PLAN D UNE TRAVEE DE SAINT-PEY-DE-CASTETS
1. M. Lampérez a signalé à Loarre une voûte analogue, dans son beau livre sur la Historia de la arquitectura cristiana espanola, t. 1, pp. 367-3G8.
LA CONSTRUCTION .' LES ARCS ET LES VOUTES
rapproche davantage du carré dans les chevets de Cartelègue (fig. 222) et de Tizac-de-Curton, dans la nef de Saint Macaire (fig. 1/10) et dans l'église paroissiale de La Sauve. Cette forme carrée des travées voûtées d'ogives est fréquente en Gironde; sans doute elle provient de l'influence exercée, à l'époque où se forma le style local, par les églises à coupoles. Lorsque les travées sont rectangulaires, la plus grande longueur peut répondre à l'axe de l'église : c'est le cas Au Rivet, où une travée mesure de largeur entre piliers 6'" g3 et de longueur 12'" 10;
à Saint-Pey-de-Castets (fig. 211), une travée a 6'" 35 de largeur entre piliers et 9'"o3 de longueur; clans la nef de Lormont, qui a été consacrée en 1 ri 5 1 les deux travées ont 6"'5o de largeur de mur à mur, 8"' 48 et 8"' 20 de longueur.
Les constructeurs de notre pa\s paraissent avoir éprouvé une certaine répugnance à faire des voûtes d'ogives sensiblement plus larges que longues; l'un d'eux, à Marcillac, ayant à couvrir un chevet de ce plan, prit le parti de construire une demi-croisée d'ogives, la clef des nervures butant contre le mur de fond du sanctuaire (fig. 2ii*is).
Les nervures : leur nombre et leur , tracé. — Les voûtes sexpartites sont rares et, contrairement à ce qui se passe en d'autres provinces, elles ne sont pas très Brutaiis photogr. anciennes : Sainte-Croix de Bordeaux et
Fin. an M*. — chevet un mahcim.ac.
Uzeste en possèdent qui datent seulement du xine siècle et La Réole en a de la fin du \vne. C'est par erreur qu'on en a signalé Au Rivet.
La Gironde a, de munie, un petit nombre de voûtes à liernes : j'ai déjà signalé des liernes à Saint Michel de Bordeaux; il en existe aussi à Condat et d'autres, parallèles aux doubleaux, dans les voûtes de bas côtés à Saint-Symphorien. Quant aux voûtes en étoile, elles sont plus fréquentes, principalement, si je ne me trompe, dans l'Entre-deux Mers : Blézignac, Bomagne, etc. Saint-Laurent-d'Arce en possède au moins une, sur le bas-côté Nord, dans laquelle des liernes longitudinales, dépassant la clef des tiercerons, vont rejoindre les clefs des arcs voisins. Ces diverses voûtes en étoile sont, d'ailleurs, peu anciennes : \v' ou xvi' siècle. Les plus belles ont été faites en i5io-i5i7 au-dessus de la nef dans la cathédrale de Bordeaux. Les plus curieuses sont dans une chapelle construite au xvi' siècle sur le liane Nord de l'église Saint-Siméon de Bordeaux : les quartiers de remplissage y sont appareillés en coupole et les nervures n'ont plus guère qu'un rôle purement décoratif; le maître d'œuvre a donc supprimé les ogives, il a fait des liernes, qui atteignent les clefs des arcs d'encadrement, et des tiercerons.
C'est un fait bien connu que la différence entre les diagonales et les côtés de la travée entraîne une forme bombée, à moins qu'on n'ait eu soin de surélever les arcs tournés sur ces
1. La date est donnée par une inscription que Piganeau a publiée ( Bulletin de la Société archéologique, t. IV, p. 79) dans une étude sur Lormont. Aux renseignements fournis pat Piganeau, il faut ajouter que l'on s'occupa, en 1577, de réparer l'église, notamment (i lu charpente qui a esté bruslée(?) >> ((! 3ta/i). On a raconté que l'église futincendiée pcndantles guerres de religion; je n'en ai pas trouvé la preuve.
l'appareil des voûtes d'ogives
côtés, c'est-à-dire les doubleaux et les formerets. Les voûtes de Blasimon sont très bombées, surtout celles qui sont vers l'Est; pareillement, la voûte du transept Nord de Saint- Morillon, la voûte de l'avant-chœur de Cartelègue, la voûte du carré du transept de Saint-Macaire, les voûtes de la nef à l'abbatiale de La Sauve (fig. 68), etc. Dans l'église récemment démolie de Saint-Paul près de Blaye, une travée était couverte d'une voûte sur croisée d'ogives, dans laquelle on avait évité la forme bombée, non pas en surélevant les arcs d'encadrement, mais en maçonnant, entre l'extrados de ces arcs et l'intrados de chaque quartier de remplissage, des murettes qui joignaient l'un à l'autre.
Des murs analogues sont montés sur les formerets dans l'abside de Sauveterre et dans l'avant-chœur de Doulezon (fig. 54). A Saint- Médard-de-Guizières, au contraire, et à La Réole (fig. 6/i), ce sont les for merets qui sont juchés sur de petits supports secondaires, eux-mêmes posés sur les tailloirs.
L'appareil des quartiers
DE REMPLISSAGE . Il est à
peine utile de préciser que, dans ces diverses voûtes,
les voussoirs sont disposés de façon que les projections des joints sont à peu près perpendiculaires aux projections des arcs d'encadrement. Dans un petit nombre de cas, faux transept de Sainte-Radegonde r, chapelle du château de Pressac, qui a des voûtes sur ogives et sur liernes, voûte en étoile à Blézignac (fig. 292), les projections des files de voussoirs sont perpendiculaires à celles des ogives. Le maître d'oeuvre de Cazevert (fig. 212) s'était arrêté, dans une voûte qui est tombée naguère, à une formule mixte et le maçon qui fit, au xvie siècle, certaine voûte du bas-côté Nord d'Escaude a hésité entre les deux partis, adoptant l'un dans deux compartiments et s'inspirant maladroitement du second dans les deux autres compartiments.
La question a été soulevée de savoir si les assises de la voûte établie sur le carré du transept à Saint-Macaire étaient concentriques; je me suis assuré qu'il n'en est rien. Il y a dans Je département une seule coupole nervée ancienne2 : celle de Montagne. Élevée sur la croisée du transept, sous le clocher, cette voûte bizarre est renforcée d'une vigoureuse croisée d'ogives. On a dit que ces nervures plongeaient dans la voûte : j'ai fait passer une lame entre la nervure et la voûte, ce qui démontre que la première est indépendante de la seconde. Naturellement,
Brutails photogr.
Fig. 2 12. — CHEVET DE cazevert.
1. 11 s'agit, bien entendu, non pas des faux; joints peints sur l'enduit, mais des joints d'appareil qui transparaissent sous cet enduit. — 2. Les architectes se sont amusés à construire deux voûtes de ce genre dans l'église de Saint-Seurin, au \vi* siècle, l'une sur la chapelle de Saint-Étienne, l'autre sur le porche méridional. Les liernes et les tiercerons d'une chapelle de l'église Saint-Michel sont accompagnés de nervures secondaires courbes, qui dessinent quatre ovales terminés en pointe, les pointes se réunissant à la clef des ogives : dans chacun de ces ovales, la voûte est maçonnée comme une petite coupole plate. Voir ce qui est dit plus haut, p. 178, de la voûte en coupole nervée bâtie à Saint Siméon de Bordeaux.
LA CONSTRUCTION LES ARCS ET LES VOUTES
les arcs de soutien ne sont pas, à Montagne, de ceux dont les têtes prennent la forme sphérique de la coupole; naturellement aussi, la coupole n'est pas à pendentifs distincts et la calotte continue la courbe des pendentifs. La coupole sur ogives de Montagne est une curiosité; elle est, sinon un accident, du moins une exception sans portée dans l'histoire de la voûte et de l'architecture en Gironde.
Les clefs des ogives. — Les clefs des croisées d'ogives (fig. 288 et 292) consistent généralement en un bloc, dont la forme et l'ornementation résultent de l'entre-croisement des deux nervures. Pour construire la voûte d'ogives très archaïque de Saint-Médard -de-Guizières, on a tourné d'abord une nervure, puis l'autre, ce qui a dispensé de faire une clef commune aux deux. La clef de Saint-Ferme a été déposée et changée au xvne siècle.
Les formerets. — Les ogives sont habituellement accompagnées de formerets. Toutefois, on a supprimé dans certaines voûtes, au clocher de Sainte-Croix, à Cartelègue, à Cars, etc., ce membre qui n'est pas absolument indispensable. Il est de vieilles voûtes, à la travée orientale de la nef de Saint-Macaire, à Blasimon, etc., où les formerets sont des arcs robustes, de section rectangulaire, dont les arêtes saillantes sont, ou non, profilées en boudin. Au surplus, dans les voûtes qui viennent d'être nommées, les doubleaux sont aussi très puissants et sans ornement ni moulure.
Ce qui reste de formerets à La Sauve (fig. 69) est bien étrange; dans la nef, au moins dans la travée de nef contiguë au transept, la voûte s'appuyait, de chaque coté, sur deux formerets : un formeret inférieur façonné comme ceux de la première travée de Saint-Macaire et, au-dessus, un formeret plus profond, s'évasant vers le milieu du vaisseau et disparaissant, aux naissances, derrière les ogives.
L'usage des formerets très saillants, qui doit être apparemment rattaché au style des églises à coupoles, n'est pas une rareté en Gironde : clans le bras Sud du transept à Saint-Seurin, dans la nef de la cathédrale Saint-André (fig. 2), dans l'abside de La Réole (fig. 6/1), où le vide entre mur et formeret est clos par un plafond de dalles, ces formerets se combinent avec un chemin à mi hauteur. Et quand on trouve pareille disposition dans des édifices bordelais moins anciens, comme dans la chapelle de Notre-Dame de la Rose à Saint-Seurin ou dans des chapelles de Saint-Michel et de Saint-André, il n'est peut-être pas besoin, pour l'expliquer, de faire intervenir une influence bourguignonne ou champenoise.
Les naissances des nervures; les butées. — Les supports des premières voûtes girondines sur ogives ne sont pas combinés pour recevoir toutes ces nervures, soit parce que les constructeurs ne prévoyaient pas des voûtes de ce genre, soit parce que, en règle générale, les parties portantes n'ont suivi que de loin l'évolution des parties portées et les premiers constructeurs qui ont introduit des nervures sous les voûtes n'ont pas donné au pilier un plan approprié à sa nouvelle fonction. Les nervures romanes étaient les unes perpendiculaires, les autres parallèles à l'axe; on taillait les pieds droits en conséquence : pilastres et colonnes n'étaient pas posés de biais. Il en résulta que lorsqu'on fit des nervures diagonales, il fallut les appuyer sur un angle des supports, angle rentrant ou angle saillant; sur cet angle on posa une tablette plus forte que la nervure et qui sert de sommier à cette dernière. Ainsi a-t-on procédé à Montagne (fig. 85), Saint-Ferme, Saint-Macaire, Saint-Michel-de-La-Rivière (fig. 3o3), Saint-Genès de Lombaud. La construction est plus perfectionnée à Pleineselve et à La Sauve (fig. 69); dans ces églises, il reste de la tablette dont il vient d'être question une réminiscence, savoir une assise non moulurée de même épannelage que les voussoirs suivants. Il faut ajouter que, sur le carré du transept de La Sauve (fig. 69), où la diagonale rencontrait un angle rentrant du support, cet angle rentrant est racheté à l'aide d'un corbclet.