‹ Les vertus religeusesChapitre 35 sur 50 · PERFECTION · texte numérisé non relu

PERFECTION

1° Envisager Dieu même dans la personne du supérieur.

^obligation qu'a l'inférieur d'obéir, découle d'un double pouvoir dont le supérieur est dépositaire : pouvoir consacré par l'Eglise d'exercer l'autorité paternelle au sein de la famille religieuse, pouvoir sanctionné par l'Eglise de recevoir le vœu d'obéissance et de commander en vertu de ce vœu. Mais qui a donné et pu donner à l'Eglise , représentée par le Pape ou l'Evèque, l'autorité nécessaire pour consacrer et sanctionner ce double pouvoir? Dieu seul.

C'est donc Dieu seul qui, dans la personne du supérieur, exerce l'autorité au sein de la communauté pour la gouverner, reçoit le vœu d'obéissance et en use pour faire exécuter les con-f''hitionSj le§ statuts et les règles,

Presque à régal du sacerdoce, l'élection légitime du supérieur le revêt d'un caractère sacré, l'investit de pouvoirs sublimes, en fait la vive image de Dieu.

Ce que l'homme pourrait désirer de plus avantageux dans les ténèbres où il est plongé, c'est sans contredit que Dieu vînt lui-même le conduire par la main , aplanissant devant lui la route, et lui faisant discerner le vrai du faux et le bien du mal. Avec quelle confiance alors il s'abandonnerait à sa direction ! Or il n'entre pas dans les desseins ordinaires de Dieu de nous manifester sa volonté, ni immédiatement par lui-même, ni par le ministère de ses anges. Dieu, dit saint Thomas, veut que l'homme soit conduit par l'homme dans les choses de son salut et de sa perfection. Jésus-Christ apparaissant à Saul, l'envoie à Ananie ; l'ange qui traite avec le centurion Corneille de sa conversion, l'adresse à saint Pierre. Il en est de même du religieux: au moment où il entreprend l'œuvre de sa perfection, Dieu lui donne pour guide, pour maître , pour médecin et pour père son supérieur.

Mais que Dieu commande, reprenne, corrige , assigne un emploi ou le retire , envoie

— iG2 — ou rappelle, accorde ou refuse par Iiû-niême ou par un autre, c'est toujours lui qui gouverne ; et c'est Dieu dans son vicaire qu'il faut envisager avec respect, amour, joie et confiance. Pour peu que nous détournions nos yeux de cet objet, l'obéissance et le mérite se perdent: comme celui qui pointe une arme à feu, si peu qu'il dévie à gauche ou à droite, manque le but.

2° Recevoir V ordre du supérieur comme l'c^re de Dieu même»

L'obéissance faisant ici partie de la vertu de religion qui a pour objet Dieu et son eulte, quiconque veut en avoir le mérite et en acquérir l'habitude doit faire des actes conformes à ce Lie vertu, reconnaissant Dieu lui-même dans ses lieutenants, révérant son autorité dans la leur, recevant comme de sa bouche leurs injonctions et leurs ordres.

L'obéissance, religieuse surtout, a ce trait de ressemblance avec la foi : elle nous fait croire une sorte de mystère Je fais l'aumône à

un pauvre, la foi me dit que je soulage Jésus- Christ; je m'approche de la Table sainte, la foi me déclare que je mange réellement le corps de Jésus-Christ ; je reçois un commandement de mon supérieur, la foi m'assure que ce commandement est celui de Dieu même. « Qui vous écoute, m'écoute, a (Luc. x.) Et saint Paul : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres « selon la chair, avec crainte et révérence, « dans la simplicité de votre cœur, comme à « Jésus-Christ. Ne lès servez pas seulement a lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous <> ne songiez qu'à plaire aux hommes ; mais en « qualité de serviteurs de Jésus-Christ, laites « de bon cœur la volonté de Dieu. Servez-les « donc avec affection, regardant en eux le Sei- « gneur, et non les hommes. » (Eph. vi. ) Si l'Apôtre parlait ainsi à des esclaves, qu'eût-il (iit à des religieux? Ne leur eût-il pas recommandé de repousser les pensées contraires à l'obéissance avec la même horreur que les pensées contraires à la pureté et à la foi ?

C'est ainsi que l'obéissance est honorable et méritoire. Honorable : « Serais-je par hasard o entré en religion pour servir des hommes? « disait Louis de Gonzaguc. Je serais le plus

« vil des esclaves, si j obéissais à mon supé- « rieur comme à un homme. C'est à Dieu, dont a mon supérieur est le lieutenant, que j'ente tends obéir. » Méritoire : aux obéissants non moins qu'aux croyants le Sauveur a dit : « Bien- « heureux ceux qui n'ont point vu, et qui ont « cru ! » Eh ! où serait le mérite d'obéir à Jésus-Christ présent et visible?

3° Laisser une pleine et entière disposition de soi-même au supérieur.

11 faut se constituer entre ses mains comme l'enfant entre les mains de sa nourrice, comme l'agneau qui suit le berger, comme le bâton sur lequel s'appuie le vieillard, comme l'instrument qui s'use sans se plaindre, comme la cire qui se prête à tous les moules, comme la flèche qui vole au nord ou au midi , comme le luth dont les cordes répondent à tous les désirs du musicien , comme le fer que l'ouvrier bat de son marteau sur l'enclume, retourne, façonne,, plonge à son gré dans l'eau ou dans le feu. Toutes ces formules et ces comparaisons ont été employées par les fondateurs d'ordre»

Saint Antoine, pour former à l'obéissance un de ses disciples , lui ordonnait de tirer de l'eau d'un puits durant un jour entier, et de la répandre aussitôt, de dresser la table5 de s'asseoir, et de se lever sans avoir mangé ; de faire des paniers , de les défaire , et de les refaire ensuite ; de découdre son habit , de le recoudre, et de le découdre encore 5 de jeter par terre un pot de miel, de le ramasser avec une coquille, et de le rapporter aussi pur qu'il l'avait reçu. Ce disciple d'une obéissance admirable fut saint Paul-le-simple.

On demandait un jour à saint François d'Assise qui l'on devait tenir pour vrai obéissant : « Prenez, dit-il, un corps mort, et mettez-le « où vous voudrez , sur des haillons ou dans « la pourpre , sur un trône ou dans la boue : « tout lui est égal ; point d'yeux pour obser- « ver curieusement ce que vous faites, point « de langue pour répliquer. J'ai vu bien des « fois , ajoutait-il, un aveugle conduit par un « petit chien et allant partout où le menait « son guide, dans les mauvais chemins comme « dans les bons. Voila le vrai obéissant. »

Sur cette parole de saint Paul terrassé sur le chemin de Damas : « Seigneur, que voulez-

« vous que je fasse?» saint Bernard ***♦?-:<; ?

« 0 parole courte, mais pleine de sens, mais « vive, mais efficace, mais digne d'être goû- « tée, répétée , acceptée ! » ( S. de Convers. Pauli.)

L'obéissance, en effet, consiste moins à faire volontiers ce qui est commandé, qu'à être disposé à faire tout ce qui peut èlre commande. Là seulement se trouvent la paix et la vraie liberté d'esprit : «Je n'apprébende pas, disait « un saint religieux, qu'on me commande ja- « mais rien contre mon gré, car je suis disposé « d'avance à faire tout ce qu'on me comman- « dera. Ma maxime est de ne rien demander « et de ne rien refuser, de ne rien désirer et « de ne rien craindre; car saint Jean Climaque « m'avertit que l'obéissance est le tombeau de « la volonté. »

Au reste, l'inférieur ne faisant le vœu d'obéissance qu'afin que le supérieur puisse l'exercer dans la pratique de toutes les vertus . c'est ce vœu , à proprement parler, qui l'ait de luj un religieux ; et le parfait obéissant , plein de résignation et d'abandon à son supérieur, ne peut être qu'un parfait religieux.

& pas raisonner sur la nature, le motif , l'opportunité du commandement.

Pourquoi m'ordonnc-t-on ceci plutôt que cela? Pourquoi à moi plutôt qu'à un aulre? Pourquoi aujourd'hui plutôt que demain? Pourquoi de telle façon plutôt que de telle autre? La chose est-elle agréable ou pénible, vulgaire ou honorable, peu ou beaucoup importante, expédiente ou inopportune? Est-ce le bien commun ou l'intérêt particulier qui est le mobile du supérieur? Son ton est-il celui de la charité ou de la passion? Sur tous ces points, le parfait obéissant s'interdit non-seulement l'examen , mais le doute, le soupçon, le moindre coupd'œil.

A qui verrait toujours la raison du commandement, cette connaissance adoucirait certainement l'amertume de l'obéissance ; puisque se rendre à la raison connue, c'est se décider en quelque sorte par ses propres lumières, et, nu fond , n'obéir qu'à soi-même. Mais en religion , il faut dire comme les iïébreux : Allons

à celui qui voit, s'av&zgïcr soi-même, et dire : Je crois.

Certes, il en coûta cher à Eve pour avoir raisonné sur le motif de la défense divine !

Les sujets eurent-ils jamais la liberté d'examiner les ordonnances du prince et d'en suspendre l'exécution? Les soldats sur le champ de bataille, les matelots sur mer sont-ils admis à discuter les manœuvres dont on donne le signal? Un tribunal a rendu un arrêt, cet arrêt peut être injuste; il faut obéir. Un homme condamné par défaut et par contumace ne sera écouté qu'autant qu'il aura purgé le décret et qu'il se sera remis en prison. En matière de correction , un appel même légitime n'a point d'effet suspensif. A Lacédémone, défense était faite aux jeunes hommes qu'on initiait au gouvernement d'examiner si les lois de l'Etat étaient bonnes ou mauvaises.

Partout la présomption est en faveur de l'autorité: dans tous les siècles et chez toutes les nations on a compris qu'il y a moins de péril à risquer la justice que l'obéissance.

%* Prendre invariablement pour règh de sa ro lontè et de son jugement, la volonté et le jugement du supérieur.

le meilleur moyen de se conformer a la souveraine îègle de tout jugement et de toute volonté, qui est la bonté et la sagesse éternelle, c'est de se porter sans hésiter aux choses commandées, pourvu qu'elles ne soient pas une violation manifeste de la loi de Dieu ; de renoncer, par une sorte d'obéissance aveugle, a ses propres lumières et à son sentiment en faveur des lumières et du sentiment du supérieur, lorsque l'intelligence ne voit pas clairement le contraire 5 d'approuver ce qu'il approuve et de rejeter ce qu'il rejette.

Hors de là , l'obéissance n'est agréable m à Dieu, qu'on frustre de ce qu'il y a de meilleur dans l'holocauste , le jugement et la volonté ; ni au religieux, qui traîne péniblement le joug; car ce qui coûte dans l'obéissance , ce n'est pas précisément de faire une chose commandée ,

mais de la faire à contre-cœur.

« L'obéissance parfaite , disait saint Ignace , « est aveugle , et c'est dans son aveuglement « que consiste sa perfection et sa sagesse. L'o- « béissance imparfaite a deux yeux , mais pour « son malheur; en se soumettant extérieurece ment, elle résiste intérieurement ; elle ne « mérite pas le nom d'obéissance. Quiconque « n'a que l'obéissance d'action, non celle de jute gement et de volonté, n'a qu'un pied dans la « religion \ il serait mieux placé parmi les for- « çats et les bêtes de somme qu'au milieu des « enfants de Dieu. Et comment, avec cette di- « vergence d'opinions , le supérieur et l'infect rieur pourront-ils travailler de concert, e d'une manière utile et durable, à la gloire « de Dieu? L'abnégation du libre arbitre a coûte sans doute à la natura; mais, à le bien « prendre , quel plus noble usage l'homme « peut-il faire de cette faculté, que de la re- « mettre tout entière à celui de qui il la tient? »

C,° Pratiquer l'obéissance aveugle , alors surtout que le supérieur paraît manquer de prudence.

Se rappeler que la prudence n'est pas la vertu de l'inférieur, qui n'a simplement qu'à obéir, et dont toute la prudence ici consiste à renoncer à sa prudence, mais du supérieur qui, responsable pour tous, a la charge de voir et d'examiner pour tous ; que celui-ci, pour gouverner sagement, a trois choses qui manquent à celui-là : les vues d'ensemble et de bien général, la connaissance des sujets , et les grâces spéciales que Dieu accorde aux ministres de son autorité ; que Dieu , pour mortifier notre jugement , qui n'a pas moins besoin d'être mortifié que noire volonté, permet quelquefois que tout ce que fait et dit un supérieur nous paraisse au rebours du bon sens, et que les actes de la plus haute sagesse revêtent à nos yeux les caractères de la déraison et de la folie; et que ce commandement, tel quel, est du moins le meilleur pour nous , le plus propre à augmenter le niérite de l'abnégation: que, pour ce qui est du

résultat , Dieu , habitué à tirer le bien du maî, ne sera pas embarrassé pour le faire tourner à sa gloire,, sans préjudice quelconque; et qu'enfin si le supérieur peut se tromper en commandant, l'inférieur ne peut se tromper en obéissant.

Jean d'Avila écrivait à saint Jean de Dieu : « L'obéissance doit vous mettre l'esprit en re- « pos; puisqu'on ne vous demandera par» « compte de ce que vous aurez fait par le con- « seil d'autrui. » L'ordre est-il le meilleur ? estil expédient? c'est l'affaire du supérieur; l'obéissance de l'inférieur est son excuse. Que si le religieux doit avoir la prudence du serpent, c'est uniquement pour discerner si le commaadement renferme un pécbé] ce discernement fait, il ne doit plus avoir que la simplicité de la colombe pour obéir. Il peut même arriver que tel ordre, reconnu bon par l'inférieur et mauvais par le supérieur, soit criminel pour celuici et méritoire pour celui-là, envoie le premier au ciel et te second en enfer.

Elle est donc très-sage et très-prudente, cette obéissance aveugle qui met le religieux à l'abri de toute faute et de toute erreur ; et saint Jean Cîimaque avait raison de la définir « une

■— 173 - « abnégation de son jugement 6t de sa sagesse « par l'effet d'un jugement exquis et d'une « sagesse consommée ; un acquiescement sim- <f pie qui n'examine point, ne contredit point, « mais trouve tous les commandements bons « et ne s'applique qu'à les remplir. » (Grad. 4.J

Ne pas fatiguer les supérieurs par des excuses frivoles ou des représentations multipliées.

Quand on croit pouvoir ou devoir faire une observation , la faire avec simplicité , bumilité et respect , seulement pour céder à la conscience, montrant à peine de quel coté on penche , bien disposé du moins à se soumettre, quelle que soit la décision. Celui qui revient sans cesse à la charge , pour emporter la place comme d'assaut, ou que l'inutilité de ses efforts irrite et fait murmurer, montre assez qu'il se cherche lui-même, non la gloire de Dieu.

N'être pas de ceux qui mettent toujours du leur dans l'obéissance ; pour qu'ils cèdent de bonne grâce, il faut qu'ils aient amené le supérieur à quelques concessions , ou que le rïip&

- 47Ï rieur les ait lui-même consultés ou priés. Ils

ne disent pas comme saint Paul : Que voulezvous que je fasse ? ils attendent qu'on leur dise comme le Sauveur à l'aveugle : Que voulez-vous que je vous fasse? « Quiconque, dit saint Ler- « nard, par des voies ouvertes ou secrètes, a amène le supérieur à lui ordonner ce qu'il a désire, loin d'obéir à son supérieur , force a son supérieur à lui obéir. » Hélas! nous manquons toujours de temps ou de forces pour faire ce qui nous déplaît, elnous en avons toujours assez pour faire ce qui nous flatte. Ce que le religieux devrait surtout redouter, c'est qu'on ne lui confie un emploi sur sa demande bu par suite delà répugnance manifestée pour un autre; son travail alors pourrait bien perdre en partie son salaire.

Saint Bernard regarde encore comme la marque d'une volonté trop délicate, défiante à l'excès et peu affermie dans l'obéissance , d'éplucher scrupuleusement les ordres du supérieur, de les tourner et retourner en tous sens, de ne vouloir marcher qu'à coup sûr et après avoir pris ses garanties, comme si toute injonction dont on n'aperçoit pas le motif, la portée et la fin, cachait un piège, une injustice ou m»e bévue, -De prœcep. i3.)

îin cas'de recours au supérieur majeur selon a règle, dire les raisons qu'a données le supcïeur immédiat pour appuyer son refus : agir utrement, c'est compromettre quelquefois et nettre dans une fausse position le supérieur najeur, et biaiser avec Dieu dont il est le ressentant.

Inutile d'avertir que le refus déraisonnable iu passionné d'une permission sollicitée ne lonne pas le droit de passer outre. A ce ;ompte, que deviendraient la subordination et a régularité? L'illusion sur la légitimité de la lemande et sur l'injustice du refus, ne serai tîlle pas d'autant plus facile et dangereuse que le lésir <]<-l' -?,jct serait plus ardent et plus désorloniié ?

$° Obéir promptement.

Sans délai, de manière à laisser une lettre à lemi-formée; préférant l'obéissance à tout ce ju'on faisait: prière, étude, mortification, etc.; lans la conviction qu'aux yeux de Dieu , donner vite, c'est donner le double. Ce que nous

ajoutons après le signal est la part du démon ; ne pouvant tout obtenir, ce malin esprit tâche au moins d'avoir les prémices.

Les Saints nous disent : Obéissez comme les étoiles dans l'enfoncement de l'espace : « Elles « ont été appelées , et elles ont répondu : « Nous voici; » (Baruc. ni.) comme les officicrg des princes : sans cesse leurs yeux sont prêts à regarder, leurs oreilles à écouter, leurs pieds à marcher, leurs mains à exécuter; comme Jacques et Jean qui, sans se soucier ni de leurs filets, ni de leur barque , ni de leurs poissons, quittent tout, même leur père, pour suivre Notre - Seigneur ; comme Zachée qui se précipite du sycomore et va préparer le festin à son divin hôte \ comme Lazare qui, entendant la voix du Maître de la vie , sort du sépulcre , les pieds et les mains liés et le suaire sur le visage ; comme si Jésus-Christ lui-même nous appelait : avec quelle diligence et quel courage ne volerionsnous pas à travers les difficultés ! Or , c'est ce divin Sauveur qui , par la voix du supérieur ou de la cloche, nous donne l'ordre ou le signal.

Saint Bernard, au milieu d'une extase où Jésus se montrait à lui , fut averti par la cloche d'aller balayer le monastère, il partit aussitôt;

mais Jésus, demeurant au Heu où il l'avait laîs se, lui dit au retour : « Si tu ne m'eusses quitté, « Bernard, je t'aurais moi-même quitté. » Dans une circonstance semblable , sainte Lutgarde dit à Notre-Seigneur : « Attendez-moi là, ô Jésus, « et dès que j'aurai vaqué à mon emploi, je re- « viendrai vite. » Jésusl'attendit en effet. Saint Ignace avait mandé au P. Lefèvre de revenir de Naples à Rome ; les amis du religieux et les médecins lui représentèrent que c'était le moment des chaleurs et des fièvres , qu'il devait attendre une saison plus douce , qu'il y allait pour lui delà vie à entreprendre ce voyage. « Il « n'est pas nécessaire au religieux de vivre, ré- « pondit Lefèvre, mais il lui est indispensable « d'obéir. » Son obéissance, en effet, lui coûta la vie 5 mais elle lui valut , ainsi qu'il le déclara dans une apparition à un de ses amis , une gloire et une félicité immenses dans le ciel.

« Obéir sur un ordre formel enjoint en vertu « delà sainte obéissance, c'est bien, dit saint « Ignace. Obéir sur une simple parole, quand « la chose est simplement proposée, c'est « mieux. Mais obéir sur un signe , prévenir « l'ordre et la proposition, se rendre à un désir « connu, c'est la perfection, a

Saint Benoit veut que le commandement et l'exécution s'unissent et se confondent dans un point indivisible. Saint Bernard dit que le parfait obéissant a plus tôt obéi qu'on ne lui a commandé : qu'il saisit au voï l'ordre du supérieur; que les termes demain , plus tard , tout-à- Vheurc lui sont inconnus. Saint Thomas affirme même que la volonté du supérieur, de quelque manière qu'elle soit manifestée, devient un commandement tacite. C'est ainsi, dit Albert-le-Grand . que Jésus-Christ prit pour un commandement de mourir pour les hommes la connaissance qu'il avait que tel était le désir de son Père : « Je fais toujours ce que je sais « être le bon plaisir de mon Père. » (Joan. vin.)

Qui ne voudrait obéir que lorsque son supérieur a la foudre à la main et le met au bord de renier, mériterait-il le nom d'obéissant?

d* Obéir intégrci.cmsrJ*

Ce qui s'entend du temps, du lieu, de In manière, des c: ^constances , de l'ensemble et des détails, des parties ci du tout-

Ne point faire de triage entre ce qui est expressément dans la règle et ce qui ne s'y trouve qu'implicitement, entre les constitutions et les règlements de discipline, entre ce qui est strictement obligé et ce qui est simplement recommandé.

Les vrais obéissanls sont les soldats du cen« tenier ; on leur dit : allez , ils vont 5 venez , i 1 -3 viennent ; faites ceci , ils le font.

Trop heureux le religieux de pouvoir , au prix d'une obéissance entière, se dire à soimême : Je suis dans la voie du salut, l'obéissance est pour moi un chemin abrégé à la perfection -7 du matin au soir, à tout instant , en mangeant et en dormant, en priant et en jeûnant, dans ce qu'il y a de plus petit comme dans ce qu'il y a de plus grand, je fais la volonté et le bon plaisir de Dieu !

Mais qu'il porte toute la charge, s'il veut la trouver douée. Du moment où il la met entière sur ses épaules, deux forces le soutiennent: la grâce de Dieu qui descend plus abondante , et le témoignage encourageant de sa conscience. S'il fait un choix parmi les règles et les injonctions de son supérieur, s'il en prend et en laisse, il ressemble, dit Rodrigucz, au clic-

\it\ capricieux qui ^ ient de rejeter une partie cie sa charge. Tant qu'il la porta entière, quelque lourde qu'elle fût, l'équilibre étant gardé, il marchait gaiement; maintenant qu'il en a secoué une moitié, l'autre, manquant de contrepoids, glisse et l'entrave. Il n'aura point de repos qu'il n'ait tout jeté par terre ; reste à savoir comment il s'en tirera avec son maître.

10° Obéir joyeusement.

Comme on va au réfectoire quand on a bien faim, et à tout ce qui entretient la santé et la vie, dit saint Basile ; du moins en maîtrisant si parfaitement les répugnances de la nature, que le supérieur, au lieu d'un visage triste qui indique qu'on traîne le joug plutôt qu'on ne le porte, n'aperçoive qu'un visage gracieux et les libres allures d'un sujet dévoué qui ne se lasse jamais , qui ne trouve rien d'excessif, et qu'il faut plutôt retenir qu'aiguillonner. «Dieu, dit k saint Paul , n'entend pas qu'on lui donne « avec tristesse et par force ; l'allégresse et se l'amour dans l'offrande, voilà ce qui lui

— ISi —

« plait. »(II. Cor.) Si servir Dieu, c'est régner; donner à Dieu, c'est recevoir ; et la joie doit se trouver dans le don comme l'honneur dans le service.

Ne sembîe-t-il pas que plus la nature est contrariée, et plus le religieux est au comble de ses désirs et doit l'être de la joie? car enfin, en faisant le vœu d'obéissance , que voulait-il, qu'espérait-il? Immoler son jugement et sa volonté. On m'enverra dans une maison , sous un climat où ma santé dépérira; on me confiera un emploi opposé à mes goûts ; on m'intimera des ordres qui heurteront de front mes inclinations les plus chères et mes idées les mieux arrêtées : n'importe, je me soumettrai-, car ce sacrifice du jugement et de la volonté est nécessaire pour qu'il y ait. vertu et mérite dans l'obéissance ; or c'est précisément et uniquement la vertu et le mérite que je suis venu chercher en religion. Si la chose commandée flattait ma nature , trouvait de l'écho au fond de ma raison ou de mon cœur, je pourrais être en doute si je ne recherche pas ma satisfaction dans l'obéissance. Mais lorsqu'elle exige un effort de la volonté , l'abnégation du jugement, il est évident que c'est Dieu,

Dieu seul que j'ai en vue ; et puisque le mérite croît en proportion du sacrifice , je dois saisir avec empressement et bonheur les occasions qui demandent un plus généreux effort de la volonté, une plus complète abnégation du jugement, pour augmenter du même coup le sacrifice et le mérite.

Sur ce principe , saint Grégoire, et après lui les plus grands théologiens soutiennent que s'il s'agit décharges et de dignités, d'honneurs et de prééminences , l'inférieur peut résister et attendre un ordre formel. Vous me faites un commandement qui entraîne pour la nature des humiliations et des déboires , jo m'élance avec joie; vous m'en faites un qui piometdes satisfactions et des louanges, je m'attri&te et recule.

41° Obéir indistinctement à toute espèce de supérieurs.

Xon-seuîement à ceux que tout rend chers et recommandables : maturité de l'âge , no- Messe, affabilité, science, prudence, vertu, \louceur -, mais même à ceux qui n'auraient au-

-4*3 eun de ces avantages ; et non-seulement â la personne du supérieur , mais encore aux officiers subalternes revêtus d'une portion d'autorité, fussent-ils jeunes , sans talent et sans expérience , d'une extraction basse et d'un extérieur désagréable, rudes et exigeants , inconstants et bizarres , peu édifiants et sous plusieurs rapports les derniers de la maison ; puisque ce n'est pas à cause du plus ou moins de dons naturels et surnaturels qu'on doit obéir aux supérieurs , mais à cause de Dieu dont ils tiennent la place.

Quelque sainte et expérimentés qu'ils soient, si l'on considère en eux l'humanité, il sera toujours possible et vrai de dire que leur esprit est sujet à l'erreur et leur cœur aux passions ; mais ce qui leur manque de sagesse et de vertu, Dieu l'a, Dieu qui ne pouvant ni se tromper ni vouloir nous tromper est la règle infaillible de rectitude ; or , ne cessons de le redire , c'est à Dieu et pour l'amour de Dieu qu'il faut obéir*

Samson tira du miel de la gueule d'un lion et de l'eau de la mâchoire d'un âne ; et pourquoi 3 demande saint Pierre Damien , Dieu ne tirerait-il pas, pour mon utilité, les leçons les plus salutaires d'un supérieur plus violent dans

l'exercice de l'autorité que le premier de ces animaux, et plus paresseux dans l'acquisition de la vertu que le second? Nous lisons dans Aristote qu'Âmasis, roi d'Egypte, se voyant méprisé à cause de la bassesse de sa naissance , fit faire du bassin où ses serviteurs lui lavaient les pieds la statue d'un dieu qu'ii exposa dans un temple à l'adoration du peuple, avec ces paroles : «Regardez à la dignité , non à l'origine de votre roi, comme vous regardez à la grandeur du dieu, non au métal qui le représente. » Et toi, ô religieux , ne rends-tu pas les mêmes hommages à ton Sauveur dans l'Eucharistie, que le ciboire soit du plomb le plus vil ou de l'or le plus pur?

L'amour-propre froissé accusera le supérieur de bizarrerie, d'injustice, d'emportement, de prévention , de despotisme ; il s'en prendra à des esprits malintentionnés dont la jalousie a exercé sur lui une maligne influence, il recherchera dans la vie des dénonciateurs ou du juge des faiblesses vraies ou apparentes , pour infirmer les témoignages ou décliner la sentence : n'importe, l'oracle a été prononcé : « Que tous « soient soumis aux puissances , car toute puis- « sance vient de Dieu ; leur résister, c'est résis-

« ter à Tordre de Dieu et encourir la damnait tion. » (Ro7n. xiii.) « Vos maîtres fussent- « ils injustes et fâcheux, obéissez-leur. »(iœ PeJ. h.) Leur conduite fût-elle peu en harmonie avec leur dignité, en opposition flagrante avec leurs ordres, « Ne faites pas ce qu'ils font, dit Jésus- « Christ, mais faites ce qu'ils disent. » (3Iutth. xxm.) Qui n'obéirait qu'aux supérieurs qu'il estime et qu'il aime , en quoi diffèrerait-il des laïques et des païens ? Ceux-ci font-ils difficulté de souscrire à des ordres intimés par des maîtres qu'ils révèrent et chérissent ?

12° Obéir à tout âge et toute sa vie,

Non-seulement au noviciat , où les liens de la dépendance enveloppent de toute part , et les premières années de la profession, où l'autorité garde encore son prestige : mais toujours , en santé et en maladie , dans toutes les situations et toutes les circonstances, jusqu'à la vieillesse où le joug de l'obéissance pèse de tout son poids \ eût-on rendu les plus éminents serviceSj eût-on rempli les charges les plus impor-

m |ga ma tantes , demeurant jusqu'au bout simple, souple et candide comme un enfant, entre Ici mains de l'obéissance.

On voit assez souvent dans certains collèges s'opérer cette métamorphose : arrivés aux cours supérieurs, des élèves jusque-là soumis et dociles secouent insensiblement le joug de la discipline', revendiquent et au besoin usurpent la liberté sans limites. Le front s'élève, l'œil prend de l'audace, l'attitude s'affermit ; on s'enhardit, on a son franc-parlcr, on se pose en juge; on passe bientôt à l'état de puissance, puissance redoutable qui porte chaque jour à l'autorité de nouveaux coups, puissance avec laquelle un supérieur doit compter et qui rend tout gouvernement impossible.

« L'homme vain s'enfle d'orgueil , dit Job, « et se vante d'être né libre comme le petit « de l'âne sauvage. » (xi.) Plus de frein à la bouche, plus de joug sur la tète, plus de règlement, plus de corrections, plus de discipline.

0 Dieu, préservez à jamais les communautés religieuses de l'ombre même de cette peste !

Î3" Ne point distinguer entre les cîioses qui r*gardent le corps et celles qui regardent l'àme,

Se souvenir que l'obéissance règle les veilles, les jeûnes, i'oraison et le zèle, non moins que le travail et le repos ; que ce n'est pas un moindre désordre de désobéir pour prier que pour manger -, et que la volonté propre a l'affreux privilège de rendre mauvais ce qui était bon , et digne du châtiment ce qui , sans elle, eût été digne du salaire.

Saint Bernard apostrophe en ces termes le religieux qu'un secret orgueil et une ferveur indiscrète attachent à ses dévotions particulières : « Ne m'avais-tu pas confié le soin de ta con- « duite? d'où vient donc que tu me Fôtes aujour- •c d'hui? Ta conscience ne t'a-t-eîle pas mille « fois averti qu'en faisant ta volonté, tu te souil- « lais 5 qu'en suivant ta raison, tu t'égarais? « et voilà que tu te retires de moi et que tu te « donnes à toi-même pour guide et pour maître! « La règle commune ne te suffît plus : il te faut « des oraisons et des veilles clus prolongées. El

« moi je te dis que tu cherches non la perfecc< lion, mais la réputation ; que tu estimes plus « ton jeûne du dimanche, que le nôtre des six x jours delà semaine; tes cinq minutes passées « seul devant l'autel , que notre psalmodie de « toute la nuit. Ecoute une fois la vérité, et « emporte-la pour la méditer : Tu es coura- « geux et diligent pour tes dévotions particu- « ïières, paresseux et lâche pour les dévotions « communes; tu veilles en ton lit où il faute drait dormir , et tu dors au chœur où il fau- « drait veiller ; tu t'assoupis de longues heures « lorsqu'il faudrait chanter l'office avec tes « frères , et le matin , au moment où ils vont « se coucher, tu te retires en un coin de l'é- « glise pour prier; et là, tu craches, tu tousses, « tu t'agites , pour avertir tout le monde que « tu te morfonds en veilles et en oraisons. Tes « veilles et tes oraisons ! Satan les emporte. » (S. 19, in Cant.—Cap. 13, Tract, de Gracl. luunil.)

Si Tohéissance est quelque part nécessaire , ji'est-ce pas dans les choses spirituelles où l'illusion étant plus facile et plus dangereuse , à cause de leur excellence même , le pas est plus glissant et la chute plus profonde ? Celui qui

se fie à sa prudence n'a pas besoin qu'on le traîne au précipice, il y va de lui-même; et tout l'artifice de l'enfer, écrivait Jean d'Avila à saint Jean de Dieu , est d'isoler les hommes spirituels de leur directeur pour les tromper, comme celui du loup est d'isoler la brebis du berger et du troupeau pour l'étrangler et la dévorer. Plus même un religieux a d'ardeur et de bonne volonté, plus il est exposé à s'égarer dans les routes de la perfection , s'il n'est retenu par le frein de l'obéissance : tel , dans un concert, une for'.c voix sans oreilles; tel encore, dans un attelage, un coursier vigoureux sans bouche. Celui, au contraire, qui, se défiant de lui - même , donne volontiers Sa main à son guide, marche d'un pas ferme et assuré. Saint Jcan-Chrysostôme compare le premier à un pilote habile, qui se met en mer sur un vaisseau sans voiles et sans rames ; et le second à un passager complètement étranger à la navigation , qui se confie à un pilote sage et expérimenté. Heureuse navigation ! s'écrie saint Jean Climaque, fortuné voyage qui se fait en dormant! Le pilote veille à tout; le passager peut s'en reposer sur lui en toute sécurité.

il.,

I4ë Xe point ht'sitcr. pour ohêïr. à compromettre le succès des plus grandes œuvres.

Dans la conviction que la perfection consiste non à faire des merveilles, mais le bon plaisir de Dieu, et qu'on fait toujours assez quand on fait ce que Dieu demande, quitter une maison, un emploi quelconque où un travail long et pénible semblait assurer prochainement des fruits abondants, avec la prévision, la certitude même d'une ruine entière et irréparable.

C'est ici la pierre de touche de l'obéissance; elle n'est jamais ni plus éclatante ni plus méritoire que lorsqu'elle sacrifie, au cri de Dieu le veut, jusqu'au plaisir de bien faire.

« Quand un homme, dit Balthazar Alvarez, « a dépensé beaucoup d'argent pour cultiver « sa vigne, je conçois sa douleur si une horri- « ble grêle vient tout-à-coup la ravager et la « dépouiller de ses fruits. Mais supposez que « ces grêlons soient d'or : son alïïiction serait- <( elle raisonnable, et n'aurait-iîpas plutôt lieu « de se réjouir d'un si heureux malheur? » Eh

bien ! ils sont dV et de diamant ces ordres contrariants et en apparence désastreux donnés en pareils cas, et ce que le religieux y gagne pour lui et pour les autres en obéissant l'emporte infiniment sur ce qu'il semble perdre 5 il perdrait tout au contraire, sans rien gagner, s'il désobéissait sous prétexte de tout conserver.

Saint Ignace était si persuadé de l'obéissance de saint François Xavier, qu'il se faisait fort de le rappeler de l'Orient à l'Occident, du Japon à Rome , et de lui faire abandonner ses chers néophytes et ses projets gigantesques , en lui envoyant cette lettre, la plus petite de l'alphabet, qui signifie venez : /.

io° Etre disposé, pour obéir, à s'annihiler en quelque façon, à enfouir ses talents et ses forces.

Dans la conviction encore que l'obéissance glorifie plus Dieu que la conversion du monde opérée sans son aveu , que Dieu n'a nul besoin de nous, et possède, pour arriver à ses fins,

des ressources infinies , préférer ne rien faire par obéissance, que d'entreprendre et exécuter les œuvres les plus éclatantes et les plus utiles à l'Eglise par un mouvement de volonté propre : à l'exemple de Marie, dont le zèle pour la gloire de son Fils était immense sans doute, et qui eût été ravie de porter son nom jusqu'aux extrémités de l'univers, et qui n'en demeura pas moins renfermée toute sa vie dans sa maison, plus estimée de Dieu pour le moindre acte accompli par obéissance au fond de son ménage, que pour des prodiges de zèle accomplis par volonté propre à la face des naiions.

Mais, dira-t-on, au lieu où l'on m'envoie, dans l'emploi qu'on me confie, avec ces enfants, au milieu de ces gens grossiers, mon talent sera enfoui. La lumière est-elle donc faite pour être mise sous le boisseau? Est-ce-là que doivent aboutir de si longs préparatifs et tant d'études laborieuses? — Etes-vous plus savant que saint Atbanase, que saint Paul, que Jésus-Christ? ou bien, votre science est-elle plus nécessaire à l'Eglise que la leur? Et pourtant saint Athanase est demeuré cinq ans caché au fond d'un puits, saint Paul à plusieurs re»

prises a été jeté dans les cachots, et Jésus- Christ durant trente ans a voile la divine lumière qu'il nous apportait du ciel.

Il est donc. à propos que le supérieur, non content de défendre à ses religieux les choses mauvaises, dangereuses et moins bonnes, leur défende encore quelquefois, avec discrétion et dans le but unique de les exercer, les choses les meilleures, les plus excellentes et les plus parfaites. La vertu d'obéissance étant seule capable alors de les arrêter , ils ont devant Dieu, en proportion du zèle qui les anime, et le mérite de l'obéissance et celui des œuvres qu'ils voulaient entreprendre ou continuer.

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