‹ Les vers intestinaux dans la pathologie infantileChapitre 34 sur 108 · COLIQUE VERMINEUSE · texte numérisé non relu

COLIQUE VERMINEUSE

À part ces troubles assez vagues et peu importants, les’ cliniciens notent que les malades se plaignent de « douleurs pongitives dans diverses parties du bas-ventre » (Laennec) ; de« coliques péri-ombilicales, douleurs vives, subites, pongitives »(Laboulbène).

Bien des auteurs parlent de colique vermineuse sans spécifier autre chose que la localisation péri-ombilicale.

Müller de la Fuente est, à notre connaissance, le premier qui ait cherché à décrire soigneusement ce syndrome.

L'enfant se plaint de douleurs abdominales soudaines et assez violentes. L'interrogatoire révèle qu'il avait déjà éprouvé auparavant de semblables douleurs auxquelles on n'avait prêté nulle attention, à cause de leur fugacité ; que dans les derniers temps il était agité, criait, refusait la nourriture ; que ces phénomènes duraient un jour au plus, parfois quelques heures seulement. Ces douleurs ont pour caractère particulier de pouvoir être très exactement localisées ; assez souvent on trouve une plus ou moins grande sensibilité à la pression au point indiqué par le malade ; on peut palper le ventre sans provoquer la moindre défense, mais aussitôt que la main arrive à ce point, l'enfant tressaille soudain et crie. Cette colique s'accompagne habituellement d'une élévation thermique modérée et passagère ; en outre, signe de haute valeur, les selles existent toujours, soit diarrhéiques, soit tout à fait normales.

En 1909, Weill et Mouriquand écrivent que, en dehors des accidents graves, les Ascarides manifestent leur présence par un syndrome bénin dont la note dominante est la suivante : colique douloureuse, généralement péri-ombilicale, survenant souvent d'une façon brusque, durant plusieurs heures, cessant quelque temps

pour recommencer ensuile ; ces caractères seraient assez nets pour que le diagnostic fût possible avant l'émission des vers.

Nous n'avons jamais eu l'occasion d'assister à ces crises douloureuses; mais des inlerrogatoires minutieux nous permettent de confirmer dans l'ensemble l'exposé de Müller de la Fuente et celui de Weill et Mouriquand. Voici, d'après nos observations, comment se passent les choses, dans les cas les plus typiques :

Un enfant, par ailleurs bien portant, mais présentant ou non depuis un temps variable des troubles intestinaux, de la diarrhée ou plus habituellement de la constipation, est pris brusquement, à n'importe quelle heure de la journée, parfois après le repas, et non pas de préférence le matin à jeun, de coliques plus où moins vives ; la douleur est quelquefois telle qu'il est obligé de s'arrêter au milieu de ses jeux ; ilse courbe en deux, comprimant son abdomen de toute la force de ses deux poings. Ces coliques siègent d’une façon presque absolue dans la région ombilicale. Leur durée est variable, de quelques minutes à deux heures, rarement davantage.

Le paroxysme douloureux s'accompagne souvent de (troubles vaso-moteurs fort manifestes auniveau de la face: l'enfant devient subitement pâle, el cette pâleur est surtout intense — les parents insistent sur ce fait — autour du nez. Ce phénomène parait être la manifestation d’une lipothymie pouvant aller jusqu'à la syncope. Ce syndrome de coliques périombilicales soudaines, fugaces, avec pâleur de la face, nous paraît présenter une individualité assez nelte pour altirer l'attention sur la présence de vers intestinaux, Ascarides surtout.

Le diagnostic néanmoins devra être discuté. Le siège même de la douleur, toujours périombilicale, permettra d'éliminer les autres coliques abdominales : néphrétique, hépatique, etc. ; une réserve cependant doit être faite pour la colique appendiculaire ; nous avons vu plusieurs enfants opérés pour appendicile chronique, alors que, porteurs d’Ascarides, ils n'avaient présenté que de vagues douleurs abdominales, et dont l'appendice élait apparemment sain. Deux autres malades à douleurs périombilicales nettes accusaient en outre une certaine sensibilité à la pression au point de Mac Burney.

A plusieurs reprises, nous avons entendu notre maitre,

le D' Hutinel, narrer l’histoire de petils malades qui avaient subitement été pris de douleurs abdominales affectant le caractère que nous attribuons à la colique vermineuse, et chez qui ces douleurs étaient causées par l'inflammation d'un appendice delongueur démesurée. Nous avons en vain recherché, par un minutieux interrogatoire, ces symptômes chez plusieurs enfants auxquels notre maître, Aug. Broca, avait réséqué des appendices de 10 à 14 centimètres ; aucun n'était porteur d'Ascarides. Néanmoins il y a là un point qui mérite d’être élucidé.

. Quoi qu’il en soit, lorsque le syndrome que nous avons décrit ci-dessus se présentera avec quelque nelteté, que l'enfant soit bien portant, qu'il ait un appétit normal, qu'il ait ou non des troubles intestinaux, il importera, avant de poursuivre ses recherches étiologiques, de s’enquérir s'il n’a pas ou n'a pas été porteur d’Ascarides ou de Ténias. Au besoin, on fera un examen des selles ; on administrera un anthelminthique dont le succès permettra de confirmer le diagnostic, tout en se rappelant que les œufs de Ténia peuvent faire défaut, comme nous l’avons constaté. Nous avons insisté sur ce point, en raison de notre conviction qu'une sémiologie attentive et minutieuse peut éviter au clinicien de grosses erreurs (1).

Oxyures.

Outreles troubles qu'ils déterminent du côté del’anus (Voy. Prurit) et de l'appendice (Voy. Appendicite), les Oxyures semblent susceptibles de provoquer et d'entretenir un état catarrhal de l'intestin qui setraduit, d’après tousles traités, par des selles molles, faciles, fétides, enveloppées de mucosités épaisses, souvent siriées de sang, parfois diarrhéiques; par des douleurs abdominales vagues, des nausées, des vomituritions, de l’anorexie totale ouélective. Nous avons constaté la plupart de ces symptômes chez les pelits malades qui nous ont été adressés : plusieurs ne présentaient aucun trouble digestif ; quelques-uns avaient des douleurs abdominales revêtant à peu près le type de la colique vermineuse ; la plupart

(1) En ce qui concerne cette séméiologie des douleurs abdominales chez l'enfant du second âge, nous renvoyons le lecteur au fort intéressant article de E. Périer,

offraient des troubles intestinaux, indépendamment de toute affection classée : constipation, assez rare, ou alternant avec la diarrhée plus fréquente ; selles molles ou diarrhéiques, parfois glaireuses ou sanglantes ; épreintes. Nous avons noté aussi la diminution d’appétit.

Arullani à publié un cas de sigmoïdite qu'il attribue aux Oxyures.

Trichocéphales.

Dans la trichocéphalose, on observe assez souvent des troubles gastro-intestinaux plus ou moins vagues: nausées, vomissements, - douleurs variées dans l'abdomen, constipation opiniâtre ou diarrhée; troubles d’originenerveuse, indépendants du processus catarrhal, cessant dès que les vers sont expulsés. Mais nombre d’individus sont porteurs de Trichocéphales sans en avoir Jamais éprouvé le moindre malaise.

Il y a lieu d’insister sur la diarrhée, car récemment Guiart et Garin se sont eflorcés d'individualiser une entérite trichocéphalienne.

ENTÉRITE TRICHOCÉPHALIENNE.

Sans être constante, dit Garin, l’entérite est au moins aussi fréquente dans la trichocéphalose que l’anémie et les troubles nerveux. Le petit nombre des observations tient à ce que, dans la plupart des cas, on pense à une entérite banale ou tuberculeuse, ou à ce qu'on néglige l'examen microscopique, particulièrement dans les cas bénins.

Cette entérite, qui peut s'observer à tout âge, semble cependant frapper plutôt les enfants (9 fois sur les 17 cas relevés par Garin).

Elle se manifeste par quatre symptômes principaux: diarrhée, coliques, vomissements, fièvre.

La diarrhée el les coliques sont surtout constantes: Il yaosou 6 selles par jour, parfois 20 à 24. On y trouve très souvent du sang. Le caractère le plus important de cette diarrhée est d'être absolument rebelle à l’opium et au bismuth (1).

(1) Ce qui n’a rien de bien pathognomonique, semble-t-il.

La douleur se traduit par de violentes coliques accompagnées de ténesme el d’épreintes, survenant par accès avant la défécation, et à peine calmées par celle-ci. Parfois on note une simple douleur plus ou moins localisée en un point de l'abdomen, le plus souvent au niveau du cæcum : cetle douleur est exaspérée par la pression; elle peut s'accompagner d'une véritable défense de la paroi, simulant à s'y méprendre l'appendicite. D'ailleurs, dans nombre de cas, il ya une appendicite véritable.

Les vomissements sont fréquents; alimentaires ou bilieux, parfois sanglants, ils surviennent sans horaire fixe.

En outre, il existe des phénomènes généraux : poussées fébriles vers 38°, pouvant atteindre 40° durant deux ou trois jours. D'autres manifestations de l'helminthiase : troubles nerveux, anémie, peuvent coexister avec ces symptômes propres à l'entérite.

Dans un nouvel arliele (1910), Cade et Garin insistent sur le polymorphisme fréquent de l'affection. À côté de la forme diarrhéique habituelle, la trichocéphalose intestinale peut revêtir la forme de dysenterie, d'entéro-colopathie muco-membraneuse, d'appendieite chronique ou de typhlo-colite, de dyspepste nerveuse ou neurasthénique.

Ainsi constituée, l'entérite évolue d'une façon essentiellement chronique: c'est là sa principale caractéristique. Elle peut durer des années, s'atténuant parfois à l'occasion d'un régime, et reprenant ensuite avec plus d'intensité. Elle ne se lermine jamais spontanément, el, ajoute Guiart, « si l'on ne guéril pas le malade par la médication thymolée, 17 est bien rare qu'il ne contracle pas quelque jour l’appendicile ou la fièvre typhoïde » ! Nous ne saurions nous associer à ces conceplions.

Le diagnostic varie selon la forme clinique observée. La forme diarrhéique en particulier devra être soigneusement distinguée de l’entérite tuberculeuse.

L'examen des fèces montrera des œufs de Trichocéphales. L’éosinophilie n'a rien de probant. La recherche des hémorragies occultes a plus de valeur. Le vrai critérium serait l'épreuve du traitement, mais celui-ci ne donne pas toujours de résullats nets.

Il est bien évident que, avant d'aboutir au diagnostic d’entlérite trichocéphalienne, il faudra, par la clinique et le laboratoire, avoir constaté l'absence de toute autre étiologie.

Quant à la pathogénie de tous ces troubles, Garin la concoit ainsi :

1° La diarrhée peut être due à l'irritation de la muqueuse plus ou moins lésée par le parasite : elle parait due aussi à une sécrétion réflexe exagérée de la muqueuse, effet de l'excitation des lerminaisons nerveuses par le Trichocéphale;

2 Les douleurs abdominales localisées semblent résulter d'un certain degré de péritonite due à l'infection de la paroi intestinale par les piqûres du Trichocéphale en milieu septique ;

3° Les vomissements paraissent d’origine réflexe, dérivant de l'irritation de la muqueuse intestinale par des parasites.

On pourrait peut-être y voir aussi un phénomène commandé par les centres nerveux ; il se passerait alors là quelque chose d'analogue aux vomissements méningés ;

4° La température peut être attribuée aux toxines sécrétées par le parasile, toxines dont les propriétés sont d’ailleurs mal connues. Il se peut aussi qu'elle soit due parfois à l'infection sanguine par le parasite qui va piquer les vaisseaux sous-muqueux pour se nourrir de sang, et qui entraîne forcément avec lui des germes pathogènes.

L'analomie pathologique a été ébauchée par Stcherbak. Les allérations du gros Intestin peuvent faire défaut, même s'il existe une grande quantité de parasites; mais, dans certains cas, on trouve des descriptions de la colile catarrhale. La muqueuse du côlon, dans un cas de Cima, avait la teinte ardoisée du catarrhe chronique avec ulcérations ; dans un autre, de Moosbrugger, la muqueuse intestinale était couverte d’ulcérations, el ces 1ésions ne pouvaient être attribuées qu’à la présence des vers inteslinaux, etc.

Nous ne considérons pas comme invraisemblable, a priori, que la présence de Trichocéphales dans l'intestin puisse causer des symptômes d’entérite: mais les fails sur lesquels se base Garin pour individualiser l’entérite trichocéphalienne nous paraissent passibles de bien des critiques.

Ces faits sont avant tout extrêmement disparates. L’observalion 225 est celle d'une fièvre typhoïde au cours de laquelle on a constaté le Trichocéphale. Parfois il existe des associations parasitaires : c'est le cas, pour les observalions 220 et 221, où

l’Ascaride peut être invoqué aussi bien que le Trichocéphale. Dans la plupart des autres, l'entérite n'est qu'un symptôme, rarement prédominant d'ailleurs; l’anémie habituelle occupe une place souvent aussi importante dans le tableau clinique : les mêmes observations ont servi à édifier, d’une part, l’anémie trichocéphalienne et, d'autre part, l’entérite trichocéphalienne : n'est-ce pas là la preuve que cette dissociation clinique est un peu arbitraire ? Enfin, et surtout, le critérium thérapeutique manque dans la presque totalité des cas. Cade et Garin reconnaissent eux-mêmes que l'épreuve du traitement anthelminthique esi bien souvent incapable de trancher la question. Ce serait cependant la seule preuve valable de l’individualité de l’affection. Sans cet élément décisif, il sera toujours possible d’objecter l'argument de coïncidence : est-ce qu'un sujet porteur de Trichocéphales ne peut être atteint d’entérite tuberculeuse ou d’entérite muco-membraneuse ?

En outre, si l'on nous dit bien que les malades avaient des œufs de Trichocéphales dans les selles, aucune observation ne nous renseigne sur l’état fonctionnel de l'intestin.

C'est là une lacune que les recherches ultérieures devront combler.

Aussi bien, jusqu’à plus ample informé, pensons-nous avec Sicherbak que lindividualité de l’entérite trichocéphalienne, si elle est possible, n'est pas assez solidement démontrée.

Néanmoins, nous devons reconnaître à Garin le mérite d'avoir attiré l'attention sur ces faits et d’avoir plaidé en faveur de l’examen parasitologique des selles, procédé d'investigation si simple et si négligé (1).

(1) Ce chapitre était rédigé lorsque parut un nouvel article de Garin sur la pathogénie et l'anatomie pathologique de l'entérite trichocéphalienne. Dans ce travail, qui constitue un document de valeur à l'appui de sathèse, Garin cherche à établir que les lésions intestinales observées dans cette affection sont. spéciales, qu’elles consistent en ulcérations du gros intestin procédant de la profondeur vers la surface ; que ces ulcérations se forment aux dépens de petits foyers hémorragiques sous-muqueux créés par le Trichocéphale, puis infectés. De plus, le parasite agit également à distance sur la circulation intestinale, en apportant dans le courant sanguin des bactéries pathogènes, agents des thromboses vasculaires constatées anatomiquement ou point de départ d’anémies graves el de poussées thermiques quand l'infection sanguine se généralise.

FIÈVRE. phil

6° Fièvre.

Les vers sont-ils susceptibles de déterminer de la fièvre ?

La coexistence de fièvre et de vers est souvent signalée; les anciens auteurs ont décrit des fièvres vermineuses, surtout sous forme d’épidémies. Nous renvoyons à Davaine pour ce chapitre d'histoire. Les uns ont cru à des fièvres intermittentes, les autres à des fièvres continues. Davaine écrit: « Quant aux fièvres continues, dans lesquelles la présence des Ascarides lombricoïdes et des Trichocéphales a étésouvent signalée, elles en sont sans doute indépendantes ; cependant la coïncidence fréquente de ces fièvres avec les vers mériterait peut-être plus d'attention qu'on ne lui en accorde généralement aujourd’hui. »

Nous verrons que cette question a été reprise de nos jours et qu'elle est encore en suspens.

Mais, bien auparavant, Laennec, à une époque où 1l fallailencore démontrer que la teigne etla pleurésie n'étaient pas dues aux vers, écrivait cette phrase sensée : « Ce n’est pas que les vers, lorsqu'ils sont réunis en grand nombre et qu'ils produisent une vive irritation locale, ne puissent déterminer la fièvre ; mais cetle fièvre est erratique, purementsymptomatique el n’a jamais ni les caractères ni la marche d'une fièvre essentielle, encore moins sa durée ou un caractère épidémique. »

Les deux opinions ne s'excluent pas. Les vers sont susceptibles de déterminer des poussées fébriles passagères, le fait ne paraît plus discutable; et ils pourraient être l'origine de fièvres à Lype continu, c’est la question à l'étude.

Mais ici, comme toujours en matière de pathologie helminthologique, se pose l'éternelle question de coïncidence.

Dans le cas particulier, le problème se double d'un cercle vicieux auquel nous avons déjà fait allusion. L'élévation de température favorise d’une facon indiscutable les mouvements des vers, et cela est particulièrement net avec l'Ascaride, qui, dans l'eau froide, reste immobile, tandis qu'il se déplace, s'agite lorsqu'on chauffe à 370, Si bien qu'on a pu dire que les vers n'aiment pas l'organisme fébricitant: c'est une observation fortexacte, que nous avons pu vérifier. Aussi bien concoit-on que si, dans un village où la plupart

des enfants sont infestés par l'Ascaride, survient une épidémie de fièvre Lyphoïde par exemple, tous les petits malades, à la faveur de leur fièvre, rejetteront des vers, et l'on invoquera la « fièvre vermineuse ». Est-ce à dire que les vers soient tout à fait innocents? C'est un point sur lequel nous aurons à revenir.

En regard du fait bien établi que nous venons d'exposer : la lièvre chasse les vers, le suivant est hors de conteste : Les vers peuvent délerminer de la fièvre. 11 est fréquent de voir des enfants expulser des Ascarides sans en éprouver le moindre inconvénient, sans mème interrompre leurs jeux, tant la chose est, pour eux, banale. Par contre, chacun a pu observer des enfants qui éprouvent un jour un peu de malaise, quelques douleurs abdominales, puis font le soir 39 ou 40° ; tout se termine en quelques heures ou en une journée par l'expulsion d'un ou de plusieurs Ascarides avec des selles diarrhéiques. Les vers ont produit la fièvre, et la fièvre a chassé les vers. Ce sont ces cas bénins qui peuvent parfois simuler l'appendicite, comme le signalait naguère notre maitre Aug. Broca (Voy. Pseudo-appendicile, p. 108). Le médecin serait bien souvent dérouté si, à la deuxième visite, la maman ne lui présentait le diagnostic sous la forme d’Ascarides dans un bocal.

Par quel mécanisme les helminthes déterminent:ils la fièvre ? Est-ce en inoculant dans la muqueuse léste par ceux les germes de la flore intestinale et en produisant ainsi une pelile poussée septicémique de durée variable (1)? Est-ce en sécrétant des toxines pyrétogènes qui seraient résorbées par l'organisme ? Les deux hypothèses sont possibles, mais ne satisfont pas entièrement l'esprit. En effet, ni l'une ni l’autre n'expliquent la soudaineté de ces accidents; la seconde, toutefois, cadre mieux avec leur cessation brusque, lors de l'expulsion du ver: on conçoit que, les toxines n'étant plus déversées dans l'intestin, les phénomènes disparaissent; on conçoil mal qu'une septicémie, si légère soit-elle, cesse aussi vite.

Mais la fièvre n'a pas toujours le caractère fugace et passager que nous venons de décrire ; parfois elle dure plus longtemps,

(1) Dematcis, poursuivant des recherches sur les Ascarides rejetés par 6 enfants qui présentaient tous des accès de fièvre irrégulière avant l'expulsion des vers, constata dans l'intestin de ces par les plus fréquents étaient: B. coli, B. coques variés.

asites de nombreux microorganismes ; acidt lactis, streptocoques, staphylo-

faisant croire même à une dothiénentérie : c'est à ces faits que Chauffard a donné le nom de « lombricose à forme typhciïde ».

Avant d'en aborder l'étude, qu'il nous soit permis d'émettre une hypothèse. Cerlains enfants ont, pendant des semaines et des mois une courbe thermique assez régulière, mais supérieure à la normale ; les uns des végélalions adénoïdes, les autres une appendicile chronique ; chez d’autres encore, on ne trouve rien, ell’on songe à la tuberculose. Nous nous demandons si la présence de vers dans l'intestin ne serait pas capable d'entretenir un tel état subfébrile, et nous nous proposons d'étudier ullérieurement ce point de sémiologie.

ASCARIDIOSE A FORME TYPHOIDE.

Voici, d'après Béranguier, le tableau clinique de cet état morbide, connu des anciens médecins, et sur lequel Chauffard a de nouveau atliré l'attention en 1895.

Après une période prodromique plus ou moins longue, le facies devient! périlonilique et souffreteux ; les traits sont tirés, les yeux cernés, les paupières bleuâtres, l'abdomen ballonné. On entre ainsi peu à peu dans la période d’élaf, où l’on constate des signes semblables à ceux de la fièvre typhoïde : céphalalgie, fièvre; narines et lèvres fuligineuses, langue saburrale avec, quelquefois, des points rouges, saillants, qui, selon Romans, seraient pathognomoniques de la présence des Ascarides dans l'intestin (?); haleine fétide; nausées, vomissements ; parfois épistaxis; hébétude profonde, analogue à la stupeur des typhiques, faisant place la nuit à un délire plus ou moins agité. La diarrhée s'établit si elle n'existait déjà ; elle peut d’ailleurs faire défaut ; les selles sont fréquentes, fétides, de couleur jaunâlre ou verdâtre. Gargouillement intestinal souvent généralisé à tout l'abdomen, quelquefois localisé ou plus accentué dans la fosse iliaque droite. Le ventre est douloureux, le météorisme constant, la rate à peine augmentée de volume.

Il y a, dans quelques cas, un peu d’éréthisme cardiaque. Poumons et reins sont indemnes. La température du soir peut atteindre 39°. On pense à une fièvre typhoïde, mais bien souvent l'expulsion spontanée ou provoquée d’un ou de plusieurs Ascarides

est suivie à bref délai d’une rémission aussi subite qu'inattendue : la fièvre tombe; l'aspect typhique disparait. Cette défervescence est parfois définitive ; d’autres fois, après quelques jours d'amélioration, les phénomènes généraux et locaux reprennent de plus belle; ils cèdent pourtant bientôt sous l’action d'un traitement anthelminthique. La guérison peut être un peu retardée par des perturbations du système nerveux. Le tube digestif, appareil le plus touché, revient le premier ad inlegrum. À celte période, des complications sont possibles, par migration des Ascarides dans les voies biliaires, pancréatiques ou respiratoires, dans le péritoine.

Ce tableau clinique, on le voit, ressemble singulièrement à celui de la fièvre typhoïde. Certaines particularités, cependant, permettent, par un examen très attentif, d'établir le diagnostic. L'affection, dit Béranguier, n’a pas l'allure franche de la fièvre typhoïde; les symptômes sont moins marqués et moins nets; les douleurs et le gargouillement sont généralisés à tout l'abdomen ; la langue est étalée et ne tremble pas. La température à une marche des plus irrégulière.

D'autres signes manquent totalement : il n'existe aucune manifestation pulmonaire ni rénale; la rate n'est pas hypertrophiée de façon évidente; les taches rosées font défaut. En outre, on peut constater des modifications pupillaires et des troubles salivaires. Et si on se livre à un interrogaloire serré, on relèvera une période prodromique d'ascaridiose pure.

A la vérité, ces nuances ne constituent encore que des signes de probabilité ; la constatation d'œufs d'Ascarides ou des parasites eux-mêmes dans les selles n’est pas un suffisant élément de cértitude. Le diagnostic ne nous paraît pouvoir être admis qu’au cas où, après un séro-diagnostic négatif à plusieurs reprises, tant avec l’Eberth qu'avec les paratyphiques, la maladie cède rapidement à l'expulsion thérapeutique d’un ou de plusieurs Ascarides.

Telle est la forme grave de l’ascaridiose à type typhoïde ; mais il peut exister une série de cas plus bénins, simulant la typhoïdette, l'embarras gastrique fébrile et l'embarras gastrique simple.

Nous acceptons volontiers l’individualisation de l'ascaridiose à forme typhoïde, d'après les cas évidemment impressionnants où la guérison à suivi de près l'expulsion des Ascarides; encore faut-il

que cette expulsion n'ait pas lieu à la fin du troisième septenaire de la fièvre. Malheureusement, au moins en ce qui concerne les enfants, il est fort peu d'observations probantes. Des cas où la guérison s’est fait attendre dix jours (Tauchon), trois semaines (Weil, in Guglielmi), nous paraissent peu valables.

Par contre, dans la plupart de ceux où la guérison a suivi à brève échéance l’expulsion, le tableau clinique ne ressemblait que d’assez loin à la typhoïde ; il s'agissait d’une fièvre irrégulière avec des rémissions.

Restent donc les faits de syndromes pseudo-typhoïdes avec ascaridiose intestinale et séro-réaction négative. Comment les interpréter ? Guiart écrit que « des cas de fièvres typhoïdes parfaitement caractéristiques, à séro-diagnostic positif, ont été guéris par la simple expulsion d'Ascarides ». Nous ne connaissons aucun fait de ce genre relatif à l'enfance, et d’ailleurs, même en admettant l'hypothèse de l’inoculation du bacille d'Eberth par les Ascarides, on s'explique mal que, les vers inoculateurs expulsés. la dothiénentérie cesse brusquement son évolution.

Néanmoins, acceptons l'opinion de Guiart : les vers ont été les agents inoculateurs de l’Eberth; mais, au même Utre que le bacille d’'Eberth, ils peuvent inoculer les paratyphiques, ou le colibacille, ou d’autres agents de la flore intestinale. Or, si un certain nombre d'observations notent un séro-diagnostic négatif pour l'Eberth, aucune ne signale que la recherche des paratyphiques ait été pratiquée. Nous croyons donc indispensables, avant de faire de l’ascaridiose à forme Lyphoïde une entité morbide, de nouvelles recherches sur l'existence et la nature de l'infection sanguine dans les cas d'helminthiase avec fièvre.

Notons en terminant que Sziklassy rapporte un cas de syndrome typhoïde simulé par le Ténia.

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