‹ Les vertus morales de génie et de l'œuvre de Pasteur. Causerie du Centenaire (1822-1922) dédiée à la jeunesse des ÉcolesChapitre 8 sur 23 · LES · texte numérisé non relu

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blime dans cette recherche, il faut savoir que depuis longtemps Pasteur rêvait d'appliquer à l'humanité, et à la guérison de ses maux, les splendides découvertes qu'il avait faites, et les admirables résultats obtenus dans le monde de l’animalité. Mais l’on verra aussi ses anoisses, les mouvements tumultueux de son cxur, ses insomnies, le tremblement de ses mains, quand il s'agira d'opérer sur l’homme, que dis-je? sur un enfant! C’est ià que vous verrez le mieux briller d’un pur éclat, cette bonté dont je voudrais vous donner une idée exacte, complète, chaude et lumineuse !

Sachez bien que de toutes les recherches entreprises par votre illuste compatriote, celles, relatives à la rage ont duré le plus longtemps, lui ont donné le plus de soucis, mais aussi ont excité chez lui la plus noble ardeur. Au début de 1884, âgé de 62 ans, déjà fatigué, toujours surmené, il était tourmenté de l’idée d'appliquer ses découvertes à l'homme : « Ce serait bien fin:r », disait-il ! Retenez bien ce mot. Mais comprenez bien aussi ses scrupules : le 19 septembre, il faisait télégraphier en Angleterre : « Impossible encore opérer sur l’homme. Transport de virus atténué, impossible aujourd'hui. » Le 22 septembre, il écrivait à l’empereur du Brésil : « Votre Majesté a la bonté de me parler de mes études sur la rage... Je n'ai rien osé fenter jus-

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qu'ici sur l’homme, malgré ma confiance dans le résultat... Je veux réussir d’abord une foule de succès sur les animaux. À cet égard les choses marchent bien. Mais il me semble que la main me tremblera quand il faudra passer à l'espèce humaine ! » | ee

Répétons ensemble ce mot: « Il me semble que la main me tremblera quand il faudra passer à l'espèce humaine ! » Comme il dépeint bien les scrupules, les souffrances de l’homme de cœur qui modère les audaces tranquilles du savant sûr de son fait.

Un moment il pense à faire des expériences d'inoculation, puis de vaccination, sur des condamnés à mort et il le propose à l'Empereur du Brésil.

Il pense toujours aussi aux souffrances horribles des malheureux atteints de la rage, aux mesures barbares par lesquelles on se mettait à l’abri de la contagion : n’allait-on pas jusqu’à étrangler, étouffer entre deux matelas, saigner des quatre membres, les individus, hommes, femmes, jeunes filles atteints de la terrible morsure ? Et Pasteur ne se rappelait-il pas avec terreur, et une indicible souffrance, le spectacle qu'il vit en 1831, à l’âge de 9 ans, dans le Jura ? Un loup enragé mordit sur sa route bêtes et gens. « Pasteur, raconte son biographe, avait vu cautériser au fer rouge, dans la forge située à quelques mètres de

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la maison de son père, un habitant d’Arbois nommé Nicole. Les personnes atteintes aux mains et à la tête succombèrent à la rage, quelques-unes au milieu d'atroces souffrances. Dans les communes seules de Villers-Farlay, d'Ecleux et de Mouchard, il y eut huit victimes. Pendant des années on conserva dans toute la région l’effroi de ce loup furieux. »

Il était à ce point pris par la hantise d’épargner à ses semblables une mort affreuse qu'il écrivait, le 28 mars 1885, à son ami Jules Vercel : « Je n'ai pas encore osé traiter des hommes après morsure par chiens rabiques. Mais le moment n'est peut-ête pas éloigné et j'ai grande envie de commencer par moi (quel courage sublime !) c’est-à-dire de m'inoculer la rage pour en arrêter ensuite les effets, tant je commence à m'’aguerrir et à être sûr de mes résultats. »

Il écrit à son fils le 10 mars : Je continue mes recherches et j'essaie de « m'aguerrir par l’habitude et par la conviction afin de tenter les inoculations préventives sur l’homme après morsure… Mais comme il faut être prudent et ne pas se confier trop tôt aux espérances ! » Le 29 mai il écrit au même : « Dans ces difficiles études, tant que le dernier mot, la dernière preuve décisive ne sont pas acquis, on se trouve fort loin du but. Ce’ que je voudrais, c’est la possibilité d’oser (bien remarquer ce mot!) traiter l’homme mordu sans aucune crainte d'accident quelconque. »

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Peut-être vous étonnerez-vous, mes jeunes amis, du soin minutieux que je prends à vous montrer les scrupules de Pasteur. Mais la chose est nécessaire pour vous faire comprendre le rôle du sentiment et de la bonté dans les recherches du savant et en même temps la patience, la persévérance et la ténacité qu'il faut déployer dans les recherches scientifiques avant d’arriver à un but certain. Nouvelle lecon morale que vous n’oublierez pas. |

Un événement fortuit vint enfin dissiper les dernières hésitations de Pasteur : un lundi matin, 6 juillet de cette même année 1885, il vit arriver à son laboratoire un petit Alsacien, âgé de 9 ans, Joseph Meister, mordu l’avant-veille par un chien enragé. Il portait 14 blessures. À cette vue l’émotion de Pasteur fut poignante. Q'allait-il faire ? Pouvait-il enfin « oser », « risquer » le traitement par virus atténué qui avait réussi constamment sur les chiens ? Son cœur allait de l’espérance à l'angoisse pour revenir à l'espérance. Il commence la première piqûre le soir même de l’arrivée du petit Meister, et il les renouvela régulièrement. Mais à mesure « que les inoculations « devenaient plus viruleñtes, écrit son biographe, « l'inquiétude l’envahissait. « Mes chers enfants, « encore une mauvaise nuit pour votre père », écrivait Mme Pasteur. Vous voyez les insomnies de ce savant, de cet homme de cœur. Vous en-

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