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une période d’accablement. Sa mère mourut subitement d’une attaque d'aploplexie (28 mai 1848). Frappé en plein cœur, Pasteur ne pouvait plus travailler. Il restait plongé dans les larmes, ïl gardait un silence obstiné. Pendant des semaines, sa vie intellectuelle fut comme suspendue.
Sa nature émotive, pleine d’élan, de générosité et d’ardeur, se révéla en maintes autres ciconstances : à Strasbourg il fut reçu, avec ses camarades, chez le Recteur, M. Laurent, qui était adoré de tous ces jeunes professeurs pour son esprit de justice et de bienveillance. Dans une soirée intime, Bertin, compatriote et grand ami de Pasteur, disait de lui : « C’est un piocheur comme on en voit peu, rien ne le distrait de son travail. » Il en fut distrait cependant par un véritable coup de foudre qui devait décider de sa vie et en faire à la fois le bonheur, le charme et la sécurité morale : Quinze jours seulement après son arrivée, Pasteur demanda au Recteur, officiellement, sa fille en mariage, dans des termes d’une délicabesse et d'une loyauté que vous avez déjà appréciées. Ce timide, ce réservé, cachait un cœur aux impulsions rapides, mais profondes et durables. Il se reprocha cependant d’avoir, à l'occasion de cette demande en mariage, un peu trop abandonné le laboratoire, et il poussait, le 3 avril 1849, ce cri adorable de candeur et de sincérité : « Et moi qui aimais tant mes cristaux ! » Rassurezvous, il devait y revenir et aller plus loin.
Sa fièvre, son impétuosité allaient se manifester dans la recherche d’un acide, l'acide racémique, indispensable à ses études sur les tartrates. Il écrit à son père : J’ai appris chez M. Thenard « qu’il y a un fabricant d'Allemagne qui obtient « de nouveau de d'acide racémique. J’ai aussitôt « conçu le projet d'aller le voir, lui et ses pro- « duits, et d'étudier à fond l’origine de ce singu- « lier corps. » J'irai jusqu’à Trieste, disait Pas- « teur, j'irai jusqu'au bout du monde. Il faut « que je découvre la source de l’acide racémique, « que je suive les tartres jusqu’à leur origine. »
Il demande une mission. Il s’adressera s’il le faut au Président de la République (nous sommes en 1849): « C’est une question, disait-1l, que la « France doit tenir à l’honneur de voir résolue « le plus tôt possible par un de ses enfants. » A noter ce mot: il reviendra souvent sous la plume de Pasteur ou sur ses lèvres à chacune de ses découvertes, car il pense toujours à la prospérité, à la gloire de son pays, comme cela apparaîtra plus clairement encore par la suite.
Le voilà donc parti en Allemagne, courant de ville en ville, de fabrique en fabrique, bousculant tous les obstacles, écrivant à sa femme des lettres qui ressemblent à s'y méprendre à celles d'un grand général lancé dans une guerre de conquêtes, avec des alternatives d’espoir et de déceptions. « Jamais trésor, écrivait un spirituel chroniqueur de l’époque, jamais beauté adorée
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ne fut poursuivie à travers plus de chemins et avec plus d’'ardeur. » Il arriva enfin à son but et lanca ce télégramme où se montre à nu sa belle nature émotive et vibrante : « Monsieur, « Biot, Collège de France, Paris. Je transforme « l’acide tartrique en acide racémique. Communi- « quez, je vous prie, à MM. Dumas, Senarmont. »
Ceux qui aujourd'hui ne s'intéressent qu'aux télégrammes de courses ou de boxes, auront de la peine à comprendre la joie intense, l’émotion profonde, enveloppées dans ce télégramme, véritable bulletin de victoire qui devait avoir sur les recherches ultérieures de Pasteur des conséquences incalculables.
Cette nature ardente, toute de premier jet, vibrante d'enthousiasme, avait comme assise fondamentale la bonté, la vraie bonté qui se représente les soucis et les souffrances d'autrui, qui les éprouve, jui en souffre, et qui, sortant d’ellemême, dans un beau mouvement d’abnégation et de dévouement travaille à les calmer, à les soulager, à les faire disparaître, à en empêcher le retour.
Cette qualité maîtresse, cette vertu morale qui donne à la vie tout son prix, notre grand Pasteur l’a possédée au plus haut degré, à tel point que l'on peut dire que sa vie entière fut une succession d'actes de bonté destinés à éviter à son pays des pertes d'argent, à calmer les inquiétudes
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des mères, à soulager l’humanité souffrante et désarmée devant la maladie et la mort.
Ce sont ces magnifiques exemples de bonté que je voudrais placer en pleine lumière afin que vous puissiez, mes jeunes amis, en imprégner votre sensibilité, votre imagination, votre cœur, et vous en inspirer dans votre conduite présente et future, et dans vos rêves d'avenir.
Pour bien comprendre la suite chronologique des faits que je vais rappeler rapidement, il ne faudra pas oublier que Pasteur, tout d’abord chimiste, est passé peu à peu à la biologie et à la physiologie par l’étude des fermentations. Il faut également savoir que, le 30 janvier 1866, l’Académie des Sciences lui décerna le prix de physiologie expérimentale. Ce fut le plus grand physiologiste de l’époque, Claude Bernard, le meilleur juge en la matière, qûüi fut chargé du rapport : il rappela les expériences de Pasteur relatives à la fermentation alcoolique, à la fermentation lactique et à la fermentation de l’acide tartrique. Il insista sur le grand intérêt physiologique des résultats obtenus et signala, avec une clairvoyance admirable, la tendance physiologique de plus en plus visible dans les recherches de Pasteur.
C’est ce qui explique que lorsqu'on eut besoin des lumières d'un savant pour étudier certains phénomènes mystérieux, certaines maladies con-
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tagieuses, épidémiques, ce n’est ni à un physiologiste ni même à un médecin que l'on eut recours, mais bien à Pasteur et à lui seul. Ce qui indiquait bien à la fois que ses études sur les manifestations élémentaires de la vie étaient déjà connues et inspiralent la plus large confiance.
Il inspirait confiance et par l'autorité de son nom et par sa réputation d'homme bon et généreux que les infortunes d'autrui ne sauraient laisser indifférent.
A chaque appel c'était toujours la même facon de procéder, la même facon d'accepter : on lui indique le mal, on lui fait envisager les pertes éprouvées ou les scuffrances endurées. Et Iui de se dire : Le devoir m'appelle, j’accours. J’accours pour élucider un mystère, pour éviter des pertes à mon pays et contribuer à le faire plus grand, plus riche, plus prospère. Car on verra mieux par la suite que ces trois préoccupations chez Pasteur : Science — bonté — patriotisme — étaient inséparables.
Le premier appel vient de son maître préféré, le grand chimiste Dumas, originaire du Gard, département où depuis tant d’années la culture du ver à soie était en honneur, et était aussi une source de richesse. Richesse compromise par une maladie mystérieuse et redoutable qui s'était déclarée vers 1847 et durait encore en 1865. C'était 100 millions de francs par an compromis! Dumas le conjure d’accourir pour éviter la ruine du