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OCCLUSION INTESTINALE

Contrairement à ce que pensait Davaine, les Ascarides sont capables, en se pelotonnant, d'obstruer de façon complète la lumière de l'intestin et d’entrainer, par suite, des accidents sérieux, parfois mortels.

Dans la plupart des cas, le tableau clinique est celui d'une occlusion intestinale de cause quelconque, C'est cette cause qu'il y a grand intérêt pratique à rechercher. Feltmann, à qui nous empruntons en grande partie ce qui suit, pense que le diagnostic étiologique peut être établi.

La douleur est variable, rarement très vive, avoisinant l'ombilic; tantôt elle irradie vers la fosse iliaque droite (Renon), tantôt le malade éprouve une sensation de barre dans le côlon transverse (Rocheblave). Le météorismeet le péristaltisme seraient moins accentués que dans l’occlusion ordinaire. La constipation n’est pas absolument constante.

Les selles sanglantes, que Feltmann considère comme un signe précieux, nous paraissent d'une valeur et d’une constance toutes relatives. À la palpation abdominale, on peut avoir la sensation soit de tumeurs véritables, dures, parfois sensibles, soit de ficelles pelotonnées (Renon) (1). La fièvre est habituelle.

L'évacuation d'Ascarides par la bouche ou par l'anus, soit spontanément, soit à la suite de l’administration d’un anthelminthique, est un signe de grande valeur, surtout si les accidents cèdent à ce traitement. C'est un renseignement à ne pas négliger et dont on aurait tort de ne pas tenir compte (Simon).

Quant à la présence d'œufs dans les selles, c'est une donnée qui fera le plus souvent défaut, vu la constipation habituelle.

Ces accidents peuvent être de courte durée et cesser spontanément (Vinoconroff) ou à la suite de l'administration d’un anthelminthique ; mais 1ls sont susceptibles de récidiver (Renon).

Évidemment, la rareté de ces accidents fait qu'on les néglige, et pourtant la déduction thérapeutique qui s'en dégage a un grand intérêt pratique. En présence d'un syndrome d’occlusion présentant les quelques anomalies symptomatiques que nous venons de signaler, surtout si on sait que le petit malade héberge des Ascarides, on pourra adminisirer un anthelminthique ; mais on le fera avec prudence, car c’est peut-être le vermifuge qui a occasionné le pelotonnement et l’obstruction dans le cas de Stepp, fait exceptionnel à la vérité. Il sera sage de ne pas trop escompter le résultat de ce traitement, et on ne laissera pas passer l’heure de l'intervention efficace. La laparotomie faite dans ces conditions commence par être exploratrice : le diagnostic causal de l’obstruction a pu être établi à ce moment.

Les Ascarides, plus ou moins nombreux, donnent plus nette-

(1) I est avéré que les Ascarides sont susceptibles d'être reconnus par la palpation. Chatelin put en percevoir dans une hernie.

ment que par la palpation abdominale la sensation de paquets de ficelle ou de cordon dur.

De la conduite tenue à ce moment dépend beaucoup le résultat de l'intervention : celle de Rocheblave, qui massa le gros intestin, exprimant son contenu, nous paraît préférable à celle de Schachner, qui, sentant un Ascaride, incisa l'intestin pour l'extraire : le malade guérit dans le premier cas et mourut dans le second. De même succomba le malade de Mygind, qui avait subi une entérotomie.

Si les Ascarides passent inaperçus, l'opérateur suit naturellement la technique classique etfait, comme Heydenreich, qui opéra le malade de Simon, un anus artificiel par lequel les vers peuvent êlre expulsés.

Enfin Renon s’est trouvé en présence d'un cas anormal de diverticule de Meckel qu'il a enlevé avec succès. Somme toute, à moins que l’occlusion ne se lève spontanément ou après un anthelminthique, il faut interveuir en évitant l'entérotomie.

L'expectation se termine le plus souvent par la mort. La mort peut être aussi le fait d'une perforation intestinale par distension excessive et d'une péritonite consécutive (cas de Zotoff; voy. Perforalions).

À côté de ces cas où la symptomatologie est presque celle de toute occlusion intestinale, il en est d'anormaux, comme celui de Donald Mac Rae, où le malade présente des phénomènes d’empoisonnement.

D’autres fois, l’occlusion, tout à fait méconnue, est unetrouvaille d’autopsie.

Le siège habituel de l'occlusion parait être l'intestin grêle, habitat normal des Ascarides. Parfois c'est le côlon transverse (Rocheblave) ou un diverticule de Meckel (Renon). Malheureu: sement, beaucoup d'observations manquent de précision à cet égard.

Les vers peuvent produire ces accidents par deux modalités principales (Feltmann) :

Ou bien ils obstruent la lumière intestinale par leurenchevètrement, donnant des signes d'occlusion le plus souvent incomplète ;

Ou bien ils entrainent le glissement d'une portion de l'intestin dans la portion sous-jacente, réalisant une véritable invagination

(Schachner, Bourreau et Tillaye). Ces deux mécanismes peuvent s'associer (Porot).

Plus rarement, le mécanisme est indirect, comme dans le cas de Renon, les Ascarides se trouvant réunis dans un diverticule. Notons enfin, au point de vue étiologique, que la plupart des observations où le sexe est signalé concernent des garçons. Sur 13 cas où l'âge est indiqué, 10 enfants ont moins de six ans el

demi.

TuMEURS VERMINEUSES.

Il arrive que les vers intestinaux, surtout les Ascarides, déterminent la production de tumeurs qui, selon leur siège, entraînent des erreurs de diagnostic variées, quelquefois très curieuses (1).

Nous éliminons du groupe de ces tumeurs vermineuses les tuméfactions symptomatiques des collections ombilicales précédemment étudiées (Voy. Abcès vermineux).

Nous ne parlons ici que des masses formées par des vers accumulés en un point de l'intestin; c’est au chapitre de l’'Occlusion intestinale que la plupart de ces faits sont relatés. Mosler, en 1860, trouve une tumeur dans la région cæcale. Renon constate une tumeur ombilicale dure, douloureuse, assez volumineuse, donnant la sensation d’une hernie épigastrique étranglée. Miyake perçoit deux tumeurs dures et sensibles au voisinage de lombilic. Pelezyñski en découvre une à l'angle colique gauche, et Del Lago à l'angle hépatique. De même Bourreau el Tillaye notent une tumeur sous-ombilicale dure et douloureuse.

Somme toute, tumeur de siège variable en un point variable de l'intestin ; tumeur dure, quelquefois sous forme de cordon, sensible et même douloureuse à la pression. Un caractère frappant est la disparition après expulsion d’'Ascarides (Pelezyñski). Dans la plupart de ces cas, les signes concomitants imposaient le diagnostic juste, quoique incomplet, d'occlusion intestinale.

D'autres fois, l'erreur a été différente ; il existait plusieurs tumeurs semblables et plus petites qui furent prises pour des

(1) Qu'il nous soit permis de noter ici, bien qu'il s'agisse d'une adulte, le fail suivant observé par notre maître, M. Demelin, à l'hôpital Tenon : un paquet d'Ascarides amoncelés dans une anse tombée dans le cul-de-sac de Douglas

fut pris pendant quinze jours pour une grossesse ; l'erreur ne fut reconnue que par la disparition de la tumeur consécutivement à l'expulsion des vers.

ganglions mésentériques tuberculeux, comme dans les cas rapportés par Fidelin. Deux de ces cas cependant, relatifs à des Oxyures, sont loin d'être démonstratifs. Parfois aussi on pense à une péritonite tuberculeuse {Bourquin).

Ces faits ne semblent pas très communs. Cependant Stoll écrivait que la présence des vers « se manifeste très souvent par une tumeur subile dans l'abdomen, tumeur qui souvent disparaît en peu de temps ou qui s'étend, se produit ailleurs ou en fait naître d’autres. Chez les enfants atteints de la maladie vermineuse, les coliques devenant plus douloureuses, j'ai vu se produire, à l’endroit où la douleur est plus forte, des tumeurs comme celles qui caractérisent le farcin ; ces tumeurs se déplacaient ».

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