SONDER DE TEMPS EN TEMPS SON COEUR
Surprendre son imagination dans ses écarts faire vibrer les fibres les plus intimes de so âme ; examiner son langage , ses démarches se confronter avec le tableau suivant où son décrits, d'après les auteurs ascétiques, les caractères non équivoques d'une inclination nain: elle.
Lorsque la figure d'une personne commence àcaplivcr lesveus ou que son bumeu? sympa-
thiquc remue et fait palpiter le cœur. — Des
saints tendres, des paroles tendres, des regards tendres , de petits présents redoublés. C'est le signe que donnent saint Jérôme et saint Bonaventure. — Je ne sais quels sourires échangés plus éloquents que les paroles , un certain laisser-aller qui tend peu à peu à la familiarité, de* complaisances et des attentions étudiées , des offres de services , etc. — Se ménager des entreliens secrets où nul œil, nulle oreille n'incommode ; les prolonger sans fin , les renouveler sans motif. — Parler peu des choses de Dieu, mais beaucoup de soi et de l'amitié qu'on a l'un pour l'autre. — Se louer, se flatter, s'excuser réciproquement. — Se plaindre amèrement des avertissements des supérieurs , des obstacles qu'ils mettent aux entrevues, des soupçons qu'ils paraissent former. — Se dégoûter de sa vocation, trouver le joug de la règle accablant , donner des signes d'insubordination , se déplaire souverainement dans la compagnie de ses frères, et traiter d'insipides et de puériles leurs conversations franches et gaies. — Dans l'absence de la personne, éprouver de l'inquiétude et de la tristesse. — Etre distrait dans ses prières par son souvenir, la re-
commander quelquefois à Dieu avec une ferveur extraordinaire, avoir son image profondement gravée dans l'âme, en être préoccupé le jour, la nuit , en songe même. — Demander avec grand soin où elle est3 ce qu'elle fait, quand elle reviendra , si elle n'a point d'affection pour un autre. — Entrer à son retour dans les transports d'une joie inaccoutumée. — Souffrir une sorte de martyre, quand il faut de nouveau s'en séparer. — Avoir recours à mille expédients pour faire naitre l'occasion de §e rapprocher.
3° Qu'il se défie de certaines liaisons.
Xe point s'imaginer que les liaisons entre personnes du même sexe soient toujours irréprochables, sans désordre ou sans danger.
Si votre cœur perd sa liberté, qu'importe à qui il s'attache ?
C'est à un supérieur. Oserez-vous découvrir votre blessure à celui qui l'a causée? Appicndrez-vous de celui pour qui vous avez tant d'inclination, à mourir à tout? Si vous venez à
C'est à un autre religieux. Dès-lors , vous communiquant réciproquement vos sujets d'ennui, vos mécontentements , vos craintes , vos désirs , vous vous aigrissez contre l'autorité , vous entretenez des préventions contre le reste de la communauté, et formez une espèce de divorce et de schisme.
C'est à un élève. Que pensera-t-il un jour de vos privautés, de vos caresses, de vos flatteries et de vos présents , de votre assiduité à parer et encenser votre idole , des questions indiscrètes peut-être que vous lui adressez sur le fond de son âme?
Et ne dites pas que vous n'éprouvez rien, ni assaut de la convoitise, ni folies d'imagination, ni sympathies désordonnées. ÎVon ! non ! vous répond saint Jean-Chrysostôme , vous ne me persuaderez point que vous soyez l'un à l'autre comme un marbre ; que le ciel , pour favoriser une amitié au moins inutile, fasse taire la concupiscence et presque la nature, (fie Cohab. illicit.)
KE JAMAIS TEMPORISER DANS h OCCASION.
Rompre brusquement et pour toujours, de:. que l'expérience a fait découvrir ou qu'un se « cret instinct soupçonne un piège. Le reii< gieux moins que tout autre peut compter sui un miracle en faveur de sa témérité.
« Peut-on cacher du feu dans son sein saac « mettre le feu à ses babils, et marcher su:' « des tisons sans se brûler les pieds, » dit le Proverbe? (cap, vi.) « Quel est donc, reprend « le cardinal Hugues de Saint-Chef , celui qu. « cache du feu dans son sein? C'est celui qui « parle volontiers avec une personne d'un sexe « diiîerent. Et quel est celui qui marche sur « des tisocs? Celui qui arrête Avec plaisir sur k elle ses regards. Grand est le nombre de « ceux qui jouent ainsi avec le feu. »
« On ne peut espérer de dormir sur le bord a de l'abîme et de n'y pas tomber 5 d'affronter « les épées nues et de n'être pas blessé. On ne « cache pas un trésor dans la main d'un voleur; « on n'enferme pas un agneau avec un loup ;
on n'augmente pas la fièvre quand on l'a déjà; on ne prend pas la tâche de parer les coups de l'ennemi extérieur , quand on suffit 5 peine à parer ceux de l'ennemi intérieur. Ici, par un légitime renversement de lactique , la timidité devient intrépidité j ou court à la victoire , quand on recule ; on décuple sa force en avouant sa faiblesse. Dans les autres combats, on défie l'ennemi en criant : En avant: dans celui de la chasteté, on le met en déroute en criant : Sauve qui • peut. » (De sing. cltr.)
« Celui , ajoute saint Augustin , qui fuit la t persécution , refusant de souffrir pour Dieu, c perd la couronne du martyre: et celui qui ( fuit le théâtre de la volupté , craignant de se t commettre , gagne la couronne de la chas-
< teté. »
« Eh ! qu'avons-nous besoin , dit saint Jcant Chrysoslùme, de nous donner la peine de
< vaincre notre ennemi en engageant avec lui
< un combat direct, au risque de succomber, :( lorsque sans le voir , en fermant les portes :c de nos sens et en évitant sa rencontre , nous k sommes assurés de triompher? » (Ilom. de acquit.)
COMMENT LE RELIGIEUX DOIT SE PREMUNIR C0>"TRB LES PIEGES ET LES SÉDUCTIONS DU MONDE.
1° Qu'il garde la clôture.
C'est dans ce but que l'Eglise, pleine de sollicitude pour les ordres religieux , a fait de la clôture une loi en vertu de laquelle les religieuses ne peuvent sortir du monastère snns la permission de l'cvêque, permission qui ne peut être accordée que rarement, par nécessite, dans des circonstances extraordinaires ; et les religieux ne peuvent sortir sans la permission du supérieur , permission qui doit se mesurer sur les règles, la coutume , les ministères de l'institut.
Dans les ordres proprement dits, sortir du monastère sans permission , est toujours pour les religieuses un péché grave 5 c'est ce qu'il est facile de conclure des termes dans lesquels l'Eglise enjoint la clôture , et de l'excommunication dont elle punit les infractions -, et pour
les religieux , le péché serait généralement grave, si les sorties étaient fréquentes ou accompagnées de scandale , ou opérées furtivement pendant la nuit 3 véniel dans les autres cas.
Cette loi et ces décisions , moins rigoureuses sans doute dans les congrégations religieuses, ne laissent pas d'y avoir leur application, et démontrer, avec l'esprit et le désir de l'Eglise, le but où il faut tendre.
Hélas ! comment pourraient s'y conformeP ces vierges employées comme pharmaciennes dans les villages , comme gardes-malades à domicile , comme directrices dans les ateliers, comme infirmières dans les séminaires et les collèges? Et pourtant , si elles ne s'en rapprochent le plus possible, comment mettre à couvert leur vœu de chasteté , faire respecter le costume religieux qu'elles portent, et dégager la responsabilité des supérieurs qui leur confient ces sortes d'emplois?
« Celui qui aime sa cellule et y réside volo^- « tiers , dit Thomas Àkempis , se garantit de « beaucoup de péchés et de beaucoup de ten- « tations. Au religieux léger et volage , la cel- « Iule est une affreuse prison ; plus il h dc-
« serte, plus il ressent d'aversion pour elle; il « en vient jusqu'à ne se déplaire nulle part au- ' « tant que chez lui. Comptez , dès -lors, qu'il « marche sur le bord du précipice, et que tou- « tes les séductions conspirent pour l'y faire « tomber. »
Un religieux avait écrit sur la porte de sa cellule : Si je te quitte sans raison , trop souvent, pour longtemps y ou sans une juste permission , je suis perdu.
Ils sont nombreux , hélas ! ceux qui , pour avoir contracté l'habitude de sortir fréquemment ou sous de frivoles prétextes , se sont engagés dans les embarras du siècle et ont misérablement péri.
2° Qu'il rende courtes et rares les visites reçues»
Peu de profit pour les séculiers , perte de temps et plus d'un danger pour le religieux. C'est là que les liaisons se forment , que les nouvelles se débitent, que l'amour déréglé des parents s'entretient , que les petits secrets du "monastère se racontent, $ue le fruit des exer-
cices spirituels se dissipe. A quoi bon opposera l'ennemi des portes de fer, s'il rentre parla grille ?
Dans les monastères cloîtrés , ne permettre selon la règle l'entrée aux personnes du dehors que par nécessité, de peur que la somme d'esprit mondain qu'elles laissent ne soit au moins égaie à la somme d'esprit religieux qu'elles emportent.
Arrêter certaines confidences , rappelant à l'ordre ceux ou celles qui oublient le respect dû aux oreilles chastes. C'est déjà une si triste nécessité que des religieuses par leur vocation ou leur emploi soient au courant de toutes les misères physiques et morales de la pauvre humanité I
Veiller à ce qu'il y ait toujours deux sœurs pneiennes pour témoins dans les visites du médecin aux malades; ne jamais demeurer seule, moins encore se familiariser avec lui.
Et puisque le commerce épistolaire est une manière de converser avec le monde, écrire rarement et brièvement, jamais sans permission et vraie utilité. « Quand on écrit à une per- « sonne de différent sexe, dit saint François de « Sales, il faut se servir de la pointe du canif
a plutôt que du bec de îa plume, pour ne rîcn « dire de trop* »
3° Qu'il diminue le nombre cl abrège la durée des visites rendues.
« Si le sel rentre dans la mer d'où il est sorti, « il se fond et se dissout à l'instant, dit saint « François de Sales ; mais aussi , s'il ne se « mèic avec les viandes , elles seront sans sa- « veur. » Un juste milieu doit donc être gardé par les religieux que leurs ministères forcent à rendre des visites.
Trois fois sage la règle qui, dans tous les ordres et toutes les congrégations, assigne à celui qui sort un compagnon pour gardien et pour témoin !
Que si le compagnon est nécessaire, c'est surtout lorsqu'il s'agit de donner ou de recevoir la consolation spirituelle.
Au religieux qui la donne, on peut adresser celîe recommandation : « Mêlez la gravité à la « douceur, afin que la femme reçoive la con- « cotation elle-même avec une sorte de crainte,
— HStf et qu'elle ne cesse pas d'avoir de la vénera- « lion pour le prêtre , en même temps qu'elle « voit l'intérêt qu'il lui porte. » (De sing. Cleric.) En d'autres termes : Ne vous amusez pas à tirer les larmes ; pour la femme, les larmes sont des joyaux et des perles; pour l'homme qui les voit couler , elles sont souvent de la poix et de la glu.
A la religieuse qui va demander la consolation, on peut rappeler ces paroles d'un auteur : « Lorsque vous étiez petite enfant , et qu'un « chagrin pesait sur votre cœur , vous alliez « tout émue vous plaindre et gémir auprès « de votre père , bien certaine de recevoir « avec la consolation quelques caresses; car « comment un père pourrait-il voir couler les « larmes d'une enfant désolée , sans lui donce ner des marques sensibles de sa compas- « sion et de sa tendresse ? Et maintenant vous « croiriez pouvoir , ailleurs qu'au tribunal de « la pénitence , seule et sans compagne, pleu- « rer et vous lamenter devant celui qui n'a que « la paternité spirituelle ! »
Quelques-uns, changeant de maison , multiplient les visites d'adieux, comme pour exciter les regrets , et ils se hâtent d'écrire bientôt
après , comme pour recueillir des soupirs. Sachez-le bien, ô religieux , ô religieuses, il y a dans les yeux à votre endroit moins de larmes qu'on ne semble le dire ; la source en est tarie depuis longtemps. Quels services sont plus vite oubliés que ceux de l'ordre spirituel 1
4* Qu'il ne se fasse point illusion sur les amitiés spirituelles.
Non , non , le prétexte du zèle , de la direction, de la piété, ne suffit pas pour écarter le péril de certaines liaisons.
o L'amour spirituel dégénère et devient char- « nel, dit Balthazar Alvarez, comme le bon vin « se change en vinaigre. »
« La porte de l'amour spirituel et celle de « l'amour charnel sont si rapprochées et si o semblables , dit saint Basile, que plusieurs, « croyant entrer chez le premier, se trouvent « chez le second. » Une grande vertu inspire naturellement la confiance et l'estime, et de là à des impressions vives sur le cœur il n'y a pas loin,
Et ce n'est pas seulement chez ïe religieux peu exercé ou novice que la chair peut ainsi se substituer à l'esprit , mais chez les plus expérimentés et les plus aguerris. Avec ceux-ci , l'artifice du dé mon consiste à se laisser vaincre d'abord, pour remporter ensuite plus sûrement la victoire ; à pousser Tune par l'autre deux times d'élite au faîte de la sainteté, pour les faire tomber plus ignominieusement et plus bas. « Tels deux navires qu'il invite à voguer ensemble sur une mer tranquille, pour se prêter un mutuel secours ; dès qu'il les voit suffi* samment rapprochés et unis, il excite de deux points opposés un violent orage, et les brise l'un contre l'autre. » (De sing. Cleric.)
« 0 vous qui êtes amateurs de !a chasteté « cl désireux de la conserver, s'écrie saint Jeat « Climaque , laissez-moi vous dévoiler le plus « dangereux des pièges; je parle d'après un « homme qui en avait fait l'expérience. Lors- « que Satan veut perdre un religieux par lïm- « pureté , il lui inspire dans ses entrciiens « avec les femmes des sentiments de la plus « haute piété, jusqu'à lui faire verser d'abon- « dantes larmes ; il lui met sur les lèvres des * paroles sublimes sur la mort. le jugement, la
« chasteté , afin que, trompées par ces beaux <( discours et ces faux-semblants de vertu , « elles prennent le loup pour le pasteur, et que « le religieux , entrant toujours plus avant par « la familiarité et la confiance dans le cœur de u ces femmes, tombe avec elles dans le préci- « pice. » (Grad. 15.)
« Pour éviter ce qui est à craindre , disait « saint Bernard , craignez même où tout a est en sûreté. » (Super Missus est, hom. 3.