RESPECTER LES REGARDS D AUTRUI
Prendre toutes les mesures que suggère la décence, pour ne point blesser la délicatesse de ses frères. Se rendre à soi-même, autant ij[ue possible, en cas de maladie ou d'muraiitc,
les services qu'on pourrait à la rigueur se faire rendre par d'au ires.
Saint Louis de Gonzague ne permit jamais qu'on lui pansât une plaie qu'il avait au bras. Sainle Claire de Montcfalco, ayant été trouvée dormant un pied nu, en pleura amèrement.
Pour la forme des babils et la manière de placer la ceinture, saint Basile défend, et de trop dessiner le corps, et d'affecter un sansfaçon ridicule.
Lancilius désire que l'habit intérieur non moins que l'extérieur soit ce qu'il doit être.
« On doit cire bienséant et réservé , dit o Clément d'Alexandrie, à la maison, par res- « pect pour ses frères; dans les rues, par res- « pect pour les passants; dans la solitude, par « respect pour soi-même : partout, à cause du « Verbe qui est partout. Celui qui se souvient « de la présence de Dieu ne péchera point. »
5» Qu'il pratique la mortification*
Le religieux, plus encore que le simple fidèle, doit réduire son corps en servitude, en pro-
portion de ses exigences et de ses révoltes; ayant soin toutefois de prendre ravis du Directeur, puisque toutes les austérités ne conviennent pas à tous les tempéraments, et que le démon trouve le secret d'allumer les passions par le moyen même qu'on emploie pour les éteindre.
« Vous vous flatterez en vain d'acquérir la « chasteté, dit saint Charles Borromée, tant « que vous ne mortilierez pas vos sens. » « Le lin ne se blanchit qu'à force d'être lessi- « vé et frappé, dit Yves de Chartres, et lr « corps ne devient chaste qu'à force d'être « maltraité et meurtri. Pour la splendide pa- « rare de votre àme, prenez modèle sur l'é- « datante blancheur de l'habit qui vous coua vre. » «Sachez, dit Rodriguez citant saint « Bernard , que votre serviteur qui boit cl « mange avec vous, qui travaille^ converse et « voyage avec vous, qui est le confident de « vos secrets les plus intimes , machine un « dessein homicide contre vous , et que sa « haine est telle, qu'il compte pour rien de re- « cevoir le coup de la mort,, pourvu qu'il vous « le donne. Ce serviteur déloyal, c'est votre « corps . Garrottez-le, mettez-le aux fers : il
« est digne du dernier supplice, crucifiez-le» « crucifiez-le. »
Mais c'est surtout la mortification de la Louche que les saints recommandent. « La gourde mandise est la mère et la nourrice de la « luxure, et un ventre qui regorge de viande « et de vin est un foyer de concupiscence. » (S. Hier., Ep. cxlvi.) «Le vin et la jeunesse, « deux tisons ardents qui allument la volupté « dans un corps. » (Id., Ep. xxii.) « Vous « prétendez vaincre le démon impur, sans rc- « primer votre appétit,- c'est vouloir éteindre « l'incendie en y jetant de l'huile. » (S. Joan. Clirn., Grad. xv. ) « C'est en vain qu'on pource suivrait l'ennemi dans la campagne, si des « traîtres se cachaient dans l'enceinte de la k ville pour lui ouvrir les portes : ces traîtres, p. c'est l'amour du boire et du manger ; cette « ville, c'est notre àme. » (S. Greg. Mag., iib. m, Moral.) «Pour prendre une citadelle « et forcer la garnison a se rendre, le meil- « leur moyen est de lui couper l'eau et les k vivres. Vous voulez venir à bout de votre « corps 5 commencez par l'affamer. » (Cassi. Coll., n , vi.) «J'aime mieux, disait un saint, « que le ventre et l'estomac soient malades, « que rame et la conscience. »
Saint Léon fait remarquer que tous les saints devenus nos maîtres et nos modèles ont inaugure le combat spirituel par le jeûne et l'abstinence (Serm. i, de Jejunio Pentec.)-. tant ils avaient à cœur de réprimer les illusions et les assauts de la convoitise ! Que s'ils ne pouvaient toujours les prévenir et s'en affranchir, du moins ils les désavouaient, s'en humiliaient, en prenaient occasion de redoubler leurs austérités et leurs prières.
APPORTER LA PLUS GRAXDE ATTEKTIOrf AU CHOIX. DES SUJETS.
Considérer d'abord la famille : d'une souche bénie il sort presque toujours des rejetons c'.e bénédiction.
Ecarter sans pitié certains tempéraments de feu , les imaginations brûlantes et déréglées, les âmes fortement portées au sensualisme, pour qui la pratique de la continence serait un long et cruel supplice, et qui ne manqueraient pas de succomber tôt ou tard. Tour un héros vainqueur de ces passions furieuses, il y a bien dix vaincus.
Ne jamais admettre ceux que dominent des habitudes invétérées , ceux qui depuis un temps notable n'auraient su s'affranchir de toute rechute, ou que le vœu de chasteté déjà fait dans le siècle n'aurait pu guérir.
Ecarter encore les cœurs mous et gluants qui s'attachent et se collent avec facilité, les caractères et les visages qui ont je ne sais quoi de séduisant ou de séducteur. Ces sujets ne sont pas moins compromettants que ceux qu'une nature ardente ou une incurable faiblesse entraînent au mal. Sans s'en rendre compte, ils ne vivent que pour plaire et être recherchés, pour aimer et être aimés. On tient à honneur dans une ville de leur faire la cour, on ne parle que d'eux, on exalte leurs talents plus que leur sainteté, et tout aboutit souvent à la perle de la vocation et à un immense scandale.
COMMENT LE RELIGIEUX DOIT SE PRÉMUNIR CONTRE LES ÉCARTS DE LTMAGINATION ET DU CŒUR.
\° QiCil chasse promptement les penséeê dangereuses.
>"os actions dépendant de no» affections , et nos affections de nos pensées , que notre premier soin soit, d'un coté, d'écarter les pensées perverses et même frivoles; de l'autre, d'entretenir les pensées utiles et saintes. Que si Dieu , après la consécration qu'opère le vœu , se montre jaloux de l'intégrité du corps, pétri il est vrai de ses mains, mais destiné à périr; combien plus se montre-t-il jaloux de celle de Pâme, son chef-d'œuvre, son trône, sa vive et resplendissante image?
Donc bannir de la mémoire les souvenirs dangereux et de l'imagination les représentations séduisantes , secouant brusquement comme une étincelle de feu la pensée mau-
vaise, des qu'elle vient frapper l'esprit : Ar+
rière, Sedan. « Tandis que votre ennemi est « faible, disait saint Jérôme, tuez-le, ne le « laissez pas grandir, m Et saint Augustin : « Ecrasez la tête du serpent. Qu'est-ce que la « tète du serpent ? la première suggestion « du mal. Ecrasez la tète, vous serez aussitôt « maître de tout le corps. »
Vous entreprenez d'enfoncer un clou dans une boule d'acier, il résiste. Après un second essai , un troisième au plus, vous dites : peine inutile. Vous prenez une boule de bois, avec le marteau vous frappez le clou , il entre ; vite un second coup, un troisième, et ce clou a disparu. Ainsi en est-il des pensées impures : aous les repoussez énergiquement une première, une seconde, une troisième fois, elles se retirent. Mais vous leui entr'ouvrez la porte par curiosité ou imprudence, immédiatement elles arrivent plus nombreuses et plus vives, elles pénètrent plus avant, et voilà votre esprit envahi tout entier.
Un coup d'œii sur le Calvaire, sur les plaies du Sauveur, sur son sacré Cœur; la représentation vive de la mort, du jugement, de l'enfer 5 une invocation pleine de confiance à la
Reine des vierges , à saint Joseph , à l'Ange gardien ; le souvenir de Dieu le Père dont notre corps est la propriété, de Dieu le Fils dont il est le membre, de Dieu ie Saint-Esprit dont il est le sanctuaire; la formule des voeux redite avec toute la ferveur dont nous sommes capables : tels sont les moyens les plus propres à calmer et à rappeler de ses écarts l'imagination.
Qui ne sait d'ailleurs que la tentation, on proposition, n'est point un péché, à moins qu'on n'y ait donné occasion ; que la délectation ellemême n'est point criminelle, tant que la partie supérieure la désavoue et s'en retire : qu'il n'y a que le consentement de la volonté qui soit à nous et qui nous souille?
rem l'oisiveté.
Au langage de l'Ecriture, l'oisiveté est un
maître habile et consommé de malice pî dp> perversité, dont l'école est toujours ouverte. En ne faisant rien on apprend à mal hure, disait Sénèquc. Notre esprit et ne Ire cœur né-
lant depuis le péché que ténèbres et corruption suivent instinctivement leur pente, à moins qu'on ne les fixe sur un objet saint ou honnête.
Pour le religieux qui veut se soutenir, la piété ne suffit pas, l'amour du travail suffit à peine : il lui faut en quelque sorte la passion du travail.
Qu'est-ce que l'imagination d'un religieux oisif, sinon un miroir tranquille et fidèle sur lequel l'esprit malin fait passer et repasser mille représentations impures ? Et qu'est-ce que son cœur, sinon une sentine où s'engendrent et se remuent les plus hideuses tentations, répond saint Bernard; « une ville démantelée , « ajoute saint Bon aventure , le point de mire « de toutes les flèches de l'enfer, le lit et comme « le coussin mollet où Satan repose délicieu- « sèment? » (De corruptelà pecc, lib. m, cap. 48.)
« Que le démon vous trouve constamment « occupé , disaient les Pères du désert. Celui « qui travaille n'a qu'un seul démon pour le « harceler; celui qui ne travaille pas, en a une ce légion qui dévastent et ravagent son âme. » Et a.Cn que l'ennemi ne trouvât pas un scuj instant pour porter une parole à leur oreille,
pas une seule avenue pour jeter un trait empoisonne dans leur cœur , ils faisaient des monceaux de nattes, puis ils les brûlaient et en recommençaient d'au 1res. « Souvenez-vous, « dit saint Jean-Chrysostôme , qu'Adam oisif « fut chassé du paradis terrestre, et que Paul, « occupé à faire des tentes , au milieu de ses a courses apostoliques, fut ravi au troisième o ciel. »
§• Qu'il épure incessamment ses affections,
a La virginité du corps , dit Bossuet , n'est « bonne qu'autant qu'elle opère la virginité de « l'esprit. Se contenter de la première , ce se- « rait réduire la religion à une privation cor- « porelle , à une pratique judaïque. Il n'est utile « de dompter la chair que pour rendre l'esprit « plus libre et plus fervent dans l'amour de « Dieu. Celte virginité du corps n'est qu'une r suite de l'incorruptibilité d'une âme vierge, « qui ne se souille par aucune affection monte daine. Aimez-vous ce que Dieu n'aime pas? « aimez-vous ce qu'il aime , d'un autre amour u que le sien ? vous n'êtes plus vierges : si vous
« l'êtes encore de corps , ce n'est plus rien ; « vous ne l'êtes plus d'esprit. Cette Heur si « belle est flétrie et foulée aux pieds : l'indi- « gne créature, le mélange impur et honteux « enlève l'amour que l'Epoux voulait seul « avoir. » (Obliy. de Vêlât rel.)
IS'cst-il pas juste de réserver à Dieu seul les affections d'un cœur consacré à Dieu seul? Donc nulle envie de plaire à la créature, de fixer ses regards , d'occuper une place dans sa pensée.
« Si je savais , dit saint François de Sales, « qu'une seule fibre de mon cœur ne fût pas « pour Dieu , je l'arracherais aussitôt ; et si « je croyais que ce cœur dans son entier ne « portât pas l'empreinte de Jésus crucifié pour « moi, je ne le garderais pas un instant. »
« Chacun, dit saint Augustin, s'identifie avec « ce qu'il aime. Vous êtes ce que vous aimez: « vous aimez la terre , vous êtes terre \ vous « aimez Dieu , je l'affirme sans crainte , vous « êtes Dieu. » Qu'est-ce qu'un cœur de religieux doublement consacré à Dieu , et qui n'aime pas Dieu , ou qui aime quelque chose avec Dieu ? Ah ! c'est un astre sans lumière, un feu sons chaleur, un scandale , un monstre dans la nature.
Si j'avais plusieurs cœurs à vous donner , ô mon Dieu, le bienfait de la création en demand ;rait un , la rédemption un second , la vocation à l'état religieux un troisième, la promesse du ciel un quatrième : je n'en ai qu'un, puis-je vous le refuser? Si j'avais des siècles à vivre , seraient-ils trop longs pour reconnaître tant de grâces? Je n'ai qu'une vie , cette vie est courte, pourrais-je la partager entre vous et la créature?
So"s donc à Dieu, 6 mon cœur, à Dieu seul, tout à Dieu, toujours à Dieu.