‹ Les vieilleries lyonnaises de Nizier du Puitspelu [pseud.]Chapitre 25 sur 32 · I. M. Vindry, hélas ) est mort à la fin de juillet i88o · texte numérisé non relu

I. M. Vindry, hélas ) est mort à la fin de juillet i88o

arrive un soir de pluie par le bateau à vapeur, après trois jours de navigation sur le Rhône, il le conte de Êtçon à ressusciter pour nous un aspea curieux de Lyon, déjà oublié.

Sur un esprit et un corps d'en&nt, accoutumés au plein air, au grand soleil et au mistral, le climat lourd, l'air épais de Lyon, la vie sombre et resserrée de la grande ville, devaient jeter une singulière tristesse. A la place du petit, j'en serais mort. On ne peut pas vivre à huit ans, n'est-ce pas, sans une île déserte, et le moyen de s'en Êibriquer une à un quatrième étage, dans une maison sale et humide, rue Lanterne ?

« Oh! l'horrible maison! nous dit le pauvre petit, je la verrai toute ma vie : l'escalier était gluant; la cour ressemblait à un puits; le concierge, un cordonnier, avait son échoppe contre la pompe... C'était hideux. »

Rien de plus vrai que la peinture. Et ce qu'il y a d'étrange, c'est que si, au lieu d'y arriver à huit ans, le petit Chose y était né, dans cette maison, elle ne lui rappellerait sans doute que des souvenirs charmants. Il la reverrait avec attendrissement dans sa mémoire, comme je revois la maison, un peu sem* blable, de la rue Grenette, où je suis né. Toute la valeur des choses est en vous-même. Qui peut trouver quelque charme à l'odeur de la corne brûlée ? J'ai eu pourtant un ami qui ne pouvait respirer cette puanteur sans délices. . . Dans sa première jeunesse il avait aimé la fille d'un maréchal-ferrant^

Une observation fine et juste de M. Daudet, c'est la peine que cause l'obligation de prendre des habitudes nouvelles, et le dédain étonné que l'on éprouve pour ces gens qui appel-

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lent les choses d'un autre nom que nous! « Les heures des repas étaient changées... Les pains n'avaient pas la même forme que chez nous. On les appelait des couronnes. En voilà un nom ' !

a Chez les bouchers, quand la vieille Annou demandait une carhonade^ l'étalier lui riait au nez ; il ignorait ce que c'était une carbonade, ce sauvage... »

Je me souviens très bien que la première fois que j'arrivai i Paris, je fus véritablement révolté, moi aussi, de ce que les boulangers me riaient au nez quand je leur demandais une « miche ». Et le garçon de café, était-il stupide, quand je réclamais, pour rafraîchir mon gosier desséché par la poussière des boulevards, un verre « d'eau blanche ». L'animal eût été capable de m'apporter de l'extrait de Saturne! Il ne savait seulement pas que l'eau blanche, c'est de l'eau-de-vie anisée. Lorsqu'enfîn je fus parvenu à me Eure comprendre, je lui demandai : « G)nmient appelez-vous donc l'eau blanche dans votre localité ?» Je ne me souviens pas de sa réponse.

L'arrivée des ca&rds au logis de la rue Lanterne est un événement de haute importance. Je le comprends. Le £iit est que la seule vilenie que Lyon renferme, ce sont les ca£irds. Avec la meilleure volonté du monde, impossible d'y trouver la moindre poésie. Les anciens prétendent même qu'il £iut vite les regarder avant qu'il vous regardent, sans quoi ils portent malheur. Pourtant il leur feut rendre justice : le ca£ird, c'est bon époux. Du moins je l'ai toujours entendu dire, et je suis porté à le croire.

I. Jusqu'à la lecture de M. Daudet, j'ignorais que couronne fût lyonnais. Je croyais bonnement que cela se devait dire panout.

relise. Au moins une fois par semaine, Tabbé disait, entre deux prises : a Demain, pas de classe du matin. Nous sommes d'enterrement. » D'enterrement, quel bonheur !

La description du port du viatique aux malades, avec le petit dais rouge, les fidots dorés; les hommes se découvrant, les

femmes se mettant à genoux; la sentinelle qui crie : « Aux armes ! » les soldats sortant en désordre, s'alignant en hite; le « genou terre! » de Tofficier; les tambours battant aux champs, tout cela est encore pour nous la résurrection d'un « bout » du Lyon qui bientôt sera ancien.

Je ne note qu'une inexactitude : le petit Chose marchait devant le dais, dit-il, agitant une crécelle. M. Daudet a bit confusion. La crécelle est des pays du Midi. Chez nous on a toujours use de la clochette.

C'est que c'est très amusant d'être dergeon ; le fourniment de petit ecclésiastique, renfermé dans la petite armoire : la soutane noire avec une longue queue ; l'aube, le surptis à grandes manches roides d'empois; les bas de soie noire; les deux calottes, l'une en drap, l'autre en velours, et les rabats bordés de petites perles blanches!... Hélas, plus d'une vocation ecclésiastique ne s'est peut-être pas décidée autrement que par ces impressions d'enËmce!

Ce fut un triste jour pour le petit Chose, que celui où il fallut quitter la manécanterie pour le coU^e, où il avait obtena une bourse d'externe, et où sa blouse quadrillée le Êdsait considérer comme un « gone » par les autres fils de bourgeois. — (( Gone ! » L'auteur a décidément passé son en£mce i Lyon.

M. Daudet n'a, dans son livre, peint de Lyon que large comme la main, mais ce petit firagment est vu. Cela suffisait pour lui feire trouver place dans notre cadre. Ce serait en sortir que de parler du reste de l'histoire, pour agréablement qu'elle soit dite, et finement.

tandis qu'à Lyon c'est de la religion et un certain sérieux mipédant, mi-modeste, qu'il Êiut afficher, » il ne suffit pas de dire cela pour croire avoir peint Lyon et les Lyonnais. Outre que les propositions ne sont rien moins qu'absolument exactes, les types humains sont autrement compliqués et divers !

Notre auteur, d'après cet ouvrage, ne parait pas avoir été fort satisÊut du Lyonnais, et on le croit sans peine. Pour apprécier ce qu'il peut valoir, il Êiut le pénétrer, pour ainsi dire. M°** Blandy va même jusqu'à montrer quelque étonnement de ce qu'elle croit être chez nous un excès de patriotisme local.

Lyon, dit-elle, est plein d'honnêtes gens, de gens instruits, intelligents même parfois, qui poussent jusqu'au culte, jusqu'à la dévotion, l'amour de leur vieille cité. D'autres villes sont plus illustres, plus pittoresques ou plus gaies que Lyon ; nulle n'est plus aimée. Ce n'est pas comme l'on aime généralement sa patrie que les indigènes des Terreaux, des Brotteaux ou de Penache chérissent leur ville ; ils ont pour elle la fdblesse d'un amant pour sa maîtresse ; ils admirent tout d'elle, surtout ses imperfections...

n n'est pas possible, j'imagine, de Êiire plus bel éloge de nous autres Lyonnais, en croyant Êiire une épigramme. J'en sais, en effet, des Lyonnais comme cela, et si vous connaissez Puitspelu, vous en connaissez au moins un !

En 1874, M"»* Blandy publia Bénédicte Winiefçka, où Lyon et sa banlieue servent aussi de décor à l'action.

Ce livre, écrit avec une délicatesse féminine, a un mérite : il est chaste, il possède de l'influence moralisante des romans anglais. Je ne dirai pas que les portraits y soient d'un lyonnais bien marqué, ni même qu'ils soient bien profondément fouillés. Cependant, entre cet ouvrage et le précédent, l'auteur parait avoir pénétré un peu plus avant parmi nous. Je note même des observations caraaérisdques; M°** Blandy £ût dire

à Tun de ses personnages : « Nous sommes gens pratiques, gens d'affidres, c'est entendu ; mais qui ne voit que ces dehors ne nous connaît pas bien. Ces qualités du terroir se combinent en nous avec une propension à l'enthousiasme... La plupart de ces commerçants-nés que Ton trouve à Lyon sont de pensée active et chaude sous les dehors que vous savez; quelques-uns d'entre eux vont même jusqu'aux utopies... »

Et l'auteur ajoute : « Pareille tendance se retrouve , mais amplifiée, dans les classes populaires, ce qui prouve surabondamment que cette alliance de l'idéalité et du réalisme journalier est bien le trait de la race... »

Le romancier ici a vu juste, très juste. H parait indiquer, du reste, que la lecture des Ltttres et fragments d'un jeune Lyonnais, Joseph Pagnon, qui furent publiés en 1869 par un de ses amis, lui a ouvert quelques-uns de ces côtés intérieurs du caractère lyonnais, que la seule firéquentation des personnes pouvait difficilement Êdre deviner.

Tek sont, à ma connaissance, les principales compositions littéraires dont les auteurs ont placé les scènes à Lyon. C'est peu par le nombre. Mab si les fictions sont rares, combien abondantes seraient les réalités que l'on ne peut transporter id. Que de romans, tristes le plus souvent, qui n'ont jamais été écrits! Notre ville, dans son enveloppe de brouillards gris et glacés, a renfermé et renferme encore, si l'on ne me l'a pas changée, bien des cœurs ardents, passionnés, quoique l'on sache id dissimuler, mieux qu'ailleurs, ce qui est au fond de soi. Le Lyonnais se livre peu. Mais lorsque, jeune, l'on a eu

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de chaudes amitiés, lorsqu'on a pu entrer un peu avant dans qudques âmes, on voit que Tinfluence de la passion est aussi grande, plus profonde même que sous de plus brillants soleils. Ce n*est pas vainement qu*un jeune Lyonnais, mon à vingttrois ans, écrivait : « Ah ! que Dieu doit être beau, puisque ce vase d'argile qu'il nous a donné, pour notre perte ou notre sanctification, a tant d'ineffiible beauté M... » Seulement, tout réfléchi, je aois bien que ce n'est pas pour notre sanctification*.

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