‹ Les vieilleries lyonnaises de Nizier du Puitspelu [pseud.]Chapitre 5 sur 32 · I. Un panneau, c*est une queue de monie, naturellement · texte numérisé non relu

I. Un panneau, c*est une queue de monie, naturellement

Texubérance et rassurance du politicien. Or me semblait-il que les canuts c'étaient les vrais démocrates, qui connaissaient, pour les avoir senties, les misères du pauvre monde, ef, que l'autre, c'était un acteur sur un théâtre, faisant le rôle du a peuple », comme Talma celui des rois.

Qui a vécu avec le canut, qui Ta vu dans ses joies et dans ses tristesses, au lieu de le trouver lourd et ridicule, comme le font les beaux esprits, ressent pour lui de la sympathie, et, hélas! souvent de la commisération.

H m'est avis que celui qui représente le mieux le type (peutêtre parce que je le connais davantage) c'est le « tafFetaquier », et avec lui le « velouquier ».

Et d'abord songez combien son travail est peu varié ! Toujours les mêmes mouvements : une régularité navrante ! Si du moins on pouvait se déroidir les jointures de l'esprit en le laissant vaguer un peu ! Mais quoi ! la contrée où sa pensée se promène est limitée du côté de vent par son battant et du côté de bise par les pieds de son métier. Malheur à lui s'il avait l'imagination vagabonde. Au retour de voyage il trouverait sa &çure' sursemée de crapauds % constellée d'arba-

1. Partie de Fétoffe qui est en voie de s'exécuter. Mot tiré du radical qui a fait façon (faciionem)^ avec le sufHxe lire, comme dans armure^ etc. La façure est la partie de Tétoffe que l'ouvrier est en train ait façonner,

2. Défaut qui se produit lorsque quelque maille du remisse est cassée, et que, le fil n'obéissant plus à la lève ou à la baisse des lisses, la trame passe par dessus ou par dessous, ou par quelque autre raison de ce genre. Avec nne très grande bonne volonté, complétée par une très grande imagination, on peut y voir l'image d'un crapaud.

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lètes% jonchée de trames tirantes*. D Êiut dé&ire, re£iire. Or bien plus pour le pauvre canut que pour l'Anglais time is monnaie. Sa journée n'est pas pour supporter à Taise une grosse brèche.

Ne croyez mie que ce travail abrutissant suppose manque d'intellect. H y 6ut au contraire beaucoup de savoir-Êdre et de coup d'oeil. Le canut a en moyenne huit ou dix mille fils à surveiller. Si un seul de ces fils casse, il doit le voir. Sinon, dé&ut. Si c'est sur le rouleau que le fil casse, c'est presque impossible de le voir : il doit le voir quand même. Si un fil, sans être cassé, est mal passé au remisse ou au peigne, c'est encore très difficile à distinguer, mais il doit le voir encore, car c'est aussi un déÊiut, et les dé&uts, nous en connaissons les suites.

Au moins, pour cette surveillance, &udrait-il du jour à discrétion. Mais quoi ! vous est-il jamais arrivé de visiter im atelier de canut ?

Chut sur la montée d'escalier. En y passant tous les Lyonnais diraient, comme le Marseillais : « Ne vous intriguez pas, je sais ce que c'est. » Seulement ce n'est pas la même chose. — A la longue on s'y &it. Les fosses nasales se cautérisent.

1 . Défaut qui se produit lorsque quelque gros bouchon se trouvant à un fil de la chaîne, la trame s'y accroche, ne joint pas l'étoâfe, et tire ainsi comme la corde d'une arbalète dont le bouchon est la flèche.

2. C'est lorsque quelque obstacle empêchant la canette de se dévider à la tension voulue, la trame, en tirant, fait se contracter l'étoffe.

Entrons. Fone odeur de Êiganat ^ Le canut se donne garde d'ouvrir les fenêtres : « Ça feit entrer le froid, et alors ça casse attenant, et après quelques coups de battant, la medée* est toute en bavasse. » Et sais-tu, lecteur, ce que c'est qu'une medée en bavasse ?...

L'atelier, ou mieux ateyer, a trois fenêtres. Au long de cette Êiçade, deux métiers dits en première vue. Parallèlement, un ou deux métiers en seconde vue. Le tout serré conmie des brignoUes. Dans un coin, un dévidoir pour la trame, un rouet pour les canettes.

Les métiers en seconde vue sont mal éclairés. Que sera-ce aux étages inférieurs ? Aussi à la Croix-Rousse, c'est le rebours d'ailleurs, le prix du loyer enchérit à mesure que l'on grimpe. Le moindre prix est celui du premier étage ; le plus élevé celui du cinquième.

Comment les pauvres canuts pouvaient-ils travailler, alors que, au lieu de vitres, on n'usait que de papier huilé, collé sur des châssis, montants et descendants, conmie ceux qu'on voit encore, mais vitrés, dans les vieilles maisons, en Suisse et en Angleterre ? H n'y a pas si longtemps de cela. Dans le premier quart du siècle, Cochard pouvait encore écrire : « On ne con-

1. Tout le monde connaît l'odetir de faganat. Le nom vient de l'odeur de la fouine qui, en provençal, se nomme fagidna,

2. La medée est la portion de la chaîne comprise entre le remisse et rétoffe déjà £ibriquée. C'est dans cette portion que passe la navette. Mot bizarre, dont l'origine m*est inconnue. On songe tout de suite à mediata^ de médium (parce que cette partie est intermédiaire), mais Tétymologie est Inadmissible conmie forme.

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^serve plus tes châssis que dans les ateliers où Ton manu£u:ture les étoffes de soye, soit pour ne pas blesser la vue des ouvriers, soit aussi pour ne pas altérer la finesse des teintes par un je trop éclatant. » Et le bon Etienne Blanc, dans sa Cbû Su^arme :

Deux minutes plus tard, hélas I c'était fini. Et de cete vartu i pochiont le chassi.

H est vrai que ce n'est id qu'une métaphore, mais p< employer le figuré il Mait que le propre existât.

L'auteur de la Pétition des canuts de Lyon à M. de Saint-Cr leur &it dire :

Le châssis déchiré laisse le plus souvent Entrer par la catole * et la pluie et le vent.

Dans mon en&nce, les échoppes des pejus ^ qui a n blaient d en file la place des G)rdeliers étaient toutes fermée châssis. C'était plaisir céleste, le soir, pour les petits gones passer la tête au travers du papier, en disant : « Quelle h* est-t-y, siouplait ?» — Puis de tirer pays dare dare. Des qu'il y a, on y gagnait quelque bon coup de tire-pted, : c'était canant tout de même.

1 . Je trouve le nom de M. de Saint-Criq comme directeur génér douanes en 1820.

2. Les rimes sont riches, mais la phrase est une ineptie. La caUA latin vulgaire catûbula) est le birloir qui tient le châssis fermé, et par ( quent le vent ne peut pas plus passer par la catole qu'aujourd'hui au t de Tespagnolette*

3. Un peju, manquablement, c'est un regroUeur. Mot £ût sur (poix), de pica, pour piam.

;ez de la di£ScuIté du travail à la lumière, qui compose

C dant la plus grande partie des journées d'hiver. Alors le

: pend au dessus de sa &çure, à une ficelle tendue d'une

WVff ddir i « à Tautre, son chelu *. Cest une petite lampe qui a

îrvé très exactement la forme de la lucema romaine, mais

au lieu d'être en terre cuite, est en fer-blanc, et à laquelle

ajouté un réflecteur vertical, terminé en voussure dans sa

e supérieure. On ne brûle que de l'huile d'olive, à seule

l'éviter fumerons et mâcburages. Dans la Pétition à M. de

•t-Criqy déjà citée, on lit :

Le chelu dégarni, sans chapiteau, ni douille. Faute d'huile et de feu se voit jaune de rouille.

Vu figuré, dans la poésie lyrique, chelu s'emploie pour iil:

Du grand chelu du jour la brillante lumière Avait déjà fourni trois quarts de sa carrière *.

C'est aussi image très poétique pour l'œil. « Mes chelus it en n'huilés de larmes, » dit le pauvre Jirôme Roquet. Mais, poésie à part, on voit les dangers de cette lampe à

1. Les estases sont les pièces de bois horizontales qui maintiennent le Itier dans le sens de la longueur. Le mot a dû être importé d'Italie sous forme 5/a^, de staOUy de start^ parce que les estases maintiennent le

étier en équilibre.

2. Cbdu est, avec changement de sufExe, le vieux français chaldl^ de

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