MOYENS D'ATTEINDRE A LA PERFECTION DE LA PAUVRETÉ RELIGIEUSE
1° N'user tfaucune chose dans un esprit de propriété.
Se persuader qu'on est véritablement pauvre, vivant d'aumône. Regarder comme consacrés à
42 — Dieu et lui appartenant tous les biens de la communauté, et se montrer reconnaissant de ce qu'on reçoit de sa libéralité. N'écrire son nom et ne mettre sa marque sur aucun objet ; mais dire avec l'accent de la plus intime conviction : Cela n'est pas à moi , je n'ai rien et droit à rien.
Ne point se glorifier d'avoir sacrifié une plus brillante fortune , ou de rendre à la communauté plus de services, ou de lui procurer de plus abondantes aumônes.
N*ètre point tellement jaloux de ce qui est à son usage, qu'on ne puisse souffrir que d'autres s'en servent, mais s'en laisser dépouiller parle supérieur quand et comme il veut, lui donnant sur ce point ainsi que sur tout autre pleine et entière liberté.
Imaginez, disait saint Ignace, une statue qui se laisse tour à tour parer et dépouiller sans dépit et sans résistance : tel doit être le religieux. Si vous souffrez lorsqu'on vous enlève un habit, un livre, votre cellule, c'est une preuve que vous y teniez ; car on perd sans peine ce qu'on possédait sans attache. Souvent , il est vrai , nous croyons être complètement indifférents pour un objet , alors même qu'il nous
préoccupe et que nous appréhendons d'en être privés ; mais qu'on vienne à nous Tôter, le cœur saigne à l'instant, et la blessure est d'autant plus douloureuse qu'il avait dans notre cœur des racines plus vivaces et plus profondes. Un homme qu'on a garrotté pendant son sommeil ne sent ses chaînes qu'au moment où il s'éveille ; et celui à qui on arrache les dents , dit le P. Saint-Jure, ne comprend qu'alors combien elles tenaient à ses gencives.
2° Ne rien garder chez soi d'inutile»
De temps en temps faire l'inspection de sa cellule , de son armoire, de sa bibliothèque, et porter au supérieur ou remettre en son lieu ce qui n'est pas actuellement nécessaire, ce qu'on sait être utile ou agréable à d'autres , surtout ce à quoi l'on commencerait à sentir de l'attache.
Se munir au besoin de bonnes permissions et les faire renouveler selon la règle.
LaSunamite ayant vu la modestie , la pieté, la tempérance , l'extérieur simple et grave du
-tt-
prophète Elisée , dit à son mari ? « J'ai remar- « que que cet homme qui vient souvent chez « nous est un homme de Dieu. C'est pourquoi « faisons-lui une petite chambre , mettons- y « un petit lit , une table, un siège , un chande- « lier , afin que, quand il viendra, il y de- « meure. » (4. Reg., iv.) Voilà bien la cellule et le mobilier du religieux ; le reste à l'avenant.
Les anges aiment à trouver trois choses dani une cellule : la pauvreté , la propreté , le recueillement. La pauvreté commande la propreté, et l'une et l'autre favorisent le recueillement. N'est-ce pas ce qu'ils admiraient à Nazareth?
3° Eviter dans le vêtement deux excès également blâmables : la malpropreté et le luxe»
Trop recherché, l'habit du religieux forme un choquant contraste avec les idées de pénitence et de deuil qu'il éveille ; trop négligé, il accuse un esprit paresseux et provoque le mépris. On & écrit de saint Bernard , q,ue la pauvreté lui
pîut toujours, la malpropreté jamais. Pour la forme, disent saint Basile et saint Ignace , que l'habit soit conforme à la bienséance religieuse; pour l'étoffe , qu'il suffise à garantir des intempéries de l'air et des rigueurs delà saison. C'est là toute la fin de l'habit. Le premier cite ces paroles de saint Paul : « Ayant de quoi « nous nourrir et de quoi nous vêtir , soyons a contents... Vous voyez ! ajoute-t-il , de quoi « nous nourrir , et non pas de quoi faire bonne « chère; de quoi nous vêtir , et non pas de quoi « nous parer. » (In reg.) Rassurez-vous, grand saint : tailleurs , cuisiniers surtout entrent aujourd'hui pleinement dans vos vues.
Qu'on n'objecte pas qu'un drap plus fin, durant le double, serait plus économique. Nous ne faisons pas profession d'économie , mais de pauvreté. Et puis, ce bénéfice réalisé, quelque considérable qu'on le suppose, ne saurait compenser le prix de l'édification donnée ni le mérite de la mortification pratiquée. « Si l'on me « fait présent d'habits de prix, dit saint Augus- « tin, je les vends et en distribue la valeur aux « pauvres. Le donateur désire-t-il que je porte « ceux qu'il m'offre , qu'il m'en offre que je k puisse porter sans rougir. Car, je vous
« l'avoue , un habit de prix nie fait rougir, at- « tendu qu'il ne convient ni à nia profession, « ni à l'obligation que j'ai de prêcher, ni à mes « cheveux blancs , ni à ce corps cassé de vieilce lesse. » (Serm. 356.)
« La recherche dans le vêtement, dit saint « Jean Chrysostôme , indique une difformité « intérieure , le désordre , la nudité , la dé- « tresse de l'àme. » (Hom. 37, in Gen.) Ajoutons que la simplicité denoie sa beauté , sa splendeur, sa richesse.
4° Mener la vie commune.
Le concile de Trente en recommande si fortement la pratique aux inférieurs et la surveillance aux supérieurs ! (Sess, 25.)
Que le religieux ne se prévale point de son ancienneté , de ses travaux, des charges exercées, des dons faits à la communauté, pour demander des dispenses non nécessaires ; qu'il s'astreigne même d'autant plus au régime ordinaire , q-'-j son âge est plus avancé et son rang plus élevé , de peur d'être pour les autres une pierre d'achoppement,
Dans la maladie , exposer avec simplicité ses besoins et s'en rapporter au jugement du supérieur , n'exigeant point impérieusement les remèdes les plus coûteux ni les médecins les plus habiles , et supportant patiemment la privation de certains adoucissements : ce qui f au dire de saint Bonaventure , est le plus haut degré de la pauvreté et la pierre de touche de la vertu ; car on voit assez souvent des religieux , rigides observateurs de la pauvreté en santé , qui, au moindre mal, scandalisent leurs frères par leur délicatesse, leurs exigences et leurs murmures.
Ne rien garder dans sa cellule qui puisse tenter la sensualité 5 laisser toutes ces douceurs entre les mains de l'infirmier.
Oh ! combien le religieux qui mène la vie commune s'épargne de maux et de peines, tout en portant le poids de la pénitence la plus longue et la plus méritoire, puisqu'elle résulte de sa vocation même et ne se termine qu'à la mort ! Au contraire , combien il se rend mal ïieureux et ses frères avec lui , et quelles brèches funestes il fait à la discipline, le religieux immortifié qui, exclusivement occupé de lui et faisant abstraction complète du bien public ,
plus soucieux de sa santé que de sa perfection, et aussi sensible aux infirmités imaginaires de son corps qu'il l'est peu aux maladies réelles de son âme, se plaint sans cesse du régime, invente mille expédients pour se faire adjuger ce qu'il y a de meilleur , se crée des besoins ridicules , ne voudrait vivre que d'exemptions et de privilèges, et semble, comme s'exprime sainte Thérèse , n'être venu en religion que pour ne pas mourir, tantles soins corporels absorbent toutes ses pensées !
Ne faut-il donc pas avoir un soin raisonnable de sa santé et obéir aux ordonnances du médecin? — Sans doute ; mais sous ce prétexte la prudence de la chair peut aisément se glisser. Eh ! que deviendraient les observances religieuses , les ordres les mieux constitués et les plus fervents, les lois de l'Eglise elles-mêmes, s'il fallait prendra an sérieux et exécuter à la lettre tous les conseils des médecins? N'en Irouve-t-on pas toujours qui menacent des plus graves maladies si l'on ne guérit les petites, et qui, pour prévenir celles-ci, prescrivent remèdes sur remèdes et précautions sur précautions?
b° Dans la distribution des objets de piété , se montrer réservé pour la Quantité et la qualité.
Saint Bonaventure n'approuve pas qu'on en fasse d'amples provisions, sous prétexte de zèle, de dévotion, de reconnaissance. Outre, dit-il, qu'on appelle sur soi le ridicule , en faisant d'une cellule une boutique et d'un religieux un marchand, cela occupe le cœur, distrait l'esprit, expose à porter atteinte à la pauvreté, quelquefois à entretenir des amitiés particulières. Un religieux devrait être si pauvre qu'il n'eût à donner que ses prières et ses exemples. C'est tout ce qu'on est en droit d'attendre de lui.
Il est tel ordre qui , pour sauvegarder l'intégrité de la pauvreté sur ce point , a sagement réglé : 4° que tout l'argent donné au religieux pour être distribué en objets de dévotion «u en œuvres pies , serait déposé chez l'économe ; 2° que cet argent ne pourrait être appliqué que conformément à l'intention du donateur ; 3° que le religieux , pour ie recevoir et le dé-
- 50 ^ penser, devrait obtenir une permission expresse du supérieur ; 4° que cette permission , toujours révocable , serait renouvelée par chaque nouveau supérieur , à moins qu'elle ne porte sur une disposition déterminée et transitoire rmi n'a pas encore reçu son exécution.
En aucun cas , on ne pourrait accepter sans permission une somme pour la dépenser à sa fantaisie en objets de piété, La permission manquant , on agirait comme propriétaire , et le vœu serait violé. La permission obtenue, les mains sont déliées , et l'on n'est plus que le mandataire du donateur. Jamais ou presque jamais un supérieur prudent ne permettra au religieux de garder entre ses mains cet argent ; moins encore accordera-t-il la faculté de l'accepter à celui qui, n'ayant pas de discrétion, se montrerait importun dans la demande ou inintelligent dans la distribution.
6» Disposer de ses biens par donation ou testament en faveur des pauvres.
Les saints suivaient ce conseil du Sauveur : i Si vous voulez être parfait , allez , vendez
« votre bien , et donnez-en le prix aux pau- « vres. »
Deux sortes de pauvres : ceux du siècle, trop souvent pervers, priant peu pour ceux qui leur font l'aumône, assistés d'ailleurs par la bienfaisance civile organisée en dehors de l'action de l'Eglise ; et les pauvres volontaires , généralement si fervents , attirant mille bénédictions sur leurs bienfaiteurs , et sans cesse jalousés, menacés , dépouillés par l'impiété révolutionnaire.
A la balance de la gloire de Dieu et du profit spirituel , lesquels l'emportent et méritent la préférence ?
Hélas ! au lieu de ces paroles : Donnez aux pauvres , bon nombre aiment mieux lire cellesci : Donnez à votre frère, à votre sœur, à votre neveu, à votre nièce* On croirait perdre ce qu'on donnerait à sa nouvelle famille , si pressants que fussent ses besoins ; on aime à se persuader que les fonds y sont mal administrés ; on veut se venger de certains mécomptes ; on ne peut tenir devant le tableau qu'étale l'ancienne famille d'une misère exagérée, quelquefois devant la menace feinte d'un procès ; on a hâte île donner la jouissance de ses biens pendant
sa vie et la propriété après sa mort ; et tout tourne ainsi, pour la plus grande gloire de Dieu , au profit du luxe et de la vanité.
Si le religieux croit convenable et plus parfait, en certains cas, de disposer de ses biens en faveur de sa famille pour la tirer de la gêne ou même pour entretenir la bonne intelligence , qu'il prenne avis du supérieur ou de quelques personnes éclairées et vertueuses. S'il se réserve une pension payable à la communauté , qu'il sache qu'il ne peut sans pécher contre le vœu et la justice en faire plus tard la remise.
Ne jamais s'informer de l'emploi que font les supérieurs de la dot déposée entre leurs mains. Ne se mêler en aucune façon de l'administration des biens des séculiers ou de ses parents : ce qui, au dire de Denis-le-Chartreux, serait plus nuisible encore au religieux que la gestion de ses propres biens , et le ferait ressembler à un enfant furieux , à qui son père ôterait la propriété d'une arme meurtrière, lui en laissant l'usage.
7d Lutter contre l'introduction du pécuu, ou y renoncer dèê qu'on le peut.
Qu'on appelle ainsi «ne rente viagère, une aumône , un présent, en un mot, une somme d'argent ou une chose mobilière quelconque estimable à prix d'argent que reçoit le religieux, qu'il possède et dont il dispose avec plus ou moins de liberté , le pécule n'en est pas moins opposé à la perfection de la pauvreté. Tous les fondateurs d'ordres ont statué que tout serait possédé en commun , et que le religieux n'aurait rien en propre. Et le concile de Trente , pour combattre , dit Suarez , la coutume de certains couvents qui récompensaient par le pécule les grands services et la science extraordinaire de quelques-uns de leurs membres , a porté ce décret : ce Qu'il ne soit permis à au- « cun religieux , à aucune religieuse, de pos- « séder des biens meubles et immeubles , de « quelque nature qu'ils soient, de quelque raa- « nière qu'on les ait acquis, soit qu'on les poste sède comme propres ou seulement au nom
- 5i — « du couvent ; mais que ces biens soient aussice lût remis entre les mains du supérieur et « réunis aux biens communs. Que les supé- « rieurs ne puissent plus désormais accorder à ce aucun religieux en particulier des biens sta- « blés, non pas même pour en avoir l'usufruit, « l'usage , l'administration ou la commande ; « mais que l'administration des biens des mo- « nastères ou couvents appartienne aux seuls « officiers de ces maisons , lesquels sont arao- « vibles au gré des supérieurs. Quanta l'usage « des biens meubles , que les supérieurs aient « soin que tout soit conforme à l'état de pau- « vreté dont les religieux font profession ; « qu'il n'y ait rien de superflu, mais que perce sonne aussi ne manque du nécessaire. Le « supérieur qui sera convaincu d'en avoir agi « autrement sera privé pendant deux ans de « voix active et passive, et encourra les autres « peines portées par les règles et les constituée tions de son ordre. » (Sess. 25.)
Dans quelques couvents néanmoins , faute de secours communs , les religieux ont dû recourir à des secours particuliers pour échapper à la misère. Cet adoucissement au décret du concile, introduit par la nécessite , est auiour-
d'hui légitimé par la coutume dans ces couvents, dit saint Liguori, jusqu'au moment où le supérieur, s'offrant à pourvoir aux besoins de tous , voudra rétablir la vie commune.
Que s'il est un point où le zèle doive s'enflammer contre une coutume naissante, assurément c'est celui-ci , rien n'étant plus propre que le pécule à ruiner l'esprit de pauvreté et à pousser un ordre ou une congrégation à la dé* cadence.
La vénérable Marguerite-Marie Alacoque refusa la pension viagère que lui faisaient ses parents, disant que cela était contraire à la vraie pauvreté et à la confiance en Dieu. Elle-même fut chargée d'avertir au nom de Notre-Seigneur le P. de la Colombière qu'il eût grand soin de ne point tirer le bien de sa source , c'est-à-dire de sa famille qui lui envoyait quelques secours dans ses missions. Le Père comprit l'avis mystérieux et s'y conforma.
8° Ne point se préoccuper trop du temporel.
Si l'on a la charge du temporel en qualité de supérieur ou d'économe , ne point s'applaudir
du bien-être ou s'affliger à l'excès de la gêne où se trouve la communauté. Défendre au besoin et réclamer ses droits, mais comme de la boue, sans procès et sans conteste, s'il est possible.
Ne pècherait-il pa.» conire l'esprit du vœu le supérieur qui , par un certain amour du gain, paraîtrait faire moins de cas de la vertu que des talents brillants, désireraft avec ardeur les vocations richement dotées, ou imposerait à ses inférieurs des travaux excessifs , capables de compromettre la santé et d'éteindre la dévotion ? Et quel châtiment n'attirerait pas sur lui le couvent qui, transformé en atelier, compterait plus d'ouvrières que de religieuses , ferait plus retentir le bruit des métiers que le chant de la prière, et entasserait plus de ballots dans ses magasins que de mérites dans le ciel ?
Ayant déjà le suffisant, ne pas faire de nouvelles acquisitions ou de nouvelles constructions uniquement pour s'agrandir , au risque de provoquer la jalousie et , ce qui suit tôt ou tard, la spoliation. « Que le plus cher de nos « vœux, écrivait sainte Thérèse à ses filles , soit « de garder la pauvreté intacte. Que tout ré- « ponde à notre glorieux blason , nos demeu-
« res , nos vêtements , nos désirs , nos paroles « et surtout nos pensées. Tant que la pauvreté « sera observée, ne craignez pas de voir périr « la régularité. Gardez-vous, mes filles , de ja- « mais élever des bâtiments superbes 5 je vous « le demande pour l'amour de Dieu et par le « précieux sang de son Fils. Si cela vous arri- « vait , mon vœu , que je forme en conscience, « est qu'ils s'écroulent le jour même où ils se- « raient achevés. Ce serait très-mal, mes filles, « de bâtir de grandes maisons avec le bien « des pauvres. Ayez sans cesse présente à l'es- « prit cette pensée , que tout doit tomber au « jour du jugement ; et qui sait si ce jour « n'est pas proche? Or, conviendrait-il que la « maison de treize pauvres religieuses fit grand « bruit en tombant ? Les vrais pauvres n'en « doivent point faire : ils doivent être gens de « petit bruit, s'ils veulent qu'on ait compassion « d'eux. La pauvreté sera pour nous un bien « plus ferme rempart que la magnificence des « édifices. » (Chemin delaperf., chap. 11.)
« Je crains bien, disait saint Julien Sabas à « ses religieux , qu'en travaillant à amplifier « vos maisons terrestres , vous ne rendiez fort « petites et fort étroites vos maisons céles- « tes. » (Théodoret^
9° Donner largement aux pauvres selon ses moyens; n'en refuser aucun, s'il est possible.
Cette parole de saint Léon est digne d'être méditée : « Nulle dévotion ne réjouit plus le « cœur de Dieu que celle qui consiste à soûlait gerle pauvre; car, dans l'exercice de notre « bienfaisance , il reconnaît la vive et fidèle « image de la sienne. Aussi ne craignons « point que de telles largesses nous appauvris- « sent. Outre que la miséricorde même est un « trésor inappréciable, il est impossible que le « nécessaire fasse défaut , quand c'est Jésus- « Christ lui-même qui nourrit et qui est nourri, « qui donne et qui reçoit. Dans toute aumône, « n'en doutons pas , intervient cette main « toute-puissante qui augmente le pain en le « rompant, qui le multiplie en le distribuant. »
Saint Hilaire raconte de saint Honorât , son maître , qu'un jour où il n'y avait qu'un écu dans le monastère , il le remit à un mendiant et fit cette réponse à ceux qui s'en étonnaient : « Nous ne sommes jamais fllus en état de rece-
« voir les effets de la libéralité de Dieu , que « lorsque nous avons tout distribué pour Dieu.» Quel spectacle , en effet, pour le cœur du Dieu des miséricordes , que celui d'un pauvre partageant avec un autre pauvre son aumône et son pain ! Et quel motif pour lui d'accomplir la solennelle promesse : « Donnez, et on vous don- « nera 5 » et encore : « La mesure que vous « ferez , vous sera faite à vous - mêmes ! » D'ailleurs , n'est - ce pas l'intention souvent très-explicitement formulée des bienfaiteurs, que le surplus soit employé en aumônes ?
Quant aux repas somptueux donnés aux frais des parents dans certains monastères le jour delà prise d'habit et de la profession , on peut conclure des bulles d'Urbain VIII , de Grégoire XI et de Benoît XIV , que l'Eglise les improuve et désire qu'on en retranche les abus. Ceux qu'on donne aux fondateurs, bienfaiteurs ou protecteurs à certaines époques, ne doivent point s'écarter de la simplicité religieuse; ce n'est qu'à cette condition qu'Urbain VIII les tolère.
Il est des présents que le supérieur peut faire de son chef, ou de l'avis du chapitre s'ils sont considérables j il en est aussi de peu de
valeur qu'Urbain VIII permet au religieux de faire avec le consentement de son supérieure La charité , la reconnaissance , le bien de la communauté : tels sont les motifs qu'on doit se proposer en les faisant.