‹ Les vertus morales de génie et de l'œuvre de Pasteur. Causerie du Centenaire (1822-1922) dédiée à la jeunesse des ÉcolesChapitre 15 sur 23 · ANT ML · texte numérisé non relu

ANT ML

Le 5 février 1871, un des premiers obus prussiens s’enfonça dans le jardin de l'Ecole Normale Supérieure. Un autre éclata en pleine ambulance de l'Ecole. On retrouva le culot de l’obus entre deux lits. Les drapeaux blancs à croix rouge de Genève ne protégèrent pas davantage le Val de Grâce, le Panthéon, le Muséum d'Histoire Naturelle. Ces drapeaux guidaient le tir des Prussiens ! Pasteur hondit de douleur. Il se rappela le diplôme de docteur de la Faculté de Médecine de l’Université de Bonn qui lui avait été décerné en 1868. Ce parchemin devint odieux à son patriotisme douloureux. Il écrivit immédiatement au Doyen de cette Faculté, le 18 janvier 1871, ces lignes qui sont dans toutes les anthologies de nos écoles et qu'il convient de relire ensemble, dans cette commémoration : « .… Aujourd'hui la vue de ce parchemin m'est odieuse, et je me sens offensé de voir mon nom... se trouver placé sous les auspices d’un nom voué désormais à l’exécration de ma patrie, celui du roi Guillaume... J'obéis à un cri de ma conscience en venant vous prier de rayer mon nom des archives de votre Faculté et de reprendre ce diplôme en signe de l'indignation qu'inspirent à un savant français la barbarie et l'hypocrisie de celui qui, pour satisfaire un orgueil criminel, s’obstine dans le massacre de deux grands peuples. »

Les savants français, dignes descendants de

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Pasteur, ont eu, en 1914-1915, le même cri d’indignation et de révolte !

On connaît moins la réponse du Doyen. La voici: « Le soussigné, Doyen actuel de la Faculté de Médecine de Bonn, est chargé de répondre à l’insulte que vous avez osé faire à la nation allemande dans la personne sacrée de son auguste empereur, le rot Guillaume de Prusse, en vous envoyant l'expression de tout son mépris. D' Maurice Naumann. P.-S. Voulant garantir ses actes contre la souillure, la Faculté vous envoie ci-joint votre libellé. »

En bon Franc-Comtois, Pasteur rispota par ces mots : « J'ai l'honneur de vous faire savoir, M. le Doyen, qu'il est des temps où l’expression de mépris, dans la bouche des sujets prussiens, équivaut, pour un cœur vraiment français, à celle de virum clarissimum que vous me décerniez naguère... Vous me parlez de souillure. Elle est, elle sera, jusque dans les temps les plus reculés, pour la mémoire de ceux qui ont commencé le bombardement de Paris alors que la capitulation par la famine était inévitable, et qui ont continué cet acte sauvage, quand il fut devenu évident pour tous qu'il n'avancerait pas d’une heure la reddition de l’héroïque cité. »

Et peu après il disait à ses élèves : « Que vous êtes heureux d’être jeunes et bien portants ! Oh ! que n'ai-je à recommencer une nouvelle vie

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