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CHAPITRE V

La construction : les supports, colonnes, piliers et murs

Les supports isolés: les colonnes antiques et les supports de forme accidentelle. — Les supports de section rectiligne. — Les colonnes et colonnetles pleines: forme; facture. — Les piliers: combinaisons diverses. — Les colonnes engagées : forme et saillie; pilastres arrondis sur les angles. — Les corbeaux: rôles divers.

Les supports continus: les fondations et les chaînages. — L'appareil: arases de briques; grand, moyen et petit appareil: causes dont ils dépendent; soins de l'appareil; assises de hauteur inégale. — La taille des parements: blocage; figure des pierres; appareils de fanlaisic. — Les marques de tâcherons. — Les déformations et les reprises des murs. — Le soubassement. — L'épaisseur des murs: rapport avec le voùtement.

Les ien forcements des murs: piles et arcatures; arcades portant un glacis. — ■ Les arcatures des chevets: à l'intérieur, à l'extérieur; arcatures sur plan courbe. — ■ Les arcatures des nefs et des clochers. — Les supports dans les arcatures: pilastres, colonnes et colonnettes. — ■ Les contreforts: leur rôle et leur place; contreforts dans l'axe de l'abside. — Les contreforts d'angle : variété des plans; contreforts divers. — La hauteur et la saillie des contreforts: chaînes non saillantes. — La face antérieure des contreforts: verticale, oblique, à ressauts. — Le couronnement des contreforts : corniche; talus; larmier. — L'appareil des contreforts. — Les contrcforls décoratifs: colonnes et faisceaux de colonnes.

Les corniches: la place des corniches; corniches superposées. — Les éléments de la corniche romane: tablelle saillante ; moulure. — La corniche gothique. — Les particularités de quelques corniches.

Les supports isolés : les colonises antiques et les supports de forme accidentelle. — Quelques fûts gallo-romains ont été réemployés dans nos églises du Moyen-Age : plusieurs dans la crypte de Saint Seurin, trois dans l'arcature intérieure de l'abside à Soulac, un ou deux dans une arcature intérieure du chevet à Capian, un dans la porte à Doulezon ; d'autres servent à porter le bénitier, à Sainte -Colombe, ou vaguent dans les environs de l'église, à Caudrot. Dans un petit nombre d'édifices, à l'réchac, Moulis, Villenave-d'Ornon, les piliers ont, sur le bas-côté, une membrure sans emploi : c'est que les collatéraux ont été ajoutés et les supports actuels sont formés de bouts de mur auxquels adhèrent les contreforts. Supports antiques, supports de forme accidentelle doivent être écartés de la présente étude.

Les supports de section rectiligne. — Les supports carrés et bruts, simples pilastres, dosserets non rehaussés de colonnes, ne sont pas entrés dans les habitudes. Assurément on en voit sous certaines coupoles, comme celle de Saint-Ciers-de-Canesse, à la retombée de quelques arcades, — chœur de La Sauve, — de quelques arcs triomphaux ou de quelques doubleaux, — à Saint-Hilaire-du-Bois, Aubiac près de Bazas, Insos, Masseilles, Saint-Bomain-de-Yignague, Massugas (fig. 1 64), Bruges (fig. 1 65) ; des pilastres ont leurs angles abattus dans la nef de Léogeats. Au total, ces supports de section rectiligne n'ont pas eu de succès dans l'architecture bordelaise: il n'en a été fait un large emploi que dans cette église de Pellegrue, qui échappe, sur plus d'un point, aux règles du style local. En thèse générale, les piliers de nos pays, piliers romans, piliers gothiques, ont une ou plusieurs colonnes engagées.

Les colonnes et les colonnettes pleines. — Les colonnes proprement dites, plus grosses que les colonnettes, sont très rarement isolées: le cas des colonnes qui soutiennent des arcs transversaux dans la crypte de Saint-Seurin de Bordeaux est exceptionnel. Par contre, les colonnettes isolées de petit diamètre sont d'usage fréquent dans les chevets et les façades, soit

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pour la décoration des fenêtres et des portes, soit pour les arcatures qui tapissent les parements. Parfois, comme dans l'arcature intérieure de l'abside à Lignan-de-Créon, Langoiran, etc., elles sont accouplées par deux. On trouve même, aux angles du cloître de Saint-Macaire, qui paraît être du xvr ou du xvir siècle, des groupes de neuf colonneltes.

Dans les portes, les colonnettes peuvent être nombreuses; elles occupent les angles rentrants des ressauts qui découpent les pieds-droits. La porte et les fausses portes de Listracde Durèze, qui remontent apparemment au xme siècle, ont des pieds-droits biais, échancrés de dépressions courbes, pareilles à d'énormes cannelures; les fûts sont placés dans ces éebancrures, sans les toucher. Cette disposition, qui complique le travail sans grand profit, est exceptionnelle, peut-être unique dans la Gironde.

De longues colonnettes adossées peuvent se rencontrer pareillement dans les angles rentrants des piliers. Il en existait de ce genre à Saint-André de-Cubzac; il en reste dans quelques piliers de Blasimon. Elles sont rares, d'ailleurs, la règle étant que les piliers sont munis ou formés de colonnes engagées.

Les colonnes adossées sont cylindriques. Je n'en ai pas à citer qui soient tronc-coniques, en dehors de la porte de Saint-Laurent d'Arce, qui paraît être du xni' siècle. Les colonnettes peuvent être faites au tour et annelées, comme dans les fenêtres de Pleineselve et de Cartelègue. Elles sont habituellement composées de deux ou plusieurs tambours hauts et posés en délit. A Pleineselve et probablement dans d'autres édifices, les tambours, minces et très instables, sont reliés par des goujons, dont l'un, à Pleineselve, a fait éclater une colonnette.

Les piliers. — Dans les nefs, contre les parois latérales, les maîtres d'œuvre ont monté des supports de formes variables: ce sont, à Pellegrue, des dosserets d'une simplicité extrême, qui s'arrêtent brusquement avant d'atteindre le sommet des murs; ce sont ailleurs un pilastre ou deux pilastres en avancée l'un sur l'autre et projetant une colonne engagée, ou encore des faisceaux de colonnes, rarement posées deux de front, — il y en avait un exemple à l'ancienne église de Saint-Paul, et il en reste dans l'ancienne nef de Rimons1, à Cars et à Saint-Seurinde-Cursac, — ou trois de front, comme dans certaines travées de Peujard, où la colonne du milieu est un peu plus saillante, etc. Il serait oiseux d'énumérer toutes les combinaisons imaginées par les constructeurs. La forme des supports subit en Bordelais, à quelque chose près, la même évolution que dans les autres provinces. Nous avons déjà vu qu'en général, sous les premières voûtes gothiques, les supports sont encore disposés suivant le mode roman ; les piles de la nef de Saint-André de Bordeaux (fig. i) paraissent être les premières qui aient été conçues à peu près rationnellement pour recevoir la retombée des croisées d'ogives.

Les bas-côtés n'existant guère dans les églises romanes et protogothiques, il reste de ces styles un petit nombre de piliers pleins. Entre abside et déambulatoire, les piliers sont en quatre-feuilles à Vertheuil (fig. 1/19), cylindriques à Guîtres (fig. 57): ces derniers ont peut-être été transformés. Entre nef et bas-côté, les piliers romans sont des combinaisons de pilastres et de colonnes engagées; les piliers de Vertheuil (fig. 1^9) alternent: un sur deux a, du côté de la nef, une colonne engagée. Les piliers gothiques sont plus découpés que les piliers romans; à Blasimon, Pleineselve, Rions (fig. n3), etc., le tailleur de pierre a réservé au fond des angles rentrants, surtout quand ils sont aigus, un petit méplat contre lequel le ciseau s'arrêtait de peur de fouiller trop profondément et à' étonner, de fêler le bloc-.

1. Cette ancienne nef de liimons, qui sert de c lia i au presbytère, est malheureusement difficile à étudier. A droite et à gauche de l'arc triomphal était une colonne engagée; en avant et à mètres environ, s'élève de chaque côté une pile vigoureuse, qui projette deux colonnes engagées vers le milieu du vaisseau, une vers l'Ouest, une dernière enfin, qui répondait à la colonne engagée ci-dessus mentionnée, vers le sanctuaire. Ces appuis supposent vraisemblablement une coupole portée sur des arcs à ressaut. — 3. Cfr. Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'architecture, t. V, au mot Étonné.

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