‹ Les vertus religeusesChapitre 34 sur 50 · MATIÈRE DU VŒU D'OBÉISSANCE · texte numérisé non relu

MATIÈRE DU VŒU D'OBÉISSANCE

Elle renferme généralement tout ce que le& supérieurs légitimes ordonneront selon la règle en vertu du vœu.

Les supérieurs légitimes, autorisés à conu mander en vertu du vœu, sont 1° le souverain Pontife, chef de tous les ordres et de toutes les congrégations ; 2°l'Evêque , dans son diocèse, pour les congrégations qu'il a lui-même ap«< prouvées, et dont il reste le premier supérieur ; 3° les supérieurs majeurs ; 4° dans la plupart des ordres et des congrégations, le premier supérieur de ia maison ; 5° dans quelques rares ordres, les officiers subalternes, non de droit, mais par communication d'autorité, bien que d'ailleurs l'obéissance leur soit duc par Stiilc du vœu.

Les supérieurs sont censés commander en vertu du vœu, lorsqu'ils emploient ces formules : En vertu de la sainte obéissance , ou bien : Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ , et autres semblables ; ou lorsque le ton qu'ils prennent , la gravité de la chose commandée, les circonstances indiquent que tel est leur désir.

Ils ordonnent selon la règle, en se bornant à ce qui s'y trouve formellement ou implicitement renfermé : telles sont les constitutions , les statuts légitimement portés pour en procurer l'observation, les pénitences infligées pour punir les transgressions et prévenir la rechute, tout ce qui tient à la manière de bien remplir les emplois et à une bonne et droite administration. Le religieux, en s'engageant à observer les constitutions spéciales de l'ordre ou de la congrégation , s'oblige à tout ce qui a été ou sera canoniquement établi et ordonné pour atteindre ce but 5 mais parce que l'autorité du supérieur dépend du vœu, ses commandements sont res« treints à l'étendue du vœu. Si l'institut a pour objet unique l'éducation , la supérieure , dans les congrégations religieuses , ne peut confier à ses inférieures le soin des hôpitaux. Si l'institut suppose une clôture entière ou une

demi-clôture , la supérieure ne peut envoyer

ses inférieures garder les malades ou distribuer des secours à domicile. Si l'institut ne parle pas expressément des fonctions domestiques dans les établissements ecclésiastiques ou séculiers , la supérieure ne peut y condamner ses inférieures contre leur gré.

Ne tombent pas sous le vœu les choses illicites : le vœu ne saurait être un lien d'iniquité . où l'on ne peut commander , on n'est pas tenu d'obéir. — Les choses impossibles : à l'impossible ^ul n'est astreint ; l'injonction doit être raisonnable en elle-même ou dans sa fin qui peut être d'exercer , d'humilier. — Les choses gravement nuisibles : les actes héroïques, à moins qu'ils ne soient compris dans les ministères de l'insti tut, comme de combattre les ennemis de l'Eglise, ou dans les devoirs de la vie commune, comme de soigner des religieux atteints de maladies contagieuses , ne sont pas par euxmêmes et communément la matière du vœu.

Dans le doute, l'inférieur doit consulter quelques religieux graves et éclairés ; si le doute persévère , le bon ordre veut que la présomptjpn soit pour le supérieur.

tÉCUÈ COSTRE LE VGBU.

Le religieux pèche mortellement contre le vœu 1° quand il refuse d'obéir à un ordre donné en vertu de la sainte obéissance : peu importe que l'ordre soit général ou particulier, intime de vive voix ou par écrit, par le supérieur lui-même ou par son délégué ; 2° quand il répond au supérieur qui ordonne : Je ne veux pas obéir , je ne le ferai pas, ou autre chose qui sente la rébellion et le mépris formel de l'autorité ; 3° quand la désobéissance doit entraîner pour le religieux ou sa communauté, ou un tiers quelconque, un dommage considérable, spirituel ou temporel.

Il pèche véniellement contre le vœu dans les autres cas, par exemple, lorsque le supérieur commande sans faire intervenir la vertu d'obéissance : lorsque la matière considérée en ellemême, dans la fin et les circonstances, est légère ; lorsque le refus n'a pas pour principe le mépris de l'autorité, mais un vice qu'on s'imagine voir dans la personne ou dans l'ordre du

supérieur ; et, en général, lorsque la désobéissance n'est pas censée détruire la raison formelle du vœu, c'est-à-dire le nœud de la subordination.

S'il s'agit des simples injonctions dans lesquelles le supérieur manifeste sa volonté sans prétendre obliger en conscience, le refus de s'y conformer n'est pas par lui-même un péché.

S'il s'agit des simples règles, mettant à part celles qui déterminent la matière des vœux et qui évidemment obligent en vertu et par la force même des vœux dont elles sont l'expression, leur violation n'est pas non plus par ellemême un péché.

Nul doute néanmoins que la désobéissance i ix injonctions et la transgression des règles, quand elles se réitèrent souvent et deviennent comme habituelles, n'engendrent le mépris et ne préparent la ruine de la discipline \ qu'il ne puisse s'y trouver en un cas particulier quelque faute , telle que la mauvaise édification donnée, un motif vicieux, une autre obligation violée ; qu'on ne soit tenu d'accomplir la pénitence imposée par le supérieur.

DIFFÉRENCE ENTBE LE VŒU SOLENNEL fc'OBÉlS- SANCE ET LE VOEU SIMPLE.

d° Le Pape seul et pour une cause très-grave peut dispenser du premier. Quoique le vœu simple soit dans quelques ordres réservé au Pape, néanmoins le plus souvent c'est l'Evêque, quelquefois le supérieur qui en donne la dispense, pour une cause grave sans doute, mais moindre. 2° Le vœu solennel rend invalide toute obligation naturelle ou civile, de justice ou de conscience, tant l'abdication de la volonté est absolue et entière. Le vœu simple rend l'obligation contractée seulement illicite ; et si le supérieur peut l'annuler et l'invalider, ce n'est qu'en vertu du pouvoir qu'il a sur la volonté de l'inférieur»

différence entre le voeu k* la vertu d'obéissance.

L'objet du vœu est l'exécution extérieure du commandement ; la vertu ajoute la soumission intérieure.

Puisque l'obligation stricte du vœu s'arrête à l'acte matériel , et que la vertu va jusqu'à l'acte formel , donc 1° la vertu s'étend au-delà du vœu ; 2° tout ce qui est contre le vœu est contre la vertu , mais tout ce qui est contre la vertu n'est pas contre le vœu ; 3° en obéissant matériellement par l'accomplissement de l'ordre, on peut désobéir formellement par la résistance de la volonté ; 4° on ne peut avoir le mérite de la vertu sans avoir le mérite du vœu, pour le respect et l'amour duquel on obéit.

Que s'il arrive rarement au religieux de pécher mortellement contre le vœu , il lui arrive peut-être plus rarement encore de pécher contre la vertu seule.

DEGRÉS DARj LA PERFECTION DE i/OBEISSANCE.

Non content 1° de ï'obéissance d'exécution, l'ii accomplit avec fidélité et intégrité la chose commandée, repoussant bien loin ces mots instructeurs de toute société, je veux, je ne <:rnx pas; non content 2° de l'obéissance de ■ don té, qui l'exécute avec joie, courage, promp- : iude, et ignore ces excuses, ces lenteurs cal- • ;ilées qui affligent des supérieurs; non con- Cent 3° de l'obéissance de jugement, qui juge de ta bonté, de sa sagesse, de son opportunité exactement comme celui qui l'ordonne, et travaille à éteindre ces dépits, ces murmures intérieurs , ces préventions , signes avant-coureurs d'une insubordination prochaine 5 le religieux, habitué à voir Dieu dans son ministre et l'expression de son bon plaisir dans le sien, à justifier à ses yeux l'ordre intimé ou du moins à s'y porter sans examiner ni rien voir, jaloux de sauvegarder de plus en plus son vœu, de multiplier son mérite et de faire de soimême un sacrifice toujours plus parfait , s'ap-

pîique 4° à observer jusqu'aux moindres règles, les regardant comme souverainement importantes pour la stabilité de l'ordre, le maintien de la régularité et la sanctification des individus ; tend 5° à ne rien faire qu'en esprit d'obéissance, écartant l'intérêt personnel , la crainte servile, les vues politiques et humaines qui ùîcnt à la vertu son mérite et son lustre; ()° enfin prévient les désirs de son supérieur ; lui demande quelquefois un ordre dans les choses libres de quelque importance; s'attriste, au lieu de se réjouir, lorsqu'on parait l'épargner et oublier de l'exercer; et à force de prendre en toute occasion parti contre son jugement et sa volonté propre, de les mortifier, de les anéantir, s'élève jusqu'à l'héroïsme de l'obéissance,

MOYENS D'ENTRER DANS L'ESPRIT DE L'OBKIS- SANCE RELIGIEUSE ET D'EN ATTEINDRE LA

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