‹ Les vieilles actrices. Le musée des antiquesChapitre 9 sur 23 · M. LE VICOMTE DE LA GUÉRONNIÈRE I · texte numérisé non relu

M. LE VICOMTE DE LA GUÉRONNIÈRE I

leure -, car cette draperie est capable d'envelopper tout dans ses plis... et même rien !

Tartinier redondant, toujours prêt, malgré sa paresse, et qui fait aux sots illusion. Que de fois j'ai entendu dire sérieusement qu'il était un homme d'état, M. de La Guéronnière !...

Et ce n'était pas Henri Delaage qui parlait !

Samedi, 3 octobre 1868.

E lui ai vu pourtant une tête de Jupiter Olympien, à ce vieux bonhomme... Seulement Jupiter saluait trop bas. Son coup de foudre était un coup de de chapeau. Comme dit Stendhal, dans Rouge et Noir^ il ne faudrait pas saluer comme cela, fût-ce Dieu le Père. C'est que pour M. Taylor, ce grand intrigant au miel, tout était Dieu le Père, même les huissiers du ministère de Tintérieur.

Quel est le mérite net articulable et qu'on puisse résumer en un mot, de M. le baron Taylor?... Cherchez bien et dites-le. Cependant il a été mêlé à tout, — et il Test encore, depuis le règne de Louis-Philippe jusqu'à celui de Napoléon III. Il a été, Dieu me pardonne ! directeur du Théâtre Français ou commissaire royal près de ce théâtre, — on ne sait trop lequel des deux, tant le sillage de ce passage s^est vite effacé ! Présentement, il est de toutes les commissions d'art ou de littérature. Il se remue, il s'agite, comme un gros bourdon dans un cornet. C'est le grand major Mouvette de tous les projets. On le voit partout. Il a l'ubiquité, comme Dieu. Mais la bêtise aussi a l'ubiquité.

M. Taylor qui, du t^este^ comme notî^e

ami Drôlichon (dans les Plaideurs)^ nest point une bête^ et qui obtiendrait des arrêts pour la Société des Gens de lettres, si la Société des Gens de Lettres plaidait, est précisément le Drôlichon de la littérature.

Je lui cherchais un nom. En voilà un !

M. Taylor est un exemple sublime à donner aux jeunes gens qui ont une belle figure et rien derrière... que quelques grains de vanité ou d'ambition. Il est la preuve qu'avec des reins flexibles et la faculté d'avaler par jour un millier de marches d'escalier, on peut arriver à se créer une importance et une renommée... Bien avant i83o, quand le Romantisme commençait de vagir, M . Taylor, avec Charles Nodier, avait entrepris un Voyage pit^ toresque, historique, artistique et litté-

raire à travers la France. Il avait eu l'esprit de s'adjoindre à Nodier. Il bouclait les malles, je suppose... et il avait des épaules à les porter.

Il les a gardées, ces épaules de commissionnaire^ cet homme de toutes les commissions! Comme tout peut être une position dans cet impayable Paris, M. Taylor représente sempiternellement l'obligeance, comme le vieux Moëssard, au théâtre, représentait la vertu. Ce n'est pas un petit manteau bleu. C'en est un grand. Il abrite dessous tout un monde de petites gens qui grouillent et coassent ses louanges.

Que la France lui soit reconnaissante ! il a protégé Césena, ce gros fœtus blanc de Césena. Il lui a fourni Tesprit-de-vin de son premier bocal. Il lui fit — lui ou

M. Védel, le directeur Védel, aux révérences en plongeon, comme M. Taylor,

— ambo salutantes^ — avoir je ne sais quoi au Théâtre-Français pour une tragédie qui ne fut pas jouée, bien entendu,

— une tragédie foetus, comme son auteur. En ces derniers jours de sa vie, cet empoteur de fœtus s'est donné d'autres attributions : il enterre. Il assiste immanquablement et officiellement à tous les enterrements des célébrités contemporaines.

Il se fait réclame de cercueils. Un enterrement bien conditionné ne peut pas plus se passer du baron Taylor que de catafalque.

Et c'est ainsi que le Drôlichon de la littérature en est devenu le Commissaire des Morts.

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