LES PROCESSIONS I
— A moins que ce ne soît ma vue qui aît baissé. — Il me souvient d'en avoir vu d'admirables, mais une encore plus que toutes les autres. Je la vois encore. C'était la seconde au troisième rang, à gauche, dans le chœur des chanteuses. Brune, à la joue veloutée, dans la fleur de ses quatorze ans, elle semblait moins encore enveloppée dans les plis de son long voile blanc que dans un nuage de piété céleste. Je vous assure que c'était très beau, quand ces petites entonnaient de leurs voix douces et conune émues, un vieux motif, naïf et doux, que je voudrais pouvoir écrire comme je l'entends encore dans mon oreille :
Le monde, trompeur et volage.
En vain m'offiîrait sa faiveor.
Je n'en veux point ! tout mon partage Est de n'aimer que le Seigneur!
Maintenant je reconmds volontiers que lorsqu'avec l'âge, le sens critique s'est développé, il peut trouver à s'exercer sur certains petits détails des processions qui sentent leur infirmité humaine, conmie tout en ce monde. Je connaissais un brave artiste lyonnais, mort aujourd'hui, qui jouait à lui tout seul la plus exacte et la plus amusante parodie d'une procession d'un village aux portes de Lyon. Rien n'y manquait. Le gardechampêtre, sabre au poing, avec une jambe de six pouces plus coune que l'autre, ouvrait la marche. Le porteur de la bannière de la paroisse. Élisant des e£Forts inouïs contre le vent, se disputait avec ses aides : — a Prends donc garde au réverbère I — Cré-noml j'y connais mieux que toi, voilà trente ans que
Ijt VmXkHa Ijmm a im , ij
194 ^^^ VIEILLERIES LYOKKAISBS
je la porte ! » Ou bien, lorsqu'il Sivait ba deux oa trois bouteilles pour se donner de la force, marmottant entre ses dents : « J'y comprends rien qa'elle est tant pesante, c't'année 1 Tannée passée, je la portais comme le soulier de ma petite au bout d'une fourchette! » — Le jeune « courrier du saint sacrement, » habit noir, gilet blanc, affidré, le front couvert de sueur, courant et recourant d'un bout à l'autre de la procession, à la main sa baguette d'ébène avec un petit ostensoir d'argent au bout, en s'écriant constamment : « Allons, mesdemoiselles, pas de lacunes! pas de lacunes! » — Les petits des écoles des Frères, en rondins, avec des couronnes de roses, sous lesqiielles parfois passait un bout de toile cirée, criant A tue-tête :
Lancez, lancez vos traits, je ne cndns rien; Censeurs, je vous méprise !
Mon bras, vainqueur, les brise.
Les brise!
Les gones de la a Mutuelle », pantalons blancs, bien frais, blouse bleue serrée par une ceinture de cuir noir, calotte rouge à deux raies noires, formaient un chœur sous la direction du « moniteur » marchant à reculons et battant la mesure avec des gestes importants. Mon artiste, rien qu'avec sa voix, chantait le chœur, où les ténors étaient r^lièrement en avance de âx mesures et demie sur les basses. Et la musique du pensionnat qui jouait la marche de Nomuiy avec des taratara épouvantables. Et le jeune vicaire qui, en ouvrant et fermant une boîte A^ k/^îc îtYiîi^Qt un bréviaire, Êdsait : pan, pan! — Et, à ce e imitant le geste d'encenser, on entendait, à