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que le jour où elles sont consacrées par l’observation et l'expérience. Laboratoires et découvertes sont des termes corrélatifs. Supprimez les laboratoires, les sciences physiques deviendront l'image de la stérilité et de la mort. Elles ne seront plus que des sciences d'enseignement, limitées et impuissantes, et non des sciences de progrès et d'avenir. Rendez-leur les laboratoires et avec eux reparaîtra la vie, sa fécondité et sa puissance. Hors de leurs laboratoires, le physicien et le chimiste sont des soldats sans armes sur le champ de bataille... Les laboratoires sont les temples de l’avenir, de la richesse et du bienêtre. C’est là que l’humanité grandit, se fortifie et devient meilleure. » Après avoir rappelé l’œuvre, déjà considérable à cette époque, de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Russie, de l’Angleterre, de l'Amérique et de l'Italie, il demande :
« Et la France ? La France n'est pas encore à l’œuvre. »
Dans une lettre peu connue, mais heureusement relevée par son éminent et, scrupuleux biographe, il souhaitait que les villes et leurs régions fussent intéressées aux travaux et à la prospérité de leurs établissements scientifiques : « Il faudrait — et retenez bien ces paroles — il faudrait, par les
dénominations d'Université de Paris, de Lyon, de
Strasbourg, ‘de Montpellier, de Lille, de Bordeaux et de Toulouse, formant par leur faisceau
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l'Université de France, introduire entre les cités et leurs établissements d'Enseignement supérieur quelques-uns des liens qui rattachent les Universités allemandes aux localités qu’elles honorent. » Il traçait nettement dans ces lignes la silhouette des Universités Régionales qui ne devaient être créées que 30 ans plus tard en 1897.
Nous faisons-nous illusion ? mais 1l me semque si la vie du grand Franc-Comtois se fût prolongée jusqu’à nos jours, et s'il eût été témoin des efforts de votre Univers'té pour s’adapter aux besoins locaux et régionaux, il eût certainement encouragé ces efforts et reconnu en eux les fruits directs et légitimes de sa pensée.
Gette pensée, il l’a exprimée pendant les heures tragiques de 1870-1871. Nous tenons à la rappeler. Car si elle fut utile à cette époque pour exeiter, galvaniser, les efforts scientifiques de la France vaincue, peut-être le sera-t-elle encore plus aujourd'hui pour diriger les efforts encore hésitants de la France victorieuse. Que tous s’inspirent de cette noble et fière conception qui fait de la science et du haut enseignement une des forces vitales d’une nation, d'où il résulte, en conséquence, qu'on ne doit jamais lui marchander, et pour quelque motif que ce soit, encouragements, subventions et moyens d'extension.
Nous sommes heureux d'exprimer ces vœux devant l'éminent Président de la Commission de
ÉRRTOES
l'Enseignement du Sénat{!'et de remercier la Commission, le Parlement entier et le Gouvernement pour les précieux encouragements que les Universités Régionales ont déjà recus de leur sollicitude éclairée et qui nous font espérer, pour un prochain avenir, de nouvelles marques de protection efficace.
Voici donc ce qu'’écrivait douloureusement le grand Pasteur, le 17 septembre 1870 : « Oh ! que nous avions raison, nous autres savants, de regrctter la misère du département de l’Instruction Publique ! La cause vraie de tous nos malheurs actuels est là. Ce n'est pas impunément, on le reconnaîtra peut-être un jour, mais bien trop tard, qu'on laisse une grande nation déchoir intellectuellement... Nous portons la peine de 50 années d’oublr profond des sciences, des conditions de leur développement, de leur immense influence sur la destinée d’un grand peuple et de tout ce qui aurait pu aider à la diffusion des lumières. » Il publia à Lyon, dans le Salut Public, des pages qu'il faudra toujours méditer. Remarquez d'abord ce titre, dont vous sentirez toute l’angoisse quand vous saurez qu'il date de l’année terrible : février 1871 : « Pourquoi la France na pas trouvé d'hommes supérieurs au moment du péril. » Plus tristes encore sont les remarques qu'il présente : « La France a vécu sur son passé, se croyant toujours grande par les découvertes de
(1) M. Victor Bérard, Sénateur du Jura.
la Science, parce qu'elle. leur devait sa prospérité matérielle, mais ne s'apercevant pas qu’elle en laissait imprudemment tarir les sources alors que des nations voisines, excitées par son propre aigu:llon, en détournaient le cours à leur profit et les rendaient fécondes par le travail, par des efforts et des sacrifices sagement combinés. » Il précisait sa pensée par une constatation douloureuse : « Tandis que l'Allemagne multipliait ses Universités, qu'elle établissait entre elles la plus salutaire émulation, qu’elle créait de vastes laboratoires dotés des meilleurs instruments de travail, la France. ne donnaït qu'une attention distraite à ses établissements d'instruction supérieure. »
Il concluait par ces belles lignes prophétiques, toujours vra'es et toujours d'actualité : « La cul. ture des sciences, dans leur expression la plus élevée, est peut-être plus nécessaire encore à l’état moral d’une nation qu'à sa prospérité matérielle. »
Il illustrait cette belle pensée par des remarques d’une vérité saisissante : « Les grandes découvertes, les méditations de la pensée dans les arts, dans les sciences et dans les lettres, en un mot les travaux désintéressés de l'esprit dans tous les genres, les centres d'enseignement propres à les faire connaître, introduisent dans le corps social tout entier l'esprit philosophique ou scientifique, cet esprit de discernement qui soumet