‹ Les vertus morales de génie et de l'œuvre de Pasteur. Causerie du Centenaire (1822-1922) dédiée à la jeunesse des ÉcolesChapitre 9 sur 23 · ST DRE · texte numérisé non relu

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tendrez bientôt, et pour un autre cas, ses pleurs et ses sanglots !

Cependant Pasteur reprend espoir. Il écrit à son gendre : « Mon cher René, Je crois qu'il se « prépare de grandes choses... L'enfant va très « bien ce matin... Il se prépare peut-être un des « grands faits médicaux du siècle, etc...» Dans cette lettre, l’espoir reprend le dessus sur l’angoisse.

Son biographe nous confie : « Espérances infi- « nies, transes, angoisses, idée et sentiment fixes « d’arracher à la mort cet enfant, Pasteur passait « par une série d'émotions diverses, contraires, « aussi intenses les unes que les autres. Il ne « pouvait plus travailler. Toutes les nuits il avait « la fièvre. Ce petit Meister qu'il avait vu jouer « dans le jardin, une brusque vision, dans des « Insomnies invincibles, le lui représentait ma- « lade, étouffant de rage. »

Le soir de la dernière inoculation, la plus virulente, la plus redoutable, le petit Meister, après avoir embrassé son « cher Monsieur Pasteur », alla dormir paisiblement. Pasteur passa une nuit cruelle. Cependant il se rassura peu à peu, et il eut bientôt l'assurance que le petit Meister était sauvé et bien sauvé! Le miracle de la science

avait été préparé par le miracle de la bonté.

Après Meister, Jupille, Jupille, votre jeune et

Ris

courageux compatriote (1) qui, un jour d'octobre 1885, se jette sur un chien enragé pour sauver cinq de ses petits camarades, bergers comme lui. Le Ma:re de Villers-Farlay écrit à Pasteur. Celui-ci répond immédiatement : Envoyez-le, je le garderai près de moi et je le sauverai comme j'ai sauvé Meister. Et il le sauva.

Et à partir de ce jour, ce fut un défilé continuel de personnes mordues venant de tous les points de la France, de l’Europe et de tous les continents. Il fallut organiser un service spécial. Pasteur était devenu le sauveur !

Il eut cependant une grande douleur. Le 9 novembre il reçoit un père et une mère qui lui conduisent leur petite fille Louise Pelletier, âgée de 10 ans, mordue le 3 octobre auparavant, c’est-àdire depuis 37 jours ! Le cas était désespéré. Pasteur fut pris de pitié et d’effroi devant une affreuse plaie à la tête suppurante et sanguinolente. Fallait-il abandonner cette pauvre enfant? il n’en eut pas la force, sa bonté reprit le dessus et il tenta l'impossible. Hélas ! le mal fut plus fort que la science, plus fort que la bonté, et elle mourut. Et Pasteur de s’écrier devant les pauvres parents . désolés : « J'aurais tant voulu sauver votre petite. » Eë dans l'escalier il éclata en sanglots..….

Il écrivait des lettres charmantes, pleines de

(1) Aujourd’hui âgé de 52 ans et gardien à l’Institut Pasteur, rue Dutot.

Es Mr.

douceur et de bonté, aux petits qu'il avait sauvés, Meister, Jupille, Gueyton, et tant d’autres ; il s'intéressait à leurs études, à leurs petits progrès, leur donnait de paternels conseils, et leur demandait de continuer à lui écrire pour le tenir au courant. Applaudissez ces mots de son éminent biographe : « Les tout petits qui ne voyaient en lui qu'un homme très bon se penchant vers eux, devalent plus tard, en se rappelant son visage grave mais au doux sourire, se rendre compte que la science ainsi comprise réunit la grandeur intellectuelle et la grandeur morale. »

Combien d'autres traits seraient à citer! Je n’en donnerai plus qu’un seul, délicatement rappelé par son biographe : les enfants mordus par un chien enragé, inoculés et piqués régulièrement, se promenaient paisibles et heureux dans les dépendances du laboratoire. « Leurs pleurs « séchés dès le second jour de la piqüre, ils re- « prenait leur insouciance, Pasteur aimait à les « gâter ; il avait toujours pour eux dans un coin « de son tiroir une provision de bonbons et de « gros sous brillants neufs. Une petite fille s'amusa « à faire percer ceux qu'elle avait reçus. Le jour « de son départ, elle s’en fit un collier et courut « embrasser le grand homme comme elle eût « embrassé son grand-père. »

Et ce n'est pas seulement à l’homme ou aux enfants qu'il voulait épargner des souffrances, c'était même aux animaux qui lui servaient de

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