LES CRYPTES
Le double auvent et sa galerie ont été faits à Préchac pendant les premières années du xvme siècle, en 1709 ou un peu avant1.
On accède aux cloches par des moyens de fortune, rarement par un escalier en colimaçon disposé dans une tourelle, à Saint- Exupéry, Goualade, Gans, Lucmau, ou droit et rampant sur l'un des flancs, à Pian, Bagas, etc. A Saint-Martin-de-Monphélix (fig. 179), cet escalier est sur le revers oriental du mur de façade et séparé de la nef par une cloison.
L'idée même du clocher-arcade exclut toute recherche monumentale. Cependant, la disposition des contreforts, des glacis, quelques cordons de moulure, enfin, dans les clochers gothiques, des crochets ou des pinacles' donnent à ces grands murs un pittoresque, un mouvement qui ne sont pas dépourvus de charme.
Les cbyptes : programme de la construc tion. — Les dispositions adoptées pour les cryptes en élévation tendent à résoudre le problème suivant: voûter la crypte sans trop en augmenter la hauteur sous clef. Un berceau tenant toute la largeur aurait eu une flèche
démesurée : à Saint-Ciers-d'Abzac (fig. 123),
Fig. s5o.
Brutails photc CLOCHER DE PESS.VC-UE-GENSAC.
on réduisit la portée en construisant des arcades latérales et on plaça la naissance du berceau si bas qu'il fallut, pour couvrir ces arcades, recourir aux pénétrations; à Saint- Seurin de Bordeaux (fig. 17 et 18), Baron (fig. i84) et La Libarde (fig. i85), on divisa l'édifice dans le sens de la largeur en trois nefs. L'exiguïté de ces nefs était telle qu'on dut adopter, pour type des supports, la colonne monostyle (fig. 262), moins encombrante que les piliers, et comme le chapiteau des colonnes ne pouvait pas recevoir à la fois les arcades et les doubleaux, on a fait sortir ceux-ci de celles-là. Enfin, il est possible que l'absence d'un pied- droit spécial pour les doubleaux soit cause que ces derniers, à Saint-Seurin (fig. 18), naissent au niveau du tailloir des arcades et, par suite, n'atteignent pas l'intrados des berceaux : entre l'arc et la voûte on a maçonné un mur, qui transmet à l'arc les pesées.
Rrulails photogr.
Fig. 25o''is
après
r. E. suppl. ai36. — 2. Le clocher de Frontenac a des crochets et deux pinacles (Eau-forte, dans les Variétés girondines, t. I, la p. 486). De même, celui de Saint-Symphorien (Album de la Commission départementale des Monuments historiques).
LA CONSTRUCTION : CLOCHERS, CRYPTES EN DIVERS
Les édicules portant un autel secondaire. — Nous savons qu'à Saint-Seurin de Bordeaux comme à Saint-Émilion un autel secondaire dominant le maitre-autel était placé en arrière de celui-ci, sur un édicule qui subsiste dans la seconde de ces deux églises. Une disposition
semblable a été signalée à la cathédrale1 et à Saint-Michel. Un document de i85i décrit, à Saint-Michel, une «petite voûte établie derrière le maître autel et sur laquelle on a établi un second autel supérieur au premier»^.
Ce n'est pas un usage particulier à notre pays : ViolleUle-Duc, entre autres, l'a étudié à la Sainte- Chapelle et dans quelques autres églises 3.
Les galeries et les tribunes. — Les églises girondines de style local n'ont rien qui ressemble au triforium.
La galerie ménagée à hauteur des fenêtres dans le chœur de La Sauve (fîg. 262 bis) est un passage de service qu'aucun détail n'accuse dans l'ordonnance de cette partie du monument. La galerie de l'abside de La Réole s'affirme davantage. Saint-Seurin de Bordeaux possède, dans le transept méridional, un passage sur corbeaux et la nef Du Rivet a aussi, le long et à l'intérieur de ses murs de flanc, un passage qui répond à un brusque amincissement de ces murs.
Dans l'église de Cornemps, la porte est surmontée d'un compartiment qui s'ouvre largement en dedans et qui prend jour en dehors par une fenêtre en croix. C'est une loge plutôt qu'une tribune proprement dite.
La plus ancienne de nos tribunes est à Vertheuil (fig. 252'"): c'est un simple encorbellement, un très gros cul-de-lampe du xve siècle, qui doit avoir porté un orgue. Plus tard on fit à Saint-André de Bordeaux, à Saint-Michel-de-Rieufret, à Lormont, à Notre-Dame de Bordeaux, à Barsac, à La Réole'1 (fig. 252'™'"), des tribunes plus vastes. Dans les ailes de la tribune, à Saint-Michel de Rieufret, l'avancée est soutenue par une pile qui produit un assez vilain effet; à Notre-Dame de Bordeaux et à Barsac (fig. 26), les trois compartiments surplombent. Ces dernières tribunes sont de vrais chefs-d'œuvre.
Les poutres de gloire et les balustrades. — Nous n'avons plus en Gironde une seule poutre de gloire. Lalande-de Pomerol garde, à l'entrée du sanctuaire, des corbeaux peu saillants qui pourraient avoir servi à soutenir les extrémités d'une de ces poutres. On enleva,
Fig. 25 1. — clocher n'iNSOs.
Brulails delin.
1. L. de Lamothe, dans les Actes de l'Académie de Bordeaux, 18/12, p. 4o3; Compte-rendu des Monuments historiques, i85a, pp. 61-G2. Cet autel s'appelait l'autel de l'rime: on y disait les «messes matutinelles » et on y déposait le Saint-Sacrement (Lopès, L'Église Saint-André, éd. Callen, t. I, p. i3G). Ce dernier détail rappelle qu'à Sainte-Croix, au xiv" siècle, la réserve eucharistique était derrière le grand autel (II 42/4 et /|G5). — 2. Compte-rendu des Monuments historiques, i85i, p. Cfr. ce que dit le marquis de Castelnau dans le Courrier de la Gironde, du 2S janvier 1 853 — 3. Dictionnaire d'architecture, t. II, pp. 34 et suiv. — 6. Cette tribune de La Réole fut peut-être construite en 17O4 (Acta memorabilia, E suppl. 290/1).
LES VEÏRINES
en 170^, à Saint-Michel de Bordeaux, a la poutre quy traversoit la nef du cœur»1; mais il s'agissait peut-être d'un étrésillon placé là pour parer aux désordres qui se produisirent, vers la fin du xvn" siècle, dans cette partie de l'église.
Il ne reste rien des balustrades que les époques romane et gothique ont dû élever à l'intérieur des églises. Saint-Médard en-Jallès en possédait une en bois, fort curieuse, paraît il,
Brutails ilelin.
FlG. 252. — CRÏPTE DE LA LIIURDE. COUPE EN TRAYERS.
et du xv' siècle; elle était incomplète lorsque le marquis de Castelnau la vit, le reste ayant servi à clôturer un parc à cochons !. Nous avons, du moins, quelques tables de communion du xviuG siècle et du x\ne : la table de communion en pierre de la paroisse de La Sauve, qui est de 1672, la table de communion en fer forgé de Saint-Michel de La-Rivière, qui est de 17773.
Les veyrines. — Ce mot s'appliquait originairement aux fenêtres: « Per neteyar la gleysa et veyrines et pilars »''. Il désigne des ouvertures par lesquelles on fait passer des enfants ou des malades suivant une pratique très répandue5. Les documents nous apprennent l'existence de veyrines qui ont disparu depuis : à Beautiran0, à Saint-Jean-d'Illac7. Suivant la remarque de M. Lamartinie8, les veyrines se trouvaient principalement dans la Terre Gasque, dans l'Enlredeux-Mers et sur la rive droite de la Dordogne. L'église de Lugos montre les traces d'une veyrine dans la paroi Nord du chœur et une fenêtre basse de Cérons est peut-être une ouverture du même genre. On trouverait sans doute encore dans la Terre Gasque et le pays de Cernés des veyrines qui n'ont pas cessé de servir : le curé de X... demandait naguère à M. Berniquet, préfet de la Gironde, de faire observer un arrêté de 1826 qui condamnait une veyrine.
Les ouvertures pour le jet d'étoupes. — Nous ne connaissons que par les textes l'usage de jeter de la bourre, des roses, des oublies, le jour de la Pentecôte9. Il n'est pas resté trace, que je sache, des ouvertures qui devaient être percées dans les voûtes à cet effet.
ï. G 2260. — 2. Notes du marquis de Castelnau, t. II. pp. 346 et 348. — 3. Abbé Lamartinie, Un coin du Fronsadais, p. 1 23. — 4. 1 4gG (G 2257, fol. i34). — 5. Voir, par exemple, Ch. Texier, Asie Mineure, Description géographique, historique et archéologique, t. II, p. 283. Sur les veyrines dans la Gironde: Baurein, Variétés bordeloises, t. V, p. 233, et nouv. éd., t. III, pp. i3G-i 37 ; Augier, Société archéologique, t. IX, pp. 12b et suiv. ; abbé Lamartinie, Un coin du Fronsadais, pp. 128 et suiv. — 6. iGio (E suppl. 1 3(36). — 7. 16/18 (G 16). — 8. Op. cit., p. 12g. — g. Gaufrcteau, Chronique bordelaise, t. 1, p. 325. 1^72: achat de résine «per gitar lo Sl-Sperit»(G 1 456, fol. 58 v"). 1/192 (G 4go). i5o4: « borre de Pillasse, pour gecter le feu le jour de Pentecoste, à la grand messe» (G i46o, fol. 5 v"). i5 ig : oublies que l'on jette le jour de la Pentecôte pendant l'Évangile (G i46i, fol. 2 v°). 1587 (G 493). Cfr. Annales archéologiques, t. X, p. 98.
LA CONSTRUCTION : CLOCHERS, CRYPTES ET DIVERS
Les tabernacles et les chédences. — Des églises ont, à proximité de l'autel, un placard ou deux, dont l'encadrement est plus ou moins riche: du côté de l'Évangile, à Saint Émilion et à La Sauve, ce pourrait être un tabernacle; du côté de l'Épître, c'est une crédence. L edicule
Renaissance de Bouliac, qui est monté sur pied et placé au Nord de l'autel1, paraît être un reliquaire. Les jolies crédences sont assez nombreuses: Saint-Martial3, Nérigean3, chapelle Sud de La Réole, Insos, etc. Celle de Villemartin est plus simple ; Cazevert a une crédence munie de rainures pour les planchettes; dans celle de Saint- Hilaire-du- Bois, des compartiments latéraux sont à deux étages, et les tablettes qui les séparent sont des dalles de pierre.
A Bossugan, comme dans une chapelle désaffectée de Saint-Pey-de-Castets, l'autel est adossé à une cloison : d'un côté, est percée à travers cette cloison la porte de la sacristie; de l'autre, est une crédence ou un tabernacle'1. Drouyn, dans les Variétés girondines^, décrit quelque chose de pareil dans l'église de Ruch.
FlC, a52K - CHOEUR DE L'ÉGLISE ABBATIAL* DE LA S^E^ VM°^ LES CADRANS SOLAIRES. —
Les cadrans dont il s'agit ici
sont très rudimentaires. Placés au Sud, généralement vers le chevet, ils comprennent un cercle ou un demi-cercle grossiers, avec un petit nombre de rais. Au centre, apparaissent encore parfois les restes d'une tige de fer. Pas de chiffre, sauf à ïarnès, où quatre barres figurent k- C'est tellement insignifiant que l'on peut voir bien des cadrans de ce genre sans en reconnaître l'objet. J'ai observé de ces cadrans à Arbis (au moins trois), à Lugasson, Romagne, Postiac, Gênas, etc. Le cadran solaire d'Uzeste est déjà très perfectionné.
Les bénitiers extérieurs. — Les bénitiers placés à l'extérieur, contre les pieds-droits des portes, ne sont pas aussi rares qu'on l'a dit. A ceux de Saint-Loubès, iMoulis, Cabara, Saint- Aubin et Mon tu s sa n °, qui sont déjà connus, on peut ajouter les bénitiers de Sainte Gemme,
i. Publié dans mon Album d'objets d'art existant dans les églises de la Gironde, pl. sxïvhi. — 2. Dessiné dans L. Drouyn, Variétés girondines, t. III, eau-forte avant la page 223 ; cfr. mon Album d'objets d'art, pl. wwin Cette crédence est placée bien haut pour son objet — 3. Album d'objets d'art, pl. wwnr. — 4. Album d'objets d'art, pl. x\x\. — 5. T. II, p. 458. — C. Ckoix des types, p. <j ; Variétés girondines, t. I, pp. ik et G1-G2; Société archéologique, t. II, pl. v.
LES PUITS, CHEMINEES ET MOJNTOIBS
Espessas, Villegouge, Saint-Antoine-Du-Queyret, Croignon (i6i4) '• L. Drouyn avait vu à Lestiac un bénitier extérieur, « qui datait de l'époque de la construction de l'église, xn" siècle »2. Les puits, cheminées et montoirs. — L'église de Saint- Gervais est sur une source : en 1734, on découvrit un puits à l'entrée du sanctuaire 3. L'église de Gadarsac est pareillement bâtie au-dessus d'une fontaine, et nous savons que la chapelle de Sainte- Remède, près Nérigean, abrite également une source.
Je ne me l'appelle pas avoir vu de cheminée dans les églises de la Gironde. Mais un marché passé en 1/196 pour la construction d'une chapelle au château de Génissac prévoit l'établissement d'un « chauffe-pié »l< et une ordonnance archiépiscopale prescrivit, en i683, de détruire une petite cheminée qui était pratiquée à côté de l'autel dans l'église de Saint-Magne5.
De même, c'est par un texte que nous est révélée l'existence d'un montoir en pierre au-devant de l'église de Saint-Aubin-en-Jallès6.
Brutails photogr.
FlG. 252 — TRIBUNE DE VERTHEUIL.
FlG. 2Î)2'/"a'e''
Brutails photogr.
TRIBCXE DE LA. REOLE.
1 . Album d'objets d'arl, pl. i.vr. — 2. Notes manuscrites, t. XL VI, p.5io. — 3. E suppl. too. — ■ h. J'ai publié ce document dans la Bévue historique de Bordeaux, njio, pp. 5g-6o. M. Lauzun nous apprend que l'oratoire du château de Bonaguil renferme une chemince(£,e Château de Bonaguil, 3° éd., p. 35). — 5. Abbé Gaillard, La Baronnie de Saint-Magne, t. II, pp. 2/i-a5. — 6. E suppl. 5o5.