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LES ANTIQUES

Samedi, 29 août 1868.

E les dételons pas, ces vieux arca-

diens 1

Ils sont faits pour aller ensemble. Ils mourront peut-être le même jour. Ils sont les vieillards gâtés de la fortune, de la gloire et de leur époque. D'une ^époque qui met les musiciens au-dessus de tous les autres artistes, même des danseurs. D'une époque qui a la tympanite

de la musique, parce qu'elle a le cerveau

venteux.

L'un est l'Italie dans sa nonchalance, l'autre la France dans sa vivacité. L'un mourra d'une indigestion de macaroni, l'autre en prenant le menton à quelque fillette comme les baillis de ses opéras-comiques.

Aimables vieillards, qui s'éteignent avec cette majesté grandiose et jettent, au crépuscule, de tels rayons autour de leurs toupets !

Celui des deux — il faut bien le reconnaître— qui compromet le plus le sien, c'est encore M. Auber ; c'est le français.

(Ils sont tous les mêmes, ces diables de Français, jusqu'au dernier jour de leur vie !) — Rossini, qui prend des attitudes de Voltaire à Ferney dans son logement du boulevard Italien ; Rossini, chez lequel les dévots à la double et triple croche vont en file, comme les Turcs à La Mecque, ne se montre point au bal Mabille, dans ce pince... sentiment, où Ton trouve M. Auber, comme si c'était M. Arsène Houssaye faisant concurrence à son fils.

Cest dur pourtant pour un Français de recevoir d'un Italien des leçons de dignité. Mais il faudrait entendre ce langage. Il faudrait avoir à la tête d'autres oreilles que celles d'un jeune fifre dt régiment en goguette ; être autre chose qu'un Chérubin de quatre-vingts ans qui

veut toujours chanter sa Romance à Madame,..

Il faudrait enfin être un homme... au lieu de n'être qu'un musicien !

Il est des coiffeurs qui, sans avoir le profit de sa perruque à retaper, — des esprits coiffeurs, — glorifient M. Auber de son éternelle jeunesse. Ils trouvent cela sublime d'être un Elleviou à son âge, capable, avec un peu d'ouate et de maquillage, de jouer les sous-lieutenants de hussards amoureux dans ses Opéras.

Eh bien, là n'est pour nous ni la beauté vraie, ni la grandeur de la vieillesse ! Parlez-moi de la force des vieux chênes ! A la bonne heure! Parlez-moi de la conservation des cèdres ! Parlez-moi de la vieillesse de l'impassible Goethe, qui ne faisait ni le joli cœur , ni le jeune

homme, mais qui fut un vieillard olympien! J'ai rencontré M. Auber en veston court, le camélia, cette idée commune de camélia, àsa boutonnière, menant une assez vilaine voiture jaune qui rappelait le Cabriolet jaiine^ — une pièce, je crois, de sa jeunesse, — cela m'a paru tristement laid. Juvénal riait, de son rire de feu, des vieilles consulaires qui dansaient et entretenaient de jeunes Romains. Quand je rencontrai ainsi M. Auber, il n'était encore que le consulaire de son talent.

Maintenant que le voilà sénateur, il aura peut-être Tesprit de son âge et il saura peut-être devenir vieux.

Il a fait le Premier Jour de bonheur.

Il aura fait alors son premier jour de dignité, et cela ne sera plus là un opéracomique.

Rossini, lui, n'est pas sénateur ; il le serait, du reste, que ce ne serait pas

8o LE MUSÉE DES ANTIQUES

M. de Bois-sec *, sénateur. Gloire à Rossini pour cette raison seule ! il ne se rajeunit pas ; il sait carrément être vieux, malgré son toupet d'Institut. Regardez-moi la bouche qu'il a dans ses dernières photographies et dites-moi à quoi cela ressemble?... Vous ne le direz pas ! Mais il n'est pas sénateur comme M. Auber ... Rossini et Auber, c'est Ninon et Ninette, et Ninette a été plus heureuse que Ninon ! Ah I les bonheurs ne sont jamais que pour les Ninettes!

Dans la prétention à contresens de ce peuple, artiste autrefois et qui ne V£ut plus être que politique et ennuyeux, Rossini fut trop artiste sans doute pour qu'on en puisse décemment faire un sé-

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