‹ Les vieilleries lyonnaises de Nizier du Puitspelu [pseud.]Chapitre 20 sur 32 · LES PROCESSIONS I · texte numérisé non relu

LES PROCESSIONS I

intervalles ^ux, le klign, klign des Incensoirs. Puis le tambour des pompiers £dsait ran-tan-plan , ran-tan-plan, rrrranrrrran ! Et le capitaine, d'une belle voix de commandement, criait : Front! — genou! — terre! — cependant que la nnisique du pensionnat entonnait en sourdine l'air de Zampa :

Sainte Alice, protégez-nous, Nous prierons Dieu pour vous !

Tout cela était admirablement imité par mon ami l'artiste. On peut se moquer de tout ! mais tout cela ne nous empêchait pas, l'artiste et moi, d'être émus à la procession. Ne vous est-il jamais arrivé de vous moquer de vous-même et de pleurer en même temps?

Par exemple, ce que je ne trouve pas très heureux, « au point de vue » de l'art, c'est, dans certaines paroisses, de &ire habiller de blanc des confréries de vieilles filles. Grands dieux ! est-il possible de croire que ces adorables adolescentes, que nous venons de voir défiler, deviendront tantôt comme cela ! Hélas, quelle dure loi, celle qui veut

Que tout, avec le temps, par le temps soit vaincu.

Et que la rose, à la parfin, devienne la rime !

Quand j'étais à Saint-Pierre, nous avions un camarade très gentil, mais cerveau brûlé s'il en fût, ce que nous appelons à Lyon un fouràchaux. Une Fête-Dieu, nous étions sur le trottoir de l'Hôtel de Ville, en rue Lafont, à regarder passer la

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procession de Saint-Pierre. Survient la confrérie des vieilles filles, bannière en tête. — « Tiens, me dit mon camarade, je te gage un vermillon que j'embrasse cette grosse réjouie qui porte la bannière, » — « Gageons que non ! » — Sitôt dit, sitôt £dt, il va conmie pour traverser rapidement la procession (quoique ce fût défendu), s'arrête brusquement devant la porteuse de bannière : bzt à gauche, bzt à droite ! — Que voulez-vous que fit la pauvre, qui ne pouvait bouger les mains sans laisser choir la bannière en travers de la procession ?

Quel scandale. Seigneur! — Mais déjà le coupable s'était évaporé dans une allée. Un bedeau, un courrier du saint Sacre* ment et trois romains étaient à sa poursuite. — Qu'en advintil? — Suffit que, la procession défilée, nous nous dirigeons vers le quai du Rhône. Au débouché de la rue du Garet, nous voyons arriver notre camarade, tranquille comme Baptiste : — a Hein? Si j'avais pas connu les allées qui traversent!... »

H Ëiut se rappeler qu'en ce temps, où je n'avais pas de parapluie, j'allais de la rue Lafont en rue Bellecordière, par un aval d'eau, sans me mouiller si peu que rien, le temps de traverser à la course quelques rues de quatre mètres de largeur.

Les processions des paroisses les plus pauvres ne sont pas les moins belles. Celle de Saint-Polycarpe, par exemple, est célèbre par le grand nombre de jeunes filles en blanc, par ses congrégations, ses costumes allégoriques.

La raison en est peut-être que la paroisse compte un grand nombre de femmes. Les femmes (quelle décadence !) sont, en efiFet, devenues l'élément presque exclusif des processions, tan-

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