‹ Les vertus religeusesChapitre 33 sur 50 · A NÉCESSITÉ · texte numérisé non relu

A NÉCESSITÉ

1° V obéissance est nécessaire à t 'ordre ou à la congrégation dont nous sommes membres , comme condition de sa force et de sa durée. '

Dans les œuvres de Dieu , tout est marqué au coin de l'unité : - La création; un seul soleil pour éclairer l'univers, un axe sur lequel tout tourne, un seul homme père de la famille humaine. —L'économie de la rédemption; une seule foi, un seul baptême, une seule Eucharistie, une seule Eglise, un seul Esprit

vivificateur. — La cité céleste ; une seule milice composée de neuf phalanges parfaitement subordonnées entre elles, un seul Christ médiateur en deux natures, un seul Dieu en trois Personnes.

D'où résulte la solidité d'un édifice, le jeu régulier d'une machine, l'inébranlable structure d'un navire, sinon de la connexion des parties qui composent le tout? Que deviendrait une famille, une armée, un royaume sans un principe d'unité, c'est-à-dire sans autorité et sans subordination?

En l'unité est la beauté, la force et la vie ; v,n dehors de l'unité, tout est désordre, tout rst impuissance, tout est mort.

Donc un corps religieux n'a de beauté, de f jrce et de vie , qu'autant que tout y porte le cachet de l'unité : unité résultant de l'obéissance des inférieurs aux supérieurs particuliers, et des supérieurs particuliers aux supérieurs majeurs. Pour toute corporation religieuse, le gage infaillible de sa durée, sa base et sa clef de voûte, son ressort indispensable, son élément constitutif, c'est l'obéissance. Et du moment où l'anarchie s'y introduit, on ne peut mieux la comparer qu'à un corps où l'œil voudrait être

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pied , où le bras usurperait l'office de la langue, où tout serait confusion et monstrueux mélange ; qu'à une armée dont les soldats mutinés, sans discipline et sans chef, seraient exposés à une mort et à une déroute inévitables ; qu'à un rocher naguère dur et compact , mais qui , par l'action d'un marteau gigantesque , serait aujourtThui brisé , pulvérisé , et n'offrirait plus, au lieu de sa masse imposante, qu'un sable mouvant et sans consistance, que tous les vents conjurés emportent et dispersent au gré de leurs caprice*.

2° L'obéissance est nécessaire à noire liberté) comme condition de sa dignité.

La liberté d'un être en général est le pouvoir et la facilité qu'il a de tendre à sa fin dernière; et il est d'autant plus libre, qu'on lui fournit plus de moyens d accomplir sa destinée. Donc la liberté des enfants de Dieu consiste dans l'humble soumission aux lois qui les empêchent de s'égarer: et cette liberté augmente, comme l'explique Bossuet, à mesure qu'ils trouvent

dans ces lois plus de secours pour tendre di» rectementau salut et à Dieu, leur fin dernière. Donc, la liberté du religieux s'accroît en pro*< portion des moyens qu'on lui fournit d'aller à la perfection, et des obstacles qu'on enlève sur sa route. Donc les règles de son institut et les injonctions de son supérieur, en le protégeant d'un côté contre les pièges de Satan, les séductions du monde et le soulèvement des passions, et en le poussant fortement de, l'autre à la pratique de ses devoirs, favorisent d'autant plus sa liberté, qu'elles écartent plus efficacement les écueils qui menacent sa vertu et son zèle, et qu'elles l'inclinent plus énergiquement vers le bien.

Ces règles et ces injonctions sont à sa liberté ce que les ailes sont à l'oiseau , les voiles au navire, les digues au fleuve, les rails à la locomotive, les barrières à celui qui marche sur le bord d'un précipice. Loin de détruire sa liberté, elles la conservent, l'ennoblissent, l'empêchent de s'égarer et de se dégrader. Ce n'est pas un geôlier, mais la garde d'un prince ; ce n'est pas une prison, mais une citadelle qul protège. « Ne pouvant, dit Bossuet, nous arra- « cher cette liberté de mal faire, les règles la

— U6 — « brident du moins et la serrent de près, de « peur qu'elle ne s'échappe. » (Vêture.) Ce que j'avais le plus à redouter, c'était mon intelligence pleine de ténèbres et mon cœur plein de corruption; l'obéissance religieuse est venue substituer le jugement de Dieu à mon jugement, et sa volonté à la mienne.

Qu'un astre soit le satellite d'un autre, sa subordination vis-à-vis de l'étoile principale, au lieu de le constituer dans l'esclavage , fait sa gloire et sa vie ,• tant qu'elle dure , il brille et roule dans l'espace ; et du jour, au contraire , où il se déroberait à son influence, du jour où il se détacherait du corps lumineux autour duquel il gravite, cette imprudente et capricieuse émancipation lui serait mortelle, et il irait, errant et vagabond, se perdre et s'éteindre dans une sphère de ténèbres et d'immobilité. (Mgr Plantier.)

Il est vrai que îa facilité des communicati ons, le servilisme d'un côté et le despotisme de l'autre devaient nécessairement amener dans les gouvernements modernes la centralisation, la manie de légiférer et le ton sec et tranchant du commandement. Mais le religieux n'a à redouter de la part de ses supérieurs ni l'absorp-

lion des pouvoirs subalternes, ni la multiplication des règlements , ni ce ton ofGciel et militaire de l'administration. L'Eglise est là qui veille à tout , modère et contrôle tout.

3° L'obéissance est nécessaire à nos actions ordinaires comme condition de leur mérite.

Qui dit vertu, dit courage et habitude : courage contre soi-même, habitude acquise par des actes réitérés. Toute vertu suppose un sacrifice de la nature , une victoire remportée par la grâce sur la nature, et le mérite répond à la grandeur du sacrifice et à la difficulté de la victoire.

De quoi s'agit-il dans l'obéissance ? d'immoler notre jugement et notre volonté , les deux choses auxquelles nous tenons le plus ; car le premier homme ayant préféré son jugement et sa volonté au jugement etàla volonté de Dieu , a communiqué à tous ses descendants une attache extrême à leur jugement et à leur volonté propre, et une répugnance comme invincible à

se soumettre au jugement et à la volonté (Tautrui.

Mais si le sacrifice est héroïque , le fruit est inappréciable, puisque l'obéissance a la propriété non-seulement de rendre meilleurs et excellents les actes déjà bons, mais encore de donner le mérite et le prix delà vertu aux actes les plus vils et les plus indifférents. Tout ce qu'elle touche , elle le transforme ; du sable elle fait de l'or, et For elle le convertit en diamant. Accomplie sous l'empire de la volonté propre, cette série d'actions dont se composent nos journées équivaudrait à une série de zéros sans chiffre précédent ; avec l'obéissance pour principe , chaque zéro a sa valeur propre, et la somme totale formée par leur réunion dépend du chiffre plus ou moins élevé qui les commande, c'est-à-dîre de l'obéissance plus ou moins parfaite avec laquelle ces actions son* accomplies.

4* L'obéissance est nécessaire à nos œuvres de zèle comme condition de leur succès»

Le religieux appliqué aux œuvres de zèle doit considérer que son ministère s'exerce dans l'ordre surnaturel où tout est vivifié par la foi et fécondé par la grâce ; conséquemment plus il entrera dans l'ordre surnaturel par la vivacité de sa foi et l'étendue de son sacrifice , plus il attirera de g races et de bénédictions sur son ministère.

Mais où trouver une vie plus profondément empreinte de l'esprit de foi et de sacrifice, que celle d'un religieux qui obéit à son supérieur promptement , universellement , amoureusement, comme Samuel à la voix de Dieu, comme Isaac à son père , comme Joseph à l'ange 5 qui va content au] poste assigné , y reste jusqu'à ce qu'on lui dise d'en sortir , entreprend pour le bien des âmes tout ce qu'il entreprendrait s'il était assuré d'y rester toujours, voit sans murmurer d'autres religieux moins capables que lui monter aux emplois de confiance , observe

fidèlement les ordonnances de son supérieur et les règles de son institut, alors même qu'il n'a que Dieu pour témoin, et meurt peut-être sur la brèche victime de son dévoûment et de son obéissance? Et peut-on douter que l'héroïsme d'un pareil sacrifice ne soit récompensé par des bénédictions sans mesure, selon la promesse de l'Esprit-Saint : « L'obéissant racontera des victoires ? » (Prov., xxi.)

Il faudrait des volumes pour raconter le* puissants secours , les succès prodigieux que l'obéissance a mille fois obtenus dans les circonstances les plus épineuses, dans les situations les plus désespérées , dans les entreprises les plus surhumaines. Comme la foi, l'obéissance transporte les montagnes ; et comme la chasteté , elle donne à ceux qui la pratiquent une autorité et un ascendant qui subjuguent les volontés les plus rebelles. Fort contre lui-même et contre les ennemis du dedans, le religieux obéissant est plus fort contre les autres et contre les ennemis du dehors. On voit ce que c'est que d'obéir pour apprendre à commander , ce que c'est que de se vaincre soi-même pour triompher des autres. C'est la vapeur d'autant plus puissante qu'elle est plus

condensée ; c'est le ressort qui réagit d'autant plus énergiquement qu'il a été plus comprimé; c'est le froment qui refleurit et multiplie d'autant plus qu'il subit une mort et une putréfaction plus entière.

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