‹ Les vertus religeusesChapitre 30 sur 50 · EXCELLENCE ET PRÉROGATIVES DE LA CHASTETÉ · texte numérisé non relu

EXCELLENCE ET PRÉROGATIVES DE LA CHASTETÉ

4° Elle élève Vhomme au-dessus de sa semblables.

Les Docteurs appellent les vierges les héros de l'humanité, dont ils sont l'illustration et la

- W9~ sauvegarde, la légion d'honneur enrôlée sous l'étendard de Jésus et de Marie, légion qui combat toujours et triomphe sans cesse ; les favoris de Dieu, qu'il accepte pour médiateurs entre le ciel et la terre ; ses holocaustes, mille fois préférables à l'agneau sans tache et à l'innocente colombe qu'immolait l'antique Aaron; son trône plus pur que l'or, plus odoriférant que le lis et la rose, plus incorruptible que l'Arche sainte, plus richement paré que Salomon dans sa gloire, plus éblouissant que les astres. La virginité est la perfection de la vie humaine et l'initiation à la vie céleste, un intermédiaire entre les esprits et les corps, une sorte d'arc-en-ciel : car si d'un côté elle touche à la terre, de l'autre elle touche au ciel ; si elle arrache l'homme à sa pesanteur naturelle et lui communique un élan sublime vers Dieu, elle ravit le cœur de Dieu et l'incline amoureusement vers rhomme.

2» Elle le rend émule des anges*

« Celui qui a vaincu la chair , dit saint Jean k Climaqae, a vaincu la nature j celui qui a

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« vaincu la nature, est au-dessus de la nature^ « et celui qui est au-dessus de la nature bute maine, approche de la nature angélique et y « participe. » ( Grad. xv. ) Voulez-vous savoir, demande saint Jean-ChrysostOme, combien la virginité l'emporte sur le mariage: autant que la nature de l'ange l'emporte sur la nature de l'homme, et plus encore. L'ange ne contracte point d'alliance, l'homme chaste non plus ; l'ange ne songe qu'à exécuter les ordres de Dieu, aussi l'homme chaste; l'un n'a point de corps, l'autre vit comme s'il n'en avait pas, avec moins de facilité sans doute, mais plus de mérite. L'ange, en effet, est-il comme Ph :mme écrasé sous un manteau de boue, aiguillonné par la concupiscence, amolli par des voix enchanteresses, fasciné parles pompes du monde, entraîné captif par les charmes d'un visage séducteur? (Lib. de Virg.) En avouant que ces lourds organes nous rendent inférieurs à l'ange, nous devons reconnaître qu'ils nous donnent cependant sur l'ange un incontestable avantage, celui de demeurer purs dans la corruption, riches parmi les voleurs, invulnérables au milieu des traits de la volupté. Si les anges, disent les Pères, sont les vierges

du monde futur, à leur tour les vierges sont les anges du monde présent : non point des anges vulgaires, dit saint Basile, mais des anges supérieurs, des anges dont la beauté tempère le hideux spectacle des crimes, et dont la puissance désarme le Dieu vengeur.

3° Elle (woeie l'âme à la divine fécondité de Marie,

En frappant le religieux de stérilité pour la terre, la chasteté le rend merveilleusement fécond pour le cùd ; et sa chasteté est la condition et la mesure de sa fécondité spirituelle. C'est vous, ô chasteté, qui engendrez éternellement le Fils de Dieu dans le sein du Père ; c'est vous qui l'avez attiré dans le sein de la Vierge-mère; c'est vous encore qui devez l'attirer dans le cœur des religieux attachés par vocation à l'exercice du zèle et pères des âmes. Comme Marie, pour enfanter le Sauveur, a dû être vierge; ainsi doivent-ils être chastes, pour engendrer spirituellement ce même Sauveur : l'une et l'autre génération demandent une pu-

reté angélique , car l'une et l'autre produisent le Fils de Dieu.

Sans parler des actes de patience, de mortification, d'humilité, de piété que les religieux accomplissent chaque jour et qui sont autant de fruits de leur divine fécondité , à combien d'âmes donnent-ils la naissance spirituelle , quels que soient leurs ministères : prêcher, réconcilier les pécheurs, instruire la jeunesse, soulager les malades, secourir les pauvres, offrir pour l'Eglise de longs jeûnes et des oraisons ferventes, etc.?

Elle r enchaîne à Jésus par les nœuds de

la plus ineffable alliance»

« Quoique toutes les âmes soient les épou- « ses de Jésus-Christ, dit saint Antoine de Pa- « doue, nulle ne revendique plus justement ce « titre que l'àme vierge. Puisque l'époux et « l'épouse sont une même chair, au langage de « l'Ecriture, quelle chair aura plus de conforte mité, plus d'identité avec la chair virginale « de Jésus-Christ, que celle des vierges? » C'est

pour désigner cette chaste et indissoluble alliance que, dans quelques communautés, on met au doigt de la professe un anneau, symbole de fidélité ; on la couvre d'un voile, signe de sujétion; on dépose sur sa tète une couronne, marque de la royauté qu'elle partage désormais avec son royal Epoux; on lui fait don d'un crucifix, vrai portrait de Celui qu'elle doit fidèlement suivre et uniquement aimer. Ce qui fait dire à Tertullien : « Et maintenant , 6 « vierge, vous voilà unie à Jésus-Christ par * un légitime mariage, vous lui avez consacré « votre corps ; c'est dans la maturité de l'âge, « lorsque la loi vous déclarait nubile, que vous « avez fixé sur lui votre choix ; vivez donc « conformément aux désirs de votre Epoux, « et n'oubliez jamais que votre époux , c'est « Jésus-Christ. » (De veland. Virg., c. xvi.)

3° Elle la fait entrer en participation des biens de son divin Epoux»

De sa puissance. Quiconque est marqué au sceau de la chasteté orend au milieu du monde

une prééminence et exerce une autorité îo» contestées. Quand un homme a vaincu la plus terrible des passions et renoncé à la paternité charnelle, on le croit aisément supérieur aux autres et digne de la paternité spirituelle 5 et Sixte III a pu dire : « Persévérez dans l'inté- « grité de la virginité, et vous serez devant « Dieu comme un ange et devant les hommes « comme un Dieu. »

De sa félicité. « Quelle joie a subitement « inondé mon âme , s'écrie saint Augustin, « lorsque j'ai dit adieu à la bagatelle ! A la « place des voluptés charnelles que vous en « bannissiez, vous entriez et vous m'eni- « vriez vous-même, o vraie, ô souveraine, c « inénarrable volupté ! » (Confess.) « Toute* « les joies des vierges sont prises et goûtées « en Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, par Jésusce Christ, pour Jésus-Christ. » (Id., de sanctà Virgùnitm) « Non, rien ne fait sentir à l'âme une « plus vive allégresse, que le témoignage d'une « conscience pure. Avoir vaincu la volupté est « la plus grande volupté, comme la plus grande « victoire. » (De singularit. Cler.)

De sonregard ("intuition. De même que lalnmière ne saurait pénétrer les corps opaques, dit

Théophilacte, mais que, rencontrant un corps transparent, elle y entre et s'y unit, parce qu'elle y trouve son éclat et quelque chose de sa nature : ainsi le cœur chaste, tel qu'un cristal limpide, réfléchit les splendeurs du Soleil de justice et va toujours d'illumination en illumination ; il s'élance à travers les nues, les astres et les anges, jusqu'au sein de Dieu le Père, ajoute saint Ambroise, et là, trouvant enfin le Verbe, il s'abreuve, se rassasie, se remplit tout entier de sa vivifiante et resplendissante lumière. « Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils « verront Dieu. » (Matth. v.)

69 Elle lui assure au ciel les plus insignei privilèges.

À vous, ô hommes chastes, dans la Jérusalem éternelle, la prédilection et la familiarité de Jésus. A vous de former sa cour d'élite, de suivre l'Agneau partout où il va, de monter avec lui la montagne de Sion, vêtus d'une robe éclatante et parés de son royal diadème, de partager son trône, d'être comme le char splen*

ditle où il est assis, le jardin où il se plaît à fixer son séjour au milieu des lis. A vous de porter le nom de Jésus écrit sur le front, et de chanter le cantique que nul autre ne peut chanter. A vous de prendre place à ce festin mystérieux de Jésus , pour savourer éternellement le pain des anges ; de vous enivrer de ce vin qui fit autrefois germer vos vertus, d'aspirer aux plus chastes et aux plus délicieux embrassements de l'Epoux , de vous plonger selon la mesure des sacrifices imposés à ckacun de vos sens dans le torrent des célestes voluptés. À vous une mesure de joie pleine et surpleine, pressée et entassée ; une capacité d'aimer et de jouir incessamment élargie et dilatée, et aussitôt comblée et rassasiée, pour s'épuiser et se combler encore ; et votre cœur, votre corps, votre être tout entier seront plongés, submergés, perdus dans un océan de délices immenses, de délices inénarrables.

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