‹ Les victimes du lait et du régime lactéChapitre 3 sur 10 · I.l-S VICTIMES DU LAIT · texte numérisé non relu

I.l-S VICTIMES DU LAIT

Lait riche en beurre pour l'enfant en bonne santé, afin de le fortifier et de lui donner une constitution robuste et résistante.

Lait moins riche en crème, au besoin môme écrémé, mais plus léger et plus digestible , lorsqu'il s'agit de le donnera un malade.

Et le lait stérilisé qui a bouilli pendant quarantecinq minutes, n'est-il pas très concentré, et cependant on ne peut nier ses bienfaits, objectera-t-on encore? — Cette question est plus complexe que l'on ne croit à première vue, aussi nous nous permettrons de la traiter plus loin au sujet des diflférentes préparations que l'on peut faire subir au lait.

Enfin, pour appuyer notre opinion qui pourrait paraître trop personnelle, nous pourrions invoquer ^ l'autorité de la Commission d'hygiène de l'enfance dans les excellents conseils qu'elle a formulés en novembre 1892, à l'usage des mères et nourrices et qui se trouvent exposés dans les livrets donnés gratuitement aux nourrices ou gardeuses d'enfants.

A l'article 14 de cette notice, n'y est-il pas dit que le lait doit être chauffe jusqu'à ébuUition, puis écréme et conservé au frais.

Comme intermédiaire entre la vie fœtale où l'enfant est nourri par les échanges sanguins qui se font entre sa mère et lui, et la vie individuelle où l'être peut seul subvenir à sa nourriture, la nature a créé un état transitoire : l'allaitement, Kalura non fecit saillis, disaient les anciens, la nature ne fait pas de bonds, et cette vérité passée à l'état d'axiome rencontre encore là sa confirmation.

L'enflint en naissant se trouve privé brusquement du lien qui en le retenant à sa mère lui tenait lieu de canal alimentaire. Aussi la nature a-t-elle suppléé presque aussitôt à cette nutrition en créant la sécrétion lactée. L'enfant qui, tout à l'heure, dans le sein de sa mère, pouvait être comparé à un rameau greffé sur un arbre, vivant de la vie même de sa mère, devient tout à coup un être particulier, ayant une vie propre et ayant besoin de fliire un effort pour se nourrir avec l'aUment que la nature lui

offre en échange de celui dont elle l'a privé lors de sa naissance.

Trop faible pour pouvoir se traîner afin de trouver sa subsistance, incapable de mastiquer faute de dents, l'enfant tette alors pour se nourrir. C'est son seul mode instinctif d'alimentation. Téter, ce n'est ni boire ni manger, c'est un acte intermédiaire qui ne se rapporte qu'au lait, à l'exclusion de tout autre aliment. Le mot téter évoque immédiatement dans l'esprit l'idée de l'absorption du lait par l'enfant en bas âge. On ne tette rien autre chose que le lait. On boit de l'eau, du vin, de la bière, etc., mais on ne tette aucun de ces liquides. Tout étrange que ceci puisse paraître, c'est cependant l'expression exacte de la vérité.

Semblable à la sangsue, l'enfant qui tette, attire à lui par sa bouche devenue ventouse, le lait qui gorge le sein de sa mère. Il est obligé de faire un effort de succion. Il doit, pour bien se porter, gagner, pour ainsi dire, à la sueur de ses lèvres, le lait qui lui est nécessaire pendant sa première enfance.

Quand les dents apparaissent nous n'avons plus besoin de lait. Ceci est tellement vrai que le bébé , dans sa deuxième année , se sévre de lui-môme , et qu'il désapprend très vite la manière de téter, cet acte si simple qu'il faisait instinctivement autrefois. Avec les dents lui vient l'idée de mastiquer et par là même d'abandonner le lait qui ne convient plus à son estomac ni à sa constitution qui, elle, a besoin de plus d'énergie qu'autrefois pour permettre les premiers pas.

Mais , dira-on , si l'enfant qui a des dents , ainsi que l'adulte, ne savent plus téter, ce n'est pas que le lait ne convient plus à leur estomac ou à leur nutrition, c'est uniquement parce que la bouche a subi une conformation différente.

Nous sommes très heureux de cette objection si facilement réfutable : Il faut obéir aux lois de la nature et ne pas les contrarier. Si la nature a modifié la bouche en faisant pousser les dents, c'est qu'elle a désiré se passer dorénavant du lait, puisqu'elle a changé du tout au tout l'organe de préhension. Au

lieu d'un organe de succion, la bouche est devenue un organe de mastication, et on ne mâche pas du lait.

D'autre part, en tétant, il faut bien se rendre compte que le bébé ne fait pas seulement passer du sein dans son estomac le lait tel qu'il le trouve dans le sein de sa mère. Au moment de l'aspiration du lait par la bouche, il se produit, par le fait même de l'effort de la succion, un travail chimique de la plus grande importance. Il se fait un mélange intime, intermoléculaire de lait et de salive par suite duquel dés ce moment précis, le lait ne tombera pas dans l'estomac à l'état de lait pur, mais cà l'état de lait transformé ou au moins apte à se transformer. En un mot, le liquide lacté ainsi télé n'est déjà plus du lait quand il glisse dans le ventricule gastrique, au même titre que la pâte dans le pétrin du boulanger n'est déjà plus de la farine et n'est cependant pas encore du pain.

La succion a fait sourdre des glandes saHvaires du bébé un ferment (la ptyaline) qui, mélangé intimement avec le lait, commencera ainsi la série des

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transformations chimiques que le lait va subir dans les autres parties du tube digestif, en passant successivement de l'estomac dans l'intestin. Prima lUgcslio fil in orc, le commencement de la digestion se fait dans la bouche, disaient avec juste raison les anciens praticiens.

Le lait que l'adulte boit tombe au contraire dans l'estomac à l'état de lait tel que les glandes mammaires l'ont sécrété. Il est plus prêt à s'y coaguler, à s'y prendre en masse, en un coagulum compacte d'une digestion plus pénible et plus lente surtout que le lait bien pénétré de ptyaline. Ce dernier ne se coagule ni en bloc ni si rapidement, de telle sorte qu'en aucun moment son chevauchement ne se trouve ralenti dans les méandres du tube digestif. Ce ralentissement, s'il se produisait, deviendrait la cause d'une fermentation anormale et même putride par suite d'une stagnation trop prolongée dans te 1 ou tel point de l'estomac ou de l'intestin. L'adulte boit le lait, en un mot, comme un entonnoir est capable de l'engloutir.

En regardant tcier un bébé on se rend compte très facilement de l'effort réel qu'il fait, de la succion qu'il produit, ses deux lèvres accolées au sein pour éviter le contact de l'air avec le lait pendant l'aspiration.

Si le sein contient du lait moyennement, l'enfant, par l'efFort qu'il fait, commencera sa digestion et sera bien portant, gros et joufflu, apte à profiter de toute la quantité de lait absorbé et transformé dès son passage dans la bouche.

Au contraire, si le lait est trop abondant, s'échappant des mamelons par réplétion trop grande des glandes ou plus souvent par irritation vaso-constrictive des conduits galactophores , l'enfant, en appuyant seulement ses lèvres, obtiendra du lait plein la bouche, débordant même de ses commissures labiales. Dans ces conditions, le bébé sera plus sujet aux vomituritions par trop plein, aux hoquets fréquents dus à l'arrivée trop rapide du liquide dans l'estomac.

Dans ces conditions, malgré l'avis de bien des auteurs, nous ne pouvons admettre que notre nour-

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ricc soit excellente. Nous craignons que ce lait ne soit trop liquide pour être ainsi chassé spontanément, et nous sommes convaincus que la quantité de salive que le bébé peut faire sourdre de ses glandes salivaires sera presque nulle , aucun muscle n'ayant par ses contractions r3'thmiques comprimé les glandes et excité leur sécrétion indispensable à la digestion buccale de tout aliment, fùt-il liquide comme le lait en particulier.

Pour ces deux raisons, nous considérons comme excellente nourrice celle qui attend avec impatience que son nourrisson se réveille ou ait faim pour qu'il vide ses seins tuméfiés et gorgés de lait.

Bien souvent, dans les premières semaines de l'allaitement, il arrive, sans qu'il y ait lieu de s'ea inquiéter autrement, que le lait se perd, mais généralement au bout de six semaines ou deux mois tout rentre dans l'ordre normal des choses : les vaisseaux galactophores s'accoutument peu à peu à tolérer le liquide qui les encombre et à attendre l'effort de la succion du bébé pour être vidés.

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Dans le même ordre d'idées, comme d'ailleurs nous en parlerons au sujet de la diarrhée infantile et de l'usage du biberon pour l'élevage artificiel, nous réclamons des jeunes mères beaucoup de patience de leur part lorsqu'elles ont adopté tel ou tel biberon pour nourrir leur bébé.

Quelques-uns de ces instruments, si on ne sait pas s'en servir, deviennent, entre des mains inexpérimentées, d'excellents moyens de gavage capables de faire naître toutes les affections possibles du tube digestif, depuis la simple indigestion gastrique 'jusqu'à la gastro-entérite la plus aiguë et la plus rapidement mortelle.

C'est dans ces conditions d'absorption du lait sans aucun effort que nous avons vu bien souvent de malheureux bébés, âgés de quelques semaines, chez qui des médecins avaient diagnostiqué de la gastrite ou tout au moins de la dyspepsie, et qui, déjà, étaient abreuvés d'eau minérale (Vais ou Vichy même) sous prétexte qu'ils ne digéraient pas. — « Si peu que ce soit qu'il prend de lait, nous disait

une pauvre mère, il le vomit ou il le laisse aller sous forme de haricots blancs. — Si peu, ajoutions-nous, mais si vite?»

Bien souvent nous obtenions une guérison rapide en conseillant soit le lait stérilisé non pas par peur des microbes, mais par suite des transformations chimicobiologiques que l'ébullition prolongée a déterminées dans la masse, soit une surveillance plus rigoureuse, plus patiente et plus raisonnée pendant le temps que devait durer le repas de l'enfant, repas qui, bien que composé exclusivement de lait, n'en devait pas moins être considéré comme un repas.

Le lait étant un aliment et non une boisson.

Si la ptyaline a manqué à la masse du lait au moment du passage dans la bouche, le suc pancréatique, cette salive intestinale, ne pourra-t-elle pas y suppléer? Ce serait, à notre avis, se bercer d'une douce illusion en comptant sur un ferment qui vient après la digestion stomacale, et qui d'ailleurs ne pourrait avoir qu'une action chimique bien faible sur un caillot de lait chargé et entouré des acides de l'es-

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tomac. Ces conditions de la digestion physiologique du lait dans la bouche du bébé n'ont lieu à la vérité que lorsque l'enfant est bien portant, présentant une bouche et une langue saines, fournissant un ferment salivaire normal.

Dans les cas de fièvre ou d'embarras gastrique si faciles à naitre chez les enfants pour la moindre cause, ce ferment se trouve vite altéré par des saburres ou par des micro-organismes buccaux qui annihilent la fermentation physiologique.

Le lait est en effet un aliment liquide vivant, un ferment physiologique contenant des éléments figurés utiles à la digestion normale, mais capables aussi de subir des transformations chimiques les plus variées sous l'influence des liquides anormaux ou pathologiques que la bouche du bébé peut sécréter ou contenir. Par suite de cette susceptibilité du lait, on comprend aisément que dans les cas d'embarras gastrique, le lait subissant dans la bouche même avec les saburres , une fermentation putride, pourra, de sain qu'il était, devenir un

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produit infcciicux, toxique nièinc. Excellent à la sortie du sein, il devient un poison dans le tube digestif où il développe une inflammation gastrointestinale d'autant plus rebelle et grave qu'à chaque nouvelle tétée la maladie se trouvera entretenue. L'infection digeslive qui, éacrgiquement combattue au début, aurait cédé à un traitement approprié, redouble d'acuité à chaque nouvelle arrivée de lait qui détruit l'effet thérapeutique du médicament conseillé et administré suivant toutes les régies de l'art médical. Dans ces conditions, il est certain que nous sommes déjà loin des bienfaits du lait, tels que la nature les avait compris lorsqu'elle le donnait au bébé comme nourriture.

Si le lait a traversé une bouche saburrale, nous n'aurons plus affaire à un liquide sain et honnête, mais à un produit infect capable d'empoisonner l'organisme, peut-être pas à l'instar d'un poison violent comme l'opium ou la strychnine, mais plutôt comme un poison lent capable d'annihiler toute thérapeutique. Aussi faudra-t-il mieux dans

les cas d'embarras gastrique ou de gaslro-entérite conseiller fortement à la mère de diminuer le plus possible le nombre des tétées, voire même de les supprimer pendant quelques heures, un jour même quelquefois, en les remplaçant par la diète hydrique sous forme de tisanes rafraîchissantes et anodines. « Il faudra donc faire absorber de l'eau au petit malade pour contrebalancer l'effet de ces déperditions aqueuses, calmer la soif, augmenter la diurèse et l'élimination des poisons (0. »

La mère comprendra aisément que l'enfant indisposé et fiévreux peut avoir soif sans avoir faim. Il ne mourra pas de faim pour quelques heures d'abstinence de lait, de diète réelle, tandis qu'il pourrait mourir d'avoir absorbé même un peu de lait dans de mauvaises conditions de digestion.

Ce n'est pas, bien entendu, parce que le pauvre bébé malade aura été à la diète pendant quelques heures que son inflammation disparaîtra si l'on ne

(i) Ch. Ardoin, De V Infection digeslive aigi(ë, 1877, p. 73.

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fait aucun traitement, mais il est certain que les médications évacuantes, antiseptiques ou antiphlogistiques, auront de plus grandes chances de réussite, La mère , en constatant le prompt rétablissement de son bébé, aura, par là même, appris à se méfier du lait que jusqu'ici elle avait toujours considéré comme un liquide inoffensif, incapable du moindre méfait.

En émettant cet avis que, lorsque l'enfant a des dents, il n'a plus besoin de lait, nous ne voulons pas dire pour cela qu'il faut donner au bébé aussitôt sevré des aliments riches en srraisse ou en azote comme les viandes fortes ou des ragoûts. — Il faut sans à-coups, approprier sa nouvelle alimentation au pouvoir digestif de son estomac et de son intestin .

Vers dix-huit mois ou deux ans, suivant le nombre de dents, on peut commencer à donner un peu de viande légère très digestive. Nous ne pouvons admettre l'opinion des personnes et même de certains médecins qui ne veulent pas donner de viande aux enfants avant sept ans.

Cette opinion pourrait être acceptable si elle n'était pas illogique et contraire aux lois de la nature qui, en donnant des dents et surtout des canines, a désiré que l'enfant croquât et mastiquât autre chose que des panades et des purées.

De l'Abus du Lait et du Régime Lacté.

OMME nous le disions tout à l'heure, un enthou-

V> siasme irréfléchi et sans bornes pour le régime lacté est à l'ordre du jour chez un trop grand nombre de praticiens. Nous nous permettrons même de dire que c'est une mode, car il faut l'avouer, la médecine, comme le luxe ou l'industrie, suit quelquefois certain courant qui à un moment donné entraîne tout. On s'empresse de prendre tel médicament, de suivre telle médication qui est en vogue. N'en a-t-il pas été

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ainsi de tout temps ! Autrefois c'était la saignée, les sangsues, la médication contro-stimulante ou déprimante, puis ce fut le contraire, les préparations toniques, ferrugineuses, accaparèrent la plupart des traitements.

Le médecin le plus en renom dans une ville était celui qui conseillait le plus de médicaments toniques ou fortifiants à étiquette ronflante, dont les inconvénients étaient des plus considérables au point de vue des phénomènes d'irritation ou de congestion de la muqueuse digestive.

Une réaction survint alors : plus de drogues, plus de médicaments : le lait et le régime lacté, voilà le meilleur traitement à suivre dans toutes les maladies, fébriles ou non.

Pour éviter les critiques ou les appréhensions de ses clients qui d'instinct ont peur des drogues, des médecins à poisons, comme ils le disent, le praticien crut bien faire en conseillant le lait, l'antidote par excellence, aliment complet, agréable au goût et à la vue, et surtout à la portée de toutes les bourses.

HT DU KÉGIME LACTÉ

On but lUi lait, on se mit volontiers au régime lacté pour la moindre indisposition, sans se douter un seul instant que Von avait entre les mains une arme à deux tranchants, des plus utiles quand on n'en abuse pas et que l'on sait s'en servir, ou au contraire des plus dangereuses quand on en boit à tort et à travers.

Un grand nombre de malades dans les pays civilisés et surtout dans les villes, voient leur affection s'aggraver chaque jour, et cela bien souvent grâce aux conseils que leur donne leur médecin sur l'utilité qu'il y a pour eux de se mettre au lait dans la plupart des maladies internes.

En réalité, bien des affections ou lésions viscérales peuvent se trouver améliorées par une cure rationnelle de lait, par une médication lactée suivie scrupuleusement et avec autant de précaution et de prudence que si l'on prenait un médicament dangereux.

Quand on se décide à conseiller cette cure laciée, il est indispensable d'expliquer au malade, sans

crainte de tomber dans les banalités, le but que Ton recherche et les résultats que l'on doit altcndre de cette médication. Les malades ignorent généralement les principes physiologiques et chimiques de l'alimentation et de la digestion. Si, de son côté, le médecin, absorbé par sa clientèle, néglige d'entrer dans des détails qu'il méprise parce qu'il les croit insignifiants ou futiles, il peut survenir des accidents et des complications à la suite de la cure lactée. Il fiiut partir de ce principe, que si le malade en savait autant que son médecin, il ne l'appellerait pas. Oubliant ce point de départ, le praticien laisse son client absorber son lait comme il le veut , comme il l'entend, suivant les caprices de sa soif ou de son goût. On lui a dit de boire du lait, le malheureux malade obéit à l'ordonnance. Il boit quand il a soif, sans aucune précaution, absolument comme s'il buvait de l'eau ou de la tisane. Il a soif, il boit son lait.

Personne ne lui ayant fait comprendre que prendre du lait c'était manger, il mange donc

croyant boire et s'altère davantage, le lait étant aénéralement d'une digestion plutôt difiicile et pénible.

Le nombre des malheureux qui, pour obéir aux ordres de leur médecin, s'empoisonnent avec le lait devient chaque jour de plus en plus grand. Certains dyspeptiques même vont au café et y boivent du lait aussi bien comme apéritif que comme digestif, et Dieu sait quel lait bien souvent. Eux, d'ordinaire si difficiles, et à juste raison, sur les hquides que l'on sert d'habitude dans un café, ils prennent le lait quelconque que le garçon leur apporte. Est-il bouilli! ne l'est-il pas! vient-il d'une bonne ferme ou d'une laiterie de deuxième ordre! De tout cela, ils ne s'en préoccupent même pas. La blancheur du liquide éloigne chez eux tout souci de ces questions. Us ne boiraient pas de la bière, du vin ou de l'eau troubles , mais ils avalent consciencieusement leur verre de lait.

Quelle physionomie ont-ils pour la plupart ces buveurs de lait. Ils font souvent pitié à voir par leur

teint jaunâtre et leur maigreur. La constipation consécutive à l'abus du lait ouvrira chez eux, sous peu de jours, la porte d'entrée à toutes les maladies viscérales par auto-intoxication, non seulement du tube digestif (annexes comprises), mais aussi des appareils respiratoire, urinaire ou nerveux. Il faut à tout prix combattre cette manie d'avoir à chaque instant recours au lait, comme un remède à tout, comme un soutien ou comme un aliment. Il faut nécessairement daigner se rappeler dans quelles conditions chimico-physiologiques l'organisme doit se trouver pour utiliser le lait et en profiter sans inconvénients.

Rien n'arrête certains médecins, peu observateurs d'ailleurs, dans leur enthousiasme pour le lait.

La fièvre, l'embarras gastrique, la dyspepsie dans les maladies du tube digestif, l'inappétence dans les maladies de longue durée, la diminution du pouvoir digestif à la suite des grands traumatismes , accouchements par exemple, aucune considération ne les arrête. Ils prescrivent le lait avec autant d'aisance

d'esprit que s'ils prescrivaient une tisane anodine quelconque.

D'autres encore, peu prévoyants par nature, oublient qu'en médecine on peut plus prévoir que auérir. Ils laissent leur malade prendre du lait si le cœur lui en dit. La guérison ne vient pas au moment où ils l'attendaient, des complications plus ou moins graves surviennent trop souvent. Ils sont surpris alors de voir diminuer dans l'esprit de leur client la confiance primitive qu'on leur avait octroyée au début de la maladie.

Le meilleur médecin ne sera jamais celui qui sait formuler des ordonnances plus ou moins complexes, dont les médicaments ont théoriquement pour propriété de combattre tel ou tel symptôme, formules d'ordonnances qu'il a compilées, comme chacun peut le faire, dans les différents traités de thérapeutique ou de pharmacopée.

C'est à faire un organisme résistant, inapte à laisser pulluler dans son sein les microbes qui nous guettent de tous côtés, que le médecin a sa vraie

raison d'être. Sans cela, le dernier droguiste saura, comme lui, en suivant les régies du Codex, donner tel médicament approprié à tel symptôme.

Quand la maladie que l'on aurait dû éviter est nettement déclarée, quand l'infection a trouvé dans l'économie des éléments déjà préparés pour faciliter son œuvre de désorganisation, il est souvent trop tard. Les drogues les plus merveilleusement alambiquées sont impuissantes à combattre le fléau.

Q.u'a-t-il manqué au médecin dés le début du mal pour éviter les complications ? la prévoyance simplement. Il a été souvent trop médicastre, trop pharmacien et pas assez médecin, c'est-à-dire hj^giéniste et physiologiste. Si la complication est d'ordre chirurgicale, abcès, phlegmon iliaque, par exemple, le médecin passe la main au chirurgien, qui grâce à son habileté et à ses précautions antiseptiques, saura éviter la mort par une intervention des plus heureuses.

C'est à cause de cette quasi-insouciance d'un grand nombre de médecins qu'à chaque instant dans la

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société on entend répéter ces mots par des personnes sérieuses et intelligentes : La médecine ne fait pas de progrès, bien plus, elle semble aller à reculons. Au contraire, la chirurgie marche à pas de géant vers le progrés.

Malgré des symptômes diamétralement opposés, diarrhée ou constipation par exemple, le médecin observateur saura rapporter nettement à la même cause les complications infectieuses de la maladie primitive.

Si le médecin voulait bien se rappeler sa chimie biologique et sa physiologie, sciences élémentaires sur lesquelles sont basées toutes nos connaissances médicales, incontestablement il pourrait se faire une idée exacte de ce qui se passe dans l'organisme dont le mauvais fonctionnement momentané lui a été confié.

Jusqu'ici nous n'avons jamais eu en vue, dans les lignes qui précédent au sujet de l'abus du lait, que les phénomènes pathologiques consécutifs à l'absorption à tort et à travers et surtout trop rapide du lait

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supposé pur, sain et honnête, tel que la nature peut nous le donner.

Mais malheureusement ce lait parfait à nos yeux n'existe pas dans le commerce, au moins dans le Nord de la France. En effet, l'enthousiasme des malades et surtout des médecins pour le régime lacté fut suivi à peu de distance de ce que nous appellerons volontiers l'Industrie du lait. On vit naître de tous côcés dans les villes d'une certaine importance des maisons de commerce pour l'exploitation de la production et de la vente du lait.

Composition Naturelle du Lait.

Ses diverses Préparations.

AVANT de nous occuper de l'industrie laitière, voyons rapidement la composition naturelle du lait, non pas au point de vue de la science pure ou de la chimie , mais aux yeux du médecin praticien et surtout clinicien, muni seulement des connaissances que son observation lui a fait acquérir.

Le microscope peut être utile pour perfectionner ces données pratiques que nos sens ont pu nous dévoiler; mais il ne doit en aucun cas dominer

l'observation clinique, c'est-à-dire celle faite au lit du malade prés duquel nous ne pouvons apporter nos instruments de laboratoire.

Le lait est une émulsion naturelle, constituée par un corps gras nommé beurre, maintenu en suspension dans la solution d'une substance albuminoïde désignée sous le nom de caséine (').

C'est surtout pour le médecin un aliment liquide vivant, c'est-à-dire un ferment physiologique, un aliment complet et suffisant pour l'enfant qui vient de naître et qui ne sait que téter pour se nourrir.

Dans ce liquide particulier, qui est une solution de caséine, nagent une grande quantité de gouttelettes de beurre, et, autour d'elles, d'autres éléments importants qui complètent la formule alimentaire du lait : une matière sucrée appelée lactose, des sels minéraux, des gaz, etc., etc.

(i) Dictionnaire des altérations et falsifications de Chevallier et Baudrimont, par le D' Héret, 189;.

Ces principes sont importants, il est vrai, pour le savant et pour la nutrition des tissus du bébé, mais, à vrai dire, un peu secondaires pour le clinicien qui est appelé à se servir ou à se méfier du lait à chaque instant dans sa clientèle.

Les globules de beurre qui avec la caséine constituent les principaux éléments du lait , nagent au milieu de la solution de caséine qui leur sert d'eaumcre. Ils jouent par suite de cette disposition dans le liquide un rôle capital dans l'étude de la digestion normale du liquide lacté.

Ces globules séparés les uns des autres par cette eau-mère , liquide naturel intermoléculaire, comme les pavés de nos rues sont séparés les uns des autres par du sable, subissent facilement et pour ainsi dire individuellement l'action des ferments digestifs. Par suite de cette grande division moléculaire, le lait multiplie sa surface de contact avec les sucs digestifs (ptyaline et pancréatine) et facilite par là même sa peptonisation.

Cette facile pénétration des ferments à travers la masse intime du lait , grâce à l'eau-mére, permet d'expliquer et de comprendre comment le lait cru est beaucoup plus digestible que celui qui a bouilli.

Alors que le lait cru est un milieu liquide vivant dans lequel les globules de beurre vivent, nagent, tournoient les uns autour des autres suivant les lois d'attraction et d'affinité, le lait bouilli est au contraire un liquide mort, plus dense, plus concentré et par suite plus lourd à l'estomac débile ou malade. Par l'ébuUition le lait se trouve déshj'dralé, c'est-àdire privé, en partie au moins, de cette eau- mère interraoléculaire ou mieux interglobulaire.

Les globules graisseux viennent s'agglutiner entre eux, se souder les uns aux autres. Ils forment ainsi des amas de beurre d'une digestion plus pénible, surtout pour l'enfant.

Les eaux minérales que l'on peut surajouter à ce ' lait bouilli dans le but de le rendre moins indigeste ne peuvent en aucune façon remplacer le liquide interglobulaire disparu qui fut sécrété par les glandes

mammaires en même temps que chaque petit olobule de beurre. On arrive, en mélangeant du lait bouilli avec de l'eau alcaline, à mettre de l'eau sur du beurre, mais non à faire un mélange intime de lait et d'eau minérale. Ce n'est guère que par l'aération, en fouettant le lait comme des œufs à la neige, que l'on peut espérer revenir un peu à l'état primitif, mais jamais cependant dans l'état de divisibilité et de dissociation moléculaire que le lait cru présente.

Toutefois, nous nous empressons d'ajouter, pour tranquilliser les personnes que la crainte des microbes pathogènes dans le lait cru pourrait effrayer, que , d'après les savants , les microbes n'existent plus dans le lait cuit ou stérilisé, qui pourra être parfaitement employé si on a des doutes sur la santé de la vache qui a fourni le lait.

Cette préparation du lait que l'on appelle stérilisation, s'obtient à la suite de l'ébuUition prolongée pendant trente ou quarante minutes dans un vase clos. Elle détruit dans le lait tous les microbes pa-

LUS VICTIMUS DU LAIT

thogénes, dit-on, qui pourraient s'y trouver et qui ne s'y trouvent pas toujours, Dieu merci! Malbieureuseraent, cette ébuUition prolongée annihile complètement tous les micro- organismes utiles à la digestion. Comme tout ferment physiologique le lait contient, de par la nature, des éléments vivants, organisés et figurés, aptes à subir au contact des ferments digestifs la série des transformations chimico-biologiques qui constitue la digestion normale. Il est indispensable, pour que celle-ci soit aussi parfaite et aussi naturelle que Ton peut le désirer, que ces éléments fermentescibles ne soient pas détruits ou ne soient pas réduits à l'état de corps inertes. L'ébuUition momentanée (lait bouilli) ou prolongée en vase clos (lait stériUsé) détruit sûrement ces éléments si utiles à la fermentation normale, et qui se trouvent toujours dans le lait. Avant de provoquer la transformation du vin en vinaigre, grâce à la fermentation acétique, qu'arriverait-il si on avait détruit la mère du vinaigre par l'ébullition? On n'obtiendrait rien de ce que l'on se

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proposait. De mcnic pour la levure de bière que l'on ne fait pas cuire avant de l'incorporer à la farine pour obtenir la pâte qui fera le pain.

Dans la crainte de microbes dangereux qui existent exceptionnellement et par hasard dans le lait, au moins pour le plus redouté : le bacille de la tuberculose, on détruit sûrement et chaque fois les microbes utiles à la fermentation physiologique du lait. Il vaudrait mieux alors, si on craint tant la présence de ce bacille, changer de laitier et rechercher le produit des vaches qui offrent le plus de garanties. Il faut bien admettre que, grâce à l'instruction qui ouvre les 5'eux aux paysans les plus arriérés, et surtout grâce aux inspections vétérinaires, la tuberculose pulmonaire des vaches devient de plus en plus rare, ainsi que la mammite tuberculeuse capable de contaminer toute une laiterie où l'on entretient un grand nombre d'animaux pour la production du lait. Si cela n'en était pas ainsi, à quoi serviraient ces inspections?

D'où vient donc que le lait stérilisé est en général bien supporté et que les enfants élevés avec ce kit sont bien portants ? Est-ce parce que , au lieu de microbes, il ne reste plus dans la masse que les cadavres poussiéreux de ceux-ci ? Nous ne le croyons pas, d'autant plus que la stérilisation ne détruit pas sûrement tous les microbes. Q.uelques-uns résistent à des températures supérieures à iio degrés ou ont besoin de subir l'ébullition à plusieurs reprises avant d'être complètement annihilés. D'autre part, n'y a-t-il pas lieu de redouter que certains microbes, même à l'état de poussières desséchées, ne pullulent et ne colonisent en tombant dans un terrain favorable à leur régénération.

Par la stérilisation on n'est pas toujours certain d'avoir évité le danger que l'on redoutait, mais on est certain d'avoir détruit la vitalité des ferments utiles, qui eux, comme les huîtres, aiment à être avalés vivants afin de remplir le rôle que la nature leur aconfié.

Quant aux microbes des autres maladies contagieuses, ils peuvent être, dit-on, détruits par une

température inférieure à celle de l'ébullition. — Il suffit de porter le lait à une température de 60 à 70° qui aura pour avantage de ne pas désli3-drater complètement le lait et de ne pas coaguler en masse la caséine. En réalité le lait stérilisé est favorable à l'estomac de l'enfant parce que l'ébullition prolongée fait naître des principes peptogénes très utiles aux personnes dont la sécrétion gastrique est affaiblie ou au moins très ralentie.

La cuisson prolongée, qui n'est plus une simple ébullition, a l'avantage de faire du lait une soupe cuite et recuite plus digestible, telle qu'une soupe au pain ou un bouillon qui seront beaucoup plus agréables et plus faciles à digérer s'ils ont bouilli longtemps que lorsqu'ils sont à peine cuits.

C'est à cette richesse en principes de peptonisation, qualité qui n'est pas à dédaigner, qu'il faut attribuer les bienfaits du lait stérilisé et non à la destruction des microbes dont les cadavres, malheureusement non volatiles, restent dans la masse intime du lait, desséchés et adhérents aux globules de beurre

emprisonnés eux-mêmes dans les fibrilles de la caséine coagulée.

Mais, objectera-t-on, le lait stérilisé n'c-st pas peptomsé,car pour qu'il le fut il lui faudrait avoir fubi la digestion d'un ferment (pepsine ou pancréatine) puisque l'on est convenu d'appeler peptones les produits ultimes de la digestion des matières azotées par les ferments digestifs.

En effet, dans le lait il n'existe aucun ferment de cette catégorie , apte à le transformer en peptone vraie. Mais il ne faut pas oublier que dans le lait stérilisé par l'ébullition prolongée en vase clos , il existe au cours de cette préparation, un facteur important : la température élevée dans des conditions spéciales, qui peut par son action seule agir et transformer intimement le lait soit en oxydant les graisses, soit en transformant la lactose, l'albumine et la caséine.

Nous n'admettons pas que le lait est peptonisé, mais nous croyons qu'il est rendu plus peptonisable par cette préparation particulière, de telle sorte que

si pour Line cause ou une autre, il passe un peu vite dans la bouche, il ne subira pas dans l'estomac les mêmes inconvénients que le lait ordinaire cru ou bouilli qui aura été avalé trop vite par le bébé.

Dans le môme ordre d'idées et nous appuyant sur l'autorité du professeur Albert Robin (■), nous dirons que dans le bouillon de viande fraîche qui a bouilli plusieurs heures et qui, par ce fait même, est plus digestible, il n'existe ni dans l'eau ni dans la viande, aucun ferment capable de peptoniser la viande, néanmoins ce bouillon contient des principes peptogénes extrêmement utiles chez les sujets dont les sécrétions gastriques sont très ralenties.

Nous arrivons donc à admettre par suite de ces considérations que, en principe, le meilleur stérilisateur du lait est et sera toujours la bouche de l'enfant. Le commencement de digestion par insalivation qui s'y fait , met le lait dans un état de

(i) Albert Robin, Leçon de thérapeutique (4' Lt<;on) thérapeutique des maladies infectieuses {Revue des Hôpitaux, juin 1897).

LF.S VlCTIMi:S DU LAIT

défense pendant son parcours à travers le tube digestif contre les microbes. Le lait cru, plus apte à la digestion, ne séjourne pas longtemps dans le tube digestif, il subit sans temps d'arrêt appréciable ni sans précipitation, la série continue de ses transformations. Le lait cuit au contraire pourra, par suite de sa masse plus compacte, se trouver retardé à travers les circonvolutions et les replis de l'intestin. La constipation et ses funestes conséquences sont alors plus à redouter, et il faudra s'en préoccuper à chaque instant.

Tous les malades sont d'ailleurs unanimes à reconnaître que le lait leur semble plus agréable au goût et moins lourd à l'estomac quand il est cru que lorsqu'il a été bouilli. — A ceux qui pourraient en douter nous dirons volontiers d'en faire l'essai. — Buvez dans les mêmes conditions d'heure, de température et de digestion, un bol de lait cru et le lendemain un bol de lait bouilli ou même stérilisé, et vous pourrez alors juger le différend en connaissance de cause. Quelques malades ne peuvent pas sup-

ET DU Kl-GIME LACTÉ

porter l'odeur ni la saveur du lait cru : cela ne peut s'expliquer que par les qualités détestables du lait que fournit le commerce. D'ailleurs, il faut bien songer que si tous ceux qui ont bu du lait cru étaient morts empoisonnés par les microbes que leur lait pouvait contenir, il y a de beaux jours que la race humaine n'existerait plus, car autrefois on ne faisait bouillir le lait que dans la crainte qu'il ne tournât à l'acidité les jours de fortes chaleurs ou d'orage. A notre humble avis, il ne faut pas fliire bouillir le lait. — A peine faut-il faire chauffer j usqu'à 60" degrés environ, le lait de vache jusqu'à ce que se forme la pellicule membraneuse qui se produit par suite de la coagulation d'une partie de la matière albuminoïde. Cette pellicule appelée frangipane retient dans ses fibres une partie de l'excédent de crème que ce lait même naturel contient relativement à celui de femme. — C'est la seule préparation que nous conseillons d'ordinaire, soit que l'on veuille élever un enfant au biberon, soit que l'on veuille prescrire la cure lactée à un malade doiit le pouvoir digestif est

affaibli. Si le lait peut , sans crainte de tourner, être bien écrémé, nous nous passons volontiers de ce moyen.

En temps d'épidémie ou d'orage, ou bien lorsque nous craignons que d'autres microbes pathogènes mélangés aux. poussières atmosphériques viennent à tomber dans le réc'pient qui contient le lait et le contaminer à nouveau, nous conseillons de laisser sur le lait, cette frangipane qui sert d'isolateur et d'abri au liquide sous-jacent. Aucun moyen d'abriter le lait contre les poussières atmosphériques, ne vaut ce moyen naturel qui s'affaisse peu à peu, adhérant toujours à la surflice du lait à mesure que, suivant les besoins, l'on décante la partie liquide qui se trouve au-dessous de cette crème coagulée.

En se servant pour cet usage d'un récipient en porcelaine ou en faïence munie d'un bec sur le côté, comme les casseroles à lait faites en terre de feu, on peut facilement opérer ce décantage sans briser la membrane isolatrice.

ET DU RÉGIME LACIÉ

Comme le lait n'a pas bouilli, il ne présente aucune odeur butyrique ou saveur particulière, bien que l'on laisse cette crème depuis le matin jusqu'au lendemain, que l'on recevra du nouveau lait. Ceci n'empêche pas qu'il serait plus sage, quand il s'af^it d'un nourrisson, d'avoir du lait frais deux fois par jour.

Pendant le cours de la dernière épidémie estivale de diarrhée infantile et pour atténuer dans la mesure du possible les méfaits des germes pathogènes du lait, M. Girard, directeur du Laboratoire municipal, a proposé de faire bouillir chaque fois que l'on voulait s'en servir, le lait destiné au bébé et ne pas se contenter de le faire bouillir une seule fois pour toute la journée. Cette seconde ébullition, qui doit être feite quelques instants avant de donner le biberon du bébé, nous fait admettre, si elle donne de bons résultats, que cette seconde opération après refroidissement consécutif à la première, développe encore mieux dans le lait qu'une simple et unique ébullition la formation de principes peptogénes, à

l'instar de certains mets qui sont plus succulents et plus digestifs après avoir été chauffés une ou plusieurs fois . En parlant de la diarrhée infantile, nous nous proposons de revenir sur ce procédé en particulier, au sujet des difficultés pratiques que nous lui trouvons.

De l'Industrie du Lait.

LE lait que l'on trou'.e dans le commerce n'est pas du lait ! C'est bien un liquide blanc opaque, d'une blancheur immaculée, il est vrai, mais qui contient toujours, à défaut de microbes probables, des produits délétères et infectieux à base d'ammoniaque provenant de la nourriture des vaches laitières.

Dans le but inavoué de faire rendre à ces malheureuses bêtes le plus de lait possible et surtout beau-

coup de ci'éme pour obtenir du beurre, on les suralimente avec tout ce que l'on peut imaginer et que l'on peut trouver comme détritus de l'industrie sucriére, en parUculier.

C'est surtout dans le nord de la France , où se cultive la betterave pour les fabriques de sucre, ainsi que l'orge pour les brasseries, que l'on achète à vil prix les résidus de ces différentes usines. Contenant encore une assez grande proportion de matière sucrée inférieure, de glucosides, ces détritus forment, pendant toute l'année, la partie principale de l'alimentation des vaches à lait. Celles-ci, qui sont de race flamande ou hollandaise, sont très friandes de ces détritus, comparativement aux vaches de Bretagne ou de Suisse. Moins il y a de pâturages, soit par les fortes chaleurs des étés très secs, soit par la présence de la neige dans les prés, plus les vaches ont du lait riche en beurre.

A Paris, où l'on reçoit le lait surtout des riches pâturages de la Normandie, on n'y trouve pas la même quantité de crème que dans celui des dépar-

tements du nord de la France, et on ne peut se douter de ce que peuvent manger les vaches que l'on élève en vue du commerce du beurre ou du lait.

Dans certaines laiteries on nourrit les vaches de la même façon que les porcs. On leur donne non seulement des betteraves conservées dans des silos, de la pulpe de betteraves, des tourteaux, des rutabagas, des fèves, de l'orge germée ou dréches provenant des distilleries de grains. D'autres fermiers, moins scrupuleux encore, mélangent aux breuvages des pommes de terre avariées, des carottes et jusqu'à du pain acheté à vil prix soit aux mendiants , soit aux malheureux du bureau de bienAiisance , comme nous avons eu maintes fois l'occasion de nous en rendre compte. Ces différents produits mélangés sous forme de breuvages avec les eaux grasses recueillies dans les casernes, forment souvent l'alimentation commune des vaches et des porcs.

Animal très vorace et surtout peu délicat , comparé au cheval, la vache est friande de tous

ces breuvages. Elle ne pourrait, dans certaines prairies très maigres en herbages, trouver suffisamment de nourriture pour remplir son vaste estomac.

Le lait sécrété à la suite de cette alimentation est loin d'avoir l'odeur aromatique agréable qu'il devrait posséder s'il était normal et naturel comme celui vulgairement appelé lait de la belle étoile, et que l'on obtient lorsque les vaches ne mangent que les herbes des pâturages où elles séjournent nuit et jour. C'est d'ailleurs ce qui se passe dans quelques fermes de Normandie entourées de gras et riches herbages naturels, où les vaches mangent jusqu'à satiété et fournissent un lait plus sain et plus honnête relativement au moins à celui du nord de la France. Le lait de l'Industrie est beaucoup trop crémeux, ce n'est plus du lait, c'est de la crème pure.

— Si je ne vends pas tout mon lait, se dit l'Industriel en question, je ferai du beurre avec ce qui me restera. — Aussi nourrit-il ses vaches dans son propre intérêt. Quant aux estomacs fragiles des

bébés ou débilités des malades, il ne peut s'en préoccuper un seul instant.

Dans certaines villes d'Allemagne, l'industrie et le commerce du lait ont atteint un degré de perfectionnement dont certains laitiers de France ne peuvent se douter.

Dans la plupart des laiteries des grandes villes d'Allemagne, les vaches y sont traitées et soignées, nous disait un de nos amis, comme des animaux savants. Elles y sont l'objet, pour ainsi dire, d'un véritable culte. Une propreté méticuleuse y est constamment entretenue, les écuries sont d'ailleurs construites en vue de nettoyages f^iciles et fréquents. Le lait y est l'objet de tous les soins désirables.

A Francfort-sur-Mein, par exemple, il existe des laiteries surveillées et contrôlées par les vétérinaires de la ville d'une façon rigoureuse.

La nourriture consiste surtout en foin et en froment (farine et son) , mais jamais de betteraves ou autres produits fermentescibles contenant des

sucres inférieurs qui donneraient une odeur nauséabonde au lait.

Mais, objecte! a-t-on, la crème est plus nutritive que le, lait clair, pourquoi ne pas la rechercher puisqu'elle contient beaucoup d'éléments utiles au développement de notre organisme?

A notre avis, le lait trop crémeux, trop riche en beurre, offre un inconvénient sérieux que ne compense pas sa richesse en matériaux d'assimilation, c'est qu'il est très indigeste, même pour les estomacs bien portants, et ce n'est pas pour ceux-là que l'on vient d'ordinaire consulter le médecin.

Le fermier qui possède quelques vaches beurriéres plutôt que laitières, et qui vend un tel lait ne pense pas nuire à la santé publique. Il ne pense même pas un seul moment, que cet affi-eux breuvage peut être nuisible aux malades. Il agit dans son propre intérêt, et croit en toute sincérité avoir le meilleur lait du monde, d'autant plus qu'il rencontrera à chaque instant des clients et voire même des

médecins qui lui feront des compliments sur la richesse en crème de son lait.

Q.ue flillait-il autrefois, il y a quelques années à peine, pour être laitier ? — Une vache et un pré ! Que faut-il aujourd'hui? — Une vache seulement ! et quelques économies pour acheter de la nourriture à l'animal en question, qui rendra au centuple sous forme de lait et de beurre, ce qu'elle aura coûté. —

Un grand nombre de praticiens se sont bien aperçu des accidents que le lait déterminait par son indigestibiUté ou par la fermentation putride qu'il subit aisément, mais tous ces phénomènes pathologiques ont été mis sur le compte des microbes existant ou pouvant exister. De là est venu un perfectionnement dans l'industrie en question, une atténuation dans le fléau public. Grâce à certaines manipulations (réfrigération aussitôt la traite, par exemple) on a vu apparaître les laits stérilisés, pasteurisés, maternisés^ etc., etc., qui sont certes moins nuisibles que le lait dont nous parlions plus haut, mais qui cependant ne peuvent remplacer le lait de la belle étoile.

LES VICTIMI-S DU LAIT

Le lait est le produit d'une sécrétion analogue à la sueur. Tout ce qui a pu infecter le sang de la vache après l'absorption des ingrédients dont il est parlé plus haut, est immédiatement rejeté de l'organisme et du torrent circulatoire par les efforts de la nature et par l'intermédiaire de cet émonctoire que l'on appelle les glandes mammaires. Celles-ci deviennent un égout où se déversent avec le lait tous les produits délétères gazeux ou liquides compris en pathologie sous les noms de toxines, ptomaïnes, leucomaïnes etc., etc.

M. le D'' Hallopeau, l'éminent médecin de l'Hôpital Saint-Louis, a fait au Congrès de Moscou une communication des plus importantes sur le rôle des toxines en dermatologie , dont nous trouvons la reproduction dans la Thérapeutique cojileiiiporaiue (octobre 1897). « L'introduction de la notion des « toxines dans l'interprétation des phénomènes « pathologiques, dit le D'" Hallopeau, doit être con- « sidérée comme un progrès aussi fécond en con- « séquences doctrinales et pratiques que la décou-

K verte par l'Histologie des unités cellulaires et que « celle des microbes. Elle constitue une véritable « révolution , car elle a modifié de fond en comble « l'interprétation de la plupart des phénomènes « morbides.

« Nous entendons par (( toxines » toutes les sub- « stances morbifiques produites par des êtres vivants. « La condition essentielle de leur production est ft l'activité cellulaire ; à chaque activité cellulaire (( appartient la genèse des produits qui leur sont « propres et peuvent rester incorporés à l'élé- « ment anatomique , s'accumuler dans le tissu « ambiant, pénétrer dans la circulation lympha- « tique ou sanguine, s'éliminer primitivement « ou secondairement avec les produits de sécré- (( tion.

(( Il faut tenir grand compte dans l'interprétation lï pathogénétique des toxines non seulement de la « nature de l'agent, mais aussi du terrain que leur « offre le sujet affecté en raison de sa constitution, « de son âge et des conditions dans lesquelles il se

LES VlCriMlîS DU I.AIT

« trouve au moment où il est exposé à l'action « nocive. !)(')

Nous avons tenu à citer les passages les plus intéressants de cette savante communication, parce qu'elle vient à l'appui de ce que nous avions écrit plus haut au sujet de l'élimination par les glandes mammaires de produits infectieux.

Le D'^ Hallopeau ajoute à propos des toxines d'origine mixte : « Celles qu'engendrent les microbes c introduits dans l'organisme doivent être considé- « rées comme d'origine mixte, car si l'agent qui les « produit vient directement ou indirectement du « dehors, il les engendre à l'aide des éléments qu'il (( trouve dans les cellules ou les liquides de l'orga- « nisme. Le fait est de toute évidence pour les « fermentations des voies digestives envahies inces- « samment par de nombreuses colonies microce biennes qui y sécrètent des toxines aux dépens soit c( des aliments, soit des produits de sécrétion. »

(i) Ihérapeiitiqiie conleiiipcrniiic , octobre 1897.

« Bouchard et Charria ont montré que les « toxines engendrées par les microbes ont la même « action pathogénétique que ces microbes eux- « mêmes... dont certains après s'être primitivement * « localisés produisent secondairement des phéno- « mènes d'infection qui peuvent eux-mêmes rester (( localisés ou se généraliser; si l'on ne retrouve pas (( dans ces manifestations secondaires le microbe « pathogène, c'est qu'elles sont dues à la résorption « des toxines. »

Mais, dira-t-on, où voj'ez-vous des toxines dans le lait ? Incontestablement dans l'état actuel de la science, il serait difficile de prouver leur présence dans le lait d'une façon mathématique ou chimique, car, comme le dit encore le même auteur, « il appartiendra à l'avenir de déterminer la constitution chi- « mique exacte de chacune d'elles ; ce qui est cer- (( tain, c'est que les toxines jouent un rôle prépon- « dérant dans la genèse des dermatoses, » et aussi des maladies infectieuses dans des régions même éloignées de leur centre d'absorption ou de formation.

Si l'alimentalion donnée aux vaches est défectueuse, échauffante, riche en produits délétères ammoniacaux ou sucrés, quoi de surprenant que dans l'intestin même de la vache se fabriquent des quantités considérables de toxines qui seront éliminées ultérieurement par les glandes mammaires. — Les excréta et les produits de désassimilation que les vaches, nourries avec les résidus de l'industrie, évacuent par leur intestin et leurs reins ne peuvent être comparés avec les mêmes excréta provenant des vaches nourries exclusivement d'herbages. Une quasi-constipation donne aux premiers un caractère particulier qui dénote l'état de sécheresse, de congestion inflammatoire subaiguë du tube digestif de ces malheureuses bêtes, état inflammatoire propice à la formation et à la fabrication des toxines.

La blancheur immaculée du lait a fait perdre de vue chez bien des personnes, que ce liquide n'est qu'un produit d'excrétion d'abord et de sécrétion ensuite. Dés le début de l'établissement de la fonction lactée, le liquide qui est fourni et que l'on

désigne sous le nom de Colostrum, a des propric. tés nettement purgatives. La présence des globules de beurre tels qu'on les trouve dans le lait lait ou plus ancien, ne se manifeste qu'au bout de plusieurs jours. On conçoit d'ailleurs très bien que les glandes mammaires peuvent laisser filtrer les excréta liquides ou gazeux qui se présentent devant cette porte de sortie plus facilement que les sécréta (beurre et caséine) qui eux, n'existant pas de toutes pièces, doivent être formés par une série de transformations qui se passent dans les cellules du tissu épithélial sécréteur. C'est dans ces conditions que le professeur Vallin, de l'Académie de médecine, parlant de l'hygiène des nourrices, a démontré : « que l'abus du vin chez elles détermine nettement « chez le nourrisson des troubles nerveux (agitation, « cauchemars, insomnie), attribués à la présence « dans le lait de produits éthyliques. Tout rentre dans « l'ordre, ajoute-t-il, si l'on sait voir la cause du mal « et instituer à la nourrice un régime conve- « nable. )>

Nous avons constaté des phénomènes analogues chez beaucoup d'enfants dont les mères abusaient du stout, bière anglaise très alcoolique, ou du thé au lait^ du café au lait comme boisson de table aux repas du soir, tel que cela se fait en grande partie dans la population ouvrière des villes industrielles du Nord.

Si l'on admet, et cela ne semble faire aucun doute, que le lait peut contenir des produits excitants provenant d'un défaut d'hygiène chez les nourrices, on comprend aussi que suivant la nature de l'alimentation donnée aux vaches, des produits infectieux pourront aussi être éliminés par les glandes mammaires.

Que ces produits infectieux soient solides ou gazeux, qu'ils se présentent sous forme de microbes ou sous forme d'alcaloïdes, d'ammoniaques composées, de glucosides au besoin, par suite de tel ou tel breuvage donné à la vache, il est certain que le lait est leur véhicule, bien plus, un excellent bouillon de culture pouvant favoriser leur pullulation.

ET DU RKGIME LACTÉ

En janvier 1S97, nous avons assisté dans notre clientèle, chez des enfants élevés au biberon, à une petite épidémie d'Entérite infectieuse qui se traduisait, dans les quinze cas que nous avons observés et qui se sont d'ailleurs tous terminés par la guérison, par tous les symptômes d'un début de fièvre typhoïde. Fièvre intense , abattement , prostration avec délire nocturne même dans quelques cas, diarrhée abondante jaunâtre, nauséabonde, pas d'épistaxis, pas de vomissements, pas de météorisme abdominal ni de gargouillement dans la fosse iHaque, urines rares et colorant fortement les langes des maillots. Tous ces petits malades étaient âgés de moins d'un an et habitaient différents quartiers de la ville. Ce qui dénotait le caractère infectieux et commun de ces divers cas, c'était l'apparition d'une éruption généralisée, d'un rash scarlatiniforme qui d'ailleurs disparaissait rapidement, aussi vite qu'il était venu, après l'administration d'un purgatif approprié. Cette éruption ne présentait aucun des caractères de la rougeole (pas de catarrhe oculaire ou

nasal), ni de' la scarlatine (pas d'angine et pas de desquamation consécutive). La convalescence était de courte durée. La guérison était complète au bout de six à huit jours. Le traitement avait été la suppression du lait pendant vingt-quatre heures, l'atténuation des symptômes douloureux du côté de l'intestin et du rectum, et enfin un purgatif au deuxième et troisième jour et reprise du lait, mais à la condition de changer de laitier; car, remontant de l'effet à la cause, nous avons pu nous rendre compte de l'éliologie de la maladie. Tous nos petits malades sans exception biberonnaient depuis quelques jours seulement du lait provenant de vaches nourries depuis peu avec des pommes de terre germées qui avaient été enfouies dans des silos ou des caves obscures et humides et qui, toutes, avaient subi un commencement de germination. Incontestablement les accidents toxiques que nous avons constatés avaient été produits comme cause première par les modifications subies dans la fécule des tubercules soit par la formation d'un alca-

loïde (sohnine), soit par la présence d'un microbe particulier. Dans tous les cas, ce produit toxique résistait à la chaleur, car quelques-uns de nos petits malades étaient élevés avec du lait bouilli pendant plusieurs minutes, mais non stérilisé en vase clos. La parfaite santé des enfants avant cet accident qui était leur première maladie, n'avait pas nécessité de la part des parents l'appel d'un médecin pour leur bébé, ni l'achat d'un appareil stérihsateur.

D'ailleurs ces accidents d'intoxication du sang ne sont pas rares — et chaque médecin peut en observer de temps en temps d'analogues. Le D"" Boshamdans les Annales de la Socièlé médicale de Liège, en 1895, a d'ailleurs décrit les accidents toxiques qu'il a observés chez les enfants nourris au lait de Dréches.

Les combinaisons et transformations chimicobiologiques qui se passent dans l'estomac et l'intestin , disent les théoriciens que la pratique n'a pas encore désillusionnés de leurs connaissances scientifiques pures, sont suffisantes pour détruire et annihiler ce qu'il peut y avoir de mauvais dans l'ali-

mentation d'une nourrice, fût-elle composée d'aliments crus ou cuits , indigestes ou fermentescibles.

En contradiction avec eux-mêmes , ces savants conseillent cependant volontiers aux nourrices l'absorption de médicaments spéciaux , dans les cas où il leur faut traiter un nourrisson pour une maladie héréditaire ou acquise.

Les médicaments sont néanmoins plus sujets aux décompositions chimiques dans l'organisme que les toxines ou alcaloïdes végétaux. Il est incontestable cependant que les médicaments passent dans le lait et modifient avantageusement, bien souvent, les lésions cutanées ou viscérales du bébé.

Pour toutes ces raisons on peut admettre, en conséquence, que le lait chargé des produits délétères provenant de l'industrie ou du commerce devient un bouillon parfait de cuhure , un véritable fumier liquide des plus propices au développement des ferments putrides.

Ceci est tellement vrai, que bien des laits, en tournant sous une influence quelconque sentent mauvais.

Une odeur acre, nauséabonde, se dégage du récipient qui le contient au lieu d'avoir cette odeur franche d'acide lactique que possède le lait naturel fermenté.

C'est une véritable putréfaction qu'il a subie dans sa masse et cette fermentation putride nous est amplement révélée dans la pratique courante par nos sens, organes suffisants d'investigation pour le raisonnement et le bon sens.

Qu'après eux, et seulement après eux, le microscope vienne nous confirmer ce que nous savions déjà, c'est-à-dire la mauvaise qualité du lait, le praticien ne pourra ensuite qu'admirer la sagacité et la patience des savants de laboratoire, qui découvrent tous les jours dans ce liquide des microbes plus ou moins bizarres inconnus la veille et destinés pour la plupart à être oubliés le lendemain. Comme le dit si justement le D'^ Monin , dans sa préface de son traité Les Remèdes qui giiérisseiit (■) : « A la

(i) Docteur Monin, Les Remèdes qui guéilssent (Préface).

médecine de Laboratoire qui nous envahit, j'oppose sans rougir, la vraie, celle de garde-malade. »

Mais, objectera-t-on, si le lait de l'industrie contient tous ces agents de décomposition ou de putréfaction (toxines, etc.) capables d'infecter un organisme , il y a bien d'autres aliments qui les contiennent aussi et même dans des proportions beaucoup plus grandes et surtout plus évidentes, tels que les fromages avancés, les viandes faisandées, etc., etc.

Certainement, les aliments chargés de microbes et de micro-organismes de fermentation putride, ne manquent pas. Mais il est facile de répondre à cette objection que ces aliments ne sont jamais pris ou conseillés dans les maladies fébriles avec embarras gastrique. Celui qui mange du fromage ou du gibier dans ces conditions, n'est généralement pas un malade. Son tube digestif est suffisamment sain pour la digestion de ces produits et surtout pour empêcher leur stagnation trop prolongée dans un endroit quelconque du tube digestif.

Dans le même ordre d'idées, nous répondrons à ceux qui pourraient objecter que si le lait est aussi mauvais que nous voulons bien le dire ou le croire, comment se fait-il qu'il y a encore tant d'enfants vivants? Ils devraient tous être morts! Ceci n'est pas une objection sérieuse, c'est une boutade à laquelle nous répondrons que la morbidité et la mortalité chez les enfants sont certainement très élevées. Les statistiques sont désespérantes à consulter. Dans certaines villes, en été, la mortalité par gastro-entérite infiintile chez les enfants de moins de deux ans, s'élève jusqu'à 50 % des décès totaux Ne pas trouver cette mortalité trop considérable, c'est faire preuve d'un optimisme par trop exagéré. Quant à nous, devant une telle disproportion, nous ne pouvons considérer la maladie en question que comme une véritable épidémie et non une maladie endémique ou saisonnière.

(i) Voir plus loin : Diarrhée iiifoiuile.

C'est l'élevage au biberon, crie-t-on de tous côtés. Évidemment oui, c'est le biberon qui est cause de tout le mal, surtout par son contenu infect. En effet, supprimez le lait dés la première atteinte de diarrhée aussi bien donné au biberon qu'à la cuillère ou la timbale, et vous obtiendrez des cures merveilleuses. Au contraire, servez-vous du biberon, pendant les quelques heures d'abstinence de lait, pour donner à boire au bébé des tisanes anodines, etuneaméUoration des plus caractérisées surviendra rapidement. Le biberon est la cuillère du bébé, c'est son verre à boire et c'est le contenu qu'il faut savoir supprimer ou donner dans telle pu telle condition, comme nous en parlerons plus loin à propos de la diarrhée infantile et de son traitement. Dans les cas de gastroentérite infantile continuez le lait non plus au biberon, mais à la cuillère ou de toute autre façon, et vous entretiendrez le mal et l'infection digestive.

D'autre part, le terrain, c'est-à-dire la constitution de l'enfant, varie à l'infini. Tel enfant qui biberonnera du lait altéré, aura une diarrhée salutaire qui

n'ira pas jusqu'à la cholérine; tel autre sera pris aussitôt de fièvre et de convulsions. Les conditions dans lesquelles le lait peut être donné ou reçu, varient considérablement et ce sont ces conditions qui font que la même cause n'a pas toujours les mêmes effets.

Tous ceux, par exemple, qui à la même table mangent des moules ou des champignons ne sont pas toujours également malades. Il arrive souvent que cinq ou six personnes d'une même famille ayant mangé le même aliment indigeste, vous ne trouverez qu'un seul malade. L'indisposition de celui-ci sera survenue parce que son estomac était plus mauvais, plus capricieux que celui des autres, ou bien encore trouvant délicieux le mets en question, le malade l'a avalé sans mastiquer et sans aucune précaution.

Comme nous l'avons dit plus haut, il ne faut pas partir de ce principe que le lait ne cause que des méfaits. 11 est incontestable qu'il peut, même étant médiocre, rendre de signalés services ; mais ce n'est

qu'au prix d'une observation et d'une surveillance rigoureuses et constantes qui ne sont pas toujours, à notre avis, à la portée des malades. C'est du devoir du médecin qui conseille le lait, de prévenir son malade des inconvénients que la cure lactée peut avoir si elle est mal administrée.

Loin de nous la pensée d'avoir un parti pris contre le lait, un système médical dont le lait est à jamais banni. C'est l'abus du lait et la confiance sans bornes et sans arrière-pensées que nous nous efforçons de combattre. Nous savons que bien des maîtres ont obtenu de magnifiques résultats par la cure lactée. Nous l'employons nous-même , suivant les principes physiologiques de la digestion et il nous a rendu quelquefois de signalés services ; à preuve que dans les quelques observations personnelles que nous nous permettrons de relater, nous avons quelquefois eu recours avec succès à cette médication spéciale que nous décrirons plus loin avec tous les détails qu'elle comporte à notre avis.

Dans ces quelques considérations sur le lait que l'on trouve dans le commerce, nous avons intentionnellement omis de parler des fraudes que l'on fait subir au lait en vue d'augmenter les recettes que ce liquide peut donner (addition d'eau, d'eau d'amidon, d'eau et de farine, etc.) fraudes qui relèvent de l'autorité et de la conpétence du commissaire de police après les analyses des laboratoires municipaux ou départementaux.

Nous prenons le lait tel que l'on le trouve à la sortie du pis de la vache et nous le trouvons généralement mauvais, sans que les laitiers aient encore à le falsifier, pour lui faire perdre ce qu'il n'a pas : une composition naturelle non surfaite.

Généralités sur les Méfaits du Régime Lacté.

LA médecine de Laboratoire n'envahit pas seulement l'art de guérir, comme le dit le Monin, elle détourne trop facilement l'esprit du malade et même celui de son médecin du véritable danger. On a peur du microbe et c'est tout. Le malade fait bouillir son lait pour tuer les petites bêtes qu'on lui a dit exister. Après cela il est tranquille. 11 avale n'importe quel lait, et quand l'idée lui en viendra. Le lait, par son opacité cache aux yeux

mieux que les autres liquides les produits infects qu'il détient dans sa masse et que l'ébullition simple ne peut détruire complètement sous peine de modifications sérieuses et profondes très préjudiciables à sa digestion normale. Et cependant, c'est à la présence dans le lait de ces produits ultimes de la fermentation putride, microbes eux-mêmes sans aucun doute ou mieux excréta des microbes, que bien des maladies surviennent tous les jours avec l'infection comme symptôme commun et dominant aussi bien chez l'adulte et le vieillard que chez l'enfant. Pour le praticien, ce qui importe le plus, c'est de savoir que dans le lait de l'industrie se trouvent non seulement des microbes, mais les modifications toutes particuUères que les éléments normaux du lait (caséine et beurre) ont subies sous l'influence de ceux-ci. On croyait avoir affaire à du lait sain et honnête et on n'a plus que du lait mauvais et infect avant même qu'il ne sorte du pis de la vache. Ne pensant pas à pareil fait, on abuse du Régime lacté et c'est surtout chez l'enfant, dont la

force de résistance des différents organes est très faible, que l'on verra naître les maladies les plus graves avec des symptômes diamétralement opposés, mais ayant la même cause originelle : l'abus du lait.

Chez l'un, la diarrhée sera le symptôme dominant; chez l'autre, au contraire, ce sera la constipation.

La variété des symptômes tient non seulement à la qualité mauvaise du lait occasionnant tel ou tel trouble fonctionnel, mais aussi à la façon dont il se comporte dans telle ou telle partie du tube digestif où il est plus ou moins bien toléré, suivant l'état fébrile ou non du malade.

Dans les cas où la température du malade est supérieure à la normale, dans les affections fébriles du tube digestif, de l'appareil respiratoire ou même dans les maladies générales (fièvres éruptives, rhumatisme articulaire aigu, etc.), il faut bien se rendre compte que, par suite de la soif ardente, le lait est absorbé avec avidité, et par suite se prend en masse dans l'estomac. Ausshôt ingurgité, le lait, qui n'est pour ainsi dire que du fromage liquide, laisse

absorber sa partie aqueuse avec une grande rapidité par la muqueuse digestive enflammée, et le caséum se prend en un fromage blanc, dense, recuit, à odeur butyrique caractéristique, dont la digestion ne peut se faire aisément.

Heureux sont les bébés malades ainsi traités dont l'estomac intolérant rejette sous forme de boudin de lait caillé tout ce bloc épais! Il faut à cet estomac révolté une certaine puissance qu'il n'a malheureusement pas toujours ou, du moins, qu'il perd trop facilement, pour vomir, par ces contractions propres, cette masse caséeuse de la grosseur quelquefois du poing et même quelquefois davantage, et pour la forcer à passer à travers le tube œsophagien.

Les choses ne se passent pas toujours aussi simplement chez nos pauvres bébés. Trop souvent l'estomac supporte son malheur et son pavé de lait qui l'encombre. Il survient alors chez l'enfant comme chez l'adulte, à la suhe de l'ingestion d'un aliment dense, à fibres serrées, des vertiges, des étourdissements, des lourdeurs de tête avec sensation de

tournoiement. Par suite de la répétition de ces symptômes, il survient des troubles nerveux cérébraux ou même médullaires qui se traduisent par des convulsions internes ou externes si effrayantes aux yeux des mères affolées. Celles-ci ne sont souvent que le prélude de la congestion et de l'inflammation des méninges chez les bébés de la deuxième enfance.

Chez l'enfant plus âgé (cinq à sept ans), l'encombrement de l'estomac par un caillot de lait indigeste se traduira par d'autres phénomènes tout aussi graves , tout aussi néfastes bien que ne présentant pas les scènes effrayantes des convulsions ou des paralysies d'ordre méningitique.

Chez celui-ci ce seront des douleurs de tète continues et des insomnies, chez celui-là ce sera de la dyspnée au moindre effort, ou bien des palpitations ou des points névralgiques au cœur par suite du ballonnement du ventre et de l'estomac qui refoule le diaphragme. Le ventricule gastrique qui, pour une raison ou pour une autre (séjour au lit,

par exemple, pour une indisposition légère) aura supporté le caillot de lait a tenté de le digérer. Bientôt le chimisme stomacal est épuisé ou anéanti par les ferments putrides qui se détachent de ce bloc de lait, des gaz infects sont formés et provoquent le refoulement mécanique du cœur et en gênent le fonctionnement régulier. Ces désordres cardiaques provoquent de la dyspnée et même des accès spasmodiques d'angine de poitrine, comme il nous a été donné d'en constater plusieurs cas non seulement chez des enfants, mais aussi chez des adultes, à la suite de l'absorption d'un bol de lait le soir en se couchant.

Chez l'enfant, par suite de l'état syncopal que ces troubles cardiaques provoquent, le décubitus dorsal que l'on n'ose pas modifier de peur d'une syncope, aggrave la 'situation qui devient de plus en plus critique. On offre alors à boire au malade qui refuse avec juste raison, son estomac étant distendu presque dans ses extrêmes limites. Cette distension maxima peut provoquer la sidération et la mort

subite par anèt du cœur qui se gorge de caillots sanguins par suite du ralentissement de ses battements.

D'autres fois les troubles cardiaques seront occasionnés par l'intoxication du sang chargé des produits, solides ou gazeux, provenant de la fermentation intestinale au cours de la digestion du lait.

Le cœur est une pompe vivante dont les parois intérieures et les valvules sont recouvertes d'une membrane d'une sensibilité exquise et spéciale (endocarde); lorsque du sang altéré dans sa composition chimique viendra baigner ces parois si sensibles, il surviendra d'abord des battements de cœur exagérés, des palpitations, et par la suite des souffles anémiques dus à la dyscrasie ou altération du sang, Ces phénomènes , si le médecin ne s'explique pas leur étiologie, pourront facilement être pris pour de l'endocardite rhumatismale aiguë ou subaiguë. Pour peu qu'il y ait quelques douleurs rhumatismales ou névralgiques dans quelque articulation, comme cela arrive si souvent chez les enfants au

moment des poussées de croissance, le diagnostic de rhumatisme cardiaque , de rhumatisme remonté au cœur comme on dit vulgairement, sera immédiatement établi à la première plainte du cœur gêné ou intoxiqué.

Cette erreur de diagnostic étiologique ne serait que très peu de chose si malheureusement elle ne se compliquait pas toujours d'une erreur dans le traitement. On continue à prescrire le lait et à empoisonner son malade, qui très souvent refuse ce breuvac^e cause de tout son malaise, mais dont il ne peut se rendre compte . Instinctivement il préfère boire de l'eau pure froide qu'il réclamera vainement à grands cris. Suivant les ordres du médecin, la maman OU la garde-malade donnera un bol de lait chaud sans réfléchir que si l'enfant désire boire froid, c'est parce qu'il se rend compte que par suite de la chaleur du liquide, les gaz de son estomac vont se dilater et ausmenter son malaise. La tonicité, l'élasticité, si l'on veut, des fibres musculaires stomacales est perdue par suite de la distension exagérée à laquelle

elles ont été soumises. Aucun gaz n'est rejeté par la bouche. Il semble que le cardia se resserre de plus en plus, par suite d'un état quasi convulsif de ses fibres circulaires. Si quelquefois une éructation peut avoir lieu, elle ne se fait qu'au prix d'une sensation très douloureuse de déchirure intérieure, mais un calme momentané survient aussitôt dans la maladie. En donnant à boire froid, mais non glacé (ce qui serait une exagération en sens contraire, tout aussi préjudiciable), comme le malade le désire, on n'obtient pas cette distension brusque de la poche stomacale. Malheureusement on ne veut pas céder au prétendu caprice du malade. La maman alors, à force de prières, de supplications, de promesses de toutes sortes, parvient à faire boire le bol de lait prescrit par le médecin ; une petite quantité d'abord, et dans peu de temps elle reviendra avec le même bol et les mêmes supplications. Hélas ! Pourquoi l'estomac n'a-t-il jamais rejeté ce lait, cause de tout le mal. La mère alors, mieux avisée que le médecin, des inconvénients du lait

dans la maladie de son enfant, aurait renoncé d'ellemême à ce régime lacté et se serait associée à son enfant pour rejeter bien loin le maudit bol de lait prescrit.

Les méfaits du lait ne se révèlent pas seulement par des troubles nerveux méningitiques , dyspnéiques ou cardiaques; tous les organes, sans exception, peuvent se ressentir de l'encombrement lacté du tube digestif, lorsque, toléré par la muqueuse gastro-intestinale, il engendre la constipation, ou lorsque, au contraire, il détermine de la gastroentérite infectieuse par l'irritation qu'il provoque sur les papilles et les villosités de l'intestin. Par suite du mauvais fonctionnement digestif, un grand nombre d'affections des appareils respiratoire ou génito-urinaire s'aggravent ou se compliquent au lieu de suivre leur évolution normale.

Cela ne veut pas dire que dans toute maladie interne il n'y a qu'à supprimer le lait pour être ffuéri. Non, loin de nous une pareille naïveté, mais nous sommes sincèrement convaincu qu'en sup-

primant ou mieux en évitant le lait, on n'aggravera pas inutilement la maladie et que, de plus, les médicaments conseillés auront plus d'action sur la pathocrénie de l'atîection à combattre.

Que l'on n'aille pas penser après ces critiques sur l'abus du lait que toutes ces idées ont été conçues dans le silence du cabinet par une imagination ne voyant dans le lait que la bête noire et la cause de tous nos maux. C'est sur des faits d'observation nombreux et variés ayant trait soit à des enHuits, soit cà des adultes et même à des vieillards, victimes du lait, que nous nous sommes basé, observations dont nous nous permettrons de résumer quelques types des plus nets et des plus caractéristiques.

Apprenons à nous méfier du lait comme nous devons nous méfier du couteau qui coupe notre pain, excellent quand il ne taille que le pain, il est désastreux quand il nous coupe le doigt. On peut sans crainte faire la même comparaison avec le lait qui , quelquefois , nous a rendu de réels ser-

vices, mais à une condition essentielle, sine qitâ non : celle d'être absorbé méthodiquement, suivant les principes de la médication lactée dans les cas tout à hit spéciaux où il est nettement indiqué.

Du Danger du Mélange du Lait avec les Médicaments, les Aliments, etc.

EN général et partant de ce principe que le lait est un liquide anodin quelconque, on se sert trop souvent de lui comme véhicule pour l'administration des médicaments, sirops, poudres, granulés, etc.

Il existe un grand nombre de produits pharmaceutiques excellents dont l'instruction qui les accompagne indique ce mode d'emploi : « A « prendre à telle dose, suivant l'âge, dans de l'eau,

« du vin ou du Lait. « C'est, à notre point de vue, une grande erreur préjudiciable autant au malade qu'à la valeur thérapeutique du médicament. Celui-ci aura d'autant moins d'action et sera d'autant moins absorbé par la muqueuse gastrique qu'il se trouvera emprisonné dans l'estomac au milieu d'un caséum de Lait. S'il ne doit pas être dissous, quelle action efficace peut-il avoir sur les papilles nerveuses ou les glandes de la muqueuse digestive. Si, au contraire, nous avons affaire à des poudres dont nous espérons la dissolution pour qu'elles agissent (medicamenta non agnnt nisi sohita('>), cette dissolution sera retardée et les molécules irritantes et encore solides du médicament irriteront l'estomac au point où elles se trouveront en contact avec sa muqueuse. Le malade accusera le médicament de lui avoir fatigué et endolori l'estomac. Cet inconvénient n'existerait pas si le malade n'avait pas eu la facilité de prendre du lait comme véhicule de choix pour en masquer

(i) Les médicaments n'agissent pas, s'ils ne sont dissous.

le c^oût OU la vue. D'autres fois il arrive que les médicaments pris dans du lait et qui sont très amers (santonine, quinine), ne sont pas sentis au goût et que l'on admire le courage d'un malade avalant facilement pareille drogue.

On ne se rend pas compte que la couche saburrale de la langue augmentée d'épaisseur par les résidus du lait protège les papilles linguales contre l'amertume. Le médicament n'aura pas l'action que l'on attendait, on continuera à donner pendant longtemps le sulfate de quinine, par exemple, sans arriver à modifier sensiblement la fièvre, ou bien la santonine ou autre vermifuge, sans avoir obtenu l'expulsion des vers intestinaux! Au contraire, les mêmes symptômes continueront, aggravés souvent par la douleur et même la fièvre de la gastrite médicamenteuse.

Ce n'est plus alors le malade qui devient victime du lait, c'est le médicament lui-même qui, bien que très nettement indiqué, se trouvera refusé par le malade comme inactif ou inerte.

C'est ce qui arrive surtout avec le sulfate de quinine, en particulier lorsqu'on l'administre dans un cachet, comme trop souvent nous l'avons vu prescrire, même par de grands professeurs qui ne voyaient que la commodité d'absorption.

Alors que le malade est dans un état fébrile très marqué, que toutes ses muqueuses sont plus ou moins desséchées, on comprend très bien sans grand eflort d'intelligence, que le cachet tombé dans l'estomac s'accole dans un coin de la muqueuse qu'il irrite. 11 n'y est dissous que très tardivement, si toutefois il arrive à l'être jamais, ce dont nous doutons fortement.

Le sulfate de quinine a besoin, en effet, d'un acide fort pour être dissous, ce n'est pas l'estomac fébricitant n'ayant aucune sécrétion propre, à muqueuse desséchée et couverte de saburres, qui parviendra jamais à faire dissoudre ce magma pulvérulent

mélangé de lait.

Mais, objectera-t-on, la preuve que le sulfate de quinine en cachet agit bien, c'est qu'il produit des bourdonnements d'oreille. C'est là une grande

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