SENS ET PORTEE DU VOEU DANS LES DIFFERENTS INSTITUTS
Le religieux qui répond à l'appel sublime de Jésus-Christ doit d'abord étudier et connaître à fond , afin de s'y conformer , le sens et la portée du vœu de pauvreté émis dans son ordre ou sa congrégation.
Dans tel institut, le vœu de pauvreté interdit au religieux tout droit et tout acte de propriété, le domaine, l'usage et l'usufruit , jusqu'à le rendre absolument inhabile à rien acquérir et posséder en propre. Ce qui lui vient par testament , legs , succession légitime , do-
8 nation entre-vifs après sa profession , passe au monastère à qui seul on est censé donner , selon le principe du droit canon ; et les actes que voudrait faire le religieux par rapport à ces biens sont illicites , invalides et radicalement nuls. C'est le vœu solennel dont le souverain Pontife peut seul dispenser.
Dans tel autre institut , le vœu permet au religieux de garder, avec le domaine direct, le droit plus ou moins entier de posséder et d'acquérir: mais il lui ôte la disposition libre de ses biens. Tout acte de propriété de sa part nécessite une permission du supérieur , pour être sinon valide du moins licite. C'est le vœu simple, tantôt perpétuel et définitif, tantôt temporaire et préparatoire au vœu solennel. L'Eglise a plus d'une fois déclaré que le domaine direct ne répugnait point à ce vœu.
Enfin, dans les simples congrégations, le vœu laisse, outre la propriété et l'usage du patrimoine, le droit d'acquérir par succession légitime, legs, testament, donation entre-vifs venant des proebes ou faite spécialement à l'individu ; mais il enlève tout autre droit d'acquérir et de posséder, et il autorise ordinairement fe supérieur à surveiller, diriger, conseiller, au
besoin arrêter en vertu de l'obéissance l'inférieur qui s'est mis sous sa conduite, dans l'administration des biens dont il demeure ou devient propriétaire.
Ces différences dans l'étendue du vœu , et beaucoup d'autres modifications, résultent de la diversité des fins et des ministères , des entraves mises par la législation , des révolutions toujours menaçantes , quelquefois du plus ou moins de ferveur.