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I. De la comédie du. Ci-devant jeune homme

ROSSINI — AUBER 8l

nateur de Florence. Pendant que les ri- ;odons de M. Auber le mènent si haut, Rossini, en attendant un titre qui ne viendra peut-être pas, continue de jouer au lazzarone de la gloire et du génie, ronflant au pied des plus grands succès, comme son confrère de Naples au pied des bornes. Pour ma part, je me suis toujours défié du lazzaronisme de Rossini... c'est du lazzaronisme travaillé comme son inspiration :

Et quand tu serais sac, je n'approcherais pasl

Rossini, dans le sien, a trop de fauxbonhomme pour qu'il y ait encore du lazzarone, — le meurt- de-faim, paresseux et déguenillé, qui vit du bleu du ciel et qui s'en fait des culottes! — Il n'y a que du chanoine dans Rossini, Itout au pRis !

Du chanoine voluptueux et grassouillet, soigné et surveillé et dorloté comme Argan, par une gouvernante qui est sa femme et qui le traite, le cygne de Pezaro, comme les oies de Strasbourg dont on fait du foie gras... Cette gouvernante, qu'il a décorée de son nom, a posé — tout le monde le sait et le colporte depuis un siècle — pour la terrible Judith en robe jaune, armée du sabre recourbé et qui, dans le tableau de Vernet, va couper la tête à Holopherne. Hélas ! à présent elle n'est plus si belle; mais rendonslui grâce, elle n'a rien coupé à Rossini avec son grand sabre, si ce n'est le parmesan qu'il mêle à son macaroni. Et cependant, elle est toujours restée terrible. C'est elle qui, entendant un jour, de sa chambre restée ouverte, le piano du salon piolant sous des mains bêtes, entra

furieuse et en criant : « Quel est le cochon qui joue comme ça ?

C'était le roi de Portugal !

Ceci apprendra, du reste, aux rois actuels qui n'ont pas Tesprit de leur état, à aller faire les sujets, et les sujets flatteurs, chez un vieux croquenote, eût-il du génie ! Ils n'y rencontrent plus le sabre qui coupe la tête aux Holophernes, mais ils y trouvent la langue affilée des égorgeuses de poulets...

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M. DE SAINT-GEORGES

M. DE SAINT-GEORGES

^M PRÈS les musiciens, le librettiste... BBS naturellement.

Après les antiques Mesdames Pernelles de la musique, l'antique Flippotte qui porte la lanterne et qui va devant ses maîtresses, car le libretto précède Topera.

Sans Flippotte, pas de lanterne, et sans lanterne, pas de chemin.

Le musicien, ce bruit vague dont il Faut faire un sens, ne pense pas par lui-même, le pauvre homme ! Il faut, avec trois

mots quelconques, donner une base d'opération à ses turlututus !

Eh bien, M. de Saint-Georges dit très bien ces trois mots. Cest, de tous les librettistes, présentement le plus recherché et le plus commode pour les turlututus. C'est le librettiste-major ! Il fait le livret comme son homonyme faisait des armes.

Le livret, ce n'est pas une chose littéraire, ni dramatique, ni humaine, ni même une chose du tout : c'est à peine quelque chose. Mais c'est ineffable...

C'est le livret ! C'est ce sans quoi la musique ne serait pas et s'en irait à tous les diables, ou y resterait ! Le livret, c'est de l'engrais pour les cerveaux à musique.

Cela les féconde, et la double-croche pousse là dedans ! M. de Saint-Georges, à ce qu'il paraît, s'exerçait déjà à faire des livrets bien avant la naissance de

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Rossini et d'Auber, et il était déjà, dans ce temps-là, d'une certaine force ; mais à présent, c'estla Force éternelle prouvée. .. Cest le Père Eternel du livret.

Pilotis à plates-bandes fleuries, sur lesquels Messieurs les musiciens bâtissent, M. de Saint-Georges n'est pas un vieillard dans le genre Rossini, mais dans le genre Auber... frivole et musqué. Malgré son âge, que personne ne sait plus, il est beaucoup plus jeune de tournure, de figure et de facture que M. Auber, ce petit Faublasde Tancienneté! Très homme du monde et très comme il faut, très gentilhomme (ce qu'il est resté, véritablement, pour le coup ! et sans peinture ! et malgré toutes ses accointances de métier), M. de Saint-Georges (disons-te et que ce soit son épitaphe !) a été un des plus jolis hommes de son époque. On

croit savoir cela, mais c^est l'époque, répoque exacte qu'on ne sait pas très bien. Séduisit-il M°°« Tallien?... ou M°^« de Tencin?... ou M"'» Michelin?...

Toujours est-il que Jézabel, qui répai^ait des ans Virréparable outrage, n'était qu'une ânesse en comparaison de ce savant homme, réussi comme s'il était vivant. L'autre soir, il était au théâtre, ganté de gris perle, avec son visage glabre, rasé et ratissé à quatre rasoirs et roséole (pour cette raison) comme celui du petit Jehan de Saintré quand il regarde sa cousine, et il avait avec cela une perruque, non pas d'Institut, lui! comme Rossini, mais un chef-d'œuvre, bouclée, aérienne, zéphirine, et près de laquelle les quarante perruques du duc de Brunswick n'auraient été que d'ignobles gazons dans lesquels nulle bête, si affamée qu'elle fût, n'aurait voulu paître ! Franchement, il faisait illusion. Il semblait avoir escamoté la caducité comme il eût escamoté une muscade de la grosseur d'un boulet, car il est escamoteur, M. de

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oaint-Georges. Vous ne saviez peut-être pas qu'au talent de librettiste il marie celui d'escamoteur? C'est un Robert-Houdin de bonne compagnie. C'est aussi un endormeur puissant de somnambules. Il endort... même sans livret. Est-ce pour cela qu'on parle de le fourrer à l'Académie ? Du haut de son fauteuil, si on l'y mettait, il dirait aux trente-neuf siècles qui le contempleraient : « Mes petits I »

Il leur dirait, comme il le dit sur toutes les tombes (et l'Académie en est quarante) :

« Nous nous reverrons dans un monde meilleur. »

« Un monde meilleur » où il n'est pas en train d'aller, ce Bossuet sentimental d'Opéra-Comique ! Faites-moi donc le plaisir de me dire ce que doit être « un monde meilleur » pour un homme qui, dans celui-ci, n'a jamais fait que des livrets... et sa toilette!

LE DUC DE BRUNSWiCK

Samedi, 5 septembre 1868.

E tous les vieux qui défilent ici, de toute cette légion des Vétérans de la Fatuité, voici peut-être le plus vide, mais à coup sûr, le plus titré : c'est Monseigneur le Duc de Brunswick ! Allons, présentez-lui les armes I...

Haute caricature héraldique, sortie, pour la première fois, de l'Almanach de Gotha, ce livre d'or des races qui s'effa-

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cent, tout le monde le connaît à Paris, ce duc de Brunswick, né prince régnant, mais qui a fait un trou à la lune... de rhistoire ! Depuis quarante ans ne le voit-on pas chaque soir, aux premières loges, à rOpéra, à l'Opéra dont il semble une des plus fantoches cariatides?...

Ce petit roi dTvetot allemand qui a fait le bonheur de son peuple en ne régnant pas, et le nôtre en restant à Paris, est, comme on le sait, un Esaù — moins les poils maintenant — qui a vendu son droit de régner, — comme^Pautre, le poilu, son droit d'aînesse pour un plat de lentilles...

Seulement les lentilles étaient en diamants.

Car ce prince-cocotte, à goûts de parvenu ou de fille entretenue, a la fringale

des bijoux. Ce n'est pas un épicurien, mais un goinfre de pierres précieuses.

Ce n'est pas le Duc Job^ mais le duc Josse, orfèvre-né bien plus que prince, qui ne vend pas et donne encore moins, et dont la boutique, le croirez-vous jamais? mais c'est historique!... est dans sa culotte.

Les boutons de son caleçon, qu'il montre parfois comme Mascarille montrait sa blessure, reçue à cette demi-lune qui était, parbleu ! bien une lune tout entière, les boutons de son caleçon font rêver les femmes et les dépravent. Fier de ses diamants comme le paon, dont il a la tête, l'est de sa queue ; fameux par cette joaillerie autant que M*^^ Duverger, cette vitrine où le vieux Demidoff étale la sienne ; le duc de Brunswick, hélas ! pelé par une des plus complètes alopécies qui aient jamais passé, comme yn simoun, sur la surface infortunée d'un pauvre homme, est encore fameux par ses perruques.

Il en a presque autant que Brummell avait de tabatières... ^Tête encyclopédique... en perruques, il en a de noires comme M. de Saint-Georges, de rousses comme M"^ Gora Pearl, de bleues comme le valet de carreau, de vertes comme* une Hamadryade, de lilas comme l'oreille de M. Sainte-Beuve quand il est en colère, d'aventurine et de couleur crapaud comme l'Institut , mais c'est la noire qu'il préfère et à laquelle il a dû, à ce qu'on dit, ses plus brillants succès.

Le duc de Brunsv^ick est la tête de tmx des coiffeurs. Ils essayent sur cette tête leur force... Mais il n'est pas Turc que par la tête. Un procès scandaleux que ce vieux dénaturé a eu dernièrement avec une de ses filles, vient d'ajouter à ses deux famosités ridicules une troisième famosité, odieuse, celle-là... même pour un prince... Ge procès ignoble d'un Ghicaneau millionnaire qui chicane un morceau de pain à son enfant, a prouvé que cet amateur de pierres qui ne les mange

pas comme Saturne, mais sans être meilleur pour cela, en avait une au milieu du cœur :

Qui n'était pas une escarboucle !

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