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LES BUTÉES DES VOUTES D'OGIVES

A une époque assez avancée du gothique, on jeta des ogives sur le chœur de Ladaux. A cet effet, on logea dans les angles un bout de colonne surmonté d'un chapiteau dont le tailloir est remplacé par une tablette posée de biais, analogue à celle dont il vient d'être question, mais encastrée dans les murailles voisines, et qui offre une assiette large et résistante.

En dépit des expédients, la place manquait souvent pour asseoir les sommiers des nervures : c'est pourquoi, aux naissances, on réduisit soit les ogives, soit les formerets, soit même les doubleaux; il semble alors que ces nervures sortent du mur en montant. A Cartelègue les ogives et les doubleaux, à Saint-Ferme les ogives et les formerets ne prennent leur plein relief qu'à une certaine hauteur au-dessus des tailloirs. Au carré du transept de Saint-Macaire, les formerets sont cachés derrière les ogives. A Saint-Michel-de-La-Bivière (fig. 3o3), on ne les a commencés qu'une ou deux assises au-dessus de la ligne des naissances des autres nervures. Il se passe quelque chose d'approchant dans les voûtes du chevet à Saint-Martin-de-la-Caussade (fig. 21 3): les formerets commencent plus haut que les ogives et les doubleaux.

Dans les édifices de l'Ile de France, les pesées s'exercent sur les piles, et les murs de flanc entre ces piles ne sont plus qu'une clôture et non pas

A 1 FlG. 2l3. — CHEVET DE SA IXT-MARTIX-DE-L A.-C AUSSATJE.

un support. Ce principe ne reçut pas en Bordelais

son complet développement : dans des églises même soignées, des travées de dimensions restreintes, couvertes d'ogives peu archaïques, sont fermées de murs épais à contreforts plats. Les chevets de Cartelègue (fig. 222), Saint Martin-de-la-Caussade (fig. 221), Saint-Ciers-de- Canesse, T izac-de-Curton, Saint-Genès-de-Lombaud, Tresses et même Saint-Seurin de Bordeaux (fig. i4) sont ainsi compris; si les voûtes y sont gothiques, les butées y sont romanes. Nos maîtres d'œuvre n'avaient pas la pleine intelligence de la construction gothique, de ses complexités, de son équilibre : ils évitèrent systématiquement les arcs- boutants. On trouve de ces arcs dans les églises de style importé, comme Saint-Michel de Bordeaux, le chevet de la cathédrale de la même ville, la cathédrale de Bazas; il n'en existe pas dans les productions du style local, à Pujols, à Saint Macaire, à Uzeste, où on a projeté récemment d'en établir; les arcs -boutants de la nef de Saint- André de Bordeaux ont été construits longtemps après et on a entrepris naguère d'en ajouter un sur le flanc Nord.

Persistance de la croisée d'ogives. — Le système de voûtement sur ogives resta longtemps en honneur. Des constructions de système gothique sont datées : à Saint-Léger du-Balson, de 1 5 1 1 ; à Bomagne, de i5i3 (?); à Pujols de i53/j; à Bègles2, de i53y; à Baigneaux et Créon3, de i538; à Gajac et Mios'1, de i5/|o; à Langoiran5, de i54i; à Sainte-Eulalie de Bordeaux, de i5/|2; à Bernos, de 1620 (?) et de i552 (?) ; à Faleyras, de i55/l (?); à Saint-Côme0, de 1 538 et i553; à Saint-Michel de Bordeaux, de i5/|5-i55q; à Escaude, de i5o8 ou i558 et de 1677. On travaillait en i535 à l'église de Podensac7, laquelle est gothique à trois nefs

1. 2. 3. 5. Les dates pour Pujols, Bègles, Créon et Langoiran sont connues par des inscriptions. Ces inscriptions, que j'ai lues, sont publiées dans le Compte-rendu des Monuments historiques, 18/1O, pp. 3o-3i. — 4. Augier, dans le Bulletin de la Société archéologique, t. XII, p. lxxxv. — G. L'église de Saint-Côme avait été donnée par l'évêque de Bazas au chapitre, en n38 (Gallia Christiana (1870), t. I, col. 1197). — 7. Gaullieur, dans le Bulletin de la Société archéologique, t. 111, p. 120. L'intérieur de cette église a été entièrement restauré en 184P) (Marquis de Castelnau, Notes, t. IV, p. 25a).

LA CONSTRUCTION : LES ARCS ET LES VOUTES

approximativement égales; on fit les voûtes du chœur de l'église de Cadillac en i5/i3 »; la sacristie depuis peu démolie de Saint-Quentin-de Baron avait une voûte sur croisée d'ogives dont la clef portait le millésime de 1666. Nous savons enfin que la coupole nervée du porche Sud de Saint-Seurin est postérieure à 16^2, que les voûtes de la nef de La Réole ont été construites à la fin du xvne siècle et que les voûtes de Barsac sont l'œuvre du xvni"2.

La formule primitive s'altérait, d'ailleurs, peu à peu : dans les voûtes de Barsac, le principe seul de l'ogive subsiste et l'application en est fort imprévue. Du moins, l'ogive a encore une grosse importance dans la construction; clans les voûtes ci-dessus décrites de Saint-Seurin, Saint-Michel et Saint-Siméon de Bordeaux, où les quartiers de remplissage forment une ou plusieurs coupoles plates, les nervures ne sont plus qu'un décor, une fantaisie.

1. E suppl. 5(j5. — 2. Il faudrait peut-être ajouter les voûtes d'ogives jetées sur la cliapelle Sud-Est de Lignan et sous le clocher de Puynormand, lesquelles portent sur la clef les millésimes de 1 635 et 1703; mais il se peut que ce soient les dates de simples restaurations. A Escaude, au contraire, il s'agit do la construction même de la chapelle : «Edifieata capella sancti Raphaelis, archangeli, fuit anno Domini 1O77», etc.

Bnilails photogr.

FlG. 2\ti. — DALLE DÉCOUPÉE A SAINT-SEURIN DE BORDEAUX.

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