‹ Les victimes du lait et du régime lactéChapitre 4 sur 10 · TOI · texte numérisé non relu

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erreur qui peut tromper non seulement le malade, mais aussi le médecin. Les bourdonnements d'oreille, d'origine quinique, sont occasionnés par l'irritation de la muqueuse gastrique avec irradiation réflexe par les pneumo-gastriques sur les cordes du tympan. Ceci est tellement vrai, que la solution de sulfate de quinine procure beaucoup moins de bourdonnements et agit beaucoup mieux et plus sîirement. En outre, le bruissement d'oreille est d'autant moins violent lorsque la muqueuse gastrique est recouverte d'une couche plus ou moins épaisse de caséum desséché et imbriqué qui la protège contre l'irritation médicamenteuse.

Si nous nous sommes ainsi attardé sur la question du sulfate de quinine, c'est que son association avec le lait est presque une règle dans grand nombre de maladies, fièvre typhoïde, fièvre rémittente bilieuse, fièvre gastrique, entérite infectieuse, etc. Le malade a de la fièvre, on cherche à la couper avec la quinine. Le malade n'a pas faim, n'a aucun appétit, on cherche à le soutenir avec du lait.

Il existe aussi une autre série de médicaments que l'on a trop l'habitude d'administrer à tort dans du lait : ce sont les poudres vermifuges (mélange de calomel, de santonine, etc.) Ces médicaments, trop faciles à cacher dans un peu de lait sucré, soit au goût, soit aux yeux d'un enfant, irritent la muqueuse gastro-intestinale qui réagit à sa façon. Comme ces médicaments sont bien souvent donnés en dehors de l'état de fièvre sous prétexte que l'enfant a des vers intestinaux parce qu'il est grognon ou dort mal (comme nous en parlerons à propos de méningite), la muqueuse gastrique non enflammée auparavant se congestionne, s'irrite et secrète une assez grande quantité de mucosités acides qui font tourner le lait et produisent par ce fait des convulsions ou des coliques stomacales très douloureuses.

Nous ne parlerons même pas de la théorie de la combinaison chimique possible entre le calomel et l'acide chlorhydrique de l'estomac capable de former au cours de la digestion du bichlorure de mercure ou sublimé.

Dans tous les cas, à tort ou à raison, jamais, depuis le début de notre carrière médicale, nous n'avons osé administrer le calomel dans du lait et nous n'avons jamais eu à nous en repentir.

Ce médicament nous a toujours donné les résultats que nous attendions de lui, c'est-à-dire ceux d'un excellent purgatif, surtout chez les bébés, à la condition de savoir l'employer et surtout de lui laisser produire son action purgative sans le contrarier par une digestion, si faible que ce soit. Dans la diarrhée verte des bébés, c'est depuis longtemps notre purgatif de choix.

Jamais nous ne le conseillons sous forme de chocolat ou biscuit vermifuges comme les trois quarts des pharmaciens le donnent sans que les mères se doutent du poison dangereux pour leur bébé qu'elles ont entre les mains, surtout lorsqu'il assaisonne, pour ainsi dire, un aliment tel que chocolat ou biscuit. D'autres fois le pharmacien conseille son mélange vermifuge dans du lait, en disant que ce sera le contre-poison de leur drogue, et les

mamans se trouvent rassurées par cette observation judicieuse mais erronée.

Trop souvent, à la suite de la prise du médicament de cette façon, l'enfant est pris de convulsions, de coliques et de fièvre violente occasionnées par l'indio-estion de lait. A telle preuve que le même médicament pris à la même dose mais sans lait ne détermine pas les mêmes effets. Au contraire, il agira comme drastique assez énergique et réveillera l'appétit du bébé après élimination de tous les caillots de lait qui encombraient son tube digestif.

Cette action nettement purgative et la facilité d'administration de ce médicament seul ou associé à d'autres poudres vermifuges expliquent suffisamment la vogue et la faveur dont les vermifuges jouissent auprès des mères de famille.

Toujours dans le même ordre d'idées, nous prémunissons les jeunes mères contre la mauvaise habitude de purger leur bébé, surtout ceux au sein, avec de l'huile de ricin, et de leur donner aussitôt

après , une bonne tetée pour faire passer le goût de l'huile (sic).

D'autres mélangent l'huile avec le lait du biberon pour que le bébé ne s'aperçoive pas du goût de son purgatif.

C'est là encore une grande erreur qu'il faut combattre.

L'huile de ricin est un médicament utile chez les enfants, mais dont la vogue a été surfaite à notre avis, à cause de l'irritation rectale et des prolapsus qu'il développe quand on en abuse. L'huile de ricin agit par indigestion en détachant, en balayant les glaires ou mucosités gastriques ou intestinales. Le lait qui arrive en même temps ou peu après, au milieu de ces viscosités plus ou moins fermentescibles, tourne aussitôt. Une indigestion de lait a lieu, indigestion qui peut être supportée pendant plusieurs heures, par le pauvre bébé qui est mou, sans énergie, sommeillant à chaque instant et se trouve dans un état nauséeux qui ne peut pas se terminer franchement soit par

une débâcle intestinale, soit par des vomissements.

C'est comme, cela que nous avons pu voir des enfants de quelques mois à qui il fallait de grandes doses, relativement, d'huile de ricin pour être purgés et même très tardivement, le lendemain quelquefois, de la prise du médicament.

Le résultat que l'on avait recherché en donnant un purgatif anodin qui passe pour être doux, ne se produit pas et l'on se voit obligé de répéter à peu de jours d'intervalle la même médication. C'est ainsi que l'on voit de malheureux bébés à qui on administre sans grands résultats tous les trois ou quatre jours une cuillerée d'huile suivie d'une bonne tetée. Si des convulsions surviennent un beau jour ou de l'entérite à répétition apparaît tous les huit ou quinze jours, la maman ne pourra pas croire que le mélange d'huile et de lait a pu être cause de la maladie de son enfant, tant elle avait confiance dans ces deux liquides.

Nous nous bornerons là dans les inconvénients

que peut présenter le mélange du lait avec les médicaments et nous dirons quelques mots seulement, pour ne pas nous exposer à des redites, des mêmes inconvénients du mélange du lait ou des laitages avec les aliments ordinaires d'adultes, mélange que particulièrement dans le nord de la France on fait trop souvent en dehors même de toute maladie, les uns par habitude, les autres par goût ou nécessité. On ne boit peut-être pas du lait pur lorsqu'on n'est pas indisposé, mais on prend beaucoup de préparations faites avec du lait, thé au lait, café avec de la crème, etc., soit en mangeant, soit en dehors des repas.

Le lait a besoin, pour être normalement digéré, d'une sécrétion gastrique relativement faible en acide chlorhydrique.

Cet acide se trouve à l'état de combinaison intime avec la pepsine et non à l'état libre, conune on peut le rencontrer dans l'estomac, à la suite des digestions normales d'aliments plus riches que lui en azote ou en graisse.

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Par suite de cette différence entre les deux modes de travail chimique, faible ou fort, le lait que l'on additionne aux repas subira une transformation plus rapidement que s'il avait été absorbé à jeun avec un peu de pain simplement et loin de tout autre aliment plus riche.

Tous ceux qui prennent un peu de lait après leur repas ou même pendant, ne sont pas tous malades incontestablement, mais ils sont plus sujets que d'autres aux lenteurs et aux pesanteurs de l'estomac, aux insomnies, aux douleurs d'entrailles, avec alternatives de constipation ou de diarrhée. Ils ne sont pas malades, mais ce sont des candidats aux maladies.

C'est à Calais, en particulier, que cette alimentation avec préparations lactées, peu variées d'ailleurs, est en grande faveur dans la population ouvrière comme boisson de table, comme boisson alimentaire. Au heu de prendre le soir de la bière, du vin ou même de l'eau simple, si on ne peut pas s'offrir de bière, bien des ménages d'ouvriers boivent en mangeant leur repas, du café au lait ou du thé au lait.

Aussi, grâce à cette hygiène alimentaire défectueuse, les maux d'estomac sont-ils plus considérables ici que dans n'importe quelle autre ville. Pour bien des raisons, qu'il nous serait trop long d'exposer, mais qui sont parfaitement définies, l'ouvrier calaisien déjeune le soir au lieu de souper, c'està-dire qu'il mange ce qu'il peut avoir comme aliment, côtelette de mouton, charcuterie, poisson, etc., et il boit son thé au lait, son café ou même son chocolat au lait.

Il nous est arrivé souvent d'être appelé la nuit, entre minuit et deux heures du matin, pour des accidents d'origine digestive et dont la cause échappait au malade : étouffements , palpitations avec accès d'asthme, épistaxis abondante et rebelle, vomissement de sang, toux coqueluchoïde d'origine stomacale, etc., etc.

Neuf fois sur dix, à la traditionnelle question que nous posions : Qu'a-t-on mangé hier soir ? la réponse était : Tel ou tel aliment, rôti de porc au besoin. — Et comme boisson? Du chocolat ou du thé au lait.

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Ce n'est pas toujours de la charcuterie bien entendu, mais ce sont des œufs, du poisson qui auront été arrosés de laitages.

Le lait par lui-même est fade. 11 ne stimule pas la muqueuse digestive, de telle sorte que la nuit l'estomac non stimulé est réduit à ses propres ressources, surtout pendant le sommeil. Aucun muscle alors ne vient aider à l'activité circulatoire dans les viscères, comme cela se passe en marchant ou en travaillant après une digestion un peu lente.

Après plusieurs heures d'efforts pour arriver à chimifier, c'est-à-dire à rendre à l'état de bouillie l'aliment avalé et enrobé dans les caillots de lait, l'estomac a vite perdu de son activité chimique et mécanique.

Aussi est-on réveillé dans le milieu de la nuit sans pouvoir retrouver le sommeil, il survient une foule de symptômes que l'on peut rapporter à bien des affections qui souvent n'existent pas et qui proviennent des troubles gastriques.

Il nous souvient d'avoir vu, au début de notre carrière médicale, à Paris même, un enfant de sept

ans environ, pris assez régulièrement la nuit, vers une heure du matin, dans son lit, de suffocation légère avec toux nerveuse accompagnée d'un besoin impérieux de manger quoi que ce soit, une croûte de pain, un biscuit, et se rendormir aussitôt après cette collation nocturne.

C'était une habitude tellement grande que l'enfant ne pouvait s'endormir sans avoir vu, le soir, sur sa table de nuit, en se couchant, quelques croquants qu'il grignotait dans la nuit.

Le médecin de famille, vieux praticien, accusa chez cet enfant un caprice, une fantaisie qu'il n'expliquait pas. Il conseilla de supprimer tout simplement cette collation nocturne. Consulté à plusieurs reprises pour cette toux nerveuse qui inquiétait les parents, il n'avait trouvé à l'examen aucune maladie organique, si légère fiàt-elle, donc l'entant ne pouvait avoir qu'une simple manie, une mauvaise habitude dont il fallait le corriger. Cependant, sans avoir de maladie nettement définie et classiquement déterminée, on peut avoir un mauvais fonctionnement

d'organe qui, quelquefois, suivant certaines dispositions, rend bien malade.

On supprima, sur l'avis du médecin, les biscuits, et à plusieurs reprises l'enfant fut pris de spasmes cardiaques, d'étoufFements avec arrêt syncopal du cœur à l'heure classique, entre minuit et une heure du matin.

Le père, qui était un de nos bons amis, nous demanda un jour un conseil, car tout en ayant bien confiance dans son vieux médecin, il était quelquefois effrayé de voir de tels phénomènes chez un enfant qui n'était pas malade, qui n'avait pas la moindre maladie du cœur ou de l'appareil respiratoire !

Après interrogatoire et examen sérieux, nous fûmes convaincu que ces troubles nocturnes étaient d'origine gastrique. ~ L'enfant, en efïet, était couché tous les soirs vers neuf ou dix heures , deux heures au moins après le repas. Il buvait avec plaisir un grand bol de lait qui était toléré par son estomac affaibli au point de ne pouvoir être rendu lorsqu'il devenait encombrant et à demi digéré.

Si vous voulez supprimer les biscuits de la nuit, supprimez aussi le lait de neuf heures et votre enfant n'aura plus ses suffocations. Ce fut le seul conseil que nous crûmes devoir donnera notre ami.

En effet, quelques jours après nous revîmes l'enfiint, qui avait dormi toutes ses nuits sans s'éveiller, comme un enfant de sept ans le fait d'ordinaire lorsqu'il n'est pas malade.

Que se passait-il au milieu de la nuit dans cet estomac qui réclamait un croûton de pain ? le besoin, ou mieux, la nécessité de retrouver une nouvelle activité digestive par l'arrivée des parcelles de biscuit qui dissociaient pour ainsi dire en une multitude de petits morceaux plus faciles à digérer et à passer dans l'intestin, le bloc de caséum qui avait encombré le ventricule gastrique dilaté, distendu et impuissant par suite d'un travail pénible sans stimulant d'aucune sorte.

Le lait n'est pas un liquide inoffensif que l'on peut boire impunément à n'importe quelle heure de la journée. Le médecin ne doit pas toujours se

contenter de savoir le prescrire quand il est utile, il lui faut aussi le faire supprimer quand bien même il serait aimé, pour ne pas avoir à combattre ses méfaits ultérieurement.

Malheureusement, il est très difficile de déraciner des préjugés ou des habitudes invétérées. Ainsi, dans la ville de Calais, un grand nombre de gastralgiques ou de dyspeptiques ont été guéris rien que par un traitement h3'giénique rigoureux suivi avec soin pendant quinze ou vingt jours, et dont les déjeuners du soir étaient exclus. Mais aussitôt améliorés, ils reprennent leurs habitudes et leurs préparations lactées du soir, tant est grande chez eux la force de l'habitude. Quelques mois après, les mêmes douleurs d'estomac reviennent, et c'est à une nouvelle consultation qu'ils ont recours.

Il existe un état physiologique particulier où l'ondoit, à notre avis, être très circonspect au sujet de l'absorption du lait, nous voulons parler des suites de couches. Les nouvelles accouchées qui doivent rester au lit pendant un certain temps après leur

ET DU KÉGtME LACTÉ

délivrance devraient, selon nous, être tenues à une diète relative à cause de la diminution de leur pouvoir digestif, par le séjour prolongé au lit, le fonctionnement difficile de leur intestin, et l'épuisement sanguin et nerveux qui suit d'ordinaire l'accouchement. Nous savons bien, en émettant une telle opinion^ que nous serons en contradiction avec de grands maîtres, qui ne voyant dans ce qui vient de se passer, qu'un état physiologique tout naturel, affirment qu'on doit laisser la patiente manger à son gré ce que son estomac désire. Elle est affaiblie, il lui faut réparer ses forces. Si votre malade est affaiblie, comme vous le pensez, ne croyez-vous pas que son pouvoir digestif et ses contractions vermiculaires de l'intestin ne sont pas aussi un peu diminuées de puissance et d'énergie? Si l'accouchement est un état physiologique tout naturel, pourquoi forcer la patiente à garder le lit (quand elle peut le faire), trois ou quatre semaines, alors que ne sentant aucun malaise, elle vous demanderait de se lever au bout de quelques jours.

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Mais, dira-t-on, c'est pour que l'utérus et ses annexes puissent subir leur rétraction physiologique complète et surtout reprendre leur position normale dans le bassin que l'on demande un séjour prolongé au lit. Nous sommes d'accord à ce sujet, et c'est d'ailleurs la pratique que nous observons toujours. Mais ce qui risque le plus de déterminer des déviations utérines avec élongation des ligaments, c est la constipation et les difficultés d'évacuation lorsque l'on conseillera dès les premiers jours une alimentation riche et substantielle. En admettant que tout se passe très bien du côté de l'utérus et de l'abdomen, une fièvre d'origine digestive peut survenir trop facilement pour que nous n'y prenions pas garde.

Il y a dans l'alimentation des.nouvelles accouchées un juste milieu qu'il faut savoir observer, pas de diète absolue, ni d'alimentation indigeste sous prétexte de soutenir ou réparer les forces.

Pour peu que la malade aime le lait et qu'elle ait quelques tiraillements d'estomac d'origine réflexe par rétraction et contraction utérine, le lait sera vite

conseillé par la garde. L'appétit, qui semblait excellent au début, se trouve rapidement coupé. Le lait et le bouillon seront alors prescrits et acceptés par la malade, et on arrivera rapidement à l'encombrement intestinal à un moment où on ne peut pas employer, sans inconvénient, tous les moyens efficaces de le combattre (purgatifs, lavements énergiques).

Une autre fois, grâce à la mauvaise qualité du lait, ce sera de l'auto-intoxication d'origine intestinale et consécutivement des troubles nerveux inquiétants, étant donné l'état de puerpéralité. On aura de la fièvre infectieuse, de l'infection digestive aiguë, et cette fièvre, née en dehors du péritoine, se propagera facilement aux organes génitaux, qui n'attendent pour ainsi dire qu'une étincelle pour s'enflammer.

A la rigueur, dans quelques cas exceptionnels, lorsque, par exemple, il y a eu des crises d'éclampsie, on peut conseiller la médication lactée absolue(').

(i) Echo médical du Nord, n» 18. Traitement de l'éclampsie puerpérale par M. le docteur Oui, professeur à Lille.

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Nous acceptons volontiers cette remarque et il nous est arrivé fréquemment de conseiller dans ces cas la cure lactée exclusive, mais il faut remarquer que celle-ci n'a aucun rapport avec l'alimentation mixte (lait et autres aliments quelconques) et qu'il s'agit de combattre ou d'éviter les accès si graves d'éclampsie.

En Angleterre, objectera-t-on, les médecins donnent à manger à leur malade le lendemain d'un accouchement.

Cela est possible, mais consultez à ce sujet les statistiques anglaises et vous verrez si la mortalité suite de couches n'y est pas très forte. Quand, sur cent décès de cette catégorie, il n'y en aurait qu'un seul dû à l'infection digestive comme cause initiale, c'est trop, puisqu'il aurait pu être évité avec des précautions moins grandes que celles que l'on prend pour assurer l'asepsie des voies génitales et de l'utérus.

Dans ce même ordre d'idées, mélange de lait et d'ahments variés, on pourrait écrire bien des lignes

sur le sevrage, qui est une cause de grande morbidité et même de mortalité chez les enfants pour des raisons analogues. Nous nous proposons d'ailleurs d'y revenir plus tard au sujet des convulsions et de la méningite aiguë franche.

Par sevrage on entend l'action de séparer, d'éloigner un bébé de l'usage du lait maternel pour lui faire prendre une nourriture plus solide.

Quelques praticiens conseillent d'habituer peu à peu l'enfant au bouillon, au jus de viande, aux potages légers, etc, pour rendre le sevrage plus facile.

A notre avis, c'est là une mauvaise méthode, qui peut donner, de sérieux mécomptes en développant des maladies graves par suite d'indigestion de lait.

Cette alimentation mixte, pour ainsi dire bâtarde, ne devrait pas exister. On doit donner du lait ou des laitages au bébé et non autre chose, ou bien une alimentation variée la plus légère possible, bien entendu, à l'exclusion complète du lait. C'est tout l'un ou tout l'autre.

Quand l'enfant a suffisamment de dents, on peut supprimer le lait sans cependant y être absolument forcé. En général il faut attendre que l'enfant ait dix dents au moins, il est souvent bien difficile d'attendre la sortie des canines vers dix-huit mois, comme le voulait Trousseau.

Un de nos clients, de soixante ans environ, nous avait fait appeler à la suite d'une indigestion de lait qui l'avait rendu très malade, et comme nous lui disions ironiquement : Comment ! du lait ! à votre âge ! sans aucune raison particulière pour en boire ! mais il y a cinquante-neuf ans que vous ne savez plus en boire. Il nous répondit avec non moins d'ironie : c'est une erreur, H y a exactement cinquante-neuf ans et six mois, car je fus sevré à six mois, d'après ce que m'ont toujours dit mes parents. De mon temps, ajouta-t-il, on ne buvait pas du lait comme maintenant, on ne le connaissait que comme nourriture pour les tout petits bébés.

C'est là l'expression de la vérité. Demandez aux grand'mères, si on avait autrefois autant d'enthou-

siasme pour le lait que de nos jours. Vous en trouverez plus d'une qui ajoutera à sa réponse négative : « Et on ne voyait pas toutes les maladies que l'on voit maintenant. » Malgré toutes les meilleures raisons doctrinales que l'on puisse avoir pour préconiser le lait, on est bien forcé de reconnaître que les faits peuvent avoir raison contre les meilleures théories, suivant l'expression récente en pleine Académie de médecine, d'un de nos meilleurs maîtres en chirurgie.

Nous voulons bien admettre que ce n'est pas seulement parce qu'on n'abusait pas du lait autrefois, que l'on était plus résistant et plus énergique que de nos jours.

Il est certain cependant, qu'autrefois on n'était pas fatigué avant de se lever comme on l'est aujourd'hui. On ne trouvait pas aussi souvent qu'à l'heure actuelle la misère physiologique et la déchéance organique engendrées par une alimentation mal comprise conduisant peu à peu à la tuberculose

pulmonaire en passant par les troubles fonctionnels

du tube digestif et l'épuisement du système nerveux sympathique et en particulier des nerfs pneumogastriques.

Contes et histoires de grand'mères, que tout cela, nous disait un jour un confrère plus savant théoricien que praticien observateur. — Possible, ajoutions-nous, mais il est certain que nos aïeux ont fait des hommes robustes, énergiques et vigoureux, tandis que nous ignorons si nos rejetons seront aussi vigoureux que nous le voudrions. A voir ce qui se passe, on est plus tenté de prévoir le contraire. Si la première nourriture donnée à l'enfant n'est pas seule en jeu dans cette déchéance de la race, elle figure certainement parmi l'ensemble des causes occasionnelles auxquelles on peut attribuer cet état de choses.

Pour clore ce chapitre, nous pensons que le lait est un aliment des plus susceptibles, des plus intransigeants, qui ne veut que lui, et lui seul, dans l'estomac au moment de sa digestion. A peine accepte-t-il un peu de pain ! Mais dès que l'on vient

à le mélanger avec un autre aliment nécessitant une digestion plus forte, plus riche en acide, aussitôt il tourne et subit une fermentation putride très nettement marquée, se traduisant par des aigreurs, des ballonnements de l'estomac, etc.

Il en est d'ailleurs de même pour des bols successifs de lait. Celui qui arrive peu de temps après un bol précédent, gêne la digestion de celui-ci si elle n'est pas complètement terminée, comme elle doit l'être après deux heures et demie ou trois heures.

La digestion est troublée dans les mêmes conditions que la pâte qui lève dans le pétrin du boulanger, retomberait et ne fermenterait plus, si on venait à mettre dans sa masse une nouvelle quantité de farine.

Observations personnelles de Victimes du Lait.

T ES méfaits dus à l'abus du régime lacté, non métiaodique, sont aussi variables et aussi multiples que les maladies internes, soit générales ou infectieuses, soit viscérales ou localisées.

Loin de nous la prétention d'établir une classification didactique en étudiant séparément l'influence tantôt simplement défavorable, tantôt nuisible du lait sur tel ou tel groupe ou catégorie de maladies.

L'abus du lait n'engendre pas de toutes pièces une maladie particulière, mais il entretient, favorise ou réveille dans l'organisme malade ou prédisposé, une série d'affectioiis moins sujettes par elles-mêmes à des complications ou à des suites éloignées, lorsqu'elles sont combattues sans le concours du lait ou tout au moins sans abuser de ce liquide.

Bien souvent le médecin, préoccupé de combattre un symptôme qui domine les phénomènes pathologiques pour lesquels on le consulte, ne se soucie pas du tube digestif, et prescrit le lait sans limiter la quantité et sans s'attarder à la façon dont il devra être pris. L'estomac, qui était assez bon au début du traitement, devient rapidement mauvais, soit par épuisement et digestions trop souvent répétées, soit par l'atonie gastro-intestinale et par l'obstruction que les caillots de lait provoquent. Ou bien encore le malade tombe dans un état d'épuisement nerveux, d'anémie profonde due à l'auto-infection née dans son tube digestif par suite des fermentations putrides occasionnées par le lait non digéré.

S'il est vrai que l'on ne vit pas avec ce que l'on mange, mais bien avec ce que l'on digère, on peut ajouter à ce précepte que ce que l'on digère le mieux n'est pas ce que l'on avale, mais seulement ce que l'on mastique bien , ou ce que l'on tette ou tette bien, pour ce qui est du lait, puisque c'est un aliment particulier impropre à la mastication.

Nous nous permettrons de citer quelques observations personnelles de malades adultes, victimes du régime lacté, sans nous arrêter à un groupement théorique de faits.

Puis comme intermédiaire entre ces maladies d'adultes aggravées par le régime lacté et celles qui chez le bébé peuvent être incriminées exclusivement au lait, en dehors de tout régime, nous étudierons les effets de la constipation ou mieux de l'obstruction intestinale que l'abus du lait peut provoquer et dont nous avons observé des cas particulièrement intéressants à cause de l'usage d'un lait trop chargé de crème.

Observation I.

Chloro-Anémie et Lait.

Victime du lait, cette jeune fille M"^ Henriette D..., âgée de dix-sept ans, qui vint, le 13 janvier 1897, nous consulter avec sa mère dans les conditions suivantes :

Employée dans un atelier de fabrication de tulles, assez éloigné de son domicile, mangeant vite et mal à chacun de ses repas pour ne pas manquer à son travail, elle fut prise huit mois auparavant de menstruations abondantes qui ne cessaient que pour faire place à une leucorrhée non moins abondante.

La fatigue, le surmenage et une constipation opiniâtre combattue d'une façon insignifiante, étaient causes de l'état de chloro-anémie profonde dans lequel nous la trouvions,

La mére avait bien consulté depuis le début et à maintes reprises depuis huit mois, leur médecin de

famille ! qui devait connaître le tempérament de la jeune fille puisqu'il l'avait vue naître ! (sic).

Ce praticien conseilla au début de fortes nourritures, du bon vin, et des préparations ferrugineuses. La constipation devint de plus en plus rebelle au point que la faiblesse s'aggrava de jour en jour.

On revit le médecin qui, à la médication du début, ajouta, pour tromper l'inappétence, le conseil de prendre beaucoup de lait. Il faudrait, avait-il ajouté, en prendre trois ou quatre litres par jour au moins, pour remplacer la nourriture et la viande que l'on ne pouvait absorber.

Ce qui devait arriver avec une semblable alimentation ne tarda pas à se manifester. La maladie ne fît que s'accentuer et la jeune fille dut renoncer à son travail. Le médecin trouva surprenant que l'anémie faisait tous les jours des progrés qu'il disait n'avoir pu prévoir, au point qu'il confia à la mére que la malade avait un commencement de maladie de cœur.

C'est alors que la mére affolée vint nous consulter avec sa fille. Après un interrogatoire complet et un

examen sérieux de chaque organe en particulier, examen que nous dûmes pratiquer, la malade étant étendue sur une chaise longue à cause de l'extrême faiblesse et des battements de cœur violents qu'elle ressentait après la moindre fatigue ou émotion; comme dans la chlorose, les principaux symptômes consistaient en un faciès pâle, jaunâtre, bouffi, les muqueuses palpébrale et gingivale complètement décolorées. Un pouls misérable ralenti (cinquantesix pulsations). La région épigastrique douloureuse au moindre palper. Un ventre dur, météorisé, douloureux à la pression, surtout dans la fosse iliaque droite.

A l'auscultation, on entendait d'une façon très nette un souffle intense d'anémie à la base du cœur et se propageant dans les gros vaisseaux du cou. Les bronches et les poumons étaient sains. Les urines, nous dit-on, étaient peu abondantes relativement au Uquide absorbé, mais très troubles et se j décomposant facilement comme de la bière tournée ou aigrie.

Devant de tels symptômes, nous conseillâmes d'abord la suppression complète du lait, qui était pris par raison, et nous ne ménagions point nos critiques contre le lait, cause indéniable pour nous, de tous les phénomènes pathologiques observés.

Notre jeune malade sourit pour la première fois depuis une demi-heure qu'elle était dans notre cabinet, à la seule pensée qu'elle ne boirait plus de lait, lait qu'elle aimait autrefois, mais qu'elle détestait depuis qu'elle était souffrante et qu'il lui en fallait boire beaucoup.

Après avoir donné ensuite quelques conseils hygiéniques, nous prescrivîmes le plus tôt possible, avant tout traitement, un vigoureux drainage de l'intestin par des irrigations appropriées à l'état de parésie, d'atonie du gros intestin.

Quatre jours exactement après cette première consultation, le 17 janvier suivant, lorsque nous revîmes la malade, elle pouvait se tenir plus longtemps debout et souriait à sa résurrection, comme elle l'appelait.

Elle avait mangé avec plaisir un aliment léger, chose qu'elle n'avait pas faite depuis longtemps.

Elle avait passé deux bonnes nuits et entrevoyait avec bonheur le jour prochain où elle pourrait reprendre son travail qu'elle avait interrompu depuis plusieurs semaines.

Revue quelques mois plus tard, en avril et en juillet derniers, la guérison ne s'était pas démentie et toutes les fonctions étaient redevenues normales. Le bruit de souffle avait notablement diminué d'intensité, ce qui prouvait bien que l'anémie et la chlorose étaient les principales causes du mauvais fonctionnement du cœur non lésé dans ses valvules ou dans son parenchyme.

Pour le médecin et pour la mère ce n'était qu'anémie, c'est-à-dire appauvrissement du sang, à laquelle il n'y avait qu'à opposer : quinquina, fer, et nourriture substantielle.

En réaUté, c'était un empoisonnement de l'organisme, une auto-intoxication par dyscrasie ou ahération du sang.

Les menstrues et les fleurs blanches autrefois abondantes avaient fiiit place à un état normal. Cette chlorose ménorrhagique était syraptomatique d'une double série de méfaits du régime lacté par infection et par encombrement intestinal.

1° par infection : l'économie cherchait à éliminer par ce passage (muqueuse utéro-vaginale) , tous les produits délétères qui souillaient la masse du sang et que les émonctoires naturels (intestin, reins, peau) étaient impuissants à évacuer pour une raison ou pour une autre.

2" par encombrement intestinal : l'intestin en effet rempli de nombreuses scybales plus ou moins volumineuses, plus ou moins compactes, tombe dans l'entonnoir du bassin où il comprime tous les organes sous-jacents dont la circulation veineuse se trouve par là même profondément modifiée et gênée. La muqueuse intra-utérine devient variqueuse, se boursouffle au point que, lors du flux cataménial, les vaisseaux capillaires subissent difficilement leur retrait et leur constriction comme

dans l'état normal. Les régies étaient abondantes et duraient dix et douze jours par ce sinîple fait de compression que subissait l'utérus de haut en bas.

Les scybales qui encombraient l'ampoule rectale étaient cause de l'irritation du col utérin à travers la cloison recto-vaginale. Leur surface irrégulière, pleine d'aspérités, provoquaient sur la surfaée du museau de tanche une irritation à chaque mouvement, à chaque pas, irritation contre laquelle l'utérus cherchait à se défendre par la formation de fleurs blanches abondantes qui, comme les larmes défendent l'œil du contact d'un corps étranger, défendaient tant bien que mal cet organe qui, sans elles, auraient pu être ulcéré. Cette leucorrhée abondante, suite de constipation et surtout d'encombrement rectal, affaiblissait la malade par suiie de l'abondance de cette quasi-sécrétion. Prenant le fait pour la cause, on conseilla de combattre ces fleurs blanches par du fer, etc., et en augmentant la constipation, on ne fit qu'accroître l'abondance de celles-ci.

Mais, objectera-l-on, si les faits se sont passés tels que vous les décrivez, surtout aussi simplement, comment se fait-il que le premier médecin consulté ne l'eût pas fait ! Ce n'est pas là une victime du lait, mais plutôt une victime de son médecin.

Cela est possible et nous l'accordons même en grande partie. Cette malade a été à la fois victime du lait et de la médecine symptomatique, autrement dit médecine d'apothicaire, pour qui un symptôme doit être combattu par un médicament : diarrhée égale bismuth, fièvre égale quinine, anémie égale fer et quinquina.

La pâleur et la faiblesse de la malade avaient seules frappé l'esprit du confrère qui objectait toujours à la mère qui réclamait un purgatif pour son enf;int, la crainte de voir survenir une syncope et un plus grand état d'anémie si on usait de ces moyens. Il donnait de temps en temps quelques petits lavatifs suffisants pour éviter un trop grand encombrement intestinal, mais insignifiant au point de vue de la cure radicale qu'il fallait chercher par

un dégagement sérieux, avec, comme conseil, l'obligation de veiller tous les jours à ne pas renouveler la cause de l'atonie gastro-intestinale.

En admettant qu'il y ait eu une erreur étiologique chez le confrère au sujet de la cause de la chlorose, nous sommes obligés de reconnaître que le lait a été pour beaucoup dans l'entretien de cette constipation. Pourquoi alors le conseiller, le prôner aussi fréquemment que l'on le voit faire aujourd'hui, surtout dans le nord de la France, où le lait abonde et où il est très crémeux et par suite très constipant. D'autre part, les praticiens qui conseillent ainsi le lait, sans arrière-pensée, ne sont pas toujours des débutants dans la pratique médicale.

Observation IL Rhumatisme articulaire aigu généralisé.

Victime du lait également, M. R..., âgé de trente ans, cafetier, qui à la suite d'une période de

vingt-huit jours, comme soldat réserviste, fut pris peu de temps après être rentré dans ses foyers , d'une violente attaque de rhumatisme articulaire aigu généralisé.

Pendant plus de huit mois, le malade a souffert continuellement, tantôt des jambes, tantôt des épaules. Une légère atténuation se faisait de temps en temps après l'absorption de fortes doses de salicylate de soude. Néanmoins la guérison ne s'affirmait pas et le malade était désespéré de se voir toujours dans le même état malgré salicylate de soude, iodure de potassium, quinine, exalgine, etc., etc. Avec cela pas d'appétit, et bourré depuis plusieurs mois de lait, de bouillon et de vins généreux, bus suivant les caprices de la soif et sans aucune méthode.

Le médecin traitant, préoccupé à juste titre de ne voir aucun résultat à la suite de tous ses traitements classiques mais plutôt pharmaceutiques, accusa la qualité du salicylate de soude qui était fourni au malade par différents pharmaciens de la ville. Il apporta alors lui-même plusieurs flacons de salicy-

late de soude d'une des meilleures marques de Paris. Six à huit grammes par jour de ce médicament furent administrés. L'affection était d'une ténacité désespérante.

A bout de ressources pour combattre ce rhumatisme qu'il déclarait rebelle et infectieux, le médecin conseilla de faire venir de Lille un professeur spécialiste et cessa ses visites pendant quelque temps.

En outre, il avait à maintes reprises soulevé la question de demander à l'autorité militaire un secours pécuniaire pour le malade, sous prétexte que l'affection qu'il ne parvenait pas à guérir, allait devenir chronique et avait été occasionnée par la période d'exercices comme réserviste accomplie en septembre 1893 dans le bataillon que nous avions accompagné aux grandes manoeuvres en qualité de médecin-major.

C'est dans ces conditions spéciales que le 18 juillet 1894, à la suite d'une poussée congestive plus aiguë que les précédentes, nous fûmes appelé d'urgence. Le malade était alité, baigné d'une sueur froide

et visqueuse. Un pouls violent mais ralenti (48 pulsations à la minute). Température peu élevée relativement, 38'', 5. Le malade pouvait à peine parler. Il souffrait atrocement des bras et des épaules, de la nuque et des genoux. Il était enveloppé de flanelle et d'ouate de la tête aux pieds.

Nous ne prolongeâmes pas inutilement notre examen, et pour la première visite nous nous bornions à déconseiller fortement le lait, qui nous semblait là aussi jouer son rôle infectieux à répétition et nous prescrivions un lavement purgatif énergique. Nous nous réservions pour la deuxième visite, que nous fîmes le lendemain, de compléter notre examen des différents organes.

Le lendemain matin 19 juillet, nous trouvons une notable amélioration dans les symptômes douloureux. Mais une faiblesse extrême. Le malade, n'ayant pas pris de narcotiques pour dormir comme il le faisait tous les soirs, n'avait pas reposé. Le lavement que nous avions prescrit avait donné les résultats prévus.

Tous les organes nous parurent suffisamment sains, excepté le foie qui était congestionné, douloureux, débordant de trois travers de doigt le rebord costal.

Une douleur violente et même une tuméfaction sensible au toucher existaient dans le creux épigastrique, dans la région de la vésicule biliaire qui nous parut fortement distendue. Le cœur était sain — pas d'hypertrophie ni de lésions valvulaires. — Les urines très épaisses, très colorées, et peu abondantes, sans doute à cause des transpirations profuses.

Nous conseillons pour le lendemain une purgation sérieuse à l'aide de vin de colchique à faibles doses, mais répétées suffisamment pour obtenir sans trop d'épuisement, une débâcle abondante.

Le 21 juillet, lors de notre troisième visite, le malade était assis sur son lit, souriant et nous remerciant des bons conseils que nous lui avions donnés. La purgation qui avait servi à la fois de vomitif, . avait donné des résultats extraordinaires et nauséabonds pendant toute la journée et la nuit.

Le malade nous attendait avec impatience pour nous demander ce qu'il pourrait bien manger tant il se sentait faim. Qiiand nous lui proposions, en riant, du lait, nous n'obtenions qu'un sourire moqueur, ajoutant que plus jamais il ne boirait une goutte de lait.

La guérison se maintint au delà de toute attente et le 3 août, lors de notre dernière visite, le malade était levé et s'apprêtait à partir pour la campagne où il avait l'intention de passer quelques jours de convalescence.

Revu trois ans après, en mai 1897, M- R - • • se porte très bien et n'a plus jamais eu de retour offensif de son affection.

Cette observation, comme la précédente, démontre jusqu'à l'évidence les résultats négatifs que l'on peut obtenir avec les médicaments les mieux indiqués et les plus purs, si en même temps on vient à abuser du lait.

Le cas de M. R. . . atteint de rhumatisme rebelle entretenu par le lait, nous ne disons pas provoqué.

n'est pas un fait unique , — nous avons observe bien des cas analogues que nous ne pouvons décrire en détail — nous nous contenterons de citer un autre fait semblable ayant trait aux méfaits du lait dans les affections générales.

Observation III.

Rhumatisme articulaire infectieux d'origine blennorrhagique.

Le 12 septembre 1896, nous fûmes appelé auprès de M. H..., âgé de trente-cinq ans environ, employé comme mécanicien dans une grande société industrielle et qui, depuis deux mois, était alité atteint de douleurs rhumatismales aiguës généralisées.

Depuis deux longs mois, ce malade n'avait pas dormi quatre nuits.

Le début de l'affection avait été une blennorrhagie assez rebelle qui avait été traitée par le médecin accrédité auprès de son administration par des cap-

suies de Santal et de térébenthine et par le régime lacté. Avec la constipation qui ne tarda pas à survenir, les douleurs articulaires dans tous les membres forcèrent le malade à s'aliter.

Le classique traitement pharmaceutique et symptomatique fut conseillé sans résultats : salicylate de soude à haute dose, sulfate de quinine, iodure de potassium, les diurétiques, les purgatifs, l'enveloppement ouaté, etc., etc.

Le malade était toujours dans le même état.

Sa femme elle-même qui, depuis deux mois, s'était à peine reposée, étant seule à soigner son mari, fut prise d'arthrite et d'ostéo-périostite du métatarse du pied droit, manifestement de la même nature qu'une leucorrhée abondante également d'origine blennorrhagique.

Comme M. H... était toujours dans le même état, l'administration lui avait fait connaître que sa maladie traînant trop longtemps, il ne pourrait plus être indemnisé et que bientôt il n'aurait plus droit ni au médecin, ni aux médicaments.

Son chef de service et le médecin l'engagèrent à se faire transporter à l'hôpital.

C'est dans ces conditions que, conseillé par quelques amis, il nous fît appeler.

Victime incontestable du lait, M. H.... était étendu sur son lit, ne pouvant faire aucun mouvement. Il était enveloppé de flanelle, de la tête aux pieds, baigné d'une sueur acre, visqueuse, survenue quelques heures avant notre visite à la suite de l'absorption de deux cachets de sulfate de quinine à os% 50'= chacun. La dissolution de ce médicament h-ritant ne pouvait se faire dans l'estomac. Une angoisse précordiale étreignait la poitrine du .malade et lui occasionnait une dyspnée des plus cruelles. La fièvre était intense (39° 3), malgré la quinine qui seule ou associée à l'antipyrine, avait été donnée en un nombre incalculable de cachets depuis le début de la maladie. Les urines étaient relativement abondantes, mais troubles, chyleuses et infectes. Le pouls était plein, mais irrégulier (cent pulsations). Un bruit de souffle très marqué

d'Endocardite infectieuse existait à la pointe du cœur.

Depuis deux mois, et comme M. R... de l'observation précédente, le malade était nourri de lait, de bouillon et de malaga, et cependant par un médecin différent de celui de M. R...

L'estomac supportait assez bien le lait, et la maladie, infectieuse au début, était par là même entretenue sans qu'aucun des médicaments prescrits puisse agir.

Nous nous sommes contenté pour la première visite de donner quelques conseils, ne pouvant agir en pareille circonstance qu'avec une extrême prudence, à cause des désordres occasionnés du côté du cœur par le rhumatisme. Quelques stimulants du cœur furent prescrits. Nous déconseillions les cachets de quinine qui ne disaient qu'accroître l'angoisse précordiale, et nous supprimions complètement le lait, comme bien on le pense.

Trois jours après, le 15 septembre, à notre deuxième visite, la dyspnée avait notablement diminué,

LES VICTIMES DU LA.1T

la fièvre était moins intense (38°). Nous nous préoccupâmes avant tout traitement efficace, de débarrasser le gros intestin de ce qui l'encombrait manifestement. Il nous était impossible de songer à donner un laxatif, si léger fiht-il, vu l'extrême faiblesse du malade. Ce fut par des lavements que nous y parvînmes, mais non sans douleur pour le malheureux patient.

Le 17 septembre, lorsque nous revîmes notre malade pour la troisième fois, il était assis sur son lit. Il avait évacué des quantités considérables de scybales infectes et, par là même, se sentait notablement soulagé. Nous avons continué à le soigner pendant une quinzaine de jours encore, lui prodiguant nos conseils, tant nous voyions notre malade heureux de voir chaque jour la convalescence faire des progrès.

Un mois environ après notre première visite, au orand étonnement de son chef de service, le malade put se rendre à son atelier et demander à reprendre son travail que sa maladie lui avait fait perdre.

Celte observation de maladie générale infectieuse n'est pas la seule où nous avons pu observer les méfaits indiscutables du lait, qui est généralement et malheureusement bien supporté par l'estomac à cause de la température élevée et continue qui accompagne la plupart des maladies infectieuses.

Dans le cas de fièvre typhoïde, nous supprimons aussi et par principe le lait, et nous avons de nombreuses observations de malades atteints de cette aiîection qui ont complètement guéri au bout du cycle classique de 21 jours, sans avoir eu de rechutes ou de suites éloignées consécutives, comme on en voit souvent survenir chez les typhoïdiques qui ont été traités par le lait au cours de leur affection.

Comme intermédiaire entre les maladies eénéraies et les maladies locales, aggravées par le lait, nous citerons l'observation ci-dessous, qui nous a paru des plus intéressantes à signaler et qui ne peut laisser, à notre avis, aucun doute dans l'espiit même des plus sceptiques sur les méfaits du lait dans certains cas.

Observation IV.

Angine diphtéritique.

Le 18 décembre 1895, nous fûmes appelé auprès de l'enfant H..., âgé de quatre ans et demi, atteint d'angine diphtéritique avec adénopathie soui-maxil- 1 laire et cervicale caractéristique.

La gorge entière (luette, amygdales, voile et | piliers du palais, pharynx même), était tapissée de fausses membranes infectes, grisâtres, saignant au. moindre attouchement.

Le diagnostic était évident, néanmoins un examen bactériologique fut fait qui confirma la nature de l'angine. Enfin, les commémoratifs venaient encore confirmer l'opinion que l'on pouvait avoir par le simple examen de la gorge. La maladie avait débuté depuis trois jours. L'enfant, assez chétif de tempérament, avait été placé chez sa grand'mère, où nous le vîmes. Il était là depuis huit jours, c'est-à-dire

depuis que sa sœur, âgée de 6 ans 1/2, qui venait de mourir, était tombée malade le 9 décembre, de la même affection (Diphtérie).

Cette petite fille, nous dit-on, qui était plus robuste que son fi'ére, avait était traitée par deux confrères dans des conditions de thérapeutique aussi logiques que possible. Ils avaient pratiqué l'injection du sérum de Roux, avaient fait badigeonner la gorge à l'aide d'antiseptiques et fait pratiquer des pulvérisations détersives et des fumigations dans la chambre, etc., etc.

Pendant les huit jours de maladie et jusqu'à son décès, la petite fille, qui ne pouvait prendre aucun aliment solide, fut mise au lait, au bouillon, aux vins généreux, etc., pour la soutenir.

Les jarents furent frappés de la mort de leur petite fille, malgré tous les soins dévoués apportés par les deux médecins et surtout malgré l'injection de Roux en qui ils avaient, à juste raison, mis leur plus grand espoir, d'autant plus que l'inoculation avait été pratiquée dès le début et répétée quelques jours après.

Ils voulurent alors qu'un autre médecin soignât leur petit garçon dans la crainte que les premiers médecins soient cause de la transmission de la maladie à leur autre enfant.

Après nous être fait rendre compte par les ordonnances de nos confrères du traitement pharmaceutique qui avait été conseillé pour la petite fille, nous ne pûmes que nous y ranger en tous points. Nous prescrivions les mêmes médications et nous pratiquâmes l'injection de sérum le 19 décembre au soir, au 4^ jour de l'affection, à peu près dans les mêmes conditions de temps que cela avait été fait , pour la petite fille. — Les médicaments et le sérum furent achetés chez le même pharmacien de la ville.

Toutefois nous supprimions d'une façon absolue le lait, et cela au grand désespoir du bébé, qui réclamait à chaque instant son bol de lait, et surtout au grand chagrin de la pauvre grand'mére, qui était persuadée que l'enfant allait mourir de faim, faute d'un aliment aussi parfait, aussi complet à ses yeux que le lait. — H nous fallut user de tous nos moyeng

oratoires pour la convaincre. Elle ne consentit que tardivement à résister au désir de son enfant. Le malheureux bébé trouvait un soulagement à la chaleur et à la sécheresse de sa gorge, lorsqu'il buvait du lait au début de son aftection.

Nous suivîmes le malade tous les jours, et le 25 décembre, 5 jours après notre première visite, la guérison semblait assurée. Les fausses membranes se détachaient facilement, elles étaient éliminées sans trop de peine et n'étaient pas immédiatement remplacées par d'autres. Lagrand'mère nous remercia alors avec effusion, les larmes aux yeux, quand elle put constater le résultat que nous avions obtenu grâce au sérum de Roux.

Dix jours après l'injection, la guérison était définitive, et l'enfant commençait à sortir de chez lui.

Le jeune H... que nous avons revu dernièrement, au mois d'avril 1897, est bien portant et n'a jamais eu de suites éloignées de son affection.

Cette observation nous a semblé non seulement intéressante et digne d'être relatée, mais des plus concluantes au sujet des méfaits du lait.

Dans toutes les affections de la bouche (stomative, gingivite, muguet des enfants) et de la gorge (angine, amygdalite simple ou compliquée d'abcès, à frio-ore ou infectieuse comme celle-là), nous supprimons complètement le lait, fût-il celui de la Belle-Étoile. Nous ne nous contentons pas seulement de ne pas le conseiller, mais nous insistons d'une façon spéciale pour qu'il n'en soit pas administré une seule goutte, et nous n'avons jamais eu à regretter de ne pas nous en être servi. D'ailleurs, dans les pays où il n'y a pas de lait, si ce n'est celui de chèvre ou de brebis , comment ferait-on ? 11 faut bien s'en passer. Dans un grand nombre de postes d'Algérie, il n'y a pas de lait de vache, faute de pâturages , et cependant on soigne bien les malades tout de même, et on trouve bien le moyen de les soutenir pendant le cours de leur affection.

Par des bndig^onnnges ou des gargarismes on s'efforce d'enlever les mucosités ou les fausses membranes dans lesquelles pullulent et se régénèrent constamment les colonies microbiennes. Après ces opérations, il faut éviter de fournir à nouveau des éléments de repullulation à tous ces micro-organismes qui ont élu domicile dans les crj'ptes des amygdales ou dans les replis et les anfractuosités de la gorge.

Nous ne pouvons, en effet, espérer débarrasser par nos badigeonnages antiseptiques ou astringents, tous les microbes en une seule fois ni même en plusieurs. Il en reste toujours, et ce peu qui reste trouve un nouvel élément de reproduction, un excellent bouillon de culture , dans les détritus laissés par le lait : ceux-ci se dessèchent au contact de la muqueuse enflammée au même titre que du sirop de gomme s'attache sur une tôle rougie au feu. Ils forment un véritable fumier utile pour abriter et nourrir les microbes. Lorsque l'on souffre de la gorge, les mouvements de déglutition sont difïi-

ciles, douloureux et lents, aussi le lait a-t-il le temps de laisser sa crème se déposer sur les parois de l'isthme de la gorge.

Dans l'observation ci-dessus ce n'est pas parce que notre petit malade n'a pas bu de lait qu'il a guéri alors que sa sœur est morte. Loin de nous une pensée aussi absurbe et aussi contraire à la vérité. Mais nous croyons qu'en toute logique on peut admettre que les moyens thérapeutiques employés, identiques dans les deux cas, ont eu plus d'efficacité et par suite ont produit un résultat plus heureux. Leur pouvoir curalif n'a pas été contrebalancé ou épuisé par l'auto-intoxication que le lait pouvait surajouter à l'infection primitive.

Dans les maladies de l'appareil digestif (tube gastro-intestinal et annexes), il y a lieu de dlSérencier les maladies inflammatoires, c'est-à-dire avec réaction fébrile et inappétence, de celles qui proviennent d'un épuisement ou d'un ralentissement dans le chimisme stomacal; celles qui s'accompa-

gnent de douleurs aiguës, et celles qui ne fournissent que la sensation de la pesanteur et du ballonnement de l'estomac.

Dans ces différentes catégories ou variétés de maladies du tube digestif où le lait est presque toujours conseillé par la plupart des médecins, la constipa'iion est presque toujours le symptôme dominant et aggravant, constipation qui n'est pas toujours opiniâtre avec scybales volumineuses et concrètes comme on pourrait le penser, mais consistant la plupart du temps en une entérite plus ou moins glaireuse se traduisant de temps cà autre par des débâcles naturelles et salutaires. Cette entérite glaireuse est, malgré la diarrhée, signe de constipation, et les glaires intestinales n'ont été sécrétées par la muqueuse digestive que pour se protéger elles-mêmes contre les scybales pins ou moins desséchées, comme la muqueuse conjonctivale pleure et sécrète un mucus plus ou moins épais pour protéger l'œil contre un grain de sable ou un corps étranger quelconque.

Observation V.

Dyspepsie et Gastralgie.

Le 15 octobre 1893, M. M... perceur de cartons, âgé de trente-trois ans, vint nous consulter pour des maux d'estomac. 11 était en traitement depuis deux ans, et le lait lui avait été fortement recommandé soit en mangeant, soit en dehors des repas.

Il nous raconta toutes ses misères physiologiques, les douleurs aiguës qu'il ressentait dans l'estomac et dans le dos aussitôt après avoir mangé : « Je suis, nous dit-il, atteint de gastrite avec gastralgie, d'après mon médecin, qui, depuis quelque temps me trouve mieux alors que je me sens de plus en plus affaibU. Je ne dors pas ou je dors très mal, j'ai des cauchemars effrayants, et cependant depuis plus de deux ans je n'ai pas bu une seule goutte de vin ou d'alcool. Je ne bois que du lait, même la nuit, puisque je ne dors pas, pour arriver à me

soutenir et aussi consommer les quatre ou cinq litres que mon médecin m'a conseillé de boire. »

Après l'avoir interrogé et examiné sérieusement : « C'est votre lait, lui disons-nous, qui est cause de tous ces phénomènes et symptômes morbides. Tl entretient la gastralgie que vous avez, et bien plus, il l'aggrave d'une façon indiscutable. Votre estomac n'a jamais un seul instant de repos, puisque vous prenez du lait chaque fois que vous avez soif. A peine a-t-il commencé la digestion du lait que déjà il est obligé d'en recommencer une nouvelle avant d'avoir fini la précédente. Les bols de lait en voie de digestion s'enchevêtrent les uns avec les autres dans votre estomac, au point qu'il faut que cet organe soit chez vous des plus robustes pour supporter si longtemps les fatigues réitérées auxquelles vous le soumettez par ordre de votre médecin. Heureusement, ajoutons-nous, que vous n'avez que trente-trois ans. Dans quelques années, si vous continuez ainsi, vous aurez un beau cancer de l'estomac par excès de fatigue et de travail de cet or-

gane, et surtout par suite de l'épuisement des glandes qui sécrètent votre suc gastrique.

n II est même surprenant qu'étant donné l'état de congestion permanente de la muqueuse gastrique, vous n'ayez pas eu d'autres symptômes que vos crises gastralgiques. Bien d'autres que vous auraient déjà eu, avec semblable régime, des vomissements de sang ou d'autres complications plus ou moins graves.

« Supprimez votre lait et suivez un régime hygiénique sévère en rapport avec votre profession sédentaire, et vous serez amélioré avant huit jours. »

Six jours après, le 22 octobre suivant, M. M... venait nous revoir, non plus pour nous consulter, mais pour nous remercier de nos conseils. Une amélioration comme il n'espérait pas l'obtenir était survenue en ce court laps de temps. Il avait pu reposer quelques heures depuis le début de son traitement, alors qu'autrefois, malgré tous les soporifiques conseillés pour le soir, il ne pouvait obtenir qu'un certain degré d'abrutissement narcotique avec

cauchemars affreux. Après avoir vigoureusement débarrassé son tube digestif (estomac et intestin) il n'était pas retombé dans son erreur d'avoir une confiance aveugle dans le lait et le régime lacté.

Cette observation de gastrite avec gastralgie n'est pas la seule que nous pourrions citer. Nous avons, en particulier à Calais, observé des quantités considérables de cas analogues, pas toujours de la faute des médecins traitants, mais par suite d'une mauvaise hygiène alimentaire, comme nous l'avons vu plus haut en parlant du mélange des aliments ordinaires avec le lait ou les laitages. Plus que dans n'importe quelle ville, croyons -nous, les maux d'estomac sont fréquents à Calais,

Nombreux sont les malades qui sont venus nous consulter pour de la gastralgie suivant le diagnostic de leur médecin, remontant à des années sans avoir jamais eu une amélioration nettement marquée ou prolongée, et chez qui le lait jouait le plus grand rôle comme cause efliciente. Souvent nous nous rappelions volontiers l'expression humoristique du

Li;S VICTIMIiS DU LAIT

professeur Peter, qui répondit à une maman venue pour le consulter sur l'anémie de sa fille atteinte de o-astralsie, suivant leur médecin de famille : « Votre fille a en effet de la gastralgie, c'est-à-dire, en bon français, mal à l'estomac, mais comme elle abuse de la moutarde, des cornichons, du vinaigre, etc., etc., elle a sa gastralgie compliquée de moutardalgie, de cornichonalgieetdevinaigralgie, etc., etc. » Répétant les paroles de notre vieux maître, nous pourrions dire que la laitalgie est à l'état endémique à Calais.

Observation VI.

Crises gastralgiques aiguës. - Pseudo-asthme nocturne. Amélioration notable par la Médication lactée.

Le 24 janvier 1896, M. C..., grand industriel, âgé de quarante ans environ, veut nous consulter pour des troubles gastriques datant de quinze ans environ.

Il avait consulté plusieurs médecins, depuis si longtemps que ses douleurs d'estomac existaient, qu'il avait fini par renoncer à tout traitement, ne voyant jamais un soulagement à son affection.

Il avait été traité en dernier lieu par un professeur de Faculté qui avait diagnostiqué une névralgie du plexus solaire et qui lui avait donné un traitement des plus rationnels relativement à cette névralgie. Comme depuis longtemps M. C... faisait usage du lait sans cependant en abuser, sous forme de thé au lait en mangeant, ou même à boire dans l'intervalle des repas, ou le soir en se couchant, le traitement antinévralgique ne produisit que très peu de résultats.

Le malade était obligé depuis bien longtemps d'éviter tel ou tel aliment, tant son estomac était capricieux et susceptible et les digestions lentes, pénibles même en dehors des crises aiguës. C'était surtout la nuit que les crises névralgiques avaient toute leur acuité. Le malade restait assis sur son lit des heures entières en proie à des épreintes doulou-

reuses siégeant dans le creux épigastrique et se répercutant jusque dans le milieu du dos. Aussitôt que le malade cherchait à s'étendre, vaincu par le sommeil, un poids énorme, suivant son expression, semblait se déplacer et venait sans doute comprimer les filets nerveux du plexus solaire devenu intolérant suivant le diagnostic donné par le professeur consulté quelques années auparavant.

Après bien des conseils hygiéniques basés sur la nature, la qualité et la quantité des aliments que le malade devait absorber chaque jour, insistant surtout sur les heures des repas et la façon de faire ces repas, nous pûmes obtenir une légère améhoration.

Grâce à un repas presque insignifiant le soir, pris plusieurs heures avant le coucher et dont le lait était complètement proscrit, notre malade put obtenir un réel soulagement et passer quelques heures couché dans son lit, position qu'il n'avait pu prendre depuis bien longtemps.

Comme le malade n'avait pas trace de fièvre et que le chimisme stomacal seul, à notre avis, était

en jeu par ralentissement dans la sécrétion gastrique, nous proposions de suivre pendant quelques jours une cure lactée comme moyen de diagnostic différentiel entre une névralgie idiopathique ou une névralgie symptoniatique d'un mauvais estomac.

M. C..., qui ne détestait pas le lait, s'y soumit volontiers dans les conditions que nous lui prescrivîmes. Après le 4^ jour de cette cure, une amélioration plus nette et plus franche survint et se maintint plus longtemps que celles obtenues autrefois par tels ou tels procédés. Le malade put dés lors se coucher comme tout le monde à 9 ou 10 heures du soir et dormir jusqu'au lendemain matin.

La cure lactée telle que nous la décrirons plus loin avait donné un calme bienfaisant dans ce tube digestif en état constant de spasmes névralgiques. L'observation dans le régime alimentaire et surtout une demi-diéte le soir, contribuèrent à faciliter le traitement et à maintenir par la suite l'amélioration obtenue. Nous ne pouvons dire qu'amélioration et non guérison.vu l'ancienneté de la maladie (quinze ans).

Observation VII.

Crises gastralgiques suraiguës. — Vomissements incoercibles aggravés par le régime lacté et guéris par la cure lactée.

Le 28 avril 1895, nous fûmes appelé auprès de M. Victor L..., âgé de trente-sept ans, employé dans une grande administration, qui, depuis cinq ans environ, était pris régulièrement toutes les cinq ou six semaines de crampes violentes d'estomac avec vomissements bilieux que la glace et les injections hypodermiques de morphine avaient bien du mal à calmer.

La crise gastralgique durait toujours trois ou quatre jours avec des souffrances atroces et était accompagnée et suivie d'un état d'épuisement nerveux extrême.

Le 28 avril 1895, nous fûmes appelé au deuxième jour d'une de ces crises. Comme le traitement prescrit par les différents médecins qui avaient été appelés

depuis cinq ans était toujours à peu de chose prés semblable : glace, lait glacé, potion de Rivière, potion morphince ou injection de morphine, le malade se traitait lui-même et par les mêmes médications.

Nous trouvons à notre arrivée le malade étendu sur son lit, la flice pâle, presque livide, le nez effilé, les yeux mi-clos pouvant à peine s'ouvrir. Les rideaux des fenêtres étaient baissés pour donner une demi-obscurité dans la chambre, tant le malade redoutait la lumière. Un gémissement constant et plaintif était la seule réponse que l'on pouvait obtenir à toutes les questions.

Une sueur froide, visqueuse, inondait le visage. Le pouls était misérable, arythmique. Les membres étaient froids malgré toutes les couvertures et les bouillottes entourant le malade. De temps à autre survenaient des crampes très douloureuses dans les mollets. Le ventre était rétracté en bateau, la paroi abdominale contraclurée et maintenue dans une immobilité instinctive par la contraction des droits antérieurs de l'abdomen.

Le malade évitait de respirer à fond, tant il redoutait les vomissements et les douleurs aiguës qui le traversaient de part en part à chaque effort de vomissement et analogues aux douleurs gastriques de l'ataxie locomotrice au début.

Devant un état aussi grave, nous ne pûmes que conseiller les narcotiques à haute dose et la glace à l'exclusion de tout aliment, lait compris, nous réservant pour le lendemain au plus tard d'éviter par une hygiène alimentaire rigoureuse, le retour de semblables crises.

Nous apprîmes par M'"= L... que le malade était atteint de gastrite depuis des années, et qu'il était au régime lacté depuis le début de son affection. La conversation suivante eut lieu entre nous.

— « Il aime beaucoup le lait, me dit-elle, et il en boit très souvent, quand il ressent la moindre douleur d'estomac, et il se sent soulagé.

— Pendant combien de temps son soulagement persiste-t-il?

— Oh! à peine quelques moments, une demiheure tout au plus.

— Vomit-il son lait?

— Jamais, et c'est pour cela qu'il est persuadé qu'il le digère bien.

— Va-t-il suffisamment et régulièrement à la garde-robe ?

— Malheureusement, non III reste quelquefois cinq ou si.\ jours sans évacuations alvines, comme quelquefois, mais trop rarement, il est pris de diarrhée. »

Tel est, résumé en quelques mots, l'entretien que nous eûmes avec cette dame, qui, très intelligente, n'eut pas de peine à comprendre quelle était la véritable cause de la maladie de son mari.

Après la disparition des phénomènes morbides que nous avions observés, et dont nous avions précipité le dénouement par une évacuation intestinale sérieuse, nous conseillâmes un régime alimentaire rationnel pour quelques jours sans promettre une amélioration bien nette à cause de l'ancienneté des symptômes et des troubles gastriques existants et profonds.

Au bout de quelque temps, le malade, qui souffrait toujours de digestions assez pénibles, nous fit rappeler, et, cette fois, la cure lactée lui fut conseillée pendant trois ou quatre jours.

Nous obtînmes alors un résultat des plus satisfaisants. Un calme et un bien-être survinrent au bout de trois jours, au point que le malade désirait continuer sa cure plus longtemps que nous ne l'avions prescrite. De temps en temps M, L... reprend sa cure lactée, et, depuis plus de deux ans, il n'a pas eu de crises violentes comme celle à laquelle nous avions assisté, et qui se répétaient presque tous les mois depuis cinq ans.

Observation VIII.

Pseudo-péritonite tuberculeuse.

Victime du lait également, cette jeune femme, M"^ Désirée O..., âgée de vingt-six ans, traitée

pendant trois à quatre mois par deux médecins différents, tantôt réunis en consultation, tantôt venant séparément, pour une péritonite caséeuse avec ganglions hypertrophiés et dégénérés.

Cette jeune femme, non mariée, laitière de son métier, était d'un tempérament et d'une constitution des plus robustes. Grande, bien musclée, elle faisait depuis longtemps l'ouvrage d'un garçon de ferme, comme travaux manuels dans leur jardin, bêchant la terre, brouettant le fumier, etc., etc. •Tous les matins, à 5 heures, elle partait i la ville avec ses deux seaux pleins de lait (50 à 60 kilogr.) pour les vendre de porte en porte à ses clients.

Elle faisait depuis des années ce rude métier-là pour venir en aide à sa vieille mére avec qui elle vivait. A la suite de ce surmenage, elle fut prise de constipation opiniâtre et de douleurs utéro-ovariques qui la forcèrent à garder le lit au mois de septembre 1896.

Des vomissements répétés et bilieux étant survenus, la mére fit appeler leur médecin qui, étant

lyO LES VICTIMES DU LAIT

donné la sensibilité exagérée de l'abdomen météorisé, la constipation et les vomissements verdàtres, diagnostiqua une péritonite au début. Il conseilla en outre des calmants et de la médication classique, le régime lacté exclusif mais non méthodique.

Bien que marchande de lait, ou mieux parce qu'elle vendait du lait, elle le détestait cordialement.

Néanmoins, à cause de. ses souffrances, et vu les conseils de son médecin, elle se mit courageusement à prendre du lait, aussitôt qu'elle avait soif ou qu'elle souffrait d'une façon aiguë, son médecin ne lui ayant dit que cette simple phrase : « Buvez du lait , cela vous soutiendra toujours un peu ! »

Comme elle prenait son lait glacé ou au moins très froid , elle ressentait un soulagement momentané et elle put continuer ainsi pendant des semaines entières.

Une atonie intestinale survint peu à peu. Le lait ne présentant aucun stimulant à la muqueuse digestive était assez bien toléré et formait peu à peu des scybales concrètes durcies, déterminant de vives

douleurs au moindre palper abdominal. Quelques évacuations anodines (huile de ricin ou sel d'Epsom à petites doses) conseillées de temps en temps enlevaient le trop plein de l'intestin, sans jamais déterminer un nettoyage complet.

C'est dans ces conditions qu'un confrère fut appelé en consultation. Celui-ci porta le même diagnostic et ne changea rien au premier traitement. La mère affolée supplia le médecin traitant de lui dire toute la vérité. Le docteur ne lui laissa aucun espoir de survie et pronostiqua une issue fatale à brève échéance, puisque, disait-il, tout ce qu'il avait fait depuis trois mois n'avait amené aucun changement.

La mère, à bout de patience, vint nous consulter, nous affirmant que leur médecin traitant lui avait dit qu'il ne fallait plus aller le redemander que si quelques complications survenaient.

Dans ces conditions, et présageant, d'après les renseignements de la mère, les noirs méfaits du lait, nous consentîmes à aller visiter la malade le 23 novembre 1896.

Après un examen sérieux , nous avons agi avec une extrême prudence, dans la crainte de voir suro-ir des troubles intestinaux ou péritoncaux suraigus par les moyens d'évacuation que nous nous proposions d'employer pour débarrasser ce tube digestif de l'encombrement lacté dans lequel nous le trouvions.

Nous eîmies l'extrême satisfaction d'y parvenir et de remettre la malade sur pied en peu de temps relativement (un mois environ).

Malgré l'absence de lait ou de laitages dans notre .traitement, notre malade évacuait encore, quinze jours après notre première visite, des bouchons de matière fécale, durs, infects, calcinés pour ainsi dire, et qui avaient manifestement l'odeur de beurre rance provenant des caillots de lait formés pendant les trois mois de régime lacté.

Les ganglions mésentériques dégénérés qui étaient perçus par le palper abdominal n'étaient, comme on l'a deviné déjà, que ces scybales concrétées provenant du lait.

Le 20 décembre, un mois après le début de notre traitement, O... était debout, allait et venait sans trop de fatigue dans sa chambre.

Revue au mois de juillet dernier, elle est complètement remise et a repris ses rudes occupations d'autrefois de marchande de lait.

Erreur de diagnostic, dira-t-on. Ceci est possible dans le cours de l'affection, lorsque l'intestin rempli de scybales était douloureux, météorisé, difficile à palper et présentait tous les symptômes apparents de l'adénopathie mésentérique. Mais au début , avant de commencer le lait , l'affection a bien été, d'après les différents symptômes, du pelvi-péritonisme avec névralgie utéro-ovarienne , suite de constipation et de fatigue. Dans ces conditions, lorsqu'un malade, pour des douleurs abdominales, est obligé de rester alité, si le lait qu'on lui conseille peut occasionner de semblables phénomènes, il est de toute nécessité de s'en méfier et d'en être un peu moins prodigue.

Comme pendant à l'observation ci-dessus, nous

relaterons cet autre cas également intéressant en fait d'encombrement lacté de l'intestin sans réaction péritonéale exagérée comme on pourrait le penser.

Observation IX.

Phlébites et Lait.

Le 9 juillet 1897, nous fûmes appelé auprès d'un employé dans un service municipal, M. V. . ., qui était atteint de phlegmatia alba dolens de la jambe droite jusqu'à mi-cuisse. M. V. . . , âgéde trente ans, était sorti la veille de l'hôpital où il avait séjourné un mois entier.

Il nous donna les renseignements suivants : Employé dans un service qui exigeait sa présence de jour et de nuit alternativement et l'obligeait à se tenir dehors très souvent par n'importe quel temps, il avait été pris six semaines auparavant (fin mai) de douleurs aiguës dans le mollet gauche qui

était fortement variqueux. Comme la jambe était très enflée, il fit venir leur médecin qui diagnostiqua : phlébite des veines profondes de la jambe gauche et de la saphéne interne.

11 conseilla l'emploi de la pommade mercurielle belladonée.

Pour une raison ou une autre, la femme du malade ne comprit pas ce qu'elle devait faire avec cette pommade et elle se mit à frictionner courageusement et autant que la douleur ne l'empêchait pas, toute la jambe malade avec sa pommade comme si c'eût été de la pommade camphrée.

Au bout de quelques jours, une stomatite mercurielle survint qui obligea le malade à solliciter son admission à l'hôpital en qualité de fonctionnaire de la ville pour éviter des frais de maladie qu'il ne pouvait supporter.

Il lui fat démontré qu'il avait été empoisonné par le mercure et que le régime lacté, comme contrepoison, était des plus indiqués.

Pendant un grand mois il but du kit et rien que

du lait. Obligé de rester au lit à cause de sa jambe douloureuse, il fut pris de constipation opiniâtre qui, à l'hôpital, fut combattue à cinq ou six reprises par des purgatifs salins. La jambe gauche allait de mieux en mieux, lorsque ce fut la jambe droite qui fut prise, à son tour, de phlébite. Désespéré de cette rechute, il demanda à sortir de l'hôpital, et c'est le lendemain de sa rentrée chez lui que nous le vîmes.

Toutes les veines du membre inférieur droit étaient engorgées, variqueuses, ainsi d'ailleurs, que toutes les veines superficielles de la paroi abdominale du côté droit. Qjimt à la jambe gauche, la première atteinte, elle était redevenue à son volume normal.

Le malade avait delà fièvre. Il existait un encombrement considérable de tout l'intestin. Dans la fosse iUaque droite, se trouvait une tumeur stercorale facilement déUmitable par le palper. Depuis six jours, c'est-à-dire depuis le dernier purgatif, le malade nous dit ne pas avoir été à la garde-robe et avoir, néanmoins, bu ses quatre à cinq litres de lait par jour, n'ayant que cela à boire ou à manger.

ET DU RÉGIiME LACTÉ

Nous nous préoccupions de drainer vigoureusement cet intestin aussi bien par des lavements que par des purgatifs sérieux, et trois jours après, une grande amélioration survenait.

La tumeur stercorale qui remplissait le cœcum avait disparu, grâce aux irrigations intestinales qui avaient réveillé l'atonie du gros intestin. La circulation veineuse, moins gênée au niveau des veines iliaques et fémorales, avait repris à peu prés son cours nature], aussitôt la disparition des scybales. Comme la stomatite était guérie, nous reprîmes la pommade hydrargyrique belladonée, dont nous recommandions l'usage avec beaucoup de prudence, en onctions avec cataplasmes et non en frictions.

Une amélioration survint rapidement dans les crises douloureuses aiguës des jambes; mais le malade à cause de ses varices profondes dont la distension avait été exagérée, ne put reprendre son service aussitôt qu'il l'aurait voulu et fut obligé de demander un congé de convalescence.

Le laitj par son action déprimante neurasthénique plutôt que stimulante, laisse les fibres lisses de l'intestin, dans un état de paresse très marqué. Pourquoi en effet, l'intestin se contracterait-il, môme modérément, sur un bol de lait concrété, pris en fromage qui est une masse compacte comme du mastic.

Tout le coagulum que l'estomac a pu conserver sans révolte, passe dans le tube digestif où il se trouve, pour ainsi dire, recuit par la muqueuse intestinale enflammée à un degré insuffisant pour déterminer des débâcles, mais suffisamment œdématiée et congestionnée pour ne pas permettre la libre circulation des bouchons de lait dans la lumière de l'intestin. D'autant plus que des glaires gastro-intestinales sont formées par cette même muqueuse et enrobent ces bouchons pour les faire mieux tolérer encore.

Cet encombrement intestinal, dû au défaut de stimulant, peut arriver dans certains cas à un degré considérable au point que nous avons vu des praticiens, peu observateurs, prendre pour des néoplasmes

ET DU RÉGIME I ACTÉ

viscéraux ou pour des reins mobiles, des tumeurs stercorales accumulées en cliapelet dans le cœcum et le colon ascendant.

L'atonie gastro-intestinale évite toute réaction inflammatoire et on ne trouve pas trace de typhlite ou de pérityphlite.

Observation X,

Cirrhose du Foie.

Le 21 octobre 1896, nous fûmes appelé auprès d'une dame âgée de soixante ans, M'"^ D. . ., qui depuis six mois était alitée par suite d'un état de faiblesse générale considérable occasionnée par une cirrhose du foie.

Depuis ce temps, elle était traitée par tous les médicaments que l'industrie pharmaceutique crée ou invente chaque jour. En outre, ne pouvant pas manger, elle se soutenait, suivant les conseils

de son médecin , avec du lait , un litre et demi environ par jour, du bouillon, du malaga, des huîtres, etc., etc.

Des selles glaireuses avaient lieu presque tous les jours grâce à de petits laxatifs plutôt anodins.

La malade ainsi que son médecin, se contentaient de ces évacuations : évacuations suffisantes pour ne pas laisser de trop grandes causes d'irritation, mais notablement insuffisantes pour lutter contre l'état cachectique qu'occasionnait l'encombrement intestinal et les fermentations putrides qui en étaient le produit ultime.

Après six mois de maladie, le médecin avertit les parents qu'il fallait s'attendre à une issue fatale à date très rapprochée, l'affection, disait-il, ayant passé du foie au rein droit hypertrophié que l'on percevait à travers la paroi abdominale.

Il existait, en effet, dans cette région une tumeur bosselée et douloureuse depuis quelque temps. Les urines étaient cependant normales et suffisamment abondantes.

Comme le médecin traitant, craignant sans doute les critiques d'un confrère, se refusait à toute consultation médicale au choix, de la malade, il arriva que nous fûmes appelé à donner notre avis.

Quinze jours après notre première visite, le 7 novembre 1896, la tumeur rénale que notre prédécesseur avait diagnostiquée, s'était évanouie ou plutôt avait disparu peu à peu, grâce aux évacuations que nous avions provoquées, avec beaucoup de ménagements. La malade put sortir de son lit qu'elle n'avait pas quitté depuis longtemps. Elle put marcher un peu dans sa chambre et avait repris goût à quelques aliments choisis avec soin.

La lésion viscérale que le confrère avait trouvée, comme incurable, de nature cancéreuse et contraire, suivant son expression, à tout fonctionnement réguher du tube digestif, avait complètement disparu, n'ayant plus été entretenue par une médication qui seule dans tout cela, était contraire à une thérapeutique rationnelle.

LES VICTIMES DU I.AIT

Lorsque, dans une consultation, le médecin s'arrête à ces simples mots comme traitement : « Mettezvous au régime lacté «, il nuira plus souvent à son malade qu'il ne le croit.

Rarement le malade qui prend du lait à tort et à travers, tirera un bénéfice appréciable de son traitement, uniquement à cause des troubles intestinaux (constipation opiniâtre) qui lui feront abandonner ce régime qu'il avait accepté facilement au début de sa maladie. Si, au contraire, pour une raison ou pour une autre, le lait occasionne de la diarrhée, le malade en boira autant que son médecin en voudra, et nous connaissons des médecins qui ne ménagent pas la quantité de lait qu'ils croient devoir prescrire à leur malade.

Nous avons vu, à plusieurs reprises, des malades venir nous consulter parce que depuis des semaines entières, ils étaient au lait pour telle ou telle affection, gastrite rebelle, albuminurie, néphrite au début, etc., maladies nécessitant une cure lactée et qui ne trouvaient aucune améUoration dans leur état. Leur

médecin leur reprochait toujours, à chaque nouvelle visite, de ne pas boire assez de lait.

Un amaigrissement rapide peut survenir à la suite de l'absorption d'une grande quantité de lait s'il 3' a de la dyspepsie intestinale et de la diarrhée consécutive.

De grands professeurs de Paris même, oubliant que le lait diffère suivant les régions, conseillent bien souvent à des malades, qui viennent de province les consulter, de prendre beaucoup de lait comme aliment dans les cas où ils ont besoin de suralimenter leur malade par crainte de tuberculose pulmonaire, par exemple. En même temps qu'ils conseillent de prendre beaucoup d'aliments gras sous toutes formes, ils n'oublient pas d'inscrire le lait en tête de leur régime. — Nous avons vu bien des malades, que nous avions nous-même envoyésà Paris consulter des maîtres, revenir satisfaits des conseils qui leur avaient été donnés et se mettre courageusement à leur traitement.

Au bout d'une quinzaine de jours, l'embonpoint

OU l'amélioration qu'ils avaient espéré n'arrivait pas ; au contraire, l'amaigrissement augmentait.

Dès le début et aussitôt le retour, nous n'avions pas voulu nous permettre un seul instant de modifier dans quelques détails l'ordonnance du maître, mais nous le faisions aussitôt que l'enthousiasme du malade commençait à diminuer. Nous continuions le lait, puisqu'il lui avait été préconisé, mais avec beaucoup de prudence et même de méfiance, et cela au grand avantage de notre malade et aussi de la thérapeutique du Professeur en qui nous avions toute confiance.

Observation XI.

Néphrite albuminurique.

Un fabricant de tulles, M. F.,., nous affirma un jour dans une consultation qu'il vint nous demander pour un commencement d'albuminurie, d'après

son médecin, qn'il Ini avait été conseillé de boire le plus de lait possible et rien que du lait comme boisson et nourriture. Puisque vous ne prendrez rien autre chose, lui avait-il été dit, il faudra chercher à en prendre huit ou dix litres par jour.

Ne pouvant en croire nos oreilles, M. F..., nous montra l'ordonnance écrite où le lait était prescrit par bol tous les quarts d'heure ou demi-heures pour arriver à cette quantité phénoménale par jour. Sûrement, ajoutons-nous, votre médecin a fait erreur en vous conseillant tant de liquide que cela à boire dans un jour ou bien il vous a pris pour un veau. . . de lait que l'on veut engraisser. Avez-vous pu, un seul jour, arriver à boire cette quantité qui, somme toute, représente la contenance d'un sceau à absorber par jour? — Jamais je n'ai pu dépasser mes quatre à cinq litres et avec beaucoup de mal, maintenant j'arrive à le vomir et mon médecin me répète chaque fois : pour votre maladie il n'y a que le lait qui convienne, je n'ai rien que cela à vous donner, vous pouvez consulter qui vous voudrez.

L'examen des urines démontra qu'elles étaient plutôt chyleuses qu'albumineuses. Elles contenaient, en réalité, un peu d'albuminose plutôt que de l'albumine vraie. Comme il n'existait d'ailleurs aucun symptôme grave, ni œdème, ni amblyopie, ni lésion cardiaque, le malade guérit rapidement en suivant une cure lactée sérieuse et quelques conseils hygiéniques appropriés à son état de dyspepsie intestinale.

Cette dyspepsie avait empêché la constipation et l'obstruction du tube digestif par le lait. C'était elle qui, dès le début, avait occasionné des urines troubles, infectes, que le malade efFrayé avait été porter à son médecin de famille en lui demandant un conseil. Au mot d'albuminurie le malade avait accepté de suite le régime lacté comme un sauveur.

L'appareil respiratoire lui-même peut subir le contre-coup d'un régime lacté mal conseillé et mal pratiqué. 11 arrive souvent que l'abus du lait dans des affections bénignes des bronches ou des poumons détermine de la congestion, de l'engorge-

ET DU RÉGLME LACTÉ

ment pulmonaire et même quelquefois de la bronchopneumonie.

L'organisme, épuisé par suite d'un trouble digestif aigu ou infectieux entretenu par le lait, peut être la proie d'infections secondaires qui ne seraient certainement pas survenues si le lait avait été proscrit. D'après Marfan et Marot, des broncho-pneumonies résultant de l'action isolée ou de l'association du coli-bacille et du streptocoque, viennent souvent compliquer des entérites infectieuses.

Observation XII.

Broncho-pneumonie et Lait.

Le 18 juin 1894, nous fûmes appelé un soir auprès d'un pauvre bébé Georges S..., âgé de deux ans et demi, atteint depuis huit jours de broncho-pneumonie double infectieuse, abandonné, me dirent les parents, par le médecin traitant qui avait

annoncé que le bébé ne verrait pas le lendemain. La désolation du père nous fit peine. Le médecin traitant avait refusé toute consultation, la considérant comme inutile. Nos devoirs confraternels s'effaçant à nos yeux, suivant l'expression du professeur Pajot, devant les droits de ce que nous pensions être la véritéC^', nous nous décidâmes à visiter le petit malade, persuadé que nous étions, d'y trouver, là encore, les méfaits du lait, d'après ce que le père nous avait expliqué.

Nous trouvons l'enfant atteint d'une fièvre ardente et d'une dyspnée des plus violentes. Les lèvres et la langue étaient sèches, cyanosées. L'enfant buvait constamment et tout ce qu'on lui présentait. Une sueur froide, visqueuse, recouvrait le visage. L'abdomen était météorisé, dur, douloureux surtout dans la fosse iliaque droite.

A l'auscultation de la poitrine, râles sibilants dans

(i) Bnlktin Médical 8 Nov. 1897, p. 1030. Leçon d'ouv. du professeur Piuard.

l'étendue des deux poumons et bruit de souffle très marqué aux deux bases, surtout à droite.

Nous ne parlerons pas du traitement pharmaceutique prescrit : sirop pectoral, potion à l'extrait de quinquina, vésicatoires , etc., etc. Mais comme boisson l'enfant ne prenait qu'un peu de tisane d'orge coupée de lait bouilli et du bouillon très concentré.

Devant de pareils symptômes aussi alarmants, surtout à cause du commencement d'asphyxie que nous constations, nous avons hésité quelques instants avant de donner un conseil. Néanmoins, trouvant un enfant de constitution robuste, dont la maladie avait débuté brusquement par une entérite, nous dit-on, traitée par des potions au bismuth non suivies de purgatifs, nous eûmes confiance dans notre thérapeutique hygiénique. Après unlavement simple, donné en notre présence et ayant amené un résultat presque inespéré, nous conseillâmes une assez forte dose de calomel, autant comme évacuant que comme antiseptique de l'intestin.

Une débâcle incroyable survint assez rapidement, facilitée qu'elle avait été par notre lavement d'eau de graines de lin pris quelques heures auparavant. Un succès complet couronna notre intervention, et quinze jours après, l'enfant était en pleine convalescence. Il venait un mois après chez nous avec sa mère, qui avait tenu à nous témoigner toute sa reconnaissance. Revu au mois de février dernier, trois ans après cette maladie, l'enfant est robuste et ne se ressent plus de rien.

Cette observation, entre plusieurs autres analogues que nous pourrions citer, démontre combien il faut craindre, grâce à l'abus du lait, les complications broncho-pulmonaires infectieuses à la suite du moindre dérangement intestinal.

La constipation peut déterminer des accidents secondaires dans des organes éloignés du tube digestif et n'ayant avec lui aucune relation directe, soit nerveuse, soit circulatoire.

L'encombrement des viscères abdominaux (engor-

gement du foie d'un côté, ballonnement de l'estomac de l'autre) ne peut que gêner les mouvements d'expansion des poumons qui s'œdématient et s'engorgent eux aussi très facilement à leurs bases. Le diaphragme est gêné dans ses mouvements d'abaissement par suite du météorisme de l'abdomen, la dj'spnée survient alors, se compliquant de congestion passive des bases pulmonaires.

Observation XIII.

Hémoptysie et lait.

En 1895 nous fûmes consulté à plusieurs reprises dans notre cabinet par un employé d'une grande administration de l'État, M. N. . . , âgé de vino-t-six ans qui avait fait la campagne du Dahomey où il avait contracté les fièvres paludéennes et de l'engorgement des viscères abdominaux, du foie surtout.

Il venait tous les deux ou trois mois nous demander quelques conseils au sujet de son anémie et de ses troubles digestifs. En novembre 1896, il nous fit appeler, profitant, nous dit-il, de ce que le médecin de son administration était absent pour quelques jours et qu'il ne voulait pas des conseils du remplaçant provisoire. Il était alité depuis une quinzaine de jours et avait été obligé d'avoir recours aux bons soins du médecin assermenté auprès de son administration.

Nous trouvons le malade au lit, atteint d'une toux sèche, fatigante et compliquée d'hémoptysies abondantes et répétées presque à chaque effort.

La traditionnelle potion à l'ergotine avait été prescrite et renouvelée plusieurs fois sans résultat, ainsi que les différents moyens pharmaceutiques employés en pareil cas, perchlorure de fer, extrait de ratanhia, etc., etc.. Avec tout cela, le malade absorbait le plus de lait possible, suivant les conseils de son médecin.

Une constipation opiniâtre en était résultée autant

à cause du lait, que par suite du séjour forcé au lit et de l'absorption des drogues.

Nous conseillons de supprimer le lait, que nous fîmes remplacer par de l'extrait de viande, des consommés, du vin généreux, mais non alcoolisé, et le malade, en fliit de médicament, continua sa potion à Tergotine telle qu'elle avait été prescrite au début par le médecin traitant. Après un purgatif sérieux qui désobstrua l'intestin , l'ergotine produisit le résultat que l'on était en droit d'attendre d'elle, aussitôt que la constipation eut disparu, ou plutôt ne fut plus entretenue par le régime lacté.

Dans les cas d'eczéma, d'acné rosacée, d'impétigo d'ecthyma, nous supprimons complètement le lait et les laitages au même titre que nous déconseillons le gibier, les viandes faisandées, les épices, etc., etc.

Tous les dépuratifs connus comme ayant une action spéciale contre les vices et les âcretés du sanocomme disaient les anciens, voient souvent leur pouvoir modificateur réellement diminué et annihilé,

parce que le malade absorbe à ses repas une certaine dose de lait.

Bien plus, les dépuratifs contenant presque tous de l'iodure, déterminent fréquemment des poussées violentes et généralisées d'acné ou d'érythème quelquefois scarlatiniforme, uniquement parce que le médicament a été pris ou conseillé avec le lait, comme contre-poison ou pour ménager l'estomac pendant le traitement dépuratif.

Le malade, au début pour quelques furoncles insignifiants, va consulter le pharmacien et insiste pour avoir un dépuratif, ses connaissances médicales lui aj'ant fait penser qu'il était toujours bon de purifier le sang !

Le pharmacien lui délivre le meilleur sirop composé dépuratif de son officine, et quelques jours après, au lieu d'un ou deux furoncles, la face, le cou, les mains, tout est en proie à une vive démangeaison — Nouvelle visite au pharmacien — « Il vaut mieux que cela sorte, dit gravement le pharmacien, vous aviez tout cela dans le sang! Était-il impur votre sang!

Le malade rassuré continue son alimentation malsaine sous forme de lait, de thé au lait, de café à la crème, etc., et achète un nouveau flacon d'un dépuratif aussi puissant et aussi rapide.

Après la vente de deux ou trois flacons, le pharmacien, qui y perd son latin, conseille alors d'aller consulter un médecin, ou bien le malade trop défiguré se décide à appeler le docteur, ne pouvant plus se rendre à l'ofllcine du pharmacien.

C'est dans ces conditions qu'il nous est arrivé souvent de donner des conseils à des malades atteints d'affections justiciables de l'iodure de potassium et qui ne pouvaient pas le supporter à cause de l'acné iodique dont ils étaient rapidement couverts dés les premières doses.

Après quelques explications sur les phénomènes d'auto-intoxication dont ils étaient victimes par l'absorption simultanée de l'iodure et des laitages nous finissions par les convaincre. Nous leur conseillions de prendre leur dépuratif même souvent à dose plus forte que celle qu'ils avaient prise au début,

et bien souvent au bout de huit ou quinze jours ils nous revenaient satisfaits du résultat obtenu. Leurs accidents cutanés ou autres s'étaient améliorés sous l'influence de l'iodure et ils n'avaient ressenti aucun des ennuis de l'iodisme comme autrefois.

Tous les ans, vers la fin de septembre, lorsque les réservistes rentrent dans leurs foyers après une période d'instruction militaire et les grandes manœuvres, nous avons bien souvent été appelé à donner nos soins à quelques-uns de nos clients qui, dès leur rentrée, avaient repris leur travail plus ou moins sédentaire momenlanément interrompu. Nous avons bien des fois été consulté dans des conditions identiques à celles de l'observation suivante :

Observation XIV Fièvre typhoïde abortive.

M. B . . . , dessinateur en tulles, nous fit demander le 30 septembre 1897, pour un embarras gastrique

fébrile qui, depuis dix jours qu'il était rentré des grandes manœuvres de Corps d'armée, lui avait donné de la fièvre, des insomnies avec cauchemars et l'avait même, depuis deux jours, forcé d'abandonner tout travail intellectuel. Très fatigué pendant les manœuvres qu'il avait faites jusqu'au bout, sans se faire porter malade, il s'était senti fiévreux et avait cru bien faire en prenant un purgatif salin, deux jours après sa libération. Malgré les résultats positifs obtenus, la langue était restée blanche, sèche. Une soif ardente était survenue. N'ayant aucun goût pour n'importe quel aliment, il s'était mis, de lui-même, au lait (chocolat, soupe au lait), qui semblait flatter davantage son palais.

Après ces divers insuccès, M. B. . . nous fit appeler et nous le trouvons dans l'état suivant : Fièvre intense, peau sèche, céphalalgie frontale continue, langue blanche et desséchée surtout vers le milieu, gorge rouge, enflammée dans sa totalité, sans amygdalite ni adénopalhie, température 38° 8 le matin, 39° le soir, bourdonnements d'oreilles. Le ventre est

douloureux à la pression surtout dans la fosse iliaque droite, où existe un gargouillement des plus caractérisés. Pas de taches lenticulaires, pas d'épistaxis, rien à l'auscultation des bronches, ni du cœur, pouls relativement ralenti : 96 pulsations, mais plein et bondissant.

Urines rares et très colorées.

Diarrhée assez abondante, mais aqueuse et infecte depuis le purgatif.

Ajoutons à tous ces symptômes un faciès particulier dénotant l'adynamie profonde et l'hébétude avec tremblotement de la langue.

En somme, courbature fébrile généralisée, présentant tous les caractères d'un état typhoïdique au début.

Le repos absolu, la diète réelle avec abstinence, bien entendu, de tout laitage, malgré le désir du malade qui voulait se soutenir, furent les premiers conseils donnés. Sans nous préoccuper de la diarrhée, symptomatique à nos yeux, d'une défense instinctive de l'organisme, nous provoquâmes des évacuations

alvines sérieuses, grâce à des lavements laxatifs et antiseptiques, et surtout grâce à un purgatif énergique, franchement intestinal, à base de manne et de séné. Au bout du troisième jour, la langue était redevenue plus humide et plus colorée, et la convalescence s'accentuait au point que le malade put reprendre ses occupations six jours après notre première visite. Avons-nous eu affaire à une fièvre typhoïde abortive, post-manœuvrière, suivant l'expression du D'- Noël dans le Biillelin médical, nous le pensons, bien que de nombreux symptômes aient fait défaut : épistaxis, taches rosées, bronchite.

La forte constitution du sujet nous a permis d'agir vigoureusement du côté de l'intestin ; à notre avis, si nous nous étions contenté d'un autre purgatif salin, nous n'eussions pas obtenu le résultat que nous recherchions, à savoir l'élimination des produits fermentescibles contenus dans l'intestin, en provoquant des contractions vermiculaires énergiques dans cet organe au lieu du suintement et des sécrétions aqueuses qu'une bouteille d'eau de sedlitz eût

pu donner. Appelé quelques jours plus tard, nous n'eussions, certes, pas osé employer celte médication dans la crainte de désorganisation déjà prononcée de la muqueuse intestinale.

Pendant les cinq années que nous avons eu l'honneur d'être médecin chef de l'hôpital militaire de Calais, nous fûmes consulté bien des fois dans le but d'obtenir des prolongations de congés de convalescence, par de nombreux militaires de toutes les armes et de toutes les régions, particulièrement du nord-est de la France.

Le plus grand nombre se présentait à la visite mensuelle, dite de convalescence, atteint de cicatrices récentes d'ecthyma, de furoncles, d'eczéma même, affections qui leur étaient survenues depuis leur sortie de l'hôpital de leur garnison, où ils avaient été traités pour une fièvre éruptive ou infectieuse, plus ou moins grave.

La plupart d'entre eux avaient été pendant leur maladie mis au régime lacté, ou plutôt avaient reçu en guise de tisane, un ou plusieurs pots de lait, dont

ET DU Rl'GIME LACTÉ

ils buvaient quelques gorgées de temps en temps, en dehors des repas. Aussitôt rentrés chez leurs parents, ils s'étaient empressés d'abandonner le lait, dont ils avaient été saturés pendant leur temps d'hôpital. Malgré cette abstinence de lait, quelques-uns voyaient encore leur survenir des furoncles ou des anthrax même, semblables à ceux du début de leur convalescence, tant avait été marquée l'auto - infection sanguine, occasionnée par leur maladie dés le début et entreienue par l'absorption des produits putrides et fermentescibles du lait. On pourrait objecter que ces furoncles étaient consécutifs à la maladie ellemême, et non à l'abus du lait. Nous avons, à notre avis, suffisamment vu et interrogé de convalescents, les uns ayant eu du lait comme tisane ou régime, les autres n'en ayant jamais eu et cependant pour des maladies analogues, pour que notre opinion soit faite à ce sujet. Les suites éloignées des maladies infectieuses sont beaucoup plus tenaces et plus sujettes à récidives chez les malades, soumis au régime lacté non méthodique et donné, comme nous

l'avons souvent vu faire, comme tisane sur la demande du soldat malade qui, comme un grand enfant, sollicite de son médecin traitant la faveur d'avoir du lait au lieu de la tisane commune. Si le médecin de la salle est un fanatique du lait, il en donnera à tous ceux qui en voudront, quelle que soit la maladie qui ait nécessité l'entrée à l'hôpital. Il en est de même, d'ailleurs, dans bien des hôpitaux civils, où l'on fait un usage exagéré du lait. Il suffit que le malade qui veut se soutenir et se fortifier, manifeste le désir d'avoir un pot de lait, pour qu'il lui soit prescrit aussitôt par le médecin qui, sans être un fanatique du régime lacté, considère le lait comme un liquide bon enfant, incapable d'aucune action nocive. Combien de malades entrés à l'hôpital pour une angine simple par exemple, en dehors de toute épidémie typhoïdique, ont pris de l'entérite infectieuse, par suite de l'abus du lait. Ils étaient, dira-t-on, dans la période d'incubation, lorsqu'ils ont eu leur premier accès de fièvre, rien de surprenant que la maladie se soit déclarée plus tard 1 Nous

voulons bien l'accorder, mais, il est certain que le régime lacté n'a pas contribué à faire chasser du tube digestif, les microbes qui, dans les replis intestinaux, attendaient soit un coup de balai sérieux sans espoir de retrouver, grâce à une dicte sévère, quelque bouillon de culture flivorablc à leur repullulation, soit, au contraire, grâce au lait, un excellent engrais de fermentation capable de les aider dans leur œuvre d'infection et de désorganisation. C'est dans ces conditions étiologiques indiscutables que se trouvaient ces convalescents qui étaient restés des mois à l'hôpital, où ils étaient entrés pour angine simple et qui avaient pris pendant leur traitement une fièvre typhoïde qui avait rechuté, deux ou trois fois, avant leur départ en congé de convalescence. Fièvre typhoïde au début, même en dehors de toute épidémie, nous l'acceptons, mais, infection digestive aiguë ou suraiguë pour les diverses rechutes.

L'interrogatoire des malades sur le traitement qu'ils avaient suivi, depuis le début, et les diverses médications mentionnées sur le talon du billet

d'hôpital, nous ont bien souvent convaincu que le lait avait joué un grand rôle dans la paihogénie et les suites éloignées de l'affection.

Les savants ne sont, d'ailleurs, pas encore d'accord au sujet de l'étiologie de la fièvre typhoïde. Le bacille d'Eberth qui est l'agent de cette maladie infectieuse ne peut pénétrer dans l'organisme que provenant d'un typhique ayant préexisté, disent les uns. En un mot, la fièvre typhoïde ne peut naitre que de la fièvre typhoïde (axiôme de Budd)

D'autres savants, avec l'École de Lyon, pensent que le bacille typhique est un dérivé des bacilles qui existent normalement dans l'intestin et à profusion dans tous les milieux.

Enfin un certain nombre, parmi lesquels on peut citer les médecins d'armée les Colin, les Kclsch, les Vaillard, pensent que souvent la fièvre typhoïde

(i) Ga^elte des cliniques u» 9 — octobre 1897. Etiologie de la fièvre typhoïde par Vaillard, médecin principal de 2' classe, professeur au Val-de-Grâce.

se développe en dehors de toute contagion d'origine par l'intermédiaire de ces germes typhiques qui vivent à l'état inoffensif même dans l'organisme qui les a reçus des milieux naturels, jusqu'au Jour où des circonstances diverses (grandes infractions à l'hygiène, fatigues prolongées, écart de régime, etc., viennent détendre la résistance qui les contient (Vaillard).

En nous rangeant avec nos anciens maîtres du ^'al-de-Gràce, à cette étiologie générale de la fièvre typhoïde et que les données bactériologiques viennent appuyer (même auteur cité), nous nous demandons si le lait, absorbé en dehors de toute méthode, ne vient pas, dans une maladie légère au début, diminuer cette résistance de l'organisme par les fermentations putrides qu'il détermine et par l'atonie gastro-intestinale qu'il provoque.

Dans tous les cas, sans chercher à émettre une opinion personnelle sur l'éiiologie de cette maladie, nous pensons que les produits délétères qui fermentent dans le tube digestif, après leur passage dans la masse sanguine, trouvent une porte de sortie par

les pores de la peau et les glandes sébacées qui s'enflamment à leur contact, de même qu'ils ont trouvé dans la muqueuse intestinale par les glandes et les follicules lymphatiques desséchés par la fièvre, une porte d'entrée pour infecter l'organisme, après leur association avec le bacille typhique autrefois inofFensif.

Émettre cette opinion que le lait ne vaut rien dans les cas de fièvre typhoïde, c'est évidemment se mettre en contradiction avec bien des maîtres en pathologie interne qui, dans leurs écrits, formulent ce principe : Il faut alimenter et faire boire les malades. Pour cela rien ne vaut le régime lacté, qui est à ia fois aliment, boisson et diurétique.

N'en déplaise à l'objection, tous les professeurs ne préconisent pas le lait. Lisez Jaccoud, dans son Traitement de la fièvre typhoïde (■), il n'est nullement question du lait ni du régime lacté :

(i) Jaccoud, Trailè de Patho'ogie interne, 6' édition, 1897, pages 840-841, tome II.

Si quelques maîtres ont pu obtenir de bons résultats, à l'aide du lait, dans cette maladie, nous soinmes convaincu que c'est en l'employant avec d'extrêmes précautions et en insistant d'une façon toute spéciale sur l'usage que devait en foire le malade.

Trop souvent, les praticiens qui veulent obéir à ce principe, qu'ils ont lu et appris dans certains traités, sont en contradiction sur le mode d'administration de ce régime, comme nous avons pu nous en rendre compte bien souvent.

Les uns veulent le lait bouilli, les autres le préfèrent cru.

Ceux-ci le conseillent à petites doses dans de la tisane ou de l'eau minérale, et chaque fois que le malade a soif.

Ceux-là le donnent pur, à intervalles suffisamment espacés, mais ne réclament aucune précaution soit pour l'administration simultanée des médicaments ou des toniques, soit pour le mélange avec le vin ou le bouillon concentré qu'ils conseillent en même temps.

Pour toutes ces raisons, interprétées si contradictoirement, nous ne pouvons donc accepter que le lait soit indiqué dans cette affection et nous nous rangeons aux conseils du professeur Jaccoud qui, comme première indication fondamentale, formule ce principe : Épargner cl soiilciiir, dès le déhnl, les forces du malade en prévision de l'agression prolongée qu'il doit subir. Épargner les forces, c'est d'abord ne pas demander de travail de digestion dont le pouvoir est d'ailleurs annihilé par la fièvre, et enfin soutenir les forces, sans encombrer le tube digestif, à l'aide de bouillons et de vins généreux.

De l'Obstruction intestinale d'origine lactée.

L'abus du lait ne provoque pas seulement de la constipation ordinaire, c'est-à-dire une simple difficulté dans les évacuations alvines, qui deviennent de plus en plus rares, nous avons rencontré souvent de véritables obstructions intestinales à la suite du régime lacté. Nous avons souvent vu des malades, qui ne parvenaient à évacuer leurs scybales lactées, calcinées, dures comme de la pierre, qu'après de sérieux purgatifs répétés, ou après des lave-

ments purgatifs profonds, de véritables irrigations intestinales administrées au lit, dans le décubitus latéral, contrairement à ce que l'on fait souvent, lorsque l'on prend un lavement, soit debout, soit dans la position accroupie, parce que le médecin a négligé de donner un conseil à ce sujet.

Cette remarque semble insignifiante, et cependant elle a son importance capitale, pour permettre de combattre les symptômes immédiats, et pour ainsi dire matériels de la constipation. 11 faut que l'on sache qu'il y a des malades qui doivent évacuer après le régime lacté, des scybales volumineuses, quelquefois de la grosseur du poignet et mêine d'un point d'adulte, et formées d'un grand nombre de petits bouchons accolés les uns aux autres comme des boules de mastic.

Le malade, par suite de la paresse intestinale, doit faire des efforts considérables, qui n'aboutissent à rien qu'à provoquer des douleurs et même des cris ou des pleurs. Le péristaUisme intestinal faisant défaut, il est de toute nécessité d'aider partons les

ET DU RÉGIAIE LACTÉ

moyens possibles, à ce nettoyage rectal. Souvent, le patient n'attend pas son médecin et prend un ou plusieurs lavements sans aucun résultat, uniquement parce qu'il n'a pas su les prendre.

Il y a une différence considérable dans le but recherché et dans le résultat à obtenir, suivant que Uon prend un lavement au lit, couché sur le côté, ou lorsqu'on le prend accroupi ou debout.

Nos lecteurs nous pardonneront d'entrer dans de semblables détails, mais il est indispensable de bien comprendre le but que nous poursuivons, qui est celui-ci : mettre en garde les malades contre l'abus du lait et savoir, lorsque l'on rencontre les accidents qu'il provoque, combattre le mieux possible tous les symptômes douloureux que la constipation d'origine lactée peut engendrer, étant donné qu'elle ne ressemble en rien à la constipation provoquée par d'autres aliments vulgairement dits échauffants, et surtout qu'elle n'est pas toujours combattue du jour au lendemain, par un simple purgatif et en supprimant la cause, c'est-à-dire le lait.

Lorsque l'on a vu, comme nous, des hommes vigoureux et énergiques, verser des larmes de douleur en évacuant leurs scybales, après l'abus du lait, on ne saurait trop être prodigue de conseils médicaux et pratiques. Autrefois on prenait beaucoup moins de lavements que de nos jours, mais on les prenait mieux.

L'invention de magnifiques appareils : irrigateurs, injecteurs, douches, etc. etc, a permis aux intéressés de se servir eux-mêmes, ce dont nous les féliciterions d'ailleurs, si toutefois ils savaient se servir de leurs instruments. Dans la position qu'ils prennent généralement, le bassin, que l'on peut comparer à un entonnoir, se trouve dans une position normale, la partie rétrécie en bas. Tous les viscères accumulés dans la partie étroite empêchent le liquide laxatif de pénétrer bien loin dans Tintérieur de l'abdomen. Il arrive alors que le remède n'est conservé que quelques instants, sans produire d'effets utiles, ou que par le refoulement viscéral de bas en haut, la douche ascendante provoque des coliques.

Le malade ne trouve aucun soulagement à ce mode puissant de thérapeutique et y renonce pour toujours, se privant ainsi d'un grand moyen de traitement. Il préfère les purgatifs et par leur emploi répété, fatigue son estomac pour aller désobstruer son rectum. Bien plus, il augmente sa constipation par l'irritation congestive de la muqueuse rectale qui se boursoufle, se tuméfie au passage brutal des scybales à travers la lumière de l'intestin.

Les veines hémorrhoïdales s'engorgent, deviennent variqueuses et un prolapsus rectal se forme rapidement, occasionnant des épreintes et du ténesme à chaque défécation.

Par suite de la tuméfaction des replis et des villosités de la muqueuse, des selles se trouvent quelquefois comme enchatonnées dans un coude quelconque de l'intestin, laissant passer les liquides intestinaux de la partie supérieure entre elles et la paroi interne du tube intestinal.

Un malade nous a présenté un jour une scybale de la grosseur du volume d'une grosse truffe, sillonnée

sur un côté qui était taillé pour ainsi dire en cote de melon, d'une rainure jaunâtre alors que le reste de cette boule stercorale était d'une coloration brun verdâtre. C'était sans doute le long de cette gouttière que les liquides du bout supérieur s'évacuaient, car ce malade avait pris, suivant les conseils de son médecin et toujours avec des résultats positifs , quatorze ou quinze purgatifs des plus variés, en moins de trois semaines.

De guerre lasse et ne se sentant jamais soulagé, il vint nous trouver, et ce fut par des irrigations intestinales profondes et abondantes, prises au lit, la tête aussi abaissée que possible, qu'il put obtenir le résultat qu'ils attendaient, lui et son médecin, depuis prés d'un mois. L'embarras gastrique pour lequelTl était traité par le lait et les purgations répétées disparut aussitôt l'évacuation de cette scybale.

Son embarras gastrique était bien plutôt l'embarras du médecin traitant qui ne parvenait pas à définir la cause de la maladie dont son client se plaignait.

La difficulté d'évacuer des matières stercorales aussi desséchées et aussi volumineuses que celles que le lait peut faire naître en les laissant s'a^elutiner entre elles, ne se borne pas toujours qu'cà une simple douleur à l'anus, elle peut amener non seulement des épreintes, de la contracture du sphincter et même par la suite une ou plusieurs fissures à l'anus.

Observation XV.

En août 1891, Madame C.,., habitant les environs, vint nous consulter pour sa jeune fille âgée d'une douzaine d'années, qui depuis deux ans avait été atteinte, à trois ou quatre reprises différentes, de typhlite et de pérityphlite aiguës avec accidents péritonéaux des plus graves. Grâce aux traitements employés au début des symptômes graves, l'enfimt avait pu obtenir sa guérison. Les vomissements empêchant, dans la période d'acuité, l'absorption d'aucun liquide, le médecin déconseillait le lait

qu'il avait prescrit au début de l'embarras gastrointestinal par lequel débutait chaque fois la maladie. D'ailleurs, l'estomac n'attendait pas cette proscription, il refusait absolument tout ce qui lui était offert. Le médecin attendait cette intolérance gastrique pour se décider à abandonner le lait.

Le diagnostic était f^icile : typhlite par rétention stercorale et péritonite localisée consécutive. L'appendicite n'avait pas encore fait son apparition dans les discussions savantes, sans cela ce diagnostic eût été certainement appliqué à cette typhlite à répétition, d'autant plus que le médecin avait été sur le point de faire appeler un chirurgien pour pratiquer la laparotomie, craignant, disait-il, la formation d'un abcès iliaque.

En interrogeant la petite malade et en l'examinant très sérieusement nous fûmes convaincu que le début de toutes ces crises était une constipation opiniâtre avec diHîculté dans la défécation. Après de nombreux détours pour faire comprendre notre pensée ainsi que la cause probable du inal, if nous

fut donné de trouver dans les plis de l'anus une petite fissure très douloureuse dont la jeune fille, par fausse honte sans doute, ne s'était jamais préoccupée. Elle nous confirma dans l'opinion où nous étions d'avoir trouvé la cause réelle du délit en nous disant que chaque défécation était accompagnée d'une douleur lancinante, comme si une aiguille eût pénétré dans son rectum chaque fois qu'elle faisait un effort.

Incontestablement si nous n'avions pas mis toute la patience qui convenait dans notre interrogatoire, l'enfant ne nous aurait jamais, d'elle-même, donné ces explications si importantes pour l'étiologie de l'affection.

Des suppositoires belladonés-cocaïnés, des lavements antiseptiques et astringents, un régime sévère dans le but d'éviter la constipation eurent raison de cette petite infirmité. Nous n'avons pas dû recourir à la dilatation anale comme nous le craignions tout d'abord.

Depuis six ans aucun accident intestinal n'est

survenu chez notre petite malade, qui est maintenant une grande et forte demoiselle.

Au cours de cette observation nous avons parlé incidemment de l'appendicite ou inflammation de l'appendice cœcal, qui depuis quelques années a été l'objet de nombreuses discussions savantes.

Si l'on admet avec Sappey que l'appendice sain et normal est creusé d'un canal occupant toute sa longueur, communiquant en haut avec la cavité du cœcum par un orifice plus ou moins évasé avec ou sans valvule sémilunaire rétrécissant cet orifice, on pourra aussi admettre fecilement que dans les cas si fréquents aujourd'hui de constipations opiniâtres par atonie, des détritus alimentaires plus ou moins variés et durcis peuvent se rencontrer dans la cavité centrale de l'appendice. On y a trouvé en eftet des pépins de fruits, des noyaux de cerises, des petites boules fécales durcies W. On peut comprendre aisé-

(i) Docteur Vibert, Uappciiilicilc cl son lnùlcmail par les eaux de Chàlel-Guyon.

ment que lors de la distension lente et continue du cœcum par une masse compacte, malléable comme du mastic ou de la cire molle, des parcelles de cette masse qui séjournent dans la cavité du cœcum un certain temps, pourront pénétrer dans la cavité de l'appendice dont l'orifice de communication sera lui aussi dans un état de parésie et de distension, comme les parois intestinales dont il fait d'ailleurs partie. La cavité virtuelle de l'appendice sera bientôt encombrée de magmas phymatoïdes. L'inflammation en survenant pourra sans peine faire agglutiner le rebord de l'orifice par ses diff"érents côtés soudés l'un à l'autre, et en fera par la suite une cavité close au moment de l'intervention chirurgicale ou à l'autopsie.

Les produits de fermentation putride contenus dans la masse fécale intra-cavitaire d'origine lactée pourront très facilement déterminer une appendicite aiguë , alors que des pépins de fruits pourront être tolérés et se trouver enkystés pendant des années entières.

Dans les nombreuses observations d'appendicite que les auteurs ont publiées depuis quelque temps, il est regrettable que l'on n'ait pas recherché ou mentionné si, avant le début de l'affection, le malade n'avait pas été soumis, pour telle ou telle raison, au régime lacté.

D'après les statistiques sur l'appendicite (voir D'^ Vibert), c'est dans la première moitié de la vie que l'on rencontre le plus grand nombre de cas. Fitz, sur 2x8 cas d'appendicite qu'il a relevés , en constate 22 dans la deuxième enfance (de vingt mois à dix ans) et relativement peu, après quarante ans.

Fenger cite le cas le plus précoce : celui d'un enfant de sept semaines. En faisant l'autopsie, on a trouvé une péritonite diffuse et l'appendice dilaté et rempli de concrétions fécales dures, sohdes et adhérentes.

Beaucoup d'autres auteurs en ont cité des cas analogues chez des enfants pendant leur période de lactation depuis un mois jusqu'à quinze ou vingt mois.

Dans le cas de Fenger (enfant de 7 semaines) on ne peut accuser rien autre chose que le lait, malgré toute la meilleure volonté que l'on puisse avoir de trouver autre chose comme cause de cet appendicite dans le but d'innocenter le lait.

Nous avons observé de nombreux cas de typhlite et de pérityphlite aiguës ou subaiguës à la suite de l'abus du lait, mais aucun fait bien net d'appendicite, de telle sorte que nous ne pouvons accuser le lait d'être la cause la plus fréquente de l'appendicite. Mais, à notre avis, il y aurait lieu pour les grands maîtres de la science, que l'étude de cette maladie peut particulièrement intéresser et passionner, de rechercher si l'usage ou mieux l'abus de ce liquide, sous n'importe quelle forme, dans l'alimentation de leur malade n'avait pas été le précurseur des désordres intestinaux.

Pour terminer cette question d'appendicite nous nous permettrons de citer le cas de M. X..., négociant en tulles, qui fut opéré il y a quelque temps, pour un appendicite, par un de nos grands chirur-

LES VICTIMES DU ;.AIT

giens de Paris, et qui succomba trois jours après son opération malgré tout le dévouement et les soins qui lui furent prodigués.

M. X... âgé de quarante ans environ, très robuste, était l'ami d'un de nos clients. Il était venu, pour affaires, passer quelques jours auprès de ce dernier. Peu de jours après son arrivée, il fut pris d'une entérite aiguë avec ténesme rectal, consécutive à un purgatif huileux des plus anodins.

Le médecin qui fut appelé d'urgence auprès du malade conseilla le régime lacté. Au bout de quelques jours, ne voyant aucune amélioration dans son état, le malade se décida à regagner la capitale. Quelques jours après nous apprenions, par son ami qui venait nous demander ce que pouvait bien être une appendicite, l'opération qu'avait dù subir le malade pour cette aff"ection et les tristes suites de l'intervention chirurgicale.

Est-ce le régime lacté qui a été cause de l'apparition de l'appendicite observée et opérée, ou bien existait-elle à l'état latent avant la diète lactée près-

crite à Calais ? Des doutes sont permis à ce sujet, mais il est aussi permis de regretter beaucoup que dans un cas d'entérite aiguë chez un homme robuste, d'ordinaire bien portant, on n'ait pas trouvé autre chose que le lait comme traitement, alors que tous les grands médecins spécialistes, qui font autorité en tait de maladies d'enftnts, déconseillent tant le lait chez les bébés, même au sein, lorsqu'ils sont atteints d'entérite aiguë, infectieuse ou non.

On conseille la diète et on prescrit le lait, c'est à notre avis un non-sens, car la diète lactée est loin d'être une abstinence, et dans le cas particulier, M. X. . . eût pu pendant quelques jours, faire abstinence réelle sans grand inconvénient pour sa constitution et son embonpoint.

Cette tolérance de l'intestin pour supporter des caillots de lait plus ou moins denses, se poussant les uns les autres, comme les wagons d'un train peuvent se pousser mutuellement, déroute souvent le praticien dans les cas où le lait paraît réellement mdiqué. Les contractions vermiculaires de l'intestin

sont ralenties et même annihilées au point que les bouchons lactés ne circulent dans la lumière de l'intestin que poussés par ceux qui les suivent, par la puissance qui les chasse par derrière, le vis a lergo des anciens.

Ces accidents de constipation et d'obstruction intestinale n'arriveraient pas si on se servait de lait moins crémeux. La nourriture donnée aux vaches pour obtenir du lait très chargé de beurre, surtout dans la Flandre, contribue pour beaucoup à ces méfaits spéciaux du lait. La même série de phénomènes n'arriverait pas si on prenait du lait de Flandre très écrémé ou même du petit-lait, après l'extraction du beurre.

A Paris, les Maîtres qui conseillent le lait dans la plupart des maladies, ne peuvent pas se douter de la différence considérable qu'il y a entre le lait léger, bleuté de Normandie, qui est le plus en faveur à Paris, et le lait dense, blanc jaunâtre, très riche en crème, de la région du Nord. A propos de la diarrhée

inHintile, nons aurons à revenir sur cette question.

Dans notre cure lactée, nous conseillons toujours d'écrémer le lait, à la grande surprise de nos malades, et surtout des laitiers qui n'y comprennent rien , eux si fiers d'avoir un lait riche en crème à apporter à leur clientèle.

L'un de ces industriels rencontré un jour chez un malade, nous fit cette remarque qu'entre deux nourrices, l'une maigre et l'autre grasse, tout le monde choisirait la grasse, excepté vous, nous dit-il , d'un air narquois. La corpulence et l'embonpoint d'une nourrice n'ont rien à faire dans la question. Plus le lait est gras et crémeux, plus il est lourd à digérer par l'estomac des malades qui en ont besoin, ou par le tube digestif si délicat de nos bébés. Que ceux qui sont bien portants boivent du lait crémeux, comme les malades qui sont au régime lacté, et ils pourront juger en connaissance de cause, car huit jours après, ils auront besoin d'avoir recours à leur médecin. Quant au laitier en question, il se contenta d'ajouter qu'il vendait son lait, mais qu'il n'en buvait

jamais. A ce propos, nous citerons l'observation ci-dessous, qui vient à notre avis confirmer notre opinion, sur le lait trop crémeux.

Observation XVI.

En août 1896, nous fûmes appelé auprès de M"i= P... qui venait d'avoir un bébé robuste et bien constitué. La diarrhée infantile régnait beaucoup à cette époque de l'année, et d'autre part, la mère ne pouvait pas allaiter son enfant, ni prendre une nourrice malgré les meilleures raisons que nous invoquions. Une vieille parente, qui avait déjà élevé quatorze enfants, avait été prise comme garde-couches, en même temps que comme nourrice sèche. M. P... avait acheté une chèvre, pour éviter le lait de vache, qu'avec nous il reconnaissait infect. Nous acceptâmes l'élevage de l'enfant au lait de chèvre, à la condition que l'on suivrait à la lettre toutes nos recommandations sur l'élevage au biberon, et surtout que la

chèvre serait constamment attachée dans une prairie, ce qui fut fait ponctuellement. Au bout de deux mois, l'enfant était superbe de santé, il était vigoureux, et avait doublé de poids. Toutes les fonctions se faisaient normalement.

Vers la fin de novembre, nous fûmes appelé parce que l'enfant maigrissait à vue d'œil depuis une quinzaine de jours. II ne dormait pas, avait de la fïévre, le ventre sensible, météorisé, un fiicies amaigri, ridé, souffreteux. Il était méconnaissable, relativement à ce qu'il était un mois auparavant. II avait la physionomie d'un enfant athrepsique, c'est-à-dire qui ne vient pas (comme l'on dit vulgairement), de ces enfants à qui la nourriture ne profite pas. Les selles étaient infectes, dures, calcinées, d'une couleur gris fer. Elles étaient rares, et réduites à l'état de petites crottes de chien desséchées, tombant des couches par terre sans les souiller et avec un petit bruit sec, analogue à celui d'un petit galet qui tombe sur le plancher. Devant de pareils symptômes venus si rapidement,

nous accusions immédiatement la vieille bonne d'avoir donné à manger au bébé autre chose que du lait.

Sur la certitude formelle de M. P.. ., qu'aucun aliment n'avait été donné, et que rien n'avait été changé dans le mode d'élevage, nous fûmes contraint d'accuser la chèvre et son lait. Celle-ci était engraissée du double de ce qu'elle était au début. Le lait dans la carafe du biberon était de la crème pure. A la moindre agitation, une couche épaisse de crème opacifiait le verre pendant un temps prolongé. La quantité de crème avait plus que doublé dans le lait de cette chèvre. Voici ce qui s'était passé : depuis un mois, à cause des pluies, cet animal n'était pas sorti de son étable, et on l'avait nourri intentionnellement pour avoir du bon lait.

On avait apporté à cette chèvre, comme à un porc, toutes sortes d'aliments, des plus variés, qu'elle mangeait d'ailleurs avec avidité. Le père de l'enfant étant marchand de légumes et de pommes de terre frites, les épluchures de celles-ci furent données à

satiété, à la nourrice à quatre pattes de notre pauvre bébé.

En peu de jours et en supprimant complètement ce lait crémeux, l'enfant reprit peu à peu ses forces et le fonctionnement réorulier de son tube digestif.

Quelques jours encore de cette alimentation à la crème, et le bébé mourrait d'athrepsie ou de convulsions. Cette alimentation était beaucoup trop riche pour lui. .

Cette opinion était basée sur la réalité des faits puisque en moins de huit jours, l'enfant avait repris sa bonne physionomie d'autrefois. Néanmoins, elle fut mal acceptée, au début, de la vieille bonne, qui ayant élevé quatorze enfants, répétait-elle, ne voulait rien savoir des idées hygiéniques et rationnelles des médecins.

Les mêmes inconvénients sont à redouter avec la stérilisation d'un lait trop crémeux comme on en trouve dans le Nord. C'est ainsi que nous avons vu des enfants élevés avec tous les soins désirables par des mères aussi dévouées que l'on peut le supposer.

n'avoir de selles que grâce à des lavements ou à des purgatifs tous les jours répétés. Cet inconvénient, nous cherchons à le pallier en faisant écrémer le lait avant de le verser dans les fioles du stérilisateur.

« Chaque fois que mon bébé, qui n'a qu'un mois, doit évacuer, nous disait une jeune mère qui se servait de lait stérilisé, j'en suis malheureuse pour lui de le voir souffrir : il pleure de grosses larmes de douleur, et il pousse constamment, à devenir pourpre, s

Dans ces conditions, rien de surprenant qu'un enfant devienne bientôt sujet à des convulsions par irritation rectale, ou soit atteint de gastro-entérite par défense de l'intestin contre les scybales desséchées qui l'encombrent.

Méningite simple et Convulsions.

PARMI les affections de l'Enfance, dans lesquelles les méfaits du lait ne sont plus à compter tant ils sont nombreux, nous pouvons citer la méningite aiguë simple.

L'abus du lait au moment où il commence à ne plus être indispensable vu l'âge de l'enfont, et surtout la façon de donner le lait au bébé sont les causes principales de la plupart des décès par méningite ou convulsions.

Sur cent cas pris au fur et à mesure des statistiques hebdomadaires de méningite aiguë simple ou de convulsions suivies de décès, dans les huit jours qui ont suivi le début des accidents, nous avons cherché par l'interrogatoire des parents, aussi bien que par l'avis du confrère qui avait soigné le malade, à nous faire une opinion sur l'étiologie de la maladie. Nous avons recherché les débuts de l'aftection et la nature des causes ayant pu occasionner le plus grand nombre des cas.

Voici résumé, en quelques lignes, le résultat de ce travail. (11 n'est pas question ici, bien entendu, de méningite tuberculeuse, ni de méningite suite de traumatisme ou de tumeur cérébrale.)

Nous ne nous sommes occupé que des décès dont le certificat portait le diagnostic : méningite aiguë, méningite cérébro-spinale aiguë, convulsions avec une durée moyenne, comme temps de maladie, de cinq à six jours, dix jours tout au plus.

Nos investigations n'ont porté que sur les enfants de un jour à deux ans, et ont été rassemblés pendant les années 1895 et 1896.

Nous nous sommes limité aux deux premières années de la vie, parce que c'est à cet âge qu'ont lieu le plus souvent les convulsions internes ou externes, phénomènes prémonitoires de la méningite aiguë franche.

C'est en effet dans la deuxième enfance, à l'époque du sevrage, que l'on rencontre le plus grand nombre de décès par convulsions sans autre désisnation de maladie.

C'est au sevrage que revient le plus grand nombre de cas de convulsions, on pourrait même dire tous sans exception, c'est-à-dire à cet âge de la vie où l'enfctnt est soumis à cette alimentation mixte qui consiste à donner à l'enfant des ahments d'adultes et à lui continuer, en môme temps, son lait.

Dans les cent cas que nous avons relevés nous avons divisé la période d'un jour à deux ans

par périodes trimestrielles dont voici le tableau détaillé :

i'^'' trimestre, de i jour à 3 mois inclus 5 cas

de 3 mois à 6

9 cas

de 6 — à 9

1 5 cas

de 9 — à 12

18 cas

de 12 — à 1 5

20 cas

de 1 5 — à 18

17 cas

de 1 8 — à 2 1

1 3 cas

de 21 — ■ à 24

3 cas

Incontestablement les décès par méningite sont très fréquents aussi après deux ans, entre deux et sept ans par exemple, mais nous avons voulu nous limiter dans nos recherches qui étaient plus difficiles que l'on ne peut le croire, étant donné qu'il n')- avait pas de statistique centralisée à la Mairie de Calais, comme cela a lieu dans les grandes villes ou les chefs-lieux de département.

Avant trois mois il existe relativement peu de cas si on les compare avec les quatrième, cinquième et

sixième périodes trimestrielles, et surtout si roii songe que les enfants de douze à dix-huit mois sont déjà tout élevés et ont passé ou évité bien des maladies mortelles du premier âge, qui ont déjà fait une sélection parmi eux.

Avant trois mois, en- effet, il est exceptionnel de voir les mamans donner à leur bébé autre chose que du lait ou des aliments préparés avec du lait.

C'est surtout après six mois que l'on se trouve en lutte avec cette terrible affection, à l'ào-e où le bébé est assez grand pour être assis à table, à côté de ses parents, comme un petit homme, à l'âge où il commence à tendre la main et la bouche pour avoir à manger un peu des aliments qu'il voit prendre par ses parents, à l'âge de cette alimentation bâtarde du sevrage, qui n'est plus celle du bébé de quelques mois et qui n'est pas encore celle de l'adulte dont le lait est définitivement exclu en o-énéral.

Dans les premiers mois de la vie, les parents, fussent-ils les plus ignorants du monde, ne donnent

jamais à leur bébé que du lait ou des aliments à base de lait, dont les digestions successives mais espacées peuvent, sans grand dommage immédiat au moins, s'accorder mutuellement dans le tube digestif.

Mais à partir de 6 ou 7 mois, quand l'enfant commence à faire ses dents, l'âge dangereux arrive. Non pas que l'évolution dentaire, en tant que poussée cono-estive des gencives et des bulbes dentaires, soit cause de douleurs névralgiques intenses ; car il est exceptionnel de voir l'intensité des douleurs névralgiques dentaires se transmettre au système nerveux central, au point d'en troubler brusquement le fonctionnement régulier à défaut de toute autre cause.

L'évolution dentaire détermine dans la bouche du bébé, sur les gencives, une démangeaison, une chaleur désagréable auxquelles l'enfant n'est pas habitué, et que le fait de téter aggrave en grande partie.

L'enfant, alors, mord tout ce qu'il trouve, ses doigts, son poing. Il bave abondamment, il est grognon, pleure et crie à chaque instant, et sans

qu'on puisse savoir pourquoi; la mère alors, pour le consoler lui donne à téter ou un biberon. Il se jette alors sur le sein ou la tétine qu'il mord avec rage, heureux d'avoir quelque chose à serrer contre ses gencives. Il léte plus rapidement qu'avant, il engloutit le lait au lieu de le laisser, comme autrefois, séjourner un temps appréciable dans la bouche, tant il a hcâte d'avoir iini de manger, à cause de la gêne douloureuse qu'il ressent en tétant.

Pour chercher à distraire l'enfant que l'on voit maigrir ou s'étioler, la mère ne sait que faire, et si dans un moment de rage dentaire, il est assis à table, il attrape tout ce qui est à sa portée, et le porte avec plaisir à. sa bouche. Si on a la faiblesse de lui donner un peu à manger des aliments servis, il y prend facilement goût, et par ses cris et ses pleurs saura exiger que l'on continue à le servir, même en petite quantité.

La nouveauté de la sensation qu'il éprouve en croquant un aliment inconnu pour lui jusqu'alors, lui fait naitre le désir d'en avoir d'autres.

Ceci ne serait bien souvent que demi-mal si on ne le couchait pas quelques instants plus tard avec son biberon ou une bonne tetée pour l'endormir.

Qu'arrive-t-il après cette tetée? Au contact du peu de nourriture absorbée tout à l'heure, et dont quelques parcelles peuvent encore se trouver dans l'estomac, si tout n'y est déjà plus, le lait arrivant se prend en un caillot de fromage plus ou moins volumineux, dont la digestion va plus tard être des plus pénibles. Le ventricule gastrique était en pleine dicrestlon ou à la fin du travail chliîilque qu'a nécesslté l'absorption d'un peu de bouillon, soupe grasse ou maigre, de pommes de terre avec sauce, de la bière, d'eau rougle, de fruits cuits ou autres aliments. Il existe du suc gastrique plus ou moins riche en acide chlorhydrlque qui coagule le lait.

L'estomac, épuisé après avoir digéré une partie de ce caillot, se contractera avec douleurs sur le reste du bloc de caséum que son suc gastrique affaibli n'aura pu finir de chymlfier pour lui permettre de passer dans l'Intestin à l'état deml-llqulde.

Un vertige d'estomac, un étourdissement survient brusquement sous l'influence de cette crampe ou au moins de celte contraction brusque de la paroi gastrique.

Ce vertige, ce simple éblouissement, comme on dit vulgairement, dans ce système nerveux aussi sensible, aussi irritable que celui du bébé, se traduit aux yeux de la mère affolée par une convulsion interne. Couché dans son berceau, l'enfant ne peut dormir, il pleure, se remue constamment ou bien est assoupi et a un sommeil lourd, puis brusquement le vertige arrive. Sous cette impression l'enfant ne voit plus nettement les objets, ses globes oculaires se convulsent, ne restent plus en équilibre, c'est-à-dire qu'ils deviennent momentanément strabiques et restent convulsés un temps plus ou moins long.

L'adulte à qui pareil vertige survient tout à coup s'appuie contre ce qu'il trouve auprès de lui, passe la main sur son front et ses yeux en attendant la fin de cette lourdie, mais le bébé subit l'impression

vertigineuse jusqu'au bout. Si, à ce moment précis, on vient à lui passer la main sur les yeux, on hâte, quelquefois, la fin de la crise nerveuse, c'est d'ailleurs ce que font toutes les mamans, instinctivement, lorsqu'elles voient leur bébé pris de convulsions internes avec strabisme plus ou moins prolongé.

Convulsions internes lorsque le caillot de lait est encore dans l'estomac. Convulsions externes avec raideur et soubresauts des membres si le caillot de lait a pu passer de l'estomac dans l'intestin à l'état de coagulum.

Les premières disparaissent lorsque l'enfant a le bonheur de vomir son lait sous forme de boudin de fromao-e. Les secondes s'atténuent lorsque l'intestin se vide au milieu des crises convulsives. Le vomissement ou la diarrhée survenant à point mettent généralement fin à ces scènes épouvantables jusqu'à la rechute prochaine.

Bien des médicaments nous sont de la plus o-rande utilité pour combattre ces accidents, mais il vaudrait beaucoup mieux ne pas avoir à s'en servir.

Le chloral, le bromure, l'éther, l'ipéca, les lavements salés, etc., sont d'excellents moyens ou préparations pour atténuer les convulsions, mais le principal est de prémunir la jeune mére contre la cause du mal. L'ébranlement nerveux occasionné par ces convulsions détermine des alternatives de congestion et d'anémie méningo-encéphaliques qui finissent par déterminer une inflammation franche des méninges.

Il ne faut pas croire que, toujours et au premier repas ainsi composé, le système nerveux va être surexcité par la difficulté que rencontre le tube digestif à digérer les caillots de lait. Malheureusement le début est souvent insidieux, nous disons malheureusement, car si le système nerveux se révoltait au premier repas contraire à l'hygiène, la mére aurait su se méfier plus qu'elle ne le f^it d'ordinaire.

Le début est souvent plus insidieux, l'enfant dort mal depuis quelques nuits, il pleure, se remue constamment dans son berceau. Ou bien il dort

d'un sommeil très léger, les yeux entr'ouverts, et se réveille au moindre bruit. Comme dans tous les cas d'irritation gastro-intestinale et surtout rectale, si l'enfant se frotte le nez, la maman est persuadée que ce sont les vers qui sont cause de tous ces symptômes.

Elle va alors chez le pharmacien, chercher un vermifuge qui lui est d'ailleurs toujours fortement conseillé par les voisines et le pharmacien luimême.

Si l'on n'avait recours qu'à des vermifuges anodins sous forme de tisanes (spigélie, mousse de Corse, semen contra, etc.) cela ne serait que demi-mal, mais malheureusement on donne, suivant les prescriptions du pharmacien, et pendant plusieurs jours de suite, soir et matin, des paquets de poudre contre les vers. Ces paquets, faciles à avaler, trop faciles même, contiennent soit delà santonine ou du calomel, soit delà scammonée, voire même quelquefois de la poudre de fougère mâle, excellente contre le ver solitaire !

On accuse les vers sans se douter un seul instant que c'est l'écart de régime qui est cause de tout le mal.

Un mieux quelquefois pourra survenir si le médicament a été bien supporté et a provoqué de la diarrhée, mais huit jours après, les mômes symptômes reparaîtront. La désinfection intestinale par élimination avait été produite par le médicament, et l'encombrement reviendra bientôt sous l'influence des mêmes causes et des mêmes errements.

On continue à donner au bébé des aliments d'adulte d'autant plus qu'il y aura toujours là, prés de la jeune mère, pour faire pièce au médecin, la grand'mére ou une voisine obligeante qui viendra dire : « Donnez à votre enfont un peu à manger, vous ne voyez pas que s'il crie c'est qu'il a faim ! Un peu de bouillon ne peut jamais lui faire de mal ! De mon temps, on ne faisait pas attention à toutes ces recommandations des médecins et on vivait bien et on se portait mieux que maintenant. »

Et dire que tout cela a un fond de vrai !

Nous avons pour ligne de conduite de prévoir toujours ces objections et ces conseils plus écoutés que les régies hygiéniques du médecin s'il ne sait pas persuader la mére et surtout son entourage. Voyant son enfant malade, la jeune maman s'affole et écoute tout ce qu'on lui dit.

Tout le monde d'ailleurs, à notre époque, veut être médecin. Sur trente-six iTiédecins il y a toujours trente-sept avis, car il faut compter celui de la voisine !

Incontestablement, disons-nous à la jeune mère, en donnant du bouillon ou un autre aliment plus riche que le lait vous ne donnerez pas un poison, mais c'est la sauce qui vient à la suite, sous forme de lait (biberon surtout), qui en tournant au contact de ces restes alimentaires pourra devenir infectieux. Mangeriez-vous du bouillon ou de la soupe grasse, boiriez-vous du vin ou de la bière et tout de suite ou quelques moments après prendriez-vous un bol de lait? Non, sûrement! Eh bien! pourquoi ce qui ne convient pas à un adulte conviendrait-il à un

bébé dont l'estomac est plus délicat et n'est pas encore organisé pour une nourriture très substantielle et variée. D'ailleurs, il ne faut jamais oublier ce vieux dicton :

Vin sur lait C'est souhait.

Lait sur vin C'est venin.

Sous l'expression vin, il faut, à notre avis, comprendre tout aliment, solide ou liquide, d'une composition chimique différente du lait ou du moins capable de coaguler le lait arrivant second dans l'estomac en travail de digestion, alors qu'étant arrivé premier et se trouvant en partie digéré, tout ce qui viendra après, n'aura en général que peu d'influence sur le lait en passe d'être chimifié.

En outre, ajoutons-nous, autrefois, du temps de la grand'mcre il y avait du bon lait, mais aujourd'hui il n'y en a plus. Tout cela est trafiqué. Le lait actuel est bien souvent mauvais avant de sortir du pis de la vache.

Avec cette objection, il est rare que nous ne soyons pas tous d'accord, excepté si, dans l'assistance, se trouve une laitière, mais son avis ne peut être qu'intéressé. Dans tous les cas, bien souvent le bébé profite pour la suite d'une hygiène alimentaire plus nette et plus franche. Il aura pour quelque temps encore son alimentation exclusive de bébé (lait et laitages) ou bien il mangera comme ses parents, sans exagérer naturellement ! et surtout en choisissant les aliments qui peuvent convenir à son estomac et dont le lait pur sera complètement supprimé. Ses nuits redeviendront meilleures, son sommeil sera plus calme . Il prendra des forces et de la fermeté dans ses tissus, alors qu'avec son alimentation mixte, il maiorissait à vue d'oeil par suite du manque d'un sommeil réparateur.

Dans notre clientèle, nous supprimons le lait, surtout chez les enfants élevés au biberon, aussitôt que nous le pouvons, et nous n'avons jamais eu à le regretter. Aussitôt les premières dents, nous faisons tous nos efforts pour que l'on ne donne du lait que

le matin, en guise de déjeuner, alors que l'estomac est vide, et le reste de la journée plus une seule goutte. Nous le remplaçons dans l'alimentation par tout ce qui peut convenir à un bébé (œufs, bouillie, purées, potages avec pâte, etc. etc.,) à l'exclusion du lait.

En nous cantonnant à propos de méningite aiguë franche dans la période de un jour à deux ans, âge où domine l'alimentation au lait, nous n'avons pas émis l'opinion que c'était l'âge où l'on rencontrait le plus de cas de cette maladie. Tous les traités de pathologie infantile fixent la plus grande morbidité par méningite entre trois et six ans.

Il nous a été impossible, faute de renseignements, comme peuvent en avoir les médecins habitant les centres de Faculté, de nous faire une opinion nette, basée sur des statistiques, sur les causes possibles de la grande proportion de décès à cet âge entre trois et six ans par ménino-ite.

Néanmoins, dans tous les cas que nous avons observés ou que nous avons pu reconstituer grâce à

l'amabilité des confrères ayant soigné le malade ou par l'interrogatoire des parents, toujours, à de rares exceptions prés, le lait était en faveur dans l'alimentation du petit malade, non pas toutes les fois sous forme de bols de lait pur, mais le plus souvent sous forme de laitages, thé au lait, café au lait, chocolat au lait le soir comme repas ou dans l'intervalle des repas qui avaient été composés d'aliments variés.

Diarrhée et Gastro-Entérite infantiles.

A côté de la méningite aiguë et des convulsions prémonitoires, comme cause de la mortalité des bébés, nous parlerons d'une autre affection des plus graves et en même temps des plus communes, surtout l'été, dans laquelle le lait joue le plus grand rôle. Nous voulons parler de la'gastro-entérite aiguë ou choléra infantile de Trousseau.

Cette affection enlève aussi très rapidement le petit malade, et le lait dans l'étiologie de cette

maladie entre comme un facteur principal et pour ainsi dire unique, puisque cette forme de diarrhée atteint surtout les enfants dans la première année et particulièrement chez ceux élevés au biberon. En été, les statistiques sont épouvantables à consulter à ce sujet. Dans certaines villes du Nord, en particulier, le tiers et même quelquefois près de la moitié de tous les décès d'une semaine est occasionnée par l'entérite ou la diarrhée chez les enfants de moins de deux ans.

Comme beaucoup .de confrères crieront à l'exagération lorsque nous parlons de la moitié des décès totaux, nous ne pouvons résister au désir de mettre sous les yeux des statistiques confirmant notre opinion.

Pour la ville de Lille, par exemple, d'après VÊcho médical dn Nord, voici quelques statistiques hebdomadaires prises pendant la période estivale dernière ^

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