‹ Les vieilleries lyonnaises de Nizier du Puitspelu [pseud.]Chapitre 17 sur 32 · LES PROCESSIONS · texte numérisé non relu

LES PROCESSIONS

fixtion que Yime^ en son état de développement, serait capable de se figurer. On ne m'en voudra donc pas de trouver que ceux qui se révoltent contre ce sentiment instmctif se privent volontairement d'une sorte de sens esthétique et moral. H n'y a pas grand' satis£iction à se priver d'une jouissance élevée ; il n'y a pas grand' gloire à ne pas goûter Homère ou Raphaël.

Mais, comme tous les sentiments intimes, profonds, qui partent des entrailles, le sentiment religieux, si par malheur il n'est pas entièrement, absolument sincère dans ses manifestations, s'il s'y mêle un grain d'impureté : ostentation, /os^, pharisaîsme; si l'on entrevoit qu'il n'y a pas en lui l'absolue simplicité du cœur; si l'on devine, par exemple, qu'il n'est qu'une couverture pour une passion politique ou privée, il révolte autant qu'il avait attiré. C'est un or qui ne souffire pas d'alliage. Cette sorte de lame de rasoir que vous croyez avoir le long de l'épine dorsale, lorsque vous entendez un honmie exprimer quelque beau sentiment qu'il n' éprouve pas, cette lame de rasoir, je sens aussitôt son firoid glacé, si je me trouve en présence d'un homme qui « se conmiande » son sentiment religieux, au lieu d'en être commandé. J'ajoute que le châtiment de tout ce qui veut être beau et n'est pas sincère, c'est le ridicule. Cest ainsi qu'entre le sublime et le ridicule il n'y a souvent pas l'épaisseur d'un cheveu de vierge.

Les processions dans nos campagnes du Lyonnais, un peu loin, ont bien plus de charme que celles de b ville. Outre que

nos mes sont bien tristes à côté de ces chemins des champs, bordés de haies par dessus lesquelles la vue s'étend sur les prés, les vignes, les moissons, jusqu'à ces beaux profils des montagnes, d'où le soleil, à son coucher, vous envoie ses longues flèches d'or, il y a, dans nos villes, quelque mélange de choses d'ordres divers. H y a davantage pour l'extérieur. H y a des militaires^ des musiques de r^[iment qui jouent de vulgaires pas redoublés. Tout cela n'a pas bien le caraaère religieux. Puis il y a un public, une galerie, des r^[ardants et des r^;ardés. A la campagne, il n'y a que des fidèles. Pour spectateurs, les alouettes dans leurs nuages.

Cependant, nos processions de la ville ont leur beauté et leur touchant. J'aime de préférence celle de Saint-Jean. D'abord parce qu'ordinairement elle a quelque chose de plus grave que les autres. Puis elle personnifie un peu ma vieille cité. Mon vieux sang de Lyonnais s'échauffe quand je vois de loin s'avancer la bannière du chapitre, qui n'a qu'un lion héraldique, sans plus, sauf dans le bas deux petits écussons écartdés que je n'ai pu discerner hier et qui représentent sans doute les armes pontificales et celles du chapitre. Dans mon jeune temps, la bannière portait cette belle devise : ecce leo tribu juda. Elle a disparu sur la nouvelle bannière. Je suppose que cdleci est plus archéologique et que la devise était peut-être d'addition récente.

H y a quelques années, on avait essayé de remplacer la bannière du Lion par une bannière fiiite à Munich. A ce moment on était engoué de cet art allemand, prétentieux, mièvre, et

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