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pays. Pasteur répond avec sa modestie et aussi sa conscience habituelles : « Votre proposition me jette dans une grande perplexité ; elle est assurément très flatteuse pour moi, son but fort élevé, mais combien elle m'inquiète et m'embarrasse ! Considérez, je vous prie, que je n’ai jamais touché un ver à soie... Toutefois... disposez de moi. » Peu après, le 17 mai 1875, Dumas lui écrit encore : « Je mets un prix extrême à voir votre attention fixée sur la question qui intéresse mon pauvre pays ; la misère dépasse tout ce que vous pouvez imaginer. »
Pasteur accourt et, pendant 5 ans d’études opiniâtres, acharnées, arrive à découvrir la cause du mal, puis le remède, et assure de nouveau la prospérité de l’industrie de la soie non seulement dans le Gard, mais encore en Italie, en Autriche, en Chine, au Japon...
Ce fut un bonheur pour la science française et pour l'humanité en général que cet appel de Dumas, car Pasteur, pressé par la nécessité, aiguillonné par sa bonté, fit, dans cette étude, l’application d'une méthode qu'il ne devait pas tarder à généraliser. Il s’engageait ainsi progressivemen sur la route qui devait le conduire bientôt à ses plus grandes découvertes.
Mais n'oubliez pas le point de départ : Pasteur avait ressenti profondément les souffrances des populations cévenoles et c'était pour les soulager
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qu’il avait accepté une mission pour laquelle il ne se croyait pas préparé.
Et à l’origine de tous les appels qui vont lui être adressés, au cours de sa laborieuse et opiniâtre existence, vous trouvez toujours un élan de son cœur, une tristesse profondément ressentie en présence de la souffrance d'autrui, et le besoin impérieux de la soulager. Qui aurait pu prévoir que cette part du cœur dans le progrès des sciences allait rénover la physiologie, la médecine et la thérapeutique ?
On eut recours à lui pour la maladie des vins, pour la fermentation du vinaigre. Le procédé sauveur, qui porte son nom, da Pasteurisation, consiste, vous le savez, à porter le vin et le vinaigre à 55°, ce qui les préserve des végétations et des germes qui les altèrent. Après l’avoir exposé dans une grande conférence à Orléans (11 novembre 1867), il ajoutait ce mot qui montre bien ses préoccupations où la recherche du vrai, le souci d'éviter des pertes et le besoin de travailler au bien public étaient intimement unis:
« Rien n’est plus agréable aux hommes voués à la carrière des sciences que d'accroître le nombre des découvertes ; mais quand l'utilité pratique de leurs observations est immédiat, leur joie est au comble. »
Après le vin, après le vinaigre, après les vers à Soie, on l’appelle aussi pour la bière. La bière ! Pasteur n'ignorait pas la supériorité incontesta-
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ble de l'Allemagne dans cette fabrication. Il voulut affranchir la France du tribut qu’elle payait à l'Allemagne. Il se rendit à Chamalières près de Clermont, puis à Lille, et là, armé de ses méthodes et du microscope, il découvrit aussitôt les vices de fabrication, et indiqua les vrais procédés scientifiques d’une sûreté infaillible.
Sur ce point encore il fut guidé par une pensée généreuse : enrichir son pays, et même les autres, mais en créant chez eux une dette morale envers un savant de France qui serait en fin de compte payée à la France. « Il faut refaire des amis à notre chère France », ne cessait-il de répéter.
Après la bière, le charbon. Le charbon ! maladie terrible qui lui prit, comme celle des vers à soie, plusieurs années d'études, d'expériences, d'épreuves et de contre-épreuves. Il en vint à bout et fit regagner au pays de Beauce les millions qu'il perdait annueliement.
Après le charbon, la fièvre puerpérale qui provoquait dans les Maternités de véritables hécatombes. Après la fièvre puerpérale, le choléra des poules ; puis c’est la peste, puis le rouget du porc ; puis la fièvre jaune ; enfin la rage dont je parlerai plus spécialement dans un instant.
Dans cette lutte ardente, obstinée, contre tous les fléaux qui désolent l'humanité ou entravent sa prospérité matérielle, Pasteur, semblable aux grands héros mythiques des légendes grecques et
So orientales, s’avance d’un pas sûr et infatigable : J'ai la foi et le feu sacré encore pour longtemps », écrit-il le 3 mai 1880.
Mais ce n’est pas seulement à l’origine de toutes ses recherches qu'on trouve un mouvemiëent de son cœur, un acte de bonté et de dévouement aux intérêts d'autrui, c'est aussi, c'est surtout dans l'application de ses découvertes. Là il ne laisse à personne le soin d'agir, de prouver, et de contrôler. Le premier levé, le dernier couché, il est présent à tout, met la main à tout, il se dépense, il se multiplie, c’est la Bonté même, vivante, agissante, qui enfante des miracles.
Ici, il faudrait tout citer. Mais puisque je m'adresse à la jeunesse des écoles, puisque je lui dédie cette causerie, acte de reconnaissance pour le grand homme dont nous commémorons aujourd'hui le centenaire, je me bornerai à un seul fait, mais combien significatif, combien émouvant : la recherche du microbe de la rage, la guérison des petits Meister et Jupille, la mort, hélas ! de la petite Pelletier, enfants comme la plupart d’entre vous, vous les comprendrez mieux et vos mères aussi! Vous verrez par le simple exposé des faits les trésors inépuisables de bonté qui débordaient du cœur de ce savant, sensible, impressionnable, vibrant, et bon comme jamais on ne l'avait été !
Pour bien comprendre son acharnement su-