‹ Les vertus morales de génie et de l'œuvre de Pasteur. Causerie du Centenaire (1822-1922) dédiée à la jeunesse des ÉcolesChapitre 12 sur 23 · NAS · texte numérisé non relu

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Après la grande perturbation apportée par la guerre dans nos habitudes morales, il semble que les idées de désintéressement et de dévouement à l'intérêt public aient subi une éclispe dont nous souffrons amèrement et qui ne sera, espérons-le, que momentanée. Le magnifique et immortel exemple que vous offrent le désintéressement de Pasteur et son dévouement au bien public et à son pays vous apprendront que dans la vie, à côté et au-dessus des valeurs matérielles, il y a place pour les valeurs morales, et ce sont les valeurs morales qui donnent à la vie son plus haut prix.

Et précisément, à l’occasion de son désintéressement, arrêtons-nous un instant sur son désintéressement moral bien connu et qui n’est autre que la modestie. Ici encore il faudrait tout citer dans la vie de Pasteur. Contentons-nous de rappeler qu'il a connu de son vivant les plus grands honneurs et qu'il les a acceptés avec une simplicité dont on connaît peu d'exemples. Il aimait la gloire, non pour lui, mais pour les autres, pour ses Collaborateurs et surtout pour la France. Il parcourut succesivement tous les échelons de la Légion d'Honneur. Quand vint en 1881 le Grand Cordon de la Légion d'Honneur, Pasteur y mit une condition. Il exigea, au préalable, que ses deux collaborateurs Chamberland et Roux eussent la croix. « Cette grand’croix, disait-il, ne

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trouvera grâce devant moi qu'à ce prix... Ce que je désire surtout, c’est donner à la découverte (la vaccination charbonneuse) cette consécration d'une distinction exceptionnelle à deux jeunes hommes dévoués, pleins de courage et de mérite. » Et quand on vint annoncer à Pasteur, dans son laboratoire, que Roux et Chamberland étaient effectivement décorés et que lui Pasteur était Grand'Croix, ce fut une grande joie. « On s’est embrassé, écrivait Mme Pasteur à ses enfants, on s’est embrassé cordialement au milieu des cochons d'Inde et des lapins. »

Pasteur fut élu successivenment dans trois AcCadémies : Sciences, Médecine et Académie Française. Ses remerciements, dans les trois cas, furent empreints de la plus exquise modestie personnelle et d’une belle et noble fierté pour la science sur qui il reportait les honneurs qu'il recevait.

Je ne citerai plus qu’un trait de cet esprit d’abnégation morale, mais combien significatif ! Dans tous les Congrès tenus à l’étranger, à Milan, à Londres, à Genève, à Edimbourg, à Copenhague, partout enfin, il suffisait que l’on sût que Pasteur serait présent pour que l’affluence fût énorme. On s’écrasait littéralement pour voir, entendre, applaudir le grand Français. En août 1881, il alla à Londres représenter officiellement la France. Laissons parler son biographe : « A son arrivée dans l'immense salle de Saint-James qui, depuis

le parterre jusqu'aux galeries supérieures ébait remplie, comme débordante de spectateurs, un des commissaires, le reconnaissant dès l'entrée, vint le prier de monter sur l’estrade réservée aux membres les plus illustres du Congrès. Pendant qu'il se dirigeait vers les marches de cette estrade, les applaudissements éclatèrent. De toutes parts on poussait (des vivats, des hurrahs. Pasteur se retourna vers ses deux compagnons (son fils et son gendre) et leur dit avec un mouvement d'inquiétude ; « C’est sans doute le Prince de Galles qui arrive, j'aurais dû venir plus tôt. » « Mais c'est vous que tout le monde acclame ! » lui dit le Président du Congrès.

Pendant le discours du Président, le nom de Pasteur fut prononcé. Les applaudissements furent tels que Pasteur dut se lever pour saluer cette grande assemblée.

Il écrivit le jour même à Mme Pasteur :

« J'étais bien fier intérieurement non pour moi — tu sais ce que je suis devant les triomphes — mais pour mon pays, en songeant que j'étais distingué exceptionnellement au milieu de ce concours immense d'étrangers, d'Allemands surtout, qui sont ici en nombre considérable, bien plus nombreux que les Français. »

Ce désintéressement moral fut égalé chez lui et même surpassé s’il est possible par le désintéressement au sens ordinaire du mot, par l'absence

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