‹ Les vieilles actrices. Le musée des antiquesChapitre 14 sur 23 · ENCORE MADAME BOSQUET · texte numérisé non relu

ENCORE MADAME BOSQUET

Samedi, i5 août 1868.

N écrivain du P^tit Figaro, M. Alphonse Duchesne, ayant cru lire à travers nos masques et attribué à quelqu'un, nominativement, nos quelques pages sur les Harangueuseshumanitaires, M""® Bosquet a écrit contre ce quelqu'unlà une petite lettre dans laquelle, après s'être comparée à Solon (un souvenir de classe qu'il faut bien pardonner à la femme qui l'a tant faite), à Solon, tête-bleu !

rien que ça! elle dit, sur son âge, un mot spirituel :

« Quand on se bat — écrit-elle — contre mes défauts ou mes qualités physiques, — (ahî pour les qualités physiques, jamais, madame, nous ne nous battrons contre elles !) — on se bat contre un moulin qui n'a plus de bras. »

Eh bien, sera élevé qui s'abaisse ! Je trouve cela joli et presque touchant, ce moulin qui n'a plus de bras, tant il est vrai que même avec les odieuses prétentions à la virilité, le pédantisme, les thèses sociales, les générosités de tribune et toutes ces énormes bouffonneries dont de pauvres créatures affolées d'orgueil donnent présentement le spectacle, on peut encore avoir la grâce d'un accent resté femme — en parlant de la chose /a

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plus femme : la tristesse de la jeunesse qu'on n'a plus !

Mais si on mêle Solon à cela, on perd tout !

J'allais être touché et vous demander pardon, madame, — mais Solon ! ah !

devant Solon, je me redresse et je continue de rire, monsieur !

MADAME ANGELOT

MADAME ANGELOT

Samedi, i5 août 1868.

TANT bien entendu qu'un Basbleu n'est jamais une femme, nous mettons nécessairement M"® Virginie Ancelot dans les vieux.

Virginie ! quel nom, et quel Quinzevingts, en matière d'avenir, était le parrain qui le lui donna !

C'est la Mathusalem des Bas-bleus.

Elle a marivaudaillé pendant neuf cents ans dans des livres oubliés, si oubliés qu'il n'y a jamais que son domestique qui vienne les chercher chez son éditeur. On ne se souvient que de Marie ^ une pièce jouée aux Français et dont j\i[iie Mars fit tout le mérite et la fortune. Pièce qui fut à la mode, et qui, comme la mode, a passé.

La destinée des œuvres littéraires chez les femmes est la même que celle de leurs bonnets. En peu de temps, cela devient chiffon et tombe dans la même chiffonnière !

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Le meilleur ouvrage de M°^^ Ancelot est encore son mariage avec Ancelot, Tacadémicien. Un mari palmipède ! Cela lui créait, par la comparaison avec cet imbécile, une situation littéraire, et c'est la seule qu'elle eut jamais...

Comme les conférences de femmes n'étaient pas, iti illo tempore, inventées et que toute la question est de s'exhiber, M™6 Ancelot voulut avoir son salon et elle l'eut, ma foi ! Pour cela, elle n'eut qu'à ouvrir, non pas sa jambe et son cœur comme la Popularité d'Auguste Barbier, mais sa porte, et par là tous les Trissotins, tous les Vadius, tous les Oron-

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tes à sonnets du siècle, se précipitèrent. M. Viennet — un vieux dont la mort vient de nous priver — y grimaçait ses fables^ grimacées de La Fontaine. La maîtresse de la maison, grosse timbalière, — comme aurait dit Saint-Simon, le grand peintre sans-gêne, — n'y ressemblait à M'"^ de Staël que par ses timbales, mais, hélas ! dès cette époque lointaine, comme chante la Ballade :

« Les timbaliers étaient passés. »

Dans ce salon, où Tennui se coupait au couteau^ tant il était épais ! et oia Ton était tout pourtant, excepté prude, on faisait des lectures à pâmoison. Leur manière de causer, à ces gens-là, était de lire. Et on ne s'enfuyait pas. Au contraire ! On venait, mais il y avait si peu de profit pour les amours-propres à se

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montrer là, que si vous rencontriez quelqu'un que vous y aviez vu et que vous lui disiez : Je vous ai vu chez M™* Ancelot, l'autre jour ? — il se transformait tout à coup en saint Pierre et il vous répondait : Je ne connais pas cette femme-là ! — ou : Monsieur, pour qui me prenez-vous ? — Et on le laissait.

C'était alors le temps du salonet de ^jme Récamier la vertueuse, et Tensevelisseuse de Chateaubriand, non encore descendu au cercueil... cz salonet où l'on se vantait d'aller, même quand on n'y allait pas ! Il fallait le règne de Louis- Philippe, le roi du Méli-Mélo, pour que M™^ Ancelot fût, salonesquement ^ la*rivale de M"^ Récamier. Et on Ta vu cependant ! Bassesse de l'époque la plus basse qui ait jamais existé.

A présent, que fait-elle, M.^^ Ancelot, dans cette vieillesse chenue qui ne sied qu'aux matrones romaines ?... Que faitelle ? Se faire oublier, ce n'est pas neuf pour elle ! On dit qu'elle a un fantôme de salon encore. ; Seulement ce ne sont pas des hommes qui y viennent, mais des lycéens...

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