette Italie où la fleur précoce de son génie s'était jadis, il y a près d'un demi-siècle, presque subitement épanouie.

Cependant afin de répondre au désir de son ami M. Girardot de Marigny, pour qui la Suisse, sous des monstrueux aspects, était comme un résumé grandiose des beautés de la nature, une synthèse des splendeurs du monde, Vernet consentit à peindre deux Vues des cataractes dit Rhin à Lauffenbourg, près de Shaff'ouse.

(les deux toiles d'une exécution froide, morne et sèche comptent parmi les plus médiocres de l'œuvre de Vernet. Il ne pouvait en être autrement. Ce qui n'empêcha pas l'excellent M. Girardot de .Marigny de les admirer

ment de Joseph comme on le dit souvent, les Livres de raison auraienf l'ail mention de cette commande royale.

Joseph Vernet n'eut jamais qu'à se louer de son frère François qu'il aida toujours de ses conseils et de sa bourse, et dont il protégea les enfants avec une tendresse vraiment paternelle. H n'en fut pas de même à l'égard d'Ignace dont il fut le premier maître, auquel il enseigna, pendant son séjour en Ilalie, tous les secrets de la peinture de marine, et qui l'en remercia, non seuleménl en s'efforçanl de les pasticher, mais encore en répandant imprudemment dans le commerce un nombre incalculable de soleils couchants, de clairs de lune, de tempêtes, d'éruptions de Vésuve... sous la signature ./. Verne!.

Josepli put en saisir un certain nombre, mais la plupart échappèrent à ses pénibles recherches, et sans doute beaucoup de ces toiles figurent encore aujourd'hui dans les musées et les collections privées.

Horace Verne! déclare nettement, et cette affirmation nous laisse un peu sceptique, que toutes les toile- médiocres de l'œuvre de son grand-père doivent être attribuées à l'audacieux Ignace.

puisqu'elles représentaient des vues de Suisse et qu'elles étaient signées du nom de Vernet.

II les paya trois mille livres.

Inutile d'ajouter que ces deux toiles furent exécutées dans l'atelier du Louvre, d'après des dessins faits en Suisse, et où Vernet, lidèle à une méthode mnémotechnique déjà employée à l'époque où il peignait les ports de France, et renouvelée de la décadence italienne, se contente d'indiquer par un trait rapide la forme et la place des objets, de fixer les valeurs des tons locaux, les degrés d'opposition, jusqu'aux qualités des reflets et des ombres par des inscriptions cursives souvent illisibles, véritables hiéroglyphes, dont il ne réussit pas toujours lui-même à deviner la signification.

Après ces vues de Suisse, qui certes n'ajoutent rien à la gloire du peintre, c'est un retour empressé vers les sujets anciens, et, de souvenir, sans même ouvrir ses carions où s'entassent les brillantes études des permières années, il se remet à brosser avec une facilité déplorable de nouveaux clairs de lune, de nouvelles cascatelles, de nouveaux couchers de soleil derrière les ruines, de nouvelles tempêtes, de nouveaux ciels d'orage déchirés par le zigzag des éclairs..., etc.

Et toujours la foule des amateurs, princes, grands seigneurs, financiers, boutiquiers..., se presse autour de ces œuvres écrites d'un pinceau tremblant, que la mort seule va bientôt faire tomber de la main du trop fécond artiste, et dont l'apparition est saluée à chaque salon par les éloges, presque unanimes, de la critique.

En 17S7 et en 1789 on imprime dans les brochures d'art que « depuis cinquante ans ce peintre attend vainement dans l'arène quelque athlète assez hardi pour se mesurer avec lui », que, chose surprenante, à l'Age où le génie des Corneille et des Voltaire était sans vigueur,

1 Vernet rapporta de son voyage de Suisse un.' vingtaine de dessins ou aquarelles. Ce renseignement nous est fourni par le catalogue de sa vente.

L e violon f. u x [D'aprcs un croquis ;i la plumé de Joseph Verucl i

le célèbre Verne! csl ce qu'il « a toujours été, c'est-à-dire sublime ». L'éloge des poètes n'est pas moins vif et moins soutenu. Voici ce que disent les grandes Prophéties du grand Nostradamus :

On le verra longtemps encor unir Le pinceau de Minerve au tridenl de Neptune Tel Sophocle à cenl ans charmait encor Athènes.

El les Inscriptions à mettre un bas des tableaux de formuler leur admiration sons cette forme lyrique :

Vernel fut un soleil du levant au couchant :

Il nous charma dès son aurore, Brillant dans son midi ; enfin sur son penchant Sun rayon rend le jour faible, niais doux encore.

Parfois une noie discordante s'élève au milieu de l'harmonieux concert; cl l'auteur malavisé d' Encore un coup de patte ose comparer l'imagination de Vernet à « une planche de cuivre indélébile qui ne cesse de fournir les pln^ belles épreuves ». Mais nul écho ne répond à celle voix importune et le vieux peintre, l'œil toujours ébloui par les lumineuses visions dé sa jeunesse, continue à brosser d'une main défaillante des clairs de lune, des couchers de soleil, des vaisseaux secoués parla tempête ël des ciels pleins de lerriles menaces.

Les suprêmes ressources de son talent s'épuisèrent dans un effort audessus de ses forces.

Il voulut, dans une grande toile, représenter le Naufrage de Virginie, désireux sans doute de rendre sous celle l'orme un public hommage au génie de Bernardin de Saint-Pierre, qu'il fui le premier à deviner cl ù défendre. Mais son pinceau sénile trahit ses intentions «d cette œuvre dernière marqua l'irrémédiable déclin.

A ce sujet Aimé Martin raconte dans son ouvrage sur la Vie cl les Mémoires de Bernardin de Saint-Pierre une curieuse anecdote, que M. Amédée Durande reproduit dans son livre sur les trois Vernel. C'est à ce dernier ouvrage que nous l'empruntons.

« En 17S7 Bernardin de Saint-Pierre vint frapper un jour à la porte de l'atelier du vieux peintre. Le célèbre écrivain, peu connu encore à cette

époque, bien qu'il ne fui déjà plus très jeune, paraissait désolé, el son hôte, étonné de sa mine piteuse, lui demanda quelle en était la cause. Bernardin venait de lire, dans le salon de AI""' Necker, un roman sur le succès duquel il fondait les plus belles espérances; mais l'impression pro-

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