‹ Les Vernet, Joseph-Carle-HoraceChapitre 9 sur 53 · V A Y SAGE · texte numérisé non relu

V A Y SAGE

C'est dans ce milieu charmant, au bruit de triomphes presque ininterrompus, que le grand peintre verra se dérouler, entouré de la tendresse des siens et de la réchauffante amitié de ses confrères, les heures bienheureuses de sa longue et uoble carrière. Adieu la vie errante, et la pesante tyrannie des commandes de l'État! El cependant doit-il se plaindre d'avoir consacré dix années de sa vie à suivre le pinceau à la main l'itinéraire fixé par .M. de Marigny, puisque à défaut d'argent cette mission officielle lui a valu l'universelle notoriété donl il va désormais bénéficier si largement

jusqu'à la lin de ses jours ! Caria peinture des poils de France, grâce à l'admirable interprétation qu'en firenl les Cochin et les Le Bas, et aux éloges incessants de la critique, a rendu le nom de Vernet célèbre dans le monde entier, et il n'est pas un amateur d'art qui ne désire lui acheter une toile. Les clairs de lune et les naufrages sont surtout demandés.

Et comme les voyages on! épuisé les ressources, comme les Irais d'installation à Paris ont été coûteux, et comme enfin il ne se défend qu'avec mollesse contre les plaisirs qui le sollicitent de toutes parts, le pinceau court, court avec une vertigineuse et déplorable facilité. Pendant les premières années qui suivirent L'emménagement, la production fut presque incessante. Le malheureux Vernet, à peine Libéré îles exigences ollicielles, esl devenu l'esclave de La mode, La proie du snobisme du temps. Nous avons dit que ses clairs de Lune et ses naufrages faisaient surtout prime, pour employer une formule ici très en pince.

Cependant le délirant enthousiasme pour Vernet est tel, que certains amateurs, dans leur aveugle désir de posséder une toile du maître, négligent de déterminer d'une manière précise le sujet, et de fixer le prix de l'exécution. En étudiant la première partie du Livre de vérité « chapitre des Commandes » nous trouvons, en effet, les notes suivantes :

« Pour M. de la Curne un tableau de 2 pieds et demy de large sur

Page 1