DES PERMISSIONS
Comme il est nécessaire au religieux d'avoir une juste idée des différentes permissions et de leur valeur relativement au vœu de pauvreté , donnons un précis de la théologie sur ce point.
La permission légitime, en faisant du religieux cc~r.;e l'exécuteur de la volonté du su-
périenr , exclut sans nul doute l'acte de propriété ; mais, pour être légitime , la permission doit être 1° valide, ne dépassant point le pouvoir et la compétence du supérieur ; 2° licite , accordée pour de justes motifs.
Invalide , la permission est nulle ; et le supérieur qui la donne et l'inférieur qui en use, pèchent également contre le vœu , s'ils en conoaissentla nullité. Illicite et connue pour telle, elle garantit le supérieur et l'inférieur du péché contre le vœu : le premier, parce que la communauté dont il gère les intérêts n'a pas prétendu le lier strictement jusque dans les moindres cas; le second, parce que la dépendance où le place cette permission fait disparaître l'acte de propriété ; mais elle ne garantit ni l'un ni l'autre du péché contre la vertu de pauvreté. On doit ranger parmi les permissions invalides celles obtenues par fraude ou sur de faux supposés , lorsque le mensonge ou la réticence portent sur des circonstances qui, connues du supérieur, auraient déterminé un refus; et parmi les illicites celles qui tendent à i'nfiaiblissemcnt de la discipline , lorsqu'elles ne sont pas justifiées d'ailleurs par des raisons que le supérieur seul peut apprécier.
On est autorisé à regarder comme légilime et suffisante , pour recevoir , donner , etc., la permission tacite que le supérieur est censé accorder par son silence même, ou qui se trouve renfermée virtuellement dans un acte positif ou une permission expresse, ou qui se conclut prudemment de l'usage ou des circonstances; et la permission présumée que Ton suppose existante dans la volonté du supérieur, et que Ton juge raisonnablement devoir être accordée, si elle était demandée : à la condition, pour la première, qu'on soit fondé à croire qu'elle existe en effet, et qu'on ne lui donne pas une fausse interprétation ; pour la seconde, que le recours au supérieur soit impossible ou difficile , et qu'il y ait nécessité ou utilité notable d'agir ; et pour l'une et l'autre, que, dans des cas semblables, la règle , la coutume ou le supérieur n'exigent pas rigoureusement une demande formelle, et que l'inférieur, comme pour échapper à l'obéissance , et au risque d'ébranler la discipline, ne se fasse pas de ce procédé commode une sorte d'habitude. D'ailleurs, sans blesser toujours le vœu en usant de ces pcr missions , il est facile de blesser la vertu de pauvreté et d'obéissance
La permission donnée par un supérieur pour un fait passager ou un objet déterminé, vaut sous son successeur. — Si j'ai la permission de donner un objet à tel religieux , il a la permission de le recevoir : puisque donner et recevoir sont des termes corrélatifs. — Ce que j'ai la permission de donner à l'un, je puis le donner à l'autre; à moins que le supérieur n'ait eu des raisons spéciales de l'accorder au premier ou de le refuser au second.
Obtenir par parties de plusieurs supérieurs ce qu'aucun d'eux n'aurait voulu accorder en entier, c'est pécher contre la vertu et très-probablement contre le vœu. — Demander au supérieur local ce que le supérieur majeur a refusé , sans donner les raisons du refus , c'est toujours violer la règle et très-souvent le vœu.