‹ Les victimes du lait et du régime lactéChapitre 7 sur 10 · I.nS VICTIMKS DU LAIT · texte numérisé non relu

I.nS VICTIMKS DU LAIT

celui de la soupnpe sont percés de façon que le lait ne tombe pas, ce qui oblige l'enfant à téter. L'autre au contraire nous dit : Le fonctionnement de notre biberon est doux, lent, régulier, sans le moindre effort pour l'enfant. De ces deux biberons, tous deux sans tube, quel est celui qu'une mère, ignorante des lois physiologiques, choisira d'instinct ? Elle pourra se trouver très perplexe dès le début, mais, pour éviter un effort quelconque à son enfant, elle choisira, à tort suivant nous, celui dont le fonctionnement est si doux.

Par n'importe quel mo^^en, il faut s'efforcer de faire comprendre aux jeunes mères que l'enfant ne doit pas avaler son lait, qu'il ne faut pas lui verser ce liquide dans la bouche, car en agissant ainsi, on supprimerait la digestion buccale du lait, qui est d'une importance capitale. L'enfant doit téter ou au moins tuter, c'est une loi de la nature que nous ne pouvons éluder, malgré les meilleures préparations que nous puissions faire subir au lait en vertu de théories scientifiques basées sur la peur des microbes.

Le baptême salivaire que par la tétée le lait reçoit dans la bouche, empêche tout moyen de colonisation et de pullulation pour les micro-organismes qui existent dans le tube digestif par suite des digestions précédentes.

Le biberon sans tube a remplacé heureusement l'antique biberon à tube, véritable foyer d'infection, excellent instrument d'infanticide entre les mains négligentes ou peu soigneuses des nourrices mercenaires qui laissaient croupir le lait dans la carafe des heures entières, ou qui nettoyaient à fond le long tube toutes les fois qu'elles avaient le temps, ce qui arrivait rarement. Bien des mamans n'osent pas abaisser de temps en temps la carafe de leur biberon nouveau modèle, de peur que l'enfant ne vienne à téter à vide, de l'air comme elles le disent. C'est là une erreur que nous nous efforçons de combattre, l'enfant n'avalera pas plus d'air que lorsqu'il tutte instinctivement son pouce ou sa mam. Il intercalera au contraire entre ses gorgées de lait, quelques utiles gorgées de ferment salivaire

i.KS vu: ri M lis nu lait

qui complùteront l'insalivation insuffisante. Pour combaltre ulilement la gaslro-enlérile infamilc, il faut à tout prix que les médecins ne ménagent pas leurs explications toutes pratiques sur l'élevagé arlificiel, pour détourner les jeunes mères des biberons à tube dont le procès n'est plus à faire.

Dans certains cas tout à fait particuliers, avec de jeunes mères aussi dévouées que l'on peut l'être, nous avons dù, malgré toutes les bonnes raisons théoriques invoquées, donner notre avis sur l'ancien système. L'objection qui nous était faite résidait surtout dans la dose de patience dont la jeune mère ne se sentait pas douée pour tenir pendant quinze ou vingt minutes le biberon sans tube. Souvent on essayait ce dernier, mais les cris et l'impatience du bébé lui-même faisaient que l'on y renonçait et que, sans nous consulter, on achetait un ancien système, que l'on ne devrait plus trouver nulle part, et que, cependant, l'on vend encore dans bien des pharmacies. Force nous était donc d'émettre une opinion. Dans ces conditions, nous avons toujours eu recours

au biberon-pompe, que le professeur Bouchut préconise dans son Hygiène de la première enfance, mais avec les réserves suivantes :

1° La tétine sera percée d'un ou deux trous très petits, dont on surveillera l'agrandissement trop facile à faire sous prétexte d'un lait trop crémeux. Evitez la crème dans le lait, pour que ces orifices ne s'obstruent pas.

2° Aucune pièce odorante comme bouchon de liège, en celluloïd, rondelle de caoutchouc au bouchon, etc.

3° Un tube de caoutchouc très court (quelques centimètres à peine), à la sortie du bouchon de verre, sans aucun pas de vis. Ce bout de tube, tout en permettant une certaine aisance de mouvement à la tête du bébé, oblige la mère à tenir le flacon cà la main, sans lui permettre de le déposer près de la tête du bébé.

4° Cet espace entre tétine et bouchon, facilite la compression du tube en cas de précipitation dans la succion du bébé.

5" La soupape da tube intérieur est formée à l'aide d'une petite perle en verre, qui empêche les allées et venues du lait dans ce tube, toujours amorcé.

6" Enfin, nous demandions d'avoir toujours au moins deux ou trois biberons pour que l'on n'ait pas à se servir deux fois du même.

Ainsi compris, ce biberon ne possédait que le tube en verre intérieur et un très petit bout de tube en caoutchouc, pour être difîérent du bouchon de caoutchouc troué et muni d'un tuyau métallique avec tétine ordinaire que l'on désigne sous le nom de galactophorcBudin. Ce dernier appareil est intermédiaire comme système de préhension du lait entre la simple tétine en doigt de gant qui coiffe un flacon, et le biberon-pompe. Comme lui, il porte une tétine à l'extrémité d'un tuyau qui, à travers un bouchon, pénètre plus ou moins loin dans la carafe. L'espace qui sépare la tétine du bouchon permet, en pivotant, les mouvements alternatifs d'abaissement et d'élévation de la main, qui empêchent l'enfant de téter trop vite. Pour cette raison,

ET Da KÉGIiME LACTK

nous le prcfcrons à h simple tétine, qui coilTc une carafe et qui en remuant dans la bouche, au cours de ces mouvements, agace et énerve l'enfiint.

Le prix élevé de tout l'appareil (stérilisateur et galactophore) fait souvent hésiter la mère dans l'achat de ce système perfectionné, et malgré l'avis contraire du médecin, elle reprend l'ancien biberon à tube qui a servi quelquefois aux aînés de ses enfants et dont elle a l'habitude, vous dit-elle. Usiiscsl opl'uuits iiiagiskr : La pratique est le meilleur professeur. »

Le praticien se trouve quelquefois aux prises avec des difficultés matérielles pour faire adopter le système le plus perfectionné, et ne peut pas toujours imposer sa volonté à des mères, qui, par routine, sont rebelles aux explications que l'on peut leur donner. N'étant pas mercenaires, comme les nourrices soumises à l'inspection des médecins des bureaux d'hN'giène, on ne peut les contraindre par aucun moyen. Force est donc au médecin de pallier dans la mesure du possible les inconvénients du mode d'élevage artificiel qui aura été adopté.

LES VICTIMI-S DU LAIT

Avec n'importe quel système de biberon, ce que nous réclamons surtout, c'est une forte dose de patience et de surveillance pendant le temps que dure le repas du bébé.

Ajoutez à cette patience une propreté méticuleuse et un lait bonnête, non surcbargé de crème, et vous atténuerez beaucoup dans votre spbére d'action, ce fléau périodique qui tous les ans enlève dès leur bas âge des milliers d'enfants, venus au monde bien portants et ne demandant qu'à vivre.

S'il ne fallait que de la patience, dira-t-on , rien ne serait plus simple ! C'est une grave erreur à notre avis ; dans cette fin de siècle où cbacun, par nervosisme ou habitude, veut avoir fini avant d'avoir commencé. A peine l'enfant a-t-il pris quelques gorgées de lait que l'on voudrait déjà qu'il eut terminé. On ne veut pas l'entendre crier, on a peur qu'il meure de faim et on le gave sans s'en douter.

11 suffit, pour se rendre compte de la vérité de

cette opinion, de comparer une vieille grand'mérc donnant le biberon à son petit-fils, avec une jeune mére que tout impatiente et énerve.

Devant une telle situation les uns préconisent le lait préparé de telle ou telle Aiçon, avec tel appareil meilleur que tous les autres qui, aflïrment-ils, sont des plus nuisibles. Les autres accusent le biberon que l'on emploie, et conseillent d'acheter le leur qui remplit tous les desiderata voulus pour nous donner des enfants très robustes qui ne seront jamais malades. Tous les biberons inventés avant celui-là ne valent rien, malgré toutes les récompenses qui leur ont été accordées par les sociétés savantes les plus désintéressées, il y a quelques années ci peine. Au milieu de toutes ces contradictions, la mortalité augmente dans de telles proportions qu'elle effraie tous les hommes de cœur, savants ou non, de tous les pays.

C'est au point qu'un praticien distingué, le D-- N. Rousskikh (d'Ekatherinebourg, Russie) a pu dernièrement, dans la section d'hygiène du Congrès

LUS VICTIMKS DU I.AIT

inlcrnational à Moscou^'), cincttrc cette opinion tristement vraie et non contredite, que la mortalité infantile dépend jusqu'à un certain point de l'insufilsance et de l'incohérence de nos efforts pour la combattre. Il a même été jusqu'à proposer une alliance internationale contre ce fléau, que, d'après lui, beaucoup de gens considèrent comme une fatalité échappant à notre influence. Cette alliance aurait pour but de venir en aide aux mères de famille que l'ignorance, la misère ou l'entêtement routinier empêchent d'élever rationnellement leurs enfants en bas âge.

En fournissant aux mères indigentes du lait stérilisé, on a pu dans certaines villes abaisser la mortalité par diarrhée infantile de près de moitié, mais nous sommes convaincu que ce magnifique résultat est dû surtout au dévouement des médecins et aux conseils pratiques qu'ils se sont donné la peine de fournir à chaque mère en particulier.

(i) Congrès iiuernation.il de Moscou, huicpcnduncc mcilicalc, 1897, page 352.

Les bienfoits du lait stérilisé seront vite annihilés dans un biberon malpropre, dont le contenu sera avalé en quelques minutes, pendant que la mère vaquera à ses occupations, même avec les fioles du stérilisateur qu'elle saura disposer et caler auprès de la tête du bébé, pour qu'il puisse téter à pleine bouche sans qu'elle ait la peine de tenir le biberon. Comme on le pense bien, le problème est complexe et ne saurait par là même, être résolu par une simple combinaison dans l'élevage artificiel (changement de lait ou changement de biberon).

Rappelons toujours aux jeunes mères que l'enfant ne sait que téter, pour se nourrir, et que c'est d'ailleurs ainsi que le lait aime à être avalé. Adaptons tous nos efforts à ce mode de préhension devant lequel nous devons nous incliner. Ne cherchons pas à soumettre l'enfant à une alimentation théoriquement bonne par des moyens théoriquement rationnels, les faits pourraient bien souvent donner tort aux meilleures déductions scientifiques. Tout le

traitement préventif de la gastro-entérite des bébés

T.r.S VICTTMIZS nu I.AIT

consiste diins une étude approfondie des meilleures conditions dans lesquelles doit avoir lieu l'élevage artificiel, conditions que l'on peut résumer en ces trois données : patience dans l'administration du repas, propreté méticuleuse de tout ce qui peut toucher le lait, et enfin lait honnête se rapprochant le plus possible de celui de la Belle Étoile, à défaut de celui de femme.

Lorsque la diarrhée est déclarée et qu'il n'y a plus à songer à prévenir le mal, lorsqu'il faut au contraire le combattre dans ses phénomènes aigus et promptement mortels, nous avons recours systématiquement à un mode de traitement palliatif et curatif, qui ne nous a que très rarement fait défaut.

Renoncer au lait immédiatement, quel qu'il soit, pendant douze ou quinze heures, et même quelquefois vingt-quatre heures. Soulager l'enfant par des moyens simples, diminuer le flux intestinal pour éliminer dés le lendemain par un purgatif ad hoc les reliquats des digestions précédentes que la bonne nature a été impuissante à balayer.

ET DU RfiGIME LACTÉ

Nous renonçons au lait aussitôt l'apparition d'une dianiicc abondante, aqueuse avec des grumeaux de lait, semblables à des haricots blancs dans les selles. Q.ue ce soit le lait stérilisé, le lait cru ou le lait bouilli, voire même le sein de la mère, il y a lieu de mettre l'enflint à la diète quelques heures. Dans les cas d'élevage au sein, comme la diarrhée infectieuse est rare, il ne nous est pas donné souvent d'avoir recours à la suppression momentanée de l'allaitement, sauf dans les six premières semaines.

Après la désinfection de l'intestin par évacuation purgative, nous reprenons le lait avec une extrême prudence, en ne permettant pas que notre malade avale en quelques secondes le contenu de son biberon comme il le faisait avant.

Nous prescrivons le lait dans les mêmes conditions ou à peu près, comme dans la médication lactée, dont nous parlerons plus tard au sujet de la cure lactée chez les adultes. Dans l'intervalle des repas de lait, on donne à boire au bébé à sa soif, mais pas même du lait coupé. Ce seront des tisanes,

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