‹ Les vieilleries lyonnaises de Nizier du Puitspelu [pseud.]Chapitre 18 sur 32 · LES PROCESSIONS I9I · texte numérisé non relu

LES PROCESSIONS I9I

sans aucune science sérieuse, auquel on a essayé de £iire une réputation. On pouvait s*étonner, avec raison, qu'on n*eût pas demandé à Lyon, si célèbre par ses tissus et ses ornements d'église, ce qu'on était allé chercher si loin pour si piètre résultat. Quoi qu'il en soit, la bannière de Munich ne parut heureusement qu'une seule année.

Ce n'est pas qu'il n'y ait beaucoup à faire pour améliorer notre goût lyonnais en matière de bannières. En général, elles sont atroces. On devrait d'abord penser que la bannière doit être surtout un tissu, et non un tableau avec fond, perspective, etc. On prétend que la première bannière fut la chape de saint Martin, portée dans les combats par le comte d'Anjou, grand sénéchal de France. Ce qui est certain, c'est que, durant le moyen âge, les bannières ne furent que des tissus armoriés. On doit proscrire absolument de la bannière la peinture à l'huile, et encore plus la broderie en relief. H y a, à Lyon, tous les éléments pour Êdre de belles bannières, d'un bon goût. Nous avons des Êibricants qui sont eux-mêmes des artistes consommés.

Me permettra-t-on de trouver que la procession de la primatiale va perdant un peu de sa gravité ? Elle se laisse aller au pli nouveau. Sans doute, ses longues files de clergé, séminaristes portant surplis à la lyonnaise, diacres et sous-diacres en dalmatique, prêtres en chape, lui maintiennent un caraaère de solennité. Mais on y laisse introduire des manques de goût, pour lesquels il me semble que jadis on était plus sévère. On voit que nous sommes en pleme dévotion romaine. Hier, de

gentilles fillettes, vêtues de blanc, portaient sur les épaules on monstrueux cœur enflammé, en or avec des points rouges. C'était hideux. Plus loin, on porte une petite statue de plâtre ou de cire, enluminée. Jusqu'à des tableaux avec leurs cadres. Ce n'est pas de nos vieilles traditions lyonnaises. Et ces petits en£smts déguisés en Jésus-Christ, avec une couronne d'épines sur la tète, c'est très mignon peut-être, mais, quoi qu'on £isse, cela sent sa mascarade. Laissez-les, je le veux bien encore, dans les paroisses, pour la plus grande joie* des parents et l'admiration des bonnes fenmies, mais qu'au moins la sévérité de notre vieux rit lyonnais ne soit pas altérée où l'on doit surtout la chercher, à la primatiale.

C'est surtout dans la première jeunesse que les cérémonies religieuses, et particulièrement les processions, font une impression vive et profonde. H n'y a pas de sentiment qui soit plus en harmonie avec l'âme du jeune homme que le sentiment religieux. H se Ëiit, à l'adolescence, comme une ouverture du cœur sur toutes les choses élevées et belles, et tous les an\ours se confondent. Le dévouement à une idée et le dévouement à quelqu'un se tiennent de si près, à cet âge où les ardeurs n'ont d'égales que les puretés!

Mais, à cet âge aussi, rien dans la procession ne produit plus d'impression que la vue de ces longues files de robes blanches. Encore aujourd'hui, en cheveux grisonnants, je ne suis pas certain d'y être absolument insensible. Pourtant, à parler firanc, et sans vouloir médire de nos belles jeunes filles d'à présent, il me semble que celles d'autrefois étaient encore bien plus belles 1

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