‹ Les vertus morales de génie et de l'œuvre de Pasteur. Causerie du Centenaire (1822-1922) dédiée à la jeunesse des ÉcolesChapitre 14 sur 23 · MED · texte numérisé non relu

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« Don à la Patrie : 150 francs, par le fils d'un vieux soldat décoré de l'Empereur. L. P., ancien élève de l'Ecole Normale ! »

En 1865, il fit, aux Tuileries, une conférence sur la maladie des vins. Et comme Napoléon IT et l'Impératrice s’étonnaient que Pasteur ne songeât pas à tirer un profit très légitime de ses travaux et de leurs applications, il répondit fièrement, pour lui et pour tous les savants français : « En France, les savants croiraient démériter en agissant ainsi. »

Après l'attaque d'hémiplégie du 19 octobre 1868 qui faillit l'emporter et au cours de laquelle, ayant conservé toute sa lucidité, il disait : « Je regrette de mourir : j'aurais voulu rendre plus de services à non pays », il ne put conserver sa chaire à la Sorbonne. Cet homme qui avait enri- Chi son pays, qui allait sauver des milliers de vies humaines, avait dédaigné la richesse. En 1874, Paul Bert, membre de l’Assemblée Nationale, heureux d’être chargé du rapport sur le projet de loi tendant à accorder à Pasteur une récompense nationale, rappelait le désintéressement des hommes de science et ajoutait ces mots : « Il y va de l’honneur et de l'intérêt des nations que la vie de ces hommes soit non seulement admirée, mais enviée... La récompense demandée consiste en une pension viagère de 12.000 francs ; cette

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somme représente à peu près les émoluments de la chaire de Sorbonne que la maladie force M. Pasteur à abandonner. Elle est bien modique, lorsqu'on la compare surtout avec la valeur des services rendus. Votre Commission regrette que l'état de nos finances ne lui permette pas d’en élever le chiffre. Mais elle pense que les résultats économiques et hygiéniques des découvertes de M. Pasteur seront prochainement si considérables que la nation francaise trouvera juste d’augmenter plus tard le témoignage de sa reconnaissance envers lui et envers la science dont il est l’un des plus glorieux représentants. »

Retenez bien le mot du grand physiologiste anglais Huxley : « Les découvertes de Pasteur suffiraient à elles seules pour couvrir la rançon de guerre de cinq milliards payés par la France à l'Allemagne en 1870. »

Retenez encore ceci: non seulement Pasteur ne voulut rien toucher pour ses immortelles découvertes, mais encore, dès que l’Institut Pasteur élevé par souscription nationale ef internationale fut inauguré en 1888, il décida, et ses disciples, Chamberland et Roux, décidèrent avec lui d'abandonner à l'Institut les produits de la vente en France des vaccins découverts dans le laboratoire.

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Grâce à ce désintéressement, ces vaccins, sauveurs de tant d’existences, furent, et sont encore restés, à des prix modiques, accessibles à toutes les bourses, et utilisés bien souvent, gratuitement, dans les dispensaires et les maternités.

Pasteur a bien été et il restera toujours un des plus grands bienfaiteurs de l'Humanité !

Mais il fut aussi un ardent patriote. Le patriotisme de Pasteur est heureusement très connu et même très populaire, si j'ose dire, dans nos écoles où l’on connaît très exactement sa virulente protestation du 18 janvier 1871 contre les bombardements de Paris par les Prussiens.

Mais ce qui est molfts connu, c’est la forme constante, persévérante, de son patriotisme étroitement associé chez lui à la recherche désintéressée du vrai et aux RPPRCAURRE utilitaires de la science.

Dès ses bÉÉTIÈRS études sur la maladie des vins et celle des vers à soie, il ne cachait pas sa joie de contribuer par ses recherches et leurs applications à la richesse nationale.

Un des premiers «en France, il réclamait des crédits pour les laboratoires de recherches : « Ce sont, disait-il avec éloquence, les temples de l’avenir, de la richesse «et du bien-être. C'est là que l'humanité grandit, se fortifie et devient meilleure. » Et il souffrait de l'infériorité de la France, sur ce point, par rapport à l'Allemagne.

Il fut un des premiers à stimuler le grand minitre Duruy pour donner aux professeurs français « les instruments de travail nécessaires pour rivaliser avec leurs émules d'Outre-Rhin. »

Sa grande préoccupation après l’attaque d’'hémiplégie du 19 octobre 1868 fut le chagrin profond, non de mourir, mais de disparaître avant d'avoir donné sa mesure : « Je regrette de mourir ; j'aurais voulu rendre plus de services à mon pays. »

La guerre de 1870-71 lui causa des peines morales terribles. Il écrivait à son élève Raulin le 17 septembre 1870 : « Oh que nous avions raison, nous autres savants, de regretter la misère du département de l’Instruction Publique ! La cause vrale de tous nos malheurs actuels est là. Ce n’est pas impunément, on le reconnaîtra peut-être un jour, qu'on laisse une grande nation déchoir intellectuellement... Nous portons la peine de 50 années d'oubli profond des sciences, des conditions de leur développement, de leur immense influence sur la destinée d'un grand peuple et de tout ce qui aurait pu aider à la diffusion des lumières... Je m'arrête. Tout cela me fait mal... Je voudrais que la France résistât jusqu’à son dernier homme, jusqu'à son dernier rempart... Chacun de mes travaux jusqu'à mon dernier jour portera pour épigraphe : Haine à da Prusse. Vengeance, Vengeance... »

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