‹ Les vertus morales de génie et de l'œuvre de Pasteur. Causerie du Centenaire (1822-1922) dédiée à la jeunesse des ÉcolesChapitre 11 sur 23 · DAS · texte numérisé non relu

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la rage atténué il avait « grande envie » de commencé par lui-même, c'est-à-dire de s’inoculer la rage pour en arrêter ensuite les effets. Mais je. dois ajouter, pour être complet, que, un ou deux ans auparavant, Pasteur, pour achever ses recherches et vérifier une hypothèse, voulut prélever lui-même dans la gueule d’un chien enragé un peu de bave, afin de la recueillir directement. Il fallut, pour répondre à sa volonté, entraîner hors de sa cage de fer un bouledogue qui écumait, le ligoter, l’étendre sur une table malgré ses soubresauts furieux, et lui tenir la mâchoire entr'ouverte. Les aides parviennent à le maîtriser. Aussitôt Pasteur, un tube effilé entre les lèvres, la tête penchée sur la gueule du chien, aspire quelques gouttes de bave !

Et c'est cet homme, au courage tranquille et froid, que vous avez vu pleurer tout à l'heure en sortant de la chambre de la petite Pelletier parce qu'il n'avait pu la sauver.

Un soir de l’année 1886, invité au Qartier Latin par une société d'éducation populaire, il dit à ses auditeurs, ouvriers avides de s’instruire : « Mon père était ouvrier, lui aussi, et lui aussi avait eu la passion d'apprendre. Il à été mon premier maître, et c’est lui qui a mis en moi l’amour du travail, et pour aiguillon du travail, l'amour de la patrie. Que cette double passion domine toujours votre œuvre ! » |

Quand il agitait les grands problèmes de la

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destinée humaine, 1l aimait à s'élever, en philosophe, jusqu'aux hauteurs sereines de la pensée : « Notre pays a grand besoin d'ouvrir à la jeunesse des voies nouvelles qui lui découvrent des horizons plus mêlés de travail sérieux, de moralité, de poésie, avec quelque chose de l'idée divine, du mystère de notre destinée et de la grandeur de la patrie. » Et dans son discours de réception à l’Académie-Française : « Heureux celui qui porte en soi un dieu, un idéal de beauté, et qui lui obéit : idéal de l’art, idéal de la science, idéal de la patrie, idéal des vertus de l'Evangile ! Ce sont là les sources vives des grandes pensées et

‘des grandes actions. Toutes s’éclairent des reflets

de l'infini. »

Désintéressement - Patriotisme

Eh bien ! mes jeunes -amis, ce n’est pas tout. A ce portrait déjà si riche, à cette physionomie morale déjà si belle, si exceptionnelle, il manque encore deux traits essentiels. Il faut que vous sachiez que cet homme qui aurait pu, avec ses découvertes, gagner des millions et peut-être des milliards, ce grand laborieux n’a pas voulu en retirer un seul centime de profit personnel !

Et de plus, ce savant qui a tant travaillé pour tous les hommes, pour tous les peuples, ce grand Français n’a jamais cessé de penser à la France, sa chère patrie, dont il ne prononçait jamais le nom qu'avec un ton grave et recueilli, à l’exemple de son père, le vieux sergent de l’Empire, il n’a jamais cessé de penser à la France qu’il voulait toujours plus prospère, toujours plus considérée, estimée, admirée !

Le désintéressement et le patriotisme de Pasteur compteront parmi ses vertus morales les plus brillantes, les plus éclatantes, oserai-je dire en ce jour : les plus opportunes et les plus utiles à l'heure présente par leur force éducative ?

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